L'annonce de Nasser Al-Khelaïfi concernant une possible vente d'une partie du Paris Saint-Germain (PSG), survenant en parallèle d'une offre considérable du Qatar pour racheter Manchester United, a suscité des interrogations. Cet article vise à éclaircir cette situation, en explorant les objectifs du Qatar dans le football européen, les raisons d'une ouverture du capital du PSG à des investisseurs extérieurs, et les enjeux géopolitiques sous-jacents.
Le Qatar et ses ambitions footballistiques
Depuis l'acquisition du PSG en 2011 et l'organisation de la Coupe du Monde 2022, le Qatar a affirmé sa présence sur la scène internationale, cherchant à gagner en légitimité et à promouvoir son image auprès des pays occidentaux. En 2023, le Cheikh Jassim a représenté le Qatar dans une tentative de rachat de Manchester United. Cependant, face à la réticence des Glazer à céder l'intégralité de leurs parts, le projet a été abandonné. Cet échec a soulevé des questions quant à l'avenir des investissements qataris dans le PSG.
Une double stratégie pour conquérir l'Europe
Selon The Athletic, le Qatar poursuit une double stratégie pour s'implanter durablement dans le football européen. Une première voie consiste à développer QSI, qui a déjà acquis des parts dans le club de Braga, ambitionne d'investir dans un club espagnol, et a même approché Daniel Levy, le président de Tottenham. Ces participations minoritaires ne remettraient pas en cause les investissements réalisés au PSG.
Parallèlement, le Qatar dispose de ressources financières considérables, permettant d'investir via d'autres fonds privés, comme illustré par la tentative de rachat de Manchester United par le Cheikh Jassim. Bien que cette stratégie soit connue, la Premier League reste vigilante, consciente que tout achat majeur par un investisseur qatari nécessite l'aval de l'émirat.
Ainsi, le Qatar conserve la possibilité d'investir dans d'autres clubs européens sans compromettre son engagement envers le PSG.
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L'ouverture du capital du PSG : une stratégie géopolitique
L'annonce de Nasser Al-Khelaïfi concernant la recherche d'investisseurs extérieurs pour le PSG a surpris, d'autant plus que le club ne semble pas confronté à des difficultés financières. The Athletic apporte un éclairage sur cette démarche : le PSG est devenu une marque mondialement reconnue, et l'ouverture de son capital à des investisseurs, idéalement américains, vise à renforcer les liens entre le Qatar et les États-Unis.
En contrepartie, le Qatar a commencé à investir aux États-Unis, notamment en acquérant une participation dans la société mère des Washington Wizards (NBA) et des Washington Capitals (NHL). Ces considérations géopolitiques justifient donc l'ouverture du capital du PSG à des investisseurs américains, sans pour autant remettre en question l'ambition du Qatar de faire du club parisien son porte-étendard dans le football européen.
Rachat du PSG : Un feuilleton récurrent
Depuis la vente du PSG par Canal+ en 2006, les rumeurs de rachat par divers fonds d'investissement (américains, russes, ou originaires du Golfe) n'ont cessé d'alimenter les spéculations. Colony Capital, actionnaire majoritaire, souhaite céder ses parts après avoir atteint son principal objectif : l'obtention du bail emphytéotique du Parc des Princes. La gestion d'un club de football s'avérant financièrement décevante, le moment semble opportun pour la vente.
Des négociations avec Qatar Investment Authority (QIA) sont en cours depuis plus d'un an, avançant lentement au rythme souhaité par les candidats. En 2006, une première tentative de rachat par des investisseurs qataris avait échoué, notamment en raison de l'opposition de la mairie de Paris. Des contacts discrets avaient également eu lieu fin 2008, et un accord portant sur 66% des parts aurait été trouvé au printemps 2010, sans confirmation ultérieure.
L'opération s'inscrit dans une stratégie d'image internationale pour le Qatar, désireux de se positionner comme un acteur majeur du football mondial et d'acquérir une expertise dans ce secteur. Le PSG deviendrait ainsi un outil géopolitique, une expérience inédite en France.
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QIA devra toutefois mesurer le "risque politique" lié à la possession du PSG, en évitant de se laisser griser par l'impression d'avoir acquis un symbole du prestige de la capitale française.
Des investissements massifs pour un club de rêve
La perspective d'une reprise par une institution aux capacités financières illimitées suscite l'enthousiasme des supporters, qui rêvent d'un "Manchester City à la française". Le nom d'Arsène Wenger a souvent été évoqué. Des investissements de 150 millions d'euros sur les trois prochaines années sont parfois évoqués. Les ambitions sportives des nouveaux propriétaires restent inconnues, mais le club retrouverait une capacité d'investissement sur le marché national et une sécurité financière à moyen terme.
Le PSG : un actif à part
La valeur du Paris Saint-Germain est difficile à estimer, compte tenu de ses pertes financières et de sa sensibilité aux aléas sportifs. Les spécialistes l'évaluent entre 40 et 60 millions d'euros. En 2006, Colony Capital, Morgan Stanley et Butler Capital Partners n'avaient déboursé que 26 millions d'euros.
Le PSG n'est pas un actif comme les autres. A priori, le modèle des socios ne serait pas exportable. Il ne s'agit pas de faire se mettre d'accord à l'unanimité 50 000 personnes, juste d'organiser tous les 3-4 ans une élection pour savoir qui sera le président du club.
Nasser al-Khelaïfi : un homme clé
Nasser al-Khelaïfi, président du PSG, est une figure incontournable du club. Il accueille régulièrement dans le carré VIP du Parc des Princes des personnalités politiques, des stars et des hommes d'affaires. Nicolas Sarkozy, grand amateur de football, fait partie des intimes du club.
