Le rugby, sport de contact et de combat collectif, expose les joueurs à des risques de blessures, notamment les commotions cérébrales. Ces lésions cérébrales, consécutives à un traumatisme crânien, peuvent entraîner des perturbations du fonctionnement du cerveau. Afin de protéger les jeunes joueurs de moins de 18 ans, des protocoles spécifiques ont été mis en place pour la prévention, la détection et la prise en charge des commotions cérébrales.
Le Rôle Précurseur du Dr Mesjak et l'Évolution des Mentalités
Chaque week-end, le Dr Mesjak, référent médical de la ligue du Centre-Val de Loire, est en alerte face aux dangers de la pratique du rugby, en particulier les commotions cérébrales. Son action a été à l’origine de l’instauration du carton bleu, en vigueur dans le rugby amateur, qui permet à un arbitre de sortir du terrain un joueur soupçonné d’avoir subi une commotion cérébrale lors d’un choc.
« Nous avions mis en place un protocole de suivi expérimental qui a finalement été validé par la FFR et qui a été une étape vers la création du carton bleu », explique le Dr Mesjak. Malgré une certaine réticence initiale dans les clubs, la prévention est entrée peu à peu dans les mœurs.
Les tabous ont parfois persisté, certains défendant l’image d’un sport « viril mais correct ». Aujourd’hui encore, le discours du Dr Mesjak a parfois du mal à passer auprès des anciens, mais les pratiques ont évolué sous l’influence de la commission médicale et du suivi mis en œuvre.
Sensibilisation et Signalement des Commotions Cérébrales
Une campagne de sensibilisation a été menée avec une affiche et une BD distribuée à l’ensemble des joueurs, évoquant la marche à suivre en cas de commotion. Pendant les matchs, les arbitres peuvent utiliser le carton bleu. Les clubs peuvent également faire un signalement par internet via la plateforme “Ovalie 2” si les symptômes apparaissent après le match ou pendant un entraînement.
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À chaque signalement, le Dr Mesjak est saisi du cas. « J’appelle alors le joueur pour lui rappeler les consignes. Je me renseigne sur son état de santé. » La ligue a aussi mis en place une communication adaptée à destination des parents des jeunes joueurs, souvent effrayés par l’image véhiculée par ce sport.
Le Dr Mesjak rassure les parents en expliquant que « c’est justement le choc non décelé qui est dangereux. Dans la commotion cérébrale, le vrai danger, c’est la répétition des chocs. Le rugby a eu le courage d’en parler. Et on ne le dit pas assez. »
Protocole Précis en Cas de Commotion Cérébrale
Dans le milieu amateur, les joueurs de rugby sont soumis à un protocole précis en cas de commotion cérébrale. La première mesure est la suspension de toute activité pendant 48 heures : pas d’école, pas de travail, pas de jeu vidéo ni d’internet, et pas de sport. Ensuite, chez les moins de 18 ans, le joueur est mis au repos sportif pendant trois week-ends consécutifs avant d’être autorisé progressivement à reprendre après avis médical.
Le Carton Bleu : Un Signal d'Alerte Immédiat
Dès le niveau U14, le carton bleu permet à l'arbitre de sortir un joueur du terrain en cas de suspicion de commotion. Ces arbitres sont formés par des médecins à reconnaître les symptômes ou signes annonciateurs.
Analyse Médicale en Direct et Suivi Rigoureux
Dans les tournois, un médecin analyse en direct les actions de tous les matchs. « Aujourd’hui, à la moindre suspicion, le joueur sort et ne rentre pas sur le terrain. Si la commotion est confirmée, il reste hors des terrains pendant 23 jours, c’est-à-dire trois semaines sans contact », insiste Nicolas Dance, directeur médical du festival des Six nations. Toutes les équipes ont un staff médical composé de médecins et de kinés.
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Statistiques et Études sur les Commotions Cérébrales
En Franche-Comté, depuis le début de l'année, 18 commotions cérébrales ont été déclarées lors de matches. Durant la saison 2016-2017, 39 commotions ont été déclarées en Franche-Comté, dont 16 ont touché des moins de 18 ans. Depuis le début de l'année 2018, on fait état de 18 déclarations dont 7 pour des moins de 18 ans.
Une étude descriptive rétrospective menée auprès des joueurs ayant fait l’objet d’un carton bleu au cours de la saison 2018/2019 au sein de la ligue de rugby Auvergne-Rhône Alpes a montré que 63,2 % des joueurs ayant répondu avaient connaissance du protocole de reprise par paliers. Le protocole a été appliqué dans son intégralité pour 42,64 % des joueurs. Le jeune âge semble être un facteur de meilleur respect du protocole.
Symptômes et Diagnostic des Commotions Cérébrales
Les signes d'une commotion cérébrale sont parfois fugaces. C'est pourquoi, lors des matchs professionnels de rugby, est présent un "superviseur vidéo médicale" (SVM). Grâce à sa tablette tactile, il a accès aux caméras du direct et peut revoir un choc sous tous les angles. Le plus souvent les symptômes s’estompent dans les 10 jours à un mois qui suivent le choc.
Pour diagnostiquer une commotion cérébrale, un protocole d’Évaluation de Blessure à la Tête (HIA) a été mis en place par World Rugby pour les équipes adultes de l’élite. Ce processus en trois étapes vise à contribuer à l’identification, au diagnostic et à la prise en charge des impacts à la tête avec risque de commotion cérébrale.
Prévention et Évolution des Règles du Rugby
La principale façon d’éviter les commotions cérébrales est de respecter strictement le protocole et ses étapes. Les règles du rugby ont beaucoup changé cette dernière décennie, afin de réduire au maximum les risques de blessures aux cervicales et de commotion. Les règles du plaquage ont ainsi évolué en 2018 : avec une ligne de plaquage abaissée au niveau de la ceinture, une interdiction du plaquage à deux joueurs et du plaquage tête contre tête.
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« On a mis en place le contact évolutif en école de rugby. Le rugby touché, par exemple : pas de plaquage chez les plus jeunes. On a aussi des journées de sécurité. Dans les clubs, les entraîneurs les suivent pour adapter les entraînements et pour que les joueurs soient bien au courant des risques sur les matchs, de l'importance de leur posture, de leur façon de plaquer, de leur attitude sur le terrain », explique Jérôme Debout, président du comité départemental de rugby de la Somme.