Swing Low, Sweet Chariot : L'histoire de l'hymne anglais de rugby

Comment un chant gospel est devenu l'hymne officieux de l'équipe d'Angleterre, le terrifiant XV de la Rose ? Découvrez l'histoire de Swing Low, Sweet Chariot ainsi que sa traduction !

L'hymne de l'Angleterre est, on le sait, le fameux "God Save the King", ou "the Queen", selon le monarque britannique à la baguette. Cet hymne est d'ailleurs un dérivé d'un chant français, adressé à un de nos monarques lors d'une opération chirurgicale assez… particulière.

Mais pour le rugby, les Anglais aiment entonner un hymne un peu spécial : "Swing Low, Sweet Chariot". Ce chant gospel a une importance capitale pour les supporters du XV de la Rose et vous l'entendrez sûrement à tous les matchs de l'Angleterre dans son antre à Twickenham. Il n'est pas impossible non plus de l'entendre résonner dans les travées de certains stades français lors de la Coupe du Monde de rugby qui aura lieu dans l'Hexagone.

Origines et histoire de "Swing Low, Sweet Chariot"

Pour les supporteurs du XV de la Rose, le surnom de l'équipe anglaise de rugby, le chant "Swing Low, Sweet Chariot" est connu comme le loup blanc. "Swing Low, Sweet Chariot" est une chanson qui date du 19e siècle et qui a été écrite par Wallis Willis, un esclave indien qui vivait aux États-Unis. Les paroles sont interprétées comme une référence à l’espoir des esclaves de trouver du réconfort, de s’échapper de la brutalité de l’esclavage.

Ce n'est qu'en 1988 que cet hymne retentit pour la première fois dans les travées de Twickenham, le stade des Anglais. Lors de la dernière journée de la saison, le XV anglais, qui traverse alors une crise sans précédent, affronte l'Irlande. Menés 3-0 à la mi-temps, les Anglais vont opérer un magnifique revirement de situation et inscrivent six essais pendant la seconde période, dont trois de Chris Otis, pour son premier match à Twickenham. En l'honneur de l'ailier, qui est le premier noir depuis 80 ans à pénétrer dans l'antre du XV de la Rose, le stade se met à entonner le mythique chant gospel. Depuis, "Swing Low, Sweet Chariot" est devenu l'hymne officieux de l'équipe d'Angleterre.

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Les premières traces du chant dans la culture rugby anglaise remonteraient aux années 1960. "Certains anciens joueurs à tous les niveaux se sont exprimés ces dernières années et ont indiqué qu’ils avaient entendu le chant dans le public du rugby anglais dès les années 1960. Mais c’était visiblement utilisé comme une chanson d’un jeu à boire, avec des gestes offensants", explique James Stafford, spécialiste de l'histoire du rugby.

En 1987, le chant résonne pour la première fois dans les travées de Twickenham lors de l’entrée en jeu de Martin Offiah lors du Middlesex Sevens, une compétition de rugby à sept. Surnommé "Chariot", dans un jeu de mots en référence au film "Chariots of Fire", très populaire en Angleterre à l’époque, l’ailier est salué par le public au son de la chanson.

La chanson marque les esprits, et prend. "À la fin des années 1980, on sortait d’une période difficile pour l’équipe nationale. Le match de 1988, avec une victoire renversante, un triplé, est devenu un grand moment", rembobine James Stafford. "Puis les années 1990 ont été une période du succès. Probablement que cette chanson entendue pendant ce grand moment a été appréciée et répétée. L'Angleterre a continué de gagner, et c’est resté." En 1991, une version officielle est enregistrée comme hymne de la sélection pour la Coupe du monde.

Paroles et traduction de "Swing Low, Sweet Chariot"

Si vous avez la chance de vous rendre un jour à Twickenham, l'antre du XV de la Rose, pour un match de rugby du tournoi des VI nations par exemple, vous entendrez sûrement "Swing Low, Sweet Chariot".

Alors, si vous souhaitez l'entonner vous aussi, voici les paroles de chant gospel :

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Swing low, sweet chariot,

Coming for to carry me home

Swing low, sweet chariot,

Coming for to carry me home.

I looked over Jordan, and what did I see?

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Coming for to carry me home

A band of angels coming after me

Coming for to carry me home.

If you get there before I do

Coming for to carry me home

Tell all my friends I'm coming, too

Coming for to carry me home.

I'm sometimes up and sometimes down

Coming for to carry me home

But still my soul feels heavenly bound

Coming for to carry me home.

The brightest day that I can say

Coming for to carry me home

When Jesus washed my sins away

Coming for to carry me home.

Connaître les paroles d'une chanson que l'on entonne, c'est bien. Mais, comprendre les paroles c'est encore mieux.

Voici une proposition de traduction :

Balance-toi doucement, doux chariot,Viens pour me ramener à la maisonBalance-toi doucement, doux chariot,Viens pour me ramener à la maison.

J'ai regardé par-dessus le Jourdain, et qu'ai-je vu ?Viens pour me ramener à la maisonUne bande d'anges venant après moiViens pour me ramener à la maison.

Si tu arrives là-bas avant moiViens pour me ramener à la maisonDis à tous mes amis que j'arrive aussiViens pour me ramener à la maison.

Je suis parfois au sommet et parfois en basViens pour me ramener à la maisonMais mon âme se sent toujours liée au cielViens pour me ramener à la maison.

Le jour le plus lumineux que je puisse direViens pour me ramener à la maisonQuand Jésus a lavé mes péchésViens pour me ramener à la maison.

