L'art du coup de pied au rugby : technique, tactique et maîtrise

Au rugby, le jeu au pied est un élément essentiel, tant en attaque qu'en défense. Cet article explore les différentes techniques de tir au pied, en s'appuyant sur les conseils d'experts et les fondamentaux du jeu. Nous allons explorer les nuances du jeu au pied au rugby, en mettant en lumière son importance tactique, les techniques de base, et l'évolution de son utilisation dans le rugby moderne. L'exemple d'Antoine Dupont, maître en la matière, servira de fil conducteur pour illustrer la complexité et l'efficacité de cet art.

Antoine Dupont : un exemple de maîtrise technique

« Mais comment fait-il ? » Cette question revient sans cesse lorsque l'on observe Antoine Dupont réaliser une passe au pied précise, capable de traverser la moitié du terrain et d'atterrir directement dans les bras d'un ailier prêt à aplatir. Les exemples de ses prouesses sont de plus en plus nombreux, avec un taux de réussite impressionnant.

On peut citer, entre autres, deux passes décisives face à la Namibie lors de la Coupe du monde 2023, l'une du droit pour Damian Penaud, l'autre du gauche pour Louis Bielle-Biarrey. Sans oublier cette transversale parfaite pour Juan Cruz Mallia, offrant l'essai du bonus au Stade Toulousain face à Bayonne en février 2024, ou encore ce "caviar" délivré à Nelson Épée lors du Tournoi de Los Angeles en mars 2024, synonyme de victoire face à l'Australie. Plus récemment, on a pu admirer sa passe tendue du pied droit pour Ange Capuozzo face à l'Ulster en décembre dernier, ou encore ce ballon délivré dans la course de Théo Attissogbe face au pays de Galles lors du Tournoi des Six Nations.

Romain Teulet, ancien arrière et consultant pour le jeu au pied du Castres Olympique, constate avec admiration : « Aujourd'hui, Antoine, c'est bon pied, bon oeil. Il tape dans le mille à chaque fois. » À chaque fois, c'est le geste parfait. La frappe est suffisamment tendue et haute pour empêcher le défenseur le plus proche d'intervenir, et le ballon tombe presque toujours à point nommé dans la course de l'ailier.

L'entraînement et la polyvalence comme clés du succès

Dupont a toujours travaillé son jeu au pied. Du droit, d'abord, son meilleur pied, quand il était enfant et qu'il enchaînait les séances de tirs au but sur le terrain de Castelnau-Magnoac, ou qu'il tentait de reproduire avec un ballon de foot les coups francs diaboliques de Juninho. Du gauche, ensuite, son "mauvais pied", quand il commençait sa carrière professionnelle à Castres et que Rory Kockott lui faisait prendre conscience de l'importance de posséder les deux pieds pour devenir encore plus illisible pour l'adversaire. C'est en compagnie de Rory Kockott, à Castres, qu'Antoine Dupont a également travaillé son pied gauche.

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L'ailier international Matthis Lebel se souvient : « Il y a une période, il y a cinq ou six ans, où il bossait également beaucoup son jeu de pied à Toulouse. Il donnait l'impression de vouloir devenir le meilleur du monde dans ce secteur, et ça m'avait marqué. Il tapait, tapait et retapait dans certaines zones du terrain pendant que nous, les ailiers, allions travailler les réceptions aériennes. »

Clément Dupont, le frère d'Antoine, ajoute : « Pendant le premier confinement du Covid, en 2020, alors que les joueurs étaient à l'arrêt complet, je me souviens qu'on s'était amusés à faire des concours de précision dans le jardin de la maison de Castelnau. Toto avait ramené pas mal de matos du Stade Toulousain et on faisait des ateliers avec mes cousins, des copains et mon oncle. Il fallait qu'on atteigne une cible en tapant le ballon au pied. Ça pouvait être un réceptacle creux comme une poubelle, un petit filet ou un trépied tendu sur lequel devait rebondir le ballon. »

La répétition de ces jeux d'adresse n'est évidemment pas étrangère à la grande précision du prodige des Bleus dans ses tentatives au pied. Le plus fort, aujourd'hui, c'est que le ballon finit toujours par échoir dans les bras de l'ailier, même après avoir rebondi au sol, comme sur l'essai de Penaud contre la Namibie. « Ça tient à la façon de taper dans le ballon, explique Teulet. Si tu t'y prends bien, tu bénéficieras 8 fois sur 10 d'un rebond favorable. Soit le ballon va remonter directement après avoir touché le sol, soit il va rouler et se relever au bout de 3 ou 4 rebonds. Ça, c'est inné, c'est juste une histoire de talent. »

