Stade Yves-du-Manoir: Berceau du Sport Français, Entre Histoire et Modernité

Le Stade Yves-du-Manoir, situé à Colombes, en région parisienne, est bien plus qu'un simple lieu sportif. Son histoire riche et diversifiée en fait un symbole emblématique du sport français. Du théâtre des finales olympiques de 1924 et mondiale de 1938 à sa modernisation pour accueillir les épreuves de hockey sur gazon des Jeux olympiques de 2024, le stade a traversé les époques, marquant de son empreinte l'histoire sportive du pays.

Genèse d'un Lieu Mythique

À l'origine, le site était un hippodrome appartenant à la société des courses de Colombes. Dès 1883, les terrains proches de la Seine sont rapidement devenus un lieu dédié au sport et aux sportifs du monde entier. Cependant, en 1906, le quotidien "Le Matin" rachète les champs de courses avec la volonté d'offrir aux Français une "école du grand air" et de promouvoir la pratique sportive chez les jeunes, notamment pour lutter contre la tuberculose et l'alcoolisme.

Ainsi, l'hippodrome est transformé en stade d'athlétisme et est baptisé "Stade du Matin". En 1924, il est rebaptisé stade olympique de Colombes, puis stade olympique Yves-du-Manoir quatre ans après, en hommage à Yves du Manoir, un joueur de rugby français légendaire.

Un Théâtre d'Événements Majeurs

Au fil des décennies, le Stade Yves-du-Manoir est devenu le théâtre de nombreux événements sportifs d'importance nationale et internationale. Des rencontres de rugby aux compétitions d'athlétisme en passant par des matchs de football, le stade a accueilli une multitude de disciplines sportives, attirant des milliers de spectateurs passionnés.

L'un des moments les plus mémorables de l'histoire du stade reste sans aucun doute les Jeux Olympiques de 1924. Colombes a été choisi comme site principal pour les compétitions, et le Stade Yves-du-Manoir a été le centre névralgique de cet événement mondial. Des athlètes du monde entier ont foulé ses pelouses, marquant ainsi l'histoire olympique. C'est dans ce contexte que la ville de Colombes, située à quelques kilomètres de Paris, accueille le premier village olympique de l’histoire. À ce titre, le stade de Colombes est rebaptisé stade olympique de Colombes. Doté de 45 000 places, il est l’épicentre de l’événement avec l’organisation des cérémonies, des épreuves d’athlétisme, de cyclisme, de gymnastique, de rugby, de football ou de pentathlon moderne. Des mois de mai à juillet, plus de 3 088 athlètes représentant 44 nations sur 126 épreuves participent à cette édition. Chez elle, la France monte sur la deuxième marche du podium avec 41 médailles devant la Finlande qui en obtient 37 et loin derrière les États-Unis qui en cumulent 99. Pour le pays et sa capitale, c’est également une grande fête médiatique grâce à l’avènement de la radiophonie et à la présence d’environ 700 journalistes sur place.

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L'Équipe de France et Yves-du-Manoir: Une Histoire en Demi-Teinte

Théâtre des finales olympique de 1924 et mondiale de 1938, le stade Yves-du-Manoir aura été la maison des Bleus pendant une trentaine d’années entre 1930 et 1960. Désormais dépassé par le Stade de France, Yves-du-Manoir a accueilli 83 fois l’équipe de France entre 1908 et 1975. On ne peut pas dire que cette dernière y a brillé. Mais elle y a en tout cas établi un record d’affluence le 21 octobre 1956, avec un France-URSS disputé devant 62 145 spectateurs.

C’est le 12 avril 1908 que l’équipe de France joue pour la première fois au Stade du Matin de Colombes. Elle y affronte la Belgique et s’incline 1-2, un moindre mal à l’époque. Il a fallu du temps à Colombes pour s’imposer comme choix préférentiel pour l’équipe de France à domicile, sa situation hors les murs de Paris (dans les Hauts de Seine) le desservant par rapport au Parc des Princes, même si les deux stades ne sont distants que de quelques kilomètres. A partir des années 30, les Bleus s’y installent le plus souvent, jouant 21 fois sur 39. Mais c’est dans l’immédiat après-guerre que le stade Yves-du-Manoir a été systématiquement utilisé : 14 fois consécutivement dans les années 46-49, et encore 24 fois sur 33 dans les années 50.