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Au centre de cette cour trône donc Nasser al-Khelaïfi, 45 ans, sur qui les ans ne laissent pas de traces. Courtois, chaleureux, discret. Très discret. Sa famille demeure au Qatar. A peine sait-on qu'il a perdu sa mère l'année dernière. Sa présence en France est due à ses activités professionnelles.
Familier des stades, l'homme n'a rien d'une grande gueule partageant le langage fleuri des supporters. Ministre d'État sans portefeuille, mais détenteur d'un passeport diplomatique, Nasser al-Khelaïfi sait que, en tribune, le moindre faux pas, la moindre faute de goût de sa part seraient perçus comme dommageables pour le Qatar.
Il est aussi à la tête de Qatar Sports Investments (QSI) - qu'il pilotait depuis 2004 pour gérer des contrats marketing et de droits télévisuels de l'émirat -, la structure propriétaire du PSG et de la chaîne BeIn Sports. Par le biais de QSI, Nasser al-Khelaïfi est le seul lien officiel entre ces structures, en tant que président de club, propriétaire de droits de transmissions et dirigeant d'une chaîne consacrée au sport.
La concentration de pouvoir est telle, entre les mains de l'élégant Nasser, qu'il siège désormais au conseil d'administration du fonds d'investissement souverain de l'émir du Qatar, le Qatar Investments Authority, qui dispose de 300 milliards de dollars.
Un ancien joueur de tennis devenu homme d'affaires influent
Il est loin le temps où Nasser al-Khelaïfi était tennisman professionnel. A la fin des années 1990, le futur président du PSG s'apprête à terminer une carrière sportive sans autre fait de gloire qu'une 995e place au classement ATP.
Soutenu financièrement par les autorités de l'émirat, Nasser voyage sur la terre entière pour participer aux tournois qui pullulent en marge du circuit principal. Une existence de joueur professionnel qui lui permet de vivre confortablement, à Doha, où il reçoit ses visiteurs au volant d'une Mercedes blanche.
Nasser s'entraîne dur avec un garçon plus jeune, plus rond, moins doué. Cet adolescent va changer le cours de sa vie. Aujourd'hui encore, sur la photo de l'équipe nationale de tennis, on reconnaît facilement l'actuel émir du Qatar, Tamim al-Thani. Le tennis va lier d'une amitié indéfectible deux hommes que rien ne destinait à se rencontrer.
Grâce au soutien de son ami, le fils de l'émir, il entre à Al Jazeera Sport, dont il prend la direction en 2006. Au fur et à mesure que les ambitions géopolitiques et sportives de son pays grandissent, le jeune dirigeant prend de l'importance. Très vite, Nasser, l'ami de l'émir, devient le représentant des intérêts sportifs du Qatar en France et en Europe.
Un homme inaccessible et entouré
Du côté de l'ambassade du Qatar, le message est clair : "Le PSG n'est pas le Qatar, c'est un sujet sensible." Avec un ministre d'État à sa tête, les affaires du club parisien sont en effet traitées depuis Doha, "directement par le cabinet de l'émir".
Nasser al-Khelaïfi a pour principe de demeurer fidèle à ses plus anciennes connaissances. Yousef al-Obaidly, 38 ans, ancien membre de l'équipe nationale de tennis du Qatar, se positionne comme son alter ego. Lui aussi a tapé la balle jaune en compagnie de l'émir avant de se reconvertir dans les affaires.
L'évolution de la valeur du PSG
Le PSG a récemment ouvert son capital, et Arctos Partners en a profité. Le fonds d'investissement a acquis 12,5% du club de la capitale, pour 530M€. Aujourd'hui le champion de France est donc valorisé à plus de 4,25 milliards d'euros.
Depuis 2011, le PSG a évolué de façon vertigineuse. Le club de la capitale avait été vendu pour 70M€ au Qatar en 2011, et douze ans plus tard il serait évalué à plus de 4,25 milliards d'euros. Cela représente donc une évolution du capital de plus de 6000%.
Selon l'économiste Christophe Lepetit, interrogé par Le Parisien, cette augmentation du capital du champion de France est notamment dû au développement de la marque. « Le PSG n’est pas propriétaire de son stade. Mais avec la convention d’occupation longue durée que lui octroie la ville, c’est presque comme s’il l’était. La valorisation se fonde sur d’autres choses, comme les revenus du club et tout le développement de la marque. En se rapprochant d’autres univers comme le lifestyle, la mode, l’art, Paris a constitué une très grande marque internationale.
Accusations et controverses
Le patron qatari du Paris Saint-Germain a été mis en examen, le 5 février, pour « complicité d’achat de vote et d’atteinte à la liberté du vote » et « complicité d’abus de pouvoirs » dans l’un des volets du dossier qui vaut à Arnaud Lagardère d’avoir été mis en examen en 2024.
Le PSG, détenu par un fonds souverain qatari (QSI), aurait eu recours à "un dopage financier" d'envergure pour gonfler ses revenus grâce à des "contrats fictifs" et "sous couvert de l'UEFA", l'instance censée réguler ses dépenses via le fair-play financier. Ce contrat s'élève à "1,075 milliard d'euros promis sur cinq ans au PSG par l'Office du tourisme du Qatar (QTA), soit 215 millions d'euros par an".
En 2014, QTA s'est même vu retirer 10 de ses 15 sièges en loge, sans un courrier d’explication, sur ordre personnel du président du club, Nasser Al-Khelaïfi.