Une vision du jeu et une capacité d'adaptation hors pair

David Darricarrère, ancien entraîneur d'Antoine Dupont à Castres, souligne : « La réussite d'Antoine tient aussi au fait qu'il porte beaucoup le ballon autour des rucks. Comme les défenses se resserrent autour de lui, ça laisse des espaces libres sur les extérieurs, surtout après trois ou quatre temps de jeu. Et comme Toto prend toujours le temps de lever la tête entre chaque ruck, il scanne en permanence la position des défenseurs adverses. S'il voit que les ailiers d'en face restent collés à la ligne de touche pour anticiper une éventuelle passe au pied, il va chercher à prendre l'espace au milieu. Et s'il constate qu'ils se resserrent au contraire vers le centre et délaissent les couloirs, il va taper au pied vers ses ailiers démarqués. Dans tous les cas, c'est un vrai casse-tête pour la défense. »

Forcément, l'art de la transversale au pied de Dupont est une aubaine pour ses entraîneurs, qui voient là une façon supplémentaire de créer de l'incertitude dans les défenses adverses. Que faire face à un joueur autant capable d'attaquer la ligne que de faire une passe sautée de 20 m ou une passe au pied de 40 m des deux côtés ?

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Les fondamentaux du jeu au pied

Pour donner un coup de pied, il s’agit de mettre de la puissance sur la bonne zone du ballon et dans le sens de la trajectoire voulue pour la balle. Peu importe le type de tir et ce qu’il se passe autour de vous, vous devez vous sentir en total contrôle indépendamment de la réussite ou de l’échec.

Le "J-shape swing" : la clé d'un tir maîtrisé

Le “J-shape swing” permet de dominer totalement l’aspect tri-dimensionnel du tir - vous serez en contrôle de la hauteur (du tir), de la distance et de la direction. Le “J-shape swing” vous permet aussi d’utiliser l’entièreté de votre corps pour créer de la puissance et de la force, donc de libérer une énergie explosive sans effort.

Cela s’appelle le “J-shape swing” parce-que la partie initiale du swing, quand la jambe s’arme vers l’arrière, représente la partie arrondie du “J”. L’autre type de swing que vous voyez réalisé est le “C-shape”. C’est celui que nous essayons d’éviter. Dans ce swing, le pied rencontre la balle dans la partie arrondie du “C” en continuant son mouvement incurvé. Avec cette façon de faire, le pied reste en contact pour une période très (trop) courte. Votre jambe ne transférera pas de puissance à travers la balle dans la direction où elle doit aller. A la place, votre puissance sera dirigée dans la mauvaise direction.

Transfert de poids et posture : l'équilibre parfait

Un autre facteur dans le “J-shape swing” est le changement de poids (transfert de poids). C’est pour cela que nous parlons du pied d’appui (celui qui ne frappe pas) se déplaçant vers la cible. En effet, le pied d’appui est fermement posé au sol pour votre équilibre quand vous contactez la balle. Donc pour le tir au but nous parlons d’une avancée depuis tee au moment de la frappe, vers les poteaux. Ce sont les mêmes principes avec le coup de pied de volée et le drop. Pour ces tirs, nous parlons de finir sur les orteils et non sur les talons.

Une posture forte c’est un corps droit, être fort (gainé) au niveau des hanches et du centre de gravité, sans pencher d’un côté ou de l’autre, tout en étant capable de maintenir une base solide pour que la jambe “swing” en avant et contacte la balle.

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Visualisation et concentration : l'importance de la cible

Visualisez votre cible en visant un point noir spécifique. En rugby, l’équivalent est de viser un point noir sur un seul poteau ou un numéro de siège en tribune. Si vous pouvez viser un point spécifique et l’atteindre, c’est fantastique !

Les différents types de coups de pied au rugby

Au rugby, il existe différents coups de pied en jeu courant.

  • Le dégagement
  • La chandelle
  • La passe au pied
  • Le coup de pied rasant

1/ Le dégagement au rugby

“Pour sortir de la pression de l’adversaire, le jeu au pied est souvent utilisé notamment en sortie de ruck pour gagner du terrain. Le demi de mêlée extrait le ballon et le transmet à l’ouvreur.”

2/ La chandelle

“C’est un choix offensif pour mettre la pression sur l’adversaire. L’objectif est de récupérer le ballon en l’air pour gagner du terrain.”

3/ La passe au pied au rugby

“C’est une arme redoutable pour éviter le rideau défensif. L’objectif est de réaliser généralement une diagonale au pied pour atteindre son ennemi."

4/ Le coup de pied rasant

“C’est aussi un coup de pied offensif. On se sert de l’absence du second rideau défensif pour placer le ballon derrière la ligne adverse. Le rebond du ballon permet souvent de le récupérer.”

