Ipswich Town Football Club, fondé en 1878, est un club de football anglais basé à Ipswich, dans le Suffolk. Son histoire est riche en succès et en périodes de défis, faisant de lui un club emblématique du football britannique. Cet article explore l'histoire du club, son stade légendaire, Portman Road, et ses ambitions futures.
Les Années de Formation et l'Ascension Progressive (1878-1955)
Dans la petite capitale du Suffolk, région à majorité agricole et rurale située au nord-est de Londres, les Cobbold règnent en maîtres, telle une famille seigneuriale sur ses vassaux. Leur spécialité, c’est la bière du même nom, avec une grande brasserie qui trône au cœur de la ville et qui tourne à plein régime. Puissants économiquement et politiquement, les Cobbold veulent offrir à leur bon peuple le divertissement qu’il mérite. Propriétaires du club de football de la ville, ils décident alors d’y injecter de l’argent pour lui permettre d’exister sur la scène nationale. Près de 60 ans après sa création en 1878, Ipswich Town FC change de dimension : la formation de niveau régional se professionnalise et grimpe petit à petit les échelons, avant et après-Guerre.
L'Ère Alf Ramsey: Une Ascension Fulgurante (1955-1963)
En 1955, Alf Ramsey, un ancien bon joueur de Tottenham, est nommé entraîneur. L’homme est ambitieux et les résultats de son équipe spectaculaires : montée en D2 en 57, première montée historique en D1 en 61 et victoire en championnat la saison suivante! Le petit promu qui s’impose, la surprise est totale. Matt Busby lui-même est impressionné par le séduisant jeu offensif produit par les Blues d’Ipswich. Cependant, l’euphorie ne dure pas : en 1963, Alf Ramsey est appelé à prendre la tête de la sélection (qu’il emmènera au titre mondial à domicile trois ans plus tard), laissant le club qui l’a révélé en tant que technicien redescendre en deuxième division. Le purgatoire dure quatre ans, de 64 à 68.
L'Ère Bobby Robson: Succès Nationaux et Européens (1969-1982)
Un an plus tard en 1969, la direction d’Ipswich, décidément très inspirée, fait confiance une nouvelle fois à un jeune entraîneur : Bobby Robson, 36 ans à l’époque, ancien attaquant international. Quoiqu’un peu plus long à se dessiner, le succès d’Ipswich sous l’ère Robson est tout aussi remarquable qu’à l’époque de Ramsey, voire même plus spectaculaire encore. Car à défaut de conquérir un nouveau titre en championnat, les Blues se font spécialistes des coupes : victoire en FA Cup en 1978 (1-0 en finale face à Arsenal) et victoire en Coupe UEFA en 1981 (3-0, 2-4 contre AZ). Les joueurs marquants de cette glorieuse époque des paysans du Suffolk faisant la nique à l’Europe se nomment Terry Butcher, John Wark, Paul Mariner, Paul Cooper, Kevin Beattie, Russell Osman, les Hollandais Frans Thijssen et Arnold Mühren… Ce sont des stars, à tel point que certains d’entre eux sont réquisitionnés pour jouer les figurants du film À Nous la Victoire de John Huston, avec Stallone et Pelé, sorti en 1981.
Déclin et Périodes d'Instabilité (1982-2000)
Le départ de Bobby Robson en 1982 a été fatal. Comme Ramsey avant lui, ses succès à Ipswich lui ont permis de taper dans l’œil de la fédé et de devenir sélectionneur national, poste qu’il occupera jusqu’à la Coupe du monde en 1990, terminée en demi-finale face au futur vainqueur allemand. Pendant ce temps à Ipswich, l’ancien assistant de Robson, Bobby Ferguson, promu entraîneur principal, n’a pas la même réussite que son prédécesseur et l’équipe finit par retomber en deuxième div’ en 1986. Depuis, les Blues semblent s’être durablement installés dans l’antichambre, n’en sortant que deux fois pour retrouver l’élite, d’abord entre 1992 et 1995 puis entre 2000 et 2002.
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Brèves Apparitions en Premier League et Lutte en Championship (2000-2019)
Une seule saison à retenir parmi ces cinq : la saison 2000-2001, terminée à la cinquième place, à 3 points seulement d’une qualification pour la Ligue des champions. George Burley est élu cette année-là entraîneur de l’année en Premier League, devant Gérard Houllier et Alex Ferguson. C’est à cette époque que l’équipe d’Ipswich Town est désignée par certains supporters adverses chambreurs du sobriquet de « Tractor Boys » , un peu sur le modèle des paysans guingampais aujourd’hui. Mais les bouseux du Suffolk ne surprennent qu’une seule saison : dès la suivante en 2001-2002, ils redescendent en Championship et n’en ont plus jamais bougé, faisant pour le coup plus penser à notre Châteauroux national, éternel pensionnaire de Ligue 2.
