Le XV de France est souvent cité parmi les favoris pour remporter la Coupe du Monde de Rugby. Les Bleus ambitionnent de soulever le trophée Webb Ellis pour la première fois de leur histoire. Si la France a atteint plusieurs fois la finale du Mondial, elle n'a jamais réussi à en sortir victorieuse. Retour sur la première édition de cette compétition mythique, en 1987, et le parcours du "XV du Coq" lors de cette édition inaugurale.
Une Coupe du Monde sur le modèle du football
L'idée d'une Coupe du Monde de rugby a germé afin d'imiter le succès de son cousin, le football, qui organisait déjà une compétition planétaire tous les quatre ans. Le rugby, dans les années 1980, se limitait principalement au Tournoi des 5 Nations (France, Angleterre, Galles, Irlande, Écosse) et à trois autres nations de l'hémisphère sud (Nouvelle-Zélande, Australie, Afrique du Sud). L'International Rugby Board a d'abord hésité, craignant que l'amateurisme, valeur chère aux Fédérations britanniques, ne soit menacé. Finalement, le vote décisif de l'Afrique du Sud, bien que non autorisée à participer en raison de l'Apartheid, a permis la création de la première Coupe du Monde, co-organisée par la Nouvelle-Zélande et l'Australie.
Un Tournoi à 16 Nations
Pour faire nombre, seize équipes sont invitées : Roumanie, Italie, États-Unis, Argentine, Canada, Japon, Zimbabwe, Fidji et Tonga. La compétition se déroule du 22 mai au 20 juin 1987 en Australie et en Nouvelle-Zélande.
Le XV de France : Un Parcours Épique
Le XV de France, emmené par des joueurs tels que Philippe Sella et Denis Charvet, a surpris beaucoup de monde lors de cette première édition. Les Bleus ont réalisé un premier tour en montant doucement en puissance : Écosse (20-20), Roumanie (55-12), Zimbabwe (70-12).
L'équipe de France de 1987 comptait des joueurs majeurs à tous les niveaux : Pascal Ondarts, Daniel Dubroca, Jean-Pierre Garuet, Philippe Dintrans, Alain Lorieux, Jean Condom, Éric Champ, Dominique Erbani, Jean-Luc Joinel, Laurent Rodriguez, Pierre Berbizier, Guy Laporte, Franck Mesnel, Patrice Lagisquet, Denis Charvet, Philippe Sella, Didier Camberabero, Patrick Estève, Eric Bonneval, Jean-Baptiste Lafond et Serge Blanco. Difficile de faire mieux.
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L'équipe était coachée par Jacques Fouroux, ancien n°9 et capitaine de l'équipe de France victorieuse du Grand Chelem dans le Tournoi 1977. Fouroux, un homme de caractère, voulait isoler le groupe et remonter tout le monde contre la terre entière. Il pouvait s'appuyer sur ses leaders de jeu : Berbizier, Dubroca, Blanco.
La Demi-Finale d'Anthologie contre l'Australie
Au terme d’un match fantastique de suspense et d’engagement, la France s’impose à Sydney contre l’Australie, en demi-finale de la première Coupe du monde le 13 juin 1987. La demi-finale Australie - France, le samedi 13 juin 1987, se déroule au Concord Ovale de Sydney.
Le scénario du match fut un chassé-croisé entre deux équipes animées par des ambitions offensives. L’Australie mène 6-0 (un drop et une pénalité de l’ouvreur Michael Lynagh), la France égalise avec un essai transformé d’Alain Lorieux, le pompier d’Aix-les-Bains. Lynagh transforme une pénalité et cela fait 9-6 pour l’Australie à la pause. Mais la France passe devant juste après le repos, par un essai transformé de Sella après une nouvelle charge de Lorieux et une passe de Mesnel (12-9). Un essai de David Campese redonne l’avantage à l’Australie avec transformation de Lynagh (12-15). Ce dernier passe une pénalité et le score monte à 21-15 en faveur de la France (59’). Le 3e ligne australien David Codey marque un nouvel essai, transformé, et cela fait 21-21 (64’). Pénalité de Lynagh : 21-24 (76’). Pénalité de Camberabero : 24-24 (81’) !
La cavalerie française profite d'une dernière opportunité. Sur une récupération devant sa ligne, Lagisquet tape à suivre. Charvet récupère, perce puis passe à Berbizier qui sert Lagisquet, lequel fixe trois Australiens. Rodriguez arrive en soutien, pour servir Blanco qui enclenche un sprint, flirte avec la ligne de touche et aplatit en coin un essai d’anthologie.