Technique de base pour les transformations et pénalités

Passer le ballon entre les poteaux est un geste technique complexe car il implique un savant dosage entre puissance et précision. Suivant les conditions météorologiques et l'endroit du terrain, le buteur doit sans cesse faire un compromis entre ces deux paramètres.

La prise des marques

La première étape est la pose du ballon. Le buteur utilise un tee, socle en plastique surélevant le ballon pour augmenter la zone de frappe du ballon. La pointe du ballon peut être inclinée selon deux façons:

  • vers l’arrière en direction du buteur : facilite la précision (montée du ballon) mais diminue la puissance
  • vers l’avant en direction des poteaux : privilégie la puissance mais diminue la précision

Lors de la pose, il est préférable de placer la couture face aux poteaux.

Vient ensuite la prise d’élan. Pour que chaque coup de pied soit régulier, cette distance doit absolument être la même à chaque tentative. Un buteur droitier va placer son pied gauche à coté du ballon et son pied droit derrière le ballon. Après avoir regardé la cible (les poteaux) et s’être placé dans son axe, il fait quelques pas en arrière, avant de se décaler sur son côté gauche pour déterminer l’angle du pied de frappe. Le nombre de pas varie selon les individus, allant généralement de 2 à 4 en reculant, et de 1 à 3 en se décalant.

La course d’élan

La distance de cette course d’élan détermine la vitesse à laquelle veut arriver le buteur. Il peut varier cette vitesse en réglant l’intensité de son déplacement. La difficulté ici va être de coordonner ses mouvements car la distance d’élan elle, ne varie pas. Autrement dit, qu’il accélère ou qu’il ralentisse le joueur ne doit pas varier son amplitude des foulées afin d’être correctement placé au moment de la frappe.

La frappe

La zone d’impact du pied se situe au niveau des lacets, du côté intérieur du pied, à mi-distance entre les orteils et la cheville. Coté ballon, la zone d’impact à privilégier se situe entre le petit axe (largeur), et la pointe du bas du ballon.

Le buteur doit suivre une gestuelle bien précise. Avant la frappe, la jambe d’appui est légèrement fléchie. L’épaule de la jambe d’appui est orientée vers les poteaux. La jambe du pied de frappe elle, est fléchie vers l’arrière pour que le pied prenne de la vitesse. Le bassin est en rétro-version (dirigé vers le bas) face au ballon. Le buste est légèrement en arrière (poitrine qui sort) et le bras du côté de la jambe d’appui est allongé à l’horizontale pour garder l’équilibre. Le regard est sur le ballon.

Au moment de la frappe (traversée du ballon), les jambes se tendent. Le bassin et les épaules sont face à la cible.

Le prolongement de la frappe

Une fois le ballon propulsé, le buteur ne coupe pas son mouvement car cela peut altérer la puissance et la précision du coup de pied. Le pied de frappe doit continuer son mouvement vers l’avant et monter assez haut. Le geste se termine par un sursaut du joueur, montrant qu’il a bien traversé le ballon lors de la frappe.

Faire abstraction de l’environnement

Être un grand buteur, c’est aussi être costaud mentalement. Dès la prise de marque, il doit faire abstraction de l'environnement extérieur pour se concentrer uniquement sur son mouvement à exécuter. Se concentrer pour visualiser la trajectoire et les gestes à suivre, mais également pour se relâcher au maximum.

Conseils pour l'entraînement

Pour chaque type de jeu au pied, n’effectuez pas mécaniquement des répétitions incessantes. Essayez de vous concentrer sur des petits défis. Si vous tirez toujours de la même façon, vous vous retrouverez avec des bons tirs, des mauvais, un bon, un horrible, trois corrects, trois bons et un mauvais. Ainsi vous perdrez le fil sur le facteur qui rend vos tirs bons ou moins bons. Et ceci n’est pas aidant !

Il est aussi important de les mélanger, de varier les tirs. Varier les tirs permet de simuler les conditions de match. Cependant cela ne signifie pas qu’il n’est pas judicieux de s’accorder un temps spécifique pour les tirs au but !

Plus je me rapproche du match, plus je varie mes coups de pied pour m’assurer d’être performant sur un large panel technique que je peux être amené à faire lors de la rencontre. Dans la pression des matchs, il est très compliqué de taper la balle parfaitement.

C’est une bonne idée d’avoir un ou deux indices (points de repère) vous permettant de faire ceci. Pour moi (Dave Alred), je pense à me concentrer sur le milieu du ballon et j’essaye d’y connecter les os de mon cou-de-pied. Un autre point de repère est de vouloir tirer en direction de la cible quand vous contactez la balle, en étant sûr de finir sur les orteils.