Bien, mais pas top : voici ce qu’on peut dire de l’état de forme du moment d’Ipswich Town, qui occupe actuellement la 6e et dernière place qualificative pour les play-offs, à mi-saison. Le gros point positif, c’est la série de sept matchs d’invincibilité qui court depuis fin novembre. L’entraîneur irlandais Mick MaCarthy (en poste depuis un an) dispose de quelques bons compatriotes parmi l’effectif pour performer, parmi lesquels le défenseur Daryl Murphy et l’attaquant David McGoldrick (11 buts depuis le début de saison pour ce dernier). Depuis 2007, les « Tractor Boys » sont la propriété de l’homme d’affaires Marcus Evans, qui a épongé une partie des importantes dettes du club. Aux dernières nouvelles, Ipswich Town continuerait néanmoins à perdre de l’argent, ce qui pourrait constituer à terme une menace pour son avenir.
Rivalités et Derby de l'Est Anglie
Neuf ans et quatre mois… La dernière victoire d’Ipswich Town sur son plus grand rival, Norwich City, date du 19 Avril 2009 à Portman Road. Lors de la dernière rencontre, en Février dernier, les Tractor Boys pensaient avoir fait le plus difficile en ouvrant le score à la 89ème minute de jeu. L’ « East Anglian Derby » ou le « Old Farm Derby »pour faire référence au derby de Glasgow, c’est l’une des plus grosses rivalités d’Angleterre. Selon un sondage mené en 2008, cette rivalité a même été classée seconde dans le football anglais à l’époque. Les deux équipes ont connu un début de saison compliqué, Norwich City est 18ème et Ipswich Town est dernier du Championship, après cinq journées. Nul doute que le match de ce premier weekend de Septembre lancera la saison du vainqueur. Mais le vaincu, lui, en plus de confirmer son mauvais début de saison, subira cette saison la rivalité régionale.
Portman Road: Un Stade Historique au Cœur de la Ville
Ipswich est une ville portuaire, située à une centaine de kilomètres à l’Est de Londres. Assez surprenante, elle mêle l’architecture médiévale à l’architecture moderne. Le stade, Portman Road, possède 30311 places. Il est situé au coeur de la ville. Il n’a pas bougé depuis 1884 (même s’il a subi multiples rénovations). Comme la ville, il allie le style moderne par rapport aux bâtiments qui s’y sont greffés, et historique avec l’architecture des tribunes.
À Portman Road, où se dresse le stade d'Ipswich Town depuis 1884, ils seront assis, mais personne n'interdit de boire pendant trois heures avant le coup d'envoi, et jusqu'à la dernière minute.
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Hommage à Bobby Robson
Parlons un peu de Bobby Robson. Sir Bobby Robson. Le célèbre joueur et manager anglais a une statue à son effigie devant le stade. Et une tribune à son nom. « What is a club? It’s the noise, the passion, the feeling of belonging ».
Ambiance de Derby à Portman Road
Le coup d’envoi du match étant prévu à 12h (par mesure de sécurité), l’avant match sera court. Les supporters de Norwich City, se rassembleront, pour beaucoup, en face de la gare où un pub leur sera réservé. Une partie basse près d’un pont leur sera aussi réservée. C’est par ce même pont que la foule se rend au stade. Le quartier reliant la gare au stade est sécurisé par un nombre important de policiers et tout est bien cadré. L’arrivée au stade se passe sous « chambrages », provocations, chants, insultes. Il fait beau, le stade est quasiment plein et l’ambiance est belle. Le derby peut commencer. La tension des tribunes se ressent sur le terrain. Le jeu est tendu, et ce qu’on aime en Angleterre, c’est que l’arbitre laisse jouer. Il y aura cependant peu d’occasions en première mi temps. Un pressing d’une grosse intensité provoquera de multiples erreurs des deux côtés. La fin de la première période s’emballera pour Ipswich Town. Un poteau sur une frappe puissante qui donnera à la fois frustration et espoir à ses supporters à cinq minutes de la mi-temps. Un penalty réclamé par les joueurs blues (et tout le stade) suite à une percée dans la surface de Norwich City ne sera pas accordé. Le nombre de supporters Away avait été limité pour ce derby. Il sont plus de 2000 à être présents sur la partie supérieure de la tribune latérale Cobbold Stand d’Ipswich. Coté Home fans, on notera une partie de supporters assez virulents, dans le bas de la tribune South Stand (du côté des Away fans). La seconde période débute avec une équipe d’Ipswich Town qui met la pression sur la défense adverse. On sent le but venir. Suite à un corner mal relancé, le ballon est récupéré et la frappe d’Edwards est contrée par un défenseur et trompe le gardien. Un énorme chaos résonne dans le stade: l’une des plus belles joies que j’ai ressenti dans un stade de football. L’impression que dix ans de malheur s’échappent grâce à ce but. Un sentiment d’infériorité, de honte qui disparaissent en un instant. Le stade est en folie. Cela ne durera que quatorze minutes. La réaction de Norwich City a bien lieu et la pression est de plus en plus forte. D’une frappe de Leitner à l’extérieur de la surface qui surprend la défense et le gardien des blues. Norwich City exulte. Portman Road se tait et regarde la folie jaune fêter l’égalisation. Près de moi, un supporter de Norwich City sera expulsé du stade après avoir provoqué les supporters adverses et en cherchant à se battre. La fin de match sera tendue, les deux équipes cherchant la victoire. C’est terminé. Ipswich Town ne mettra pas fin à la longue série. Dix ans de souffrance pour Ipswich Town, dix ans de règne pour Norwich City. Des « East Anglia Patrons » se font entendre du côté des Yellow fans. Ils restent la fierté de l’Est Anglie au moins jusqu’en Février 2019. Jusqu’au prochain rendez vous. Ce derby de l’Est Anglie me laisse un très bon souvenir. Une belle ville, un stade typique, une grosse ambiance, un match disputé.
