Pierre-Édouard Bellemare : Une carrière de hockey exceptionnelle

Pierre-Édouard Bellemare, né au Blanc-Mesnil, a tracé un parcours remarquable dans le monde du hockey sur glace, marqué par sa persévérance, son adaptabilité et son leadership. Sa carrière, jalonnée de défis et de succès, témoigne d'une détermination sans faille et d'une passion inébranlable pour ce sport.

Des débuts atypiques

Fils d'une mère franco-américaine et d'un père martiniquais, Pierre-Édouard a passé son enfance dans diverses régions, de la région parisienne au sud de la France. Ses premiers pas sur la glace ont été guidés par Charly Freby et Michel Moussol à Montpellier, qui ont su déceler son potentiel malgré des méthodes d'entraînement peu conventionnelles. « Je me souviens qu’ils me faisaient patiner sans palet ce qui me rendait fou ! Après un bref séjour dans l’ancienne patinoire montpellieraine située face au zoo de Lunaret (aujourd’hui détruite et remplacée par celle de Vegapolis à Odysseum), le futur attaquant de l’équipe de France continua ensuite son apprentissage de jeune hockeyeur dans deux villes sudistes voisines, d’abord à Nîmes dans le Gard puis en Avignon dans le Vaucluse avant que sa famille nombreuse décide de déménager pour revenir dans la région parisienne. »

Malgré les difficultés liées à son origine modeste et aux longs trajets en transport en commun pour se rendre aux entraînements, Pierre-Édouard a persévéré, trouvant dans ces obstacles une source de motivation. « Je me souviens, je partais avec ma crosse de Saint-Ouen pour Saint-Maur avant d’arriver à Viry-Châtillon pour m’entraîner. Trois heures de métro ! Avec, parfois, des contrôles d’identité et des policiers qui me demandaient pourquoi j’avais une arme en regardant ma crosse ! En fait, ce contexte parfois humiliant m’a aidé, ça m’a forgé un côté positif. Je profite de chaque moment et dans les équipes, j’ai souvent le rôle d’assistant capitaine. » Le soutien indéfectible de sa mère, Frédérique, ceinture noire de karaté, a été essentiel dans son développement, lui inculquant une discipline rigoureuse qui lui a été très bénéfique tout au long de sa carrière. « Le vrai héros de mon histoire c’est ma mère ! »

L'ascension en Ligue Magnus

En 2002, à l'âge de 17 ans, Pierre-Édouard a fait ses débuts en Ligue Magnus avec les Dragons de Rouen, côtoyant des joueurs expérimentés tels que Franck Pajonkowski et Arnaud Briand. Car à Rouen, Pierre-Edouard Bellemare commença à garnir son palmarès en devenant d’abord champion de France de la Ligue Magnus en 2003. Il fut également élu meilleur espoir français de la Ligue en 2005. Il a rapidement gravi les échelons, remportant le championnat de France en 2003 et étant élu meilleur espoir français en 2005. Ses performances remarquées lui ont ouvert les portes du championnat suédois. Mais Pierre-Edouard Bellemare continua à enrichir encore son palmarès en remportant deux fois la Coupe de France. Inévitablement ses belles prestations sur la glace ne passèrent pas inaperçues et il commença à être très sollicité.

L'aventure suédoise : une étape déterminante

En 2006, Pierre-Édouard a choisi de rejoindre le championnat suédois « Allsvenskan » avec le club de Leksands, motivé par le prestige du hockey suédois, alors champion du monde et champion olympique. C’est ainsi qu’en 2006, Pierre-Edouard Bellemare, qui n’avait que 21 ans, va disputer pendant trois saisons le championnat « Allsvenskan » qui est le deuxième niveau de hockey sur glace en Suède avec le club de Leksands. Il décida de choisir la Suède car ce pays était à l’époque champion du monde et le champion olympique de hockey sur glace. Cette expérience s'est avérée difficile au départ, confronté à la barrière de la langue, aux exigences physiques et au scepticisme de certains. A cette occasion Pierre-Edouard Bellemare confia : « Je ne parlais ni suédois ni anglais et j’étais un asticot par rapport aux autres, dernier à tous les tests physiques. Les autres joueurs se foutaient de ma gueule. L’entraîneur m’appelait « Fucking French Guy (putain de français). Mais je me suis accroché. J’ai appris deux langues en quelques mois. Je me suis entraîné comme un débile. J’ai pris huit kilos de muscles et le regard des autres a changé. » Il a su surmonter ces obstacles grâce à sa détermination et à son travail acharné, devenant le meilleur buteur de la Division 2 suédoise. Il devint le meilleur buteur de la Division 2 suédoise, ce qui lui permit de jouer ensuite pendant cinq saisons consécutives en Svenska Hockeyligan (en SHL de 2009 à 2014), avec le célèbre club suédois de Skellefteå AIK.

