L'hymne national d'un pays est un symbole fort de son identité, de son histoire et de ses valeurs. En Suisse, la question de l'hymne national a fait l'objet de débats et d'initiatives populaires visant à le moderniser et à le rendre plus représentatif de la diversité culturelle et politique du pays. Cet article explore l'histoire de l'hymne suisse, les tentatives de changement et les enjeux qui y sont liés.
Un Concours National pour un Nouvel Hymne
La Société suisse d'utilité publique (SSUP), forte de ses deux cent cinq ans d'existence, a lancé le 1er janvier 2014 un concours national artistique dans le but de trouver un nouvel hymne pour la Confédération. Cette initiative est née d'une volonté de la base de la population d'impulser un changement au sommet, une démarche typiquement suisse selon Lukas Niederberger, un responsable du projet.
L'objectif était de créer un hymne qui reflète davantage la diversité politique et culturelle du pays que l'actuel Cantique suisse. Le concours a suscité un engouement inattendu, avec plus de deux cent huit contributions reçues, dépassant largement les cinquante attendues. Un jury constitué de personnalités a ensuite sélectionné six versions, qui ont été soumises au vote de plus de soixante-dix mille Suisses sur Internet.
Un Texte Plébiscité, Mais Pas Encore Officiel
La finale du concours a été retransmise sur les chaînes publiques, offrant la possibilité de voter par SMS ou par téléphone. La version choisie conserve la mélodie de l'hymne actuel, le Cantique suisse composé en 1841, mais les paroles ont été composées par Werner Widmer, un économiste du monde de la santé.
Le texte plébiscité appelle « à l’unité et à la paix » et se veut plus en adéquation avec les valeurs de la société suisse actuelle. Les paroles mettent en avant des valeurs telles que l'unité, la paix, la solidarité, la liberté, l'ouverture et l'indépendance, avec un souci pour le bien des enfants et un engagement envers l'avenir.
Lire aussi: "Swing Low, Sweet Chariot" : Genèse
Voici la strophe proposée, déclinée dans les trois langues officielles de la Confédération :
« Hissé là-haut dans le vent, notre drapeau rouge et blanc nous appelle à l’unité, à la paix. Soyons forts et solidaires, que la liberté nous éclaire, ouverts et indépendants pour le bien de nos enfants, devant le drapeau d’antan renouvelons nos engagements. »
Une quatrième strophe, dite « suisse », mélange les langues parlées en y ajoutant quelques mots de romanche, soulignant ainsi la diversité linguistique du pays.
Malgré ce succès populaire, ce nouvel hymne n'est pas encore officiel. Seuls le gouvernement et le Parlement peuvent lancer une initiative parlementaire pour conduire formellement le pays à en changer. Jean-Daniel Gerber, président de la SSUP, reconnaît que « cela prendra du temps ».
Les Obstacles au Changement
Le projet de changement d'hymne national rencontre des oppositions. Hubert Spörri, de l'association Psaume suisse, souligne qu'« aucun pays au monde ne change ou n’a changé son hymne national », citant l'exemple de l'Australie qui, lors de son détachement de la Couronne d'Angleterre, a consulté le peuple sur deux hymnes et a finalement choisi l'ancien.
Lire aussi: La Honhada : un hymne, une passion
L'attachement à la tradition et la crainte de perdre un symbole national fort peuvent constituer des freins au changement. De plus, la complexité du processus décisionnel en Suisse, avec l'implication du gouvernement et du Parlement, rend la tâche ardue.
L'Hymne de Football : Une Polémique Distincte
Parallèlement à la question de l'hymne national, l'équipe de football suisse a également fait parler d'elle en raison de son hymne pour la Coupe du Monde. Composé par le DJ bâlois Antoine, spécialiste de musique house/electro, cet hymne a suscité la polémique en raison de paroles jugées inappropriées et peu axées sur le football.
Certaines paroles, traduites par le quotidien L'Equipe, ont été critiquées pour leur caractère sexuel et leur manque de lien