Chronologie des Saisons Clés
- Fondation: 16 Octobre (Fusion avec l'Ipswich Rugby Club).
- Intégration en Southern League Division 1 (D4). Ipswich Town FC termine 1er.
- Admission en National Football League et intégration en Division 3 (D3).
- 1961: Première montée en Division 1 (D1).
- 1962: Champion d'Angleterre (D1).
- 1978: Victoire en finale de Coupe d'Angleterre contre Arsenal FC (1-0).
- 1981: Victoire en Coupe UEFA.
- 2000: Promotion en Premier League.
- 2001: 5ème de Premier League.
- 2002: Relégation en Championship (D2).
- 2018-2019: Relégation en League One (D3).
- Récent : Promotion en Premier League en mai, après vingt-deux ans d'attente.
Le Surnom "Tractor Boys"
C'est à cette époque que l’équipe d’Ipswich Town est désignée par certains supporters adverses chambreurs du sobriquet de « Tractor Boys » , un peu sur le modèle des paysans guingampais aujourd’hui. L'affaire remonte, selon les historiens parmi les supporters, à un déplacement à Birmingham en 1998, où les gars du Suffolk, une terre d'agriculture, étaient moqués, comme souvent. Et puis Ipswich a mené 1-0, et ils ont chanté : « One-nil to the Tractor Boys. » Le surnom a divisé le club, et les fans ont même arboré des tee-shirts « Ex Tractor Boys » au début de la saison suivante, pour se moquer à leur tour du manque d'autodérision.
Ipswich Town et Ed Sheeran
Amoureux du club depuis qu’il est jeune, Ed Sheeran (33 ans) a investi du temps et de l’argent dans ce club de la côte Est de l’Angleterre. En grande difficulté sportive avec cette relégation en League One, le club a également été confronté à d’importantes difficultés financières. « Le club a une grande part dans la communauté locale et c’est une façon pour moi de montrer mon soutien ». Très occupé par sa tournée internationale de deux ans, le chanteur Anglais revient dès qu’il le peut à Portman Road pour supporter les Tractor Boys. Dès lors qu’il trouve le temps d’aller à Portman Road, l’auteur de Shape of you, plus de 6 milliards de vues sur YouTube, n’est pas qu’un simple spectateur, même s’il préfère être discret comme le confiait Massimo Luongo, milieu d’Ipswich Town, après un match face à Hull City : « Il ne veut pas trop d’attention, il soutient juste le club ». Ce jour-là, l’Anglais s’était tout de même mué en serveur de bières pour les supporters de Portman Road. Derrière le bar, dans les vestiaires, Ed Sheeran fait également, indirectement, parti de l’effectif des Blues. Depuis son arrivée en tant que partenaire du club en 2021, le club a décidé de ne plus attribuuer le N° 17, propriété du chanteur. Mieux encore, lors de la montée d’Ipswich Town de League One en Championship la saison dernière, l’artiste a eu droit à sa propre médaille de second du championnat. Avec une seconde promotion en deux saisons espérée pour les Tractor Boys, la prédiction du chanteur lors de la signature de son partenariat avec le club il y a trois ans semble en passe de se réaliser : « Avec l’arrivée des nouveaux propriétaires américains, il y aura certainement des moments passionnants à venir pour les fans, y compris moi-même ».
Situation Actuelle et Perspectives d'Avenir
Depuis le début de la saison, les fans d'Ipswich ont un peu plus de raisons de commander deux bouteilles à la fois : promus en Premier League en mai, après vingt-deux ans d'attente, sous l'impulsion de leur séduisant entraîneur Kieran McKenna (38 ans), ils ont gagné trois matches en cinq mois, le dernier lundi face à Chelsea (2-0). C'est peu, même pour des « Tractor Boys », leur surnom. À trois journées de la fin, leaders du championnat avec un point d’avance sur Leicester, deuxième, et 8 sur Southampton 4e, les joueurs d’Ipswich Town semblent lancés vers une remontée en Premier League.
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Ipswich Town s’inscrit dans un modèle de gestion prudent, combinant une masse salariale encadrée, un budget de fonctionnement structuré et une politique de développement fondée sur la diversification de ses sources de revenus.