Le déclin est amorcé brutalement dans les années 60, alors même que le nouveau Parc des Princes est en chantier à partir de 1967. Les Bleus jouèrent à Lyon, Marseille, Strasbourg, Reims, Rouen, Nice, et même dans le Parc en travaux. L’adieu à Colombes se fait le 26 avril 1975 conte le Portugal, et c’est une défaite, la 35e des Bleus là-bas. Si jouer à Colombes a procuré à l’équipe de France un quelconque avantage, ce dernier a été discret : en 83 sorties, les Tricolores, comme on les appelait à l’époque, n’ont gagné que 35 fois, c’est-à-dire aussi souvent que ce qu’ils ont perdu.

Le Racing Club de France et Colombes: Une Relation Complexe

Fondé en 1882, le Racing club de France (RCF) structure son équipe de rugby au début des années 1890 et devient le premier champion de France de l’histoire de la discipline en 1892. Longtemps en quête de terrains pour ses sports collectifs, le RCF jette son dévolu sur l’ancien champ de course de Colombes transformé par le journal Le Matin en enceinte athlétique (1907). Le premier match des Ciel et Blanc à Colombes se dispute sans doute le 2 février 1908 contre le Sporting club universitaire de France (SCUF), en championnat de Paris de 1re série. L’été qui suit, le club loue à l’année un terrain et des vestiaires pour ses entraînements, mais il partage ses matchs entre Colombes et d’autres sites (5 à 6 matchs par an sur le terrain d’honneur vers 1911-1912). Puis le Racing s’engage un peu plus à Colombes : il reprend en 1910 le bail du Matin, agrandit le stade en 1913 et tente de l’acquérir.

L’histoire du stade bascule avec les Jeux Olympiques de 1924 quand le Racing propose au Comité olympique français (COF) et à son secrétaire, l’ancien capitaine racingman Frantz Reichel, de bâtir à Colombes un stade de 60 000 places. Le COF accepte en avril 1922 et l’enceinte sort de terre en quelques mois. Le club devient dans la foulée copropriétaire avec le Comité national des sports (CNS) du plus grand stade de France et d’une plaine sportive qui est sans doute la première installation du pays. Les terrains annexes de Colombes ont d’abord presque toujours servi aux entraînements de l’équipe première et à l’ensemble de la section rugby jusqu’aux déménagements des années 2000 pour la Croix de Berny puis pour Le Plessis-Robinson.

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À l’inverse, le terrain d’honneur n’a pas toujours été l’épicentre des rencontres officielles de l’équipe première. Ainsi, à l’exception de la fin des années 1920 (par exemple : 11 rencontres en 1927-1928), de la fin des années 1960 à la période « showbiz » (fin des années 1980 et début des années 1990) ou pendant la première partie de la présidence de J. Lorenzetti (2006-2017), Colombes n’est pas le stade « à domicile » du Racing rugby. Sa présence est intermittente et perlée : entre 1924 et 1972, nous comptabilisons environ 155 matches sur le terrain d’honneur (51,5 % du total de l’activité rugbystique et 16,3 % du total des manifestations sportives) soit environ 3 rencontres par an. Certaines années, le RCF rugby semble même totalement absent du terrain olympique en compétition (1935, 1937, 1938, 1942, 1947, 1948, 1949 à 1952, 1956 à 1961, 1963 et 1964). Colombes n’est donc pas un premier choix. Y jouer en compétition de façon régulière est souvent lié à des contraintes.