Lire aussi: L'ascension fulgurante de Boudehent

Par la suite, il a évolué pendant cinq saisons en Svenska Hockeyligan (SHL) avec le club de Skellefteå AIK, remportant le championnat de Suède en 2013 et 2014. A cette occasion l’attaquant international tricolore fut sacré champion de Suède en 2013 et 2014. Cette période en Suède a été cruciale dans son développement, lui permettant d'acquérir une expérience précieuse et de se forger une réputation de joueur fiable et talentueux.

L'éclosion en NHL

Après avoir attiré l'attention des recruteurs de la NHL, Pierre-Édouard a finalement signé avec les Flyers de Philadelphie en 2014. En effet, les Blackhawks de Chicago furent les premiers à montrer de l’intérêt pour Pierre-Edouard Bellemare, mais rien ne s’était concrétisé en raison d’une blessure à une hanche et au pelvis qui l’avait obligé à disputer seulement 29 matchs en Suède au cours de la saison 2012-2013. Un coup d’éclat qui lui valut d’être à nouveau très courtisé. Le Français, qui bénéficie d’un bon physique (1,82 mètre et 90 kilos), engagea alors des discussions avec les Canadiens de Montréal, mais c’est par la suite un appel téléphonique venu d’un dirigeant des Flyers de Philadelphie qui suscita son plus grand intérêt. Il a rapidement prouvé sa valeur, s'imposant comme un joueur clé grâce à son éthique de travail, son sens du sacrifice et sa capacité à exceller dans un rôle défensif. En effet, jouer pour une équipe américaine avait des avantages car les Flyers lui proposaient de jouer un rôle bien précis sur la glace de centre-ailier plutôt défensif avec ou sans palet, une fonction qui était aussi importante pour le club que pour lui. Pour l’anecdote, Bellemare marqua son premier but dans la NHL le 22 octobre 2014 face aux Penguins de Pittsburgh. Ayant bénéficié de cette opportunité le Français confiera : « Je me suis plutôt bien intégré et ce qui m’a aidé paradoxalement c’est mon âge car j’avais plus de recul sur la vie. Et le fait que je parle trois langues (Suédois, Français et Anglais) ça m’a permis de parler avec pas mal de joueurs différents dans le vestiaire et de m’en faire des amis. »

Il sera très apprécié dans l'équipe américaine de Pennsylvanie au point de devenir « assistant capitaine » lors de sa dernière année chez les Flyers au mois de mars 2017 après le départ de Mark Streit qui fut échangé au Lightning de Tampa Bay. D’autant que Pierre-Edouard Bellemare, qui ne cache pas qu’il a toujours été un joueur « assez bruyant dans les vestiaires », allait s’infliger à lui-même une discipline stricte tout en effectuant une nouvelle « mue » pour s’adapter encore d’avantage au jeu spécifique de la NHL. C’est ainsi que de leader habituellement offensif, il devint par nécessité un attaquant plutôt défensif spécialiste des infériorité numériques. À l’issue de son expérience avec les Flyers, Pierre-Edouard Bellemare déclara prendre chaque match comme si c’était le dernier.