L'évolution du jeu au pied dans le rugby moderne

Dans le rugby moderne, le jeu au pied est en perpétuelle évolution, en témoigne les dernières règles mises en vigueur. Ce que j’aime avec ces nouvelles règles comme le 50-22, c’est que ça ne se limite pas au poste, un trois-quarts doit savoir utiliser le pied quel que soit son poste. L'importance du jeu au pied des postes charnières (9 et 10) a pris une importance considérable. Le drop d'en-but demande aussi de nouvelles compétences et il est aussi devenu primordial de le réussir. Pour moi, ces nouvelles règles sont géniales, mais on les subit encore trop, selon moi.

L'importance des Data dans l'entraînement

Avec l'émergence des nouvelles technologies, du professionnalisme et tout ce qu'il s'ensuit, les Data ont pris une place à part entière dans chacune des équipes professionnelles. Ce que j’aime dans les Data, c'est que c’est factuel, pas seulement pour le staff, mais aussi pour que le joueur s’auto-corrige, qu’il voit les axes de progrès et ses gros points forts, qui sont aussi importants que les moins bons. Dans la Data, je mets toutes les localisations de tes frappes, quand tu as frappé, ton niveau de fatigue, pour travailler avec précision. Les Data peuvent aussi permettre à tous les membres d’un staff de s’accorder sur un joueur et son état de forme.

Le jeu au pied : une arme tactique

Au rugby, un bon coup de pied bien ajusté peut vous permettre de gagner plusieurs dizaines de mètres sans prendre aucun risque. Avoir un maître artilleur dans une équipe de rugby, ça permet d’économiser des litres de sueur pour conquérir quelques pauvres mètres de terrain avec des fantassins (au risque de commettre un en-avant ou de se faire pénaliser). Et c’est sans parler de l’aspect psychologique du coup de pied tactique: un dix qui te trouve des touches de ses 22 jusqu’aux 22 adverses, ça débarrasse, et ça rassure toute une équipe pendant que ça met la pression sur l’autre.

Erreurs communes à éviter

Pour s’entraîner à buter, il y a d’abord deux erreurs communes à éviter. Premièrement, il faut éviter de s’entraîner à taper durant les entraînements collectifs. L’entraînement du buteur est un exercice individuel, ou à effectif ultra-réduit, et se fait pendant les heures sup, en solitaire, pas quand il y a cinquante gonzes sur le pré. Deuxièmement, il ne faut pas s’entraîner avec plusieurs ballons, de marque et de pressions différentes. L’idéal étant d’avoir votre propre ballon de rugby pour vous entrainer, et de toujours utiliser la même pression (la pression règlementaire d’un ballon de rugby officiel est comprise entre 65.71 à 68.75 kilopascals).

La progression du buteur : les étapes clés

Cet article sur la progression du buteur en rugby s’inspire directement d’une partie du dossier « Coup de pied posé » du site Rugby Pro Training ! L’auteur de ce dossier propose de structurer la progression du buteur en plusieurs étapes distinctes. La première étape est fondamentale. L’auteur du dossier « Coup de pied posé » pose dans cette sous-partie des questions intéressantes. Ce sont des tests variés avec différents tees et des questions qui doivent vous guider dans ce choix. Pour les jeunes buteurs (cadets, juniors), il est préférable d’utiliser un tee avec une certaine hauteur comme les télescopiques.

La position du ballon

Parmi ces différentes positions, l’inclinaison du ballon doit être régulière entre les différentes tentatives de tir au but. Légèrement penché vers l’avant pour M. Steyn. Owen Farrell utilise un ballon très incliné vers les poteaux ! Cette position est à éviter ! Cette position de balle inclinée vers l’arrière est souvent retrouvée chez les buteurs amateurs et les plus jeunes. A tord, ils pensent que cette inclinaison procure plus de puissance à leur coup de pied et plus de hauteur à la trajectoire… Il n’en est rien ! Aucun buteurs professionnels n’utilise cette position de balle. Chaque buteur ayant positionné son ballon sur le tee prend des pas de recul.

Le pied d'appui

Le pied d’appui, celui qui ne frappe pas le ballon, doit venir se positionner à côté du tee. La distance entre le tee et le pied d’appui correspond généralement à la largeur de votre bassin.

Travailler la précision

Taper plusieurs séries de balles à 22 mètres en face des poteaux. Le buteur ne risque pas de désorganiser sa technique du fait de la distance. Les bases sont acquises, la technique est durablement installée. Il est maintenant temps de s’intéresser de plus près à la précision du coup de pied.

Débutant : Votre balle ne doit pas dévier de plus de trois mètres d’un côté ou de l’autre des poteaux. « Bon pied, bon oeil ».

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