Évolution et Modernisation

Au fil des ans, le Stade Yves-du-Manoir a subi plusieurs rénovations et modernisations pour répondre aux normes et aux exigences croissantes du sport moderne. Des tribunes ont été agrandies, des installations ont été améliorées et des équipements de pointe ont été ajoutés pour offrir aux athlètes et aux spectateurs une expérience optimale.

Si le stade Yves-du-Manoir à Colombes, aujourd’hui à l’abandon, va être modernisé pour accueillir en 2024 les épreuves de hockey sur gazon des Jeux olympiques, c’est en quelque sorte un juste retour des choses : la discipline a fait son apparition lors des JO de 1908 à Londres, un an après la construction du stade de Colombes, et ce dernier a accueilli la finale du football aux JO de 1924, après son agrandissement en 1923. A l’origine un hippodrome, le stade de Colombes se voit doté de tribunes et d’un terrain de foot en 1907, avec une capacité de 20 000 places. Cette dernière est doublée en 1923 lors d’une vaste rénovation qui le dote d’une toiture pour la moitié des travées, dont le total est porté à 40 000. Il est rebaptisé Yves-du-Manoir en 1928 et choisi pour accueillir la finale de la troisième Coupe du monde en 1938.

Inauguration pour les Jeux de Paris 2024

Mardi 19 mars, un nouveau chapitre de l'histoire du Stade Yves-du-Manoir a été écrit avec son inauguration pour les Jeux de Paris 2024. Après des années de préparation et de rénovations, le stade a été métamorphosé en une enceinte ultramoderne, prête à accueillir à nouveau le monde entier pour célébrer le sport. L'inauguration a été marquée par une cérémonie spectaculaire, mettant en lumière l'histoire et la grandeur de ce lieu emblématique.

Aujourd'hui, 100 ans après avoir été le principal site olympique de 1924, il s'apprête à recevoir les épreuves de hockey sur gazon pour les Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024. Afin d’accompagner la dynamique olympique, le Département a engagé un projet de modernisation et d’aménagement du site.

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Le Retour du Racing 92 aux Sources

Le raccourci un peu osé mais vous allez comprendre pourquoi la superstar américaine n’est pas complètement étrangère à ce qu’il faut finalement considérer comme un retour aux sources dans un lieu historique du sport français. De quoi parle-t-on ? De rugby et d’un club plus que centenaire, le Racing 92, qui s’est longtemps appelé le Racing Club de France. Son président, Jacky Lorenzetti, a récemment annoncé que son équipe allait quitter l’enceinte dans lequel elle dispute ses rencontres depuis maintenant huit ans, la Défense Arena, située sur la commune de Nanterre.

La Défense Arena, c’est cette salle multifonctions ultra moderne, capable d’accueillir aussi bien des matches de rugby que des concerts ou deux bassins de 50 mètres pour les épreuves de natation des Jeux Olympiques. Mais c’est justement cette polyvalence qui contraint aujourd’hui le Racing à aller voir ailleurs. Jacky Lorenzetti, qui est à l’origine de la construction de l’Arena, le dit lui-même : « on a du mal à faire cohabiter » ces différents événements. Et ces dernières années, plus d’une fois l’équipe francilienne a été priée de laisser la place à Taylor Swift ou Mylène Farmer, dont les méga shows nécessitent plusieurs jours d’installation puis de répétition.

Et où va donc atterrir le Racing ? Il va tout simplement revenir dans le stade où il jouait avant de déménager à Nanterre : le Stade Yves-du-Manoir, à Colombes, à seulement 4 km à vol d’oiseau. A l’époque, ce stade avait été jugé vétuste, inadapté aux ambitions sportives et commerciales du club. Mais entre temps, l’enceinte a retrouvé une seconde jeunesse car c’était l’un des sites choisis pour les Jeux de Paris 2024 (elle a accueilli les épreuves de hockey sur gazon), et Jacky Lorenzetti a en plus obtenu l’autorisation d’y pratiquer des travaux. Il promet « un petit cocon à l’anglaise de 15000 places ». De quoi redonner vie, sur la durée, à un stade qui est un morceau de l’histoire du sport français.

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