Cet essai du bout du monde de Serge Blanco symbolise l’admirable match des hommes de Jacques Fouroux. Patrice Lagiquet dira plus tard : « C’était un match riche où il y avait eu beaucoup de volume de jeu pour l’époque. Jacques faisait du Jacques, classique. C’est-à-dire la guerre avec les médias. Il voulait isoler le groupe, remonter tout le monde contre la terre entière. Il savait très bien faire ça et puis il pouvait s’appuyer sur ses leaders de jeu : Berbizier, Dubroca, Blanco. Ça marchait parce qu’il avait des mecs prêts à prendre des initiatives.
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Avant ce match contre l’Australie, se souvenait Serge Blanco quelques années plus tard, nous avions effectué le plus dur entraînement que j’ai jamais connu. Ça tapait, on plantait les mecs. Chacun voulait gagner sa place ! Denis Charvet se souvenait, lui, du cercle formé par les joueurs à l’issue de la rencontre. « Après la douche, alors que le stade s’était vidé, nous sommes ressortis sur la pelouse et nous nous sommes mis en cercle. Pascal Ondarts a commencé à entonner des chants basques.
La Finale Perdue Face aux All Blacks
En finale, la Nouvelle-Zélande se révéla trop forte, une semaine plus tard à Auckland (29-9). Les Bleus s'y présentèrent chiffonnés physiquement, mentalement par un parcours un peu plus chaotique que leurs adversaires, émoussés aussi par une exceptionnelle demi-finale face à l’Australie. Après avoir tenu le bras de fer pendant presque une heure face aux All Blacks à l’Eden Park d’Auckland, ils cédèrent dans les vingt dernières minutes.
Si l’on considère ce que la Nouvelle-Zélande a apporté à l’histoire du rugby, il y avait sans doute une forme de logique à ce que les All Blacks, chez eux, inaugurent le palmarès de la Coupe du monde. Si l’on examine l’addition des talents qui composaient cette équipe, on peut même ajouter que ce sacre était légitime. Michael Jones, John Kirwan, Sean Fitzpatrick, Wayne Shelford, Gary Whett on, Grant Fox : ils sont nombreux à avoir laissé une trace impérissable dans les mémoires. Onze mois plus tôt, ils avaient perdu leur série de tests face aux Australiens d’Alan Jones. Puis, à l’automne, ils avaient été balayés par la sauvagerie du pack de Jacques Fouroux à Nantes. Ce souvenir allait nourrir leur préparation de la finale face à la France.
« Cela n’aurait pas changé ma vie, avance Serge Blanco. Cette Coupe du monde, c’est cette histoire d’hommes. » « Il y a un lien indéfectible entre nous, appuie Denis Charvet. Franck Mesnel, lui, exprime un regret : « Nous avions battu les Blacks en novembre, nous avions réalisé le Grand Chelem en suivant, nous étions l’une des meilleures équipes du monde. Mais une finale, ça se gagne. Didier Camberabero, le buteur impeccable du XV de France lors de la première Coupe du monde.
Grant Fox, le métronome
Tantôt régulateur du jeu offensif néo-zélandais avec David Kirk, tantôt buteur chirurgical, le demi d’ouverture néo-zélandais était au four et au moulin, achevant la Coupe du monde avec un impressionnant total de 126 points, plus de 40 points de plus que son dauphin (Michael Lynagh en cumulait 82). Le joueur d’Auckland s’est même fendu d’un drop en finale contre le XV de France, afin d’asseoir encore plus la victoire des All Blacks.
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L'Esprit d'une Époque
Pour la première fois, en 1987, se dispute en Nouvelle-Zélande et en Australie une Coupe du monde de rugby. Une drôle d'époque où les rugbymen ne s'entraînaient pas tous les jours, où ils travaillaient avant de chausser leurs crampons, où ils étaient capables de s'enfiler un cassoulet une veille de match. Certains de ses coéquipiers prennent des congés sans solde pour participer à l'aventure.
Après une semaine de préparation à peine, la troupe s'envole vers les antipodes. Les séances d'entraînement, entre les matchs, n'étaient pas des parties de plaisir pour autant. Dès la première rencontre face à l'Écosse, j'ai pris conscience que je vivais quelque chose d'unique, que j'avais une chance incroyable de connaître ça. Il n'y a jamais eu de jalousie à l'intérieur du groupe. On partageait beaucoup de choses, et puis tout était ouvert. On vivait au milieu des quelques supporteurs et des quatre ou cinq journalistes qui nous suivaient.