Polémiques et débats autour de "Swing Low, Sweet Chariot"

Tous les amateurs de rugby ont le souvenir de l'avoir entendu résonner dans les stades, notamment celui de Twickenham, lorsque l'équipe d'Angleterre dominait son adversaire ou, à l'inverse, se trouvait en difficulté. En 2015, avec l'interprétation de la jeune chanteuse Ella Eyre, il est même devenu, dans une version moderne, l'hymne officiel de la Coupe du monde 2015 organisée en Angleterre.

L'histoire d'amour entre le peuple anglais et « Swing Low, Sweet Chariot » pourrait toutefois s'arrêter net. En plein contexte de lutte contre le racisme après la mort de George Floyd aux Etats-Unis, et à l'heure où, dans le monde entier, les monuments en lien avec l'esclavagisme dont déboulonnés, la Fédération anglaise de rugby (RFU) a décidé de se pencher sur ce chant dont les origines remontent à l'esclavage.

« Swing Low, Sweet Chariot fait depuis longtemps partie de la culture du rugby et est chanté par de nombreuses personnes qui n'ont pas conscience de ses origines et de sa sensibilité, a estimé ce jeudi la RFU. Nous reconsidérons actuellement son contexte historique et notre rôle dans l'éducation des fans pour qu'ils prennent des décisions en conscience » Avant d'ajouter : « Nous devons faire plus pour la diversité et sommes déterminés à accélérer le changement et à accroître notre vigilance ».

L'Angleterre, où l'esclavage a été aboli en 1833, a occupé pendant longtemps une place prépondérante dans la traite négrière, qui a vu des millions d'Africains être déportés vers le continent américain pour y être soumis à l'esclavage.

Repris dans les années 1930 pour dénoncer la condition des Noirs, « Swing Low, Sweet Chariot » a pourtant été écrit par un esclave indien américain, Wallace Willis, au milieu du XIXe siècle qui évoque l'espoir des esclaves américains de trouver un réconfort dans l'au-delà, comme le prophète Elie qui aurait rejoint le paradis en chariot. Les bluesmen du delta du Mississippi ont repris ce negro-spiritual pour témoigner de la condition des esclaves dans les champs de coton. Big Bill Broonzy, chanteur et guitariste qui dénonçait la condition des Noirs dans plusieurs de ses morceaux, la chantait dans les années 1930.

Son arrivée dans les stades de rugby anglais a longtemps été datée à ce jour de mars 1988 lorsque le public l'a entonné pour saluer les trois essais de l'ailier Chris Oti, joueur noir de l'équipe d'Angleterre, contre l'Irlande. Une enquête, début 2020, a finalement fait remonter son entrée à Twickenham à un tournoi de rugby à VII en 1987, en hommage au joueur Martin Offiah, surnommé « Chariots » en référence au film oscarisé « Les chariots de feu ».

La position de la RFU a immédiatement suscité de nombreuses réactions et un vif débat outre-Manche, y compris parmi les internationaux anglais. « Je l'ai toujours détestée », a, pour sa part, déclaré au quotidien The Telegraph l'ancien talonneur Brian Moore. Avant d'ajouter : « Elle n'est pas appropriée. Elle a des connotations esclavagistes et si la RFU prenait la décision de l'interdire, j'en serais heureux ».

Selon The Telegraph, qui a cité une source anonyme, l'une des pistes envisagées serait effectivement « d'arrêter de la chanter pendant les matches ». Sur les réseaux sociaux, beaucoup d'Anglais assurent qu'ils n'en feront rien. Et bon nombre rappellent que les derniers à avoir interdit ce chant, en le jugeant « indésirable et nuisible », ont été les Nazis, en 1939.

Le mot de la fin revient pour l'heure à Martin Offiah lui-même. Aujourd'hui âgé de 53 ans, il a déclaré au sujet du « Swing Low, Sweet Chariot » : « C'est définitivement un morceau de musique émotif, très émotif, il suscite des sentiments et c'est probablement quelque chose en lien avec son histoire. Cette histoire n'est probablement pas si bien connue de beaucoup de gens au Royaume-Uni. Je comprends que la RFU l'examine, mais je ne soutiendrais pas son interdiction. Quand vous essayez d'interdire une chanson comme ça, cela ne la rend que plus clivante. Mais si cet examen conduit la RFU à donner une tournure positive à cette chanson, à s'engager avec les communautés ethniques, à regarder les salles où les décisions sont prises à la RFU et à résoudre ces problèmes, cela irait dans le sens de ce que nous voulons réellement.

En 2020, dans un contexte marqué par le meurtre de George Floyd aux Etats-Unis et les débats autour de la discrimination raciale, la RFU (fédération anglaise de rugby) se penche sur la question de la diversité dans le rugby anglais. Finalement, "Swing Low, Sweet Chariot" échappe à l'interdiction, difficile à mettre en œuvre dans une enceinte de 80 000 personnes. La RFU décide de ne plus la promouvoir ou l'utiliser, et d'éduquer son public sur le chant et ses racines. Les paroles ont été effacées des murs, les produits dérivés arrêtés, mais le chant reste solidement accroché aux tribunes.

Un chant aux multiples facettes

"Swing Low, Sweet Chariot" est plus qu'un simple chant de supporters. C'est un symbole complexe, chargé d'histoire et de significations multiples. Il évoque l'espoir de liberté des esclaves, la fierté retrouvée d'une équipe de rugby, mais aussi les questions de racisme et d'appropriation culturelle.

Que l'on soit pour ou contre son utilisation, il est indéniable que "Swing Low, Sweet Chariot" fait partie intégrante de l'identité du rugby anglais. Son avenir reste incertain, mais son histoire continuera de résonner dans les cœurs et les esprits des supporters.

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