Après son passage à Philadelphie, il a continué à évoluer dans la NHL avec les Golden Knights de Vegas, l'Avalanche du Colorado et le Lightning de Tampa Bay, démontrant sa polyvalence et sa capacité à s'adapter à différents systèmes de jeu. Pourtant, le 21 juin 2017, il débuta quatre nouvelles aventures exceptionnelles dans la NHL aux Etats-Unis en récupérant son numéro 41 habituel. Le célèbre hockeyeur français a eu d’abord la grande chance de pouvoir évoluer pendant deux ans avec les Golden Knights de Vegas. Pour l’anecdote, le Tricolore, qui était alors le deuxième français à disputer une « ronde finale » pour le titre après Cristobal Huet (2010), a découvert une chose totalement inattendue après son passage dans la cité des anges. Car pour immortaliser la performance des Golden Knights, finalistes de la Coupe Stanley dès leur première saison, un promoteur immobilier local a utilisé les noms des 22 hockeyeurs finalistes pour baptisé toutes les allées d’un nouveau quartier de Las Vegas. Du coup, il existe désormais une rue « Pierre-Edouard » ! « Ils auraient pu prendre mon nom plutôt que mes deux prénoms, a ironisé Bellemare. C’est incroyable. Après cet épisode épique, il passa également deux nouvelles saisons dans le grand circuit nord américain en défendant cette fois les couleurs du Colorado Avalanche (2019 à 2021) toujours avec son numéro fétiche 41 qui lui porta chance puisque sa famille s’est agrandie avec la naissance de son deuxième enfant, sa fille Lilia Rose.

Sur le plan sportif l’occasion pour Pierre-Edouard Bellemare d’atteindre le chiffre symbolique de 500 matches disputés dans la NHL le 1er mai 2021, une victoire de 4-3 de l'Avalanche contre les Sharks de San Jose, devenant ainsi le troisième joueur d'origine française à franchir ce cap, rejoignant Antoine Roussel (544) et Paul MacLean (719) qui est né en France considéré toutefois comme canadien de formation. A cette occasion, Pierre-Edouard Bellemare marquera encore l’histoire du hockey sur glace français à deux reprises. D’abord en étant le premier français à remporter le « Trophée des Présidents », récompensant la meilleure équipe de saison régulière en NHL. « Pour une grande victoire, il y a toujours des sacrifices à faire : le corps, le mental, la famille, dit-il. En Suède, j'ai joué en étant blessé, à Rouen aussi. Mais ça ne me dérange pas. Je n'ai pas peur de prendre des coups ».

Lire aussi: Saison des U17 du PSG décortiquée par Paul Bourdin

La dernière saison avec le Tampa Bay Lightning sera très difficile pour Pierre-Edouard Bellemare comme l’a raconté le Journal de Montréal dans lequel on pouvait lire : « Avant le début des séries, le Français de 38 ans se retrouvait dans une période creuse de 20 rencontres sans un seul but. Jon Cooper l’avait également rayé de la formation à sept reprises en fin de saison. Bellemare a confié qu’il avait connu une année difficile. « C’était très, très dur. J’ai vécu le départ de ma maman. J’avais aussi enduré une blessure à la fin de la dernière saison et j’ai subi une opération. J’ai traversé une longue route pour me remettre dans le bon sens. Le journal du Québec relata en détail cette période très douloureuse pour le célèbre hockeyeur français en expliquant : « Au mois de janvier 2023, Bellemare a vécu le deuil de sa mère Frédérique. En rémission d’un cancer du sein, elle a appris au mois d’octobre que son cancer était de retour, s’attaquant maintenant à son foie et à ses poumons. Elle a succombé à cette terrible maladie quelques mois plus tard. Quand il a déjoué Samsonov dans les premières secondes du premier match, le centre du Lightning n’a pas lancé un regard vers le ciel, comme il l’avait fait le 28 janvier en marquant contre les Kings à Los Angeles quelques jours après la perte de sa mère. « Non, je n’ai pas essayé d’y penser, a-t-il répliqué. Avec le deuil, il y a des hauts et des bas. Des fois, tu y penses et tu as des ailes qui te poussent. Mais d’autres fois, tu y penses et ça te place six pieds sous terre. Je veux y penser dans les bons moments. Le hockey m’aide à me concentrer. Quand je suis chez moi à la maison, je peux me tourner vers ma femme et mes enfants. Le décès de ma maman est encore frais dans mon esprit. Le chroniqueur du Journal de Montréal, Jean-François Chaumont, avait conclu son article sur l’international tricolore en disant : « Candidat du Lightning pour le trophée Bill-Masterton, qui couronne le joueur le plus persévérant, Bellemare avait parlé avec beaucoup d’émotions de sa mère dans une interview au Tampa Bay Times au début du mois d’avril. « Ma mère était un roc pour moi et mes quatre frères et sœurs. Elle s’est occupée seule de sa famille. Je lui dois ma carrière. C’est elle qui m’a enseigné toutes les valeurs importantes dans la vie comme dans le sport. ».