Lors de l'échauffement, juste avant la finale, dans l'en-but de l'Eden Park d'Auckland, nous nous sommes parlé. On discutait de ce que vivaient les uns et les autres, leurs joies, leurs problèmes, leurs faiblesses. Il y a eu des larmes. Je n'ai jamais vécu un moment pareil. Je crois que nous avons été vidés de nos forces. Cela nous a porté tort d'autant que nous avions mal préparé cette finale. Tous les All Blacks, qui avaient sans doute d'autres choses à faire, sont venus à notre hôtel en 4X4 avec femmes et enfants. Ils ont partagé un barbecue avec nous. C'était classe.
Bilan et Héritage
Bien que défaits en finale, les Bleus ont marqué les esprits par leur jeu flamboyant et leur esprit combatif. Cette demi-finale de Sydney reste encore aujourd’hui comme l’un des meilleurs matchs de l’histoire de la Coupe du monde. elle est le « match signature » d’une exceptionnelle génération de joueurs français : Blanco, Sella, Rodriguez, Berbizier, Lagisquet…
Les Bleus n'ont pas été champions du monde, mais ils n'ont pas tous vécu cette déception de la même façon. C'est cette histoire d'hommes, ce lien indéfectible entre nous que je retiens. Cela restera jusqu'à notre mort.
Les Coupes du Monde suivantes
Le XV de France a réussi à rallier la finale par trois fois depuis que la Coupe du monde existe. En 1999, après douze ans d'attente, la France atteint à nouveau l'ultime étape de la compétition, après une demi-finale remportée à la surprise générale contre leurs bourreaux de 1987 (41-33). Mais l'exploit ne se reproduira pas en finale, les Bleus perdent contre l'Australie (12-35), qui remporte alors son deuxième titre mondial. La dernière finale du XV de France remonte à 2011, dans un remake de la finale de 1987. Lors d'un match très serré contre la Nouvelle-Zélande, à l'Eden Park d'Auckland, la France perd 8 à 9.
En plus de ses trois finales, les Tricolores ont joué plusieurs petites finales, la première en 1995. Durant cette troisième édition, les Bleus perdent en demi-finale contre l'Afrique du Sud de Nelson Mandela (15-19). La "Na qui remporte ensuite le tournoi face aux Blacks (15-12). La France de Philippe Saint-André et Fabien Galthié monte sur le podium (3e place) en battant l'Angleterre (19-9). En 2003, la France rencontre à nouveau en demi-finale le futur vainqueur, à savoir l'Angleterre. Après son élimination en demi-finales, le XV de France s'incline lors du match pour la 3e place, contre la Nouvelle-Zélande (13-40). Les Bleus finissent à nouveau 4e en 2007. Alors que la France est pays organisateur, avec l'Écosse et le pays de Galles, les Bleus font partie des favoris, ils perdent finalement en demi-finale contre le "XV de la Rose" (9-14) puis contre les Argentins (10-34), qui les avaient déjà battus lors du match d'ouverture (12-17). Le quart de finale d'anthologie, remporté par Michalak & Co au Millenium de Cardiff, atténue la douloureuse.
Après sa finale perdue en 1987, la France sort première de sa poule en 1991, mais est éliminée dès les quarts contre l'Angleterre (10-19). Le XV de France obtiendra un résultat similaire lors de la Coupe du monde de 2015. Quatre ans après leur finale contre les All Blacks, les Bleus sont défaits, sur un sévère 62-13. Le parcours du XV de France est tout aussi compliqué lors de la dernière édition, en 2019. La bande, qui n'était pas encore celle de Fabien Galthié, mais qui comptait déjà ceux qui se sont désormais imposés comme des cadres, à savoir le Toulousain Antoine Dupont, le Rochelais Grégory Alldritt ou le Bordelais Damian Penaud, s'incline contre le pays de Galles, 20 à 19. La rencontre est notamment marquée par un carton rouge attribué au deuxième ligne Sébastien Vahaamahina, qui fait basculer le match, jusque-là en faveur des hommes de Jacques Brunel. En infériorité numérique, la France ne parvient pas à empêcher le XV du Poireau de remonter le score. Nouvelle cruelle désillusion pour les Bleus.