L'Hymne Écossais de Rugby à Murrayfield : « Flower of Scotland », une histoire de fierté et de rivalité

L'hymne de l'équipe écossaise de rugby, « Flower of Scotland », résonne avec passion et fierté, particulièrement lors des matchs à Murrayfield. Considéré comme l'un des plus beaux hymnes du monde, il porte en lui une histoire riche et complexe, mêlant patriotisme, rivalité et aspirations à l'indépendance.

Genèse et adoption de « Flower of Scotland »

Avant 1990, c'était « God Save the Queen » qui était joué avant chaque match de l’Écosse. Cependant, le 17 mars 1990, un moment historique a marqué un tournant. Lors du dernier match du Tournoi des Cinq Nations, face à l'Angleterre, le XV écossais a pris la décision audacieuse de remplacer l'hymne britannique par « Flower of Scotland ». Cette décision, à la demande du XV écossais, a marqué l'entrée de ce nouvel hymne dans la postérité.

Créé en 1967 par Roy Williamson, membre du groupe folklorique The Corries, « Flower of Scotland » commémore la victoire écossaise sur l'Angleterre à la bataille de Bannockburn en 1314. La chanson vante les mérites des héros « qui se sont dressés contre l’armée du fier Edouard II et l’ont renvoyé chez lui pour qu’il y réfléchisse à deux fois ».

Un contexte sportif et politique tendu

Le match du 17 mars 1990 se déroulait dans un contexte très tendu entre les deux nations, tant d’un point de vue sportif que politique. L'instauration d'un nouvel impôt forfaitaire, la poll tax, instauré au Royaume-Uni en 1990, et mis à l'essai un an plus tôt sur le territoire écossais, a développé un sentiment contestataire envers le pouvoir parmi les écossais. Du côté sportif, les rencontres entre les deux pays ne se terminaient jamais de façon cordiale. « À chaque fois qu’on affrontait l’Angleterre, c’était tendu », témoigne James, un supporter retraité.

Dans les jours précédant la rencontre, les Écossais ont adopté une stratégie de silence médiatique, laissant les joueurs du XV de la Rose se vanter d’être les favoris. Le jour J, les Anglais, persuadés d’arriver en terrain conquis à Murrayfield, ont foulé la pelouse en premier en tant que visiteurs, en courant comme le font habituellement tous les joueurs. Les Écossais, eux, s’étaient mis d’accord pour se présenter depuis le couloir de sortie en ligne ordonnée et en marchant, le visage très marqué, afin de galvaniser leur public. Un premier coup de massue pour les Anglais qui ont été pris de court.

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L'impact immédiat de « Flower of Scotland »

Le public de Murrayfield a répondu avec une ferveur inégalée, reprenant à tue-tête la chanson des Corries, transformant l'atmosphère du stade en un chaudron bouillonnant de passion et de fierté écossaise. L'Écosse gagna le match et remporta le Tournoi en réalisant le Grand Chelem.

Paroles et significations : un appel à la fierté et à la résistance

Les paroles de « Flower of Scotland » sont un puissant rappel de l'histoire écossaise et de sa lutte pour l'indépendance. Elles célèbrent la victoire de Bannockburn, où les Écossais, menés par Robert Bruce, ont vaincu l'armée anglaise d'Édouard II. La chanson évoque également les héros écossais William Wallace et Robert Bruce, désignés comme la fine fleur du peuple écossais.

Chaque couplet se conclut par un renvoi à la victoire des Écossais sur l’armée anglaise à Bannockburn, débouchant sur près de quatre siècles d’indépendance pour l’Écosse. « L’armée du fier Édouard », Édouard II d’Angleterre avait alors été déjouée par la tactique écossaise. Le troisième couplet appelle le peuple écossais à se remémorer ce passé, tout en conservant un regard tourné vers l’avenir ; de ne pas renoncer à leur combativité afin de redevenir une nation indépendante.

Voici les paroles du premier et troisième couplets, les plus couramment chantés :

  • Premier Couplet:

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    O Flower of Scotland,

    When will we see

    Your like again,

    That fought and died for

    Your wee bit hill and glen,

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    And stood against him,

    Proud Edward's Army,

    And sent him homeward

    Tae think again.

  • Troisième Couplet:

    Those days are past now,

    And in the past they must remain,

    But we can still rise now,

    And be the nation again,

    That stood against him,

    Proud Edward's Army,

    And sent him homeward

    Tae think again.

La réponse du public : un dialogue passionné

Au départ, la foule répondait aux paroles de la chanson, en ces termes (pas toujours très poétiques):

  • Paroles de la chanson : And stood against him Réponse de la foule : gainst who? (contre qui ?)
  • Paroles de la chanson : Proud Edward's Army, Réponse de la foule : That's who? (C'est qui ?) ou bastard(s)! (bâtard(s) !) ou wanker(s)! (branleur(s) !)
  • Paroles de la chanson : And sent him homeward Réponse de la foule : what for? (pour quoi faire ?)
  • Paroles de la chanson : Tae think again. Réponse de la foule : to fuck the Queen

Désormais, le deuxième couplet est chanté a capella par la foule.

Controverses et débats autour de l'hymne

Malgré sa popularité, « Flower of Scotland » n'échappe pas aux controverses. Certains, comme le politicien écossais George Reid, la jugent trop vindicative envers les Anglais. En 2003, il a même initié une pétition populaire présentée au Parlement écossais afin qu’elle cesse d’être utilisée lors des rencontres sportives et qu’une nouvelle chanson la remplace. En 2005, l’écossais Chris Cromar formule à son tour une pétition au Parlement mais cette fois-ci pour que la chanson devienne l’hymne officiel de l’Écosse.

La rivalité avec l’Auld enemy anglais est également exacerbée au fil du texte, en réponse au God Save the Queen qui exhorte le maréchal Wade à « écraser les rebelles écossais ».

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