Avec 608 matches (record porté désormais à 700) Pierre-Edouard Bellemare devenait l’an passé le joueur originaire de la France avec le plus de matches dans l’histoire, devançant Antoine Roussel. « Ce n’est pas normal, avait-il mentionné. Je suis ici, mais je ne devrais pas y être quand tu regardes mon passé. Quand tu penses à mon enfance et toutes les difficultés rencontrées, je ne devrais pas y être. Mais c’est grâce à ma maman. Enfin, il signa au début de la saison actuelle (2023-2024) un contrat avec le nouveau le club de Seattle Kraken qui est devenu récemment la 32e franchise de la NHL. L’incident eut lieu lors d’une rencontre face au Minnesota Wild. A noter que pendant cette période inespérée de dix ans passés au total dans le circuit professionnel nord-américain de la NHL, le hockeyeur international français a comptabilisé dans ses statistiques 138 points dont 64 buts et 74 assistances.

Un modèle de persévérance et d'humilité

Tout au long de sa carrière, Pierre-Édouard Bellemare a incarné les valeurs de persévérance, d'humilité et de respect. Dans le site internet officiel de la NHL on peut lire à son sujet : « L’éthique de travail et le caractère du vétéran du Kraken lui ont permis de connaître une improbable carrière dans la NHL. » Il a su surmonter les obstacles, s'adapter aux défis et rester fidèle à ses principes, devenant un modèle pour les jeunes joueurs et une source d'inspiration pour tous ceux qui aspirent à réaliser leurs rêves. « Honnêtement, je ne pensais même pas que j’allais jouer un match à mon arrivée dans la Ligue, a raconté Bellemare. Je me souviens de m’être dit que j’avais plus de hockey derrière moi que devant. J’en suis fier, mais c’est quelque peu surréel parce que je suis un joueur de hockey français, a ajouté Bellemare. Je ne suis pas un Québécois, mais bien un Français ! Toute ma vie, on m’a dit que c’était impossible de simplement faire le saut dans cette ligue. J’ai toujours dit à ma mère que le jour où je cesserais d’apprendre serait le jour où je cesserais de jouer, a-t-il affirmé. J’apprends encore, donc je ne sais pas pourquoi j’arrêterais parce que je me sens en pleine forme. À moins que les équipes ne veuillent pas de moi, mais ce n’est pas le cas jusqu’à maintenant, et j’espère que ça n’arrivera pas.

Au sujet de Pierre-Edouard Bellemare, un événement particulier le concernant est passé un peu trop inaperçu lors de la promotion 2017 du Temple de la Renommée de la FFHG que j’ai eu l’honneur de présenter. En effet, le célèbre international tricolore a remporté à cette occasion le Trophée « Cristobal Huet » créé en 2011 et qui est remis que …

Retour en équipe de France

Après sept ans d'absence, Pierre-Édouard Bellemare a fait son retour en équipe de France pour les Championnats du monde à Ostrava en République tchèque. Lors des Championnats du monde qui débuteront dans une semaine à Ostrava en République tchèque Pierre-Edouard Bellemare sera à coup sûr très motivé. D’autant qu’il fêtera son grand retour chez les Bleus après sept ans d’absence ! Autant dire une éternité pour le célèbre attaquant numéro 41. Il l’a encore prouvé en 2017 lors son dernier tournoi mondial disputé à Paris. Combattant infatigable, le temps qui passe ne semble pas avoir de prise sur Pierre-Edouard Bellemare. Du coup, le sympathique international voudra démontrer une fois encore, qu’à l’âge de 39 ans, il conserve toujours de beaux restes sur la glace. Si je ne doute pas de son apport positif pour l’équipe de France, c’est parce depuis le début de sa carrière, Pierre-Edouard Bellemare ne cesse d’effectuer un parcours sportif exemplaire et d’une exceptionnelle longévité, qui plus est à un très haut niveau. Son expérience et son leadership seront précieux pour les Bleus, qui pourront compter sur sa détermination et son professionnalisme.

Lire aussi: Handball : Focus sur Michal Baran

tags: #paul #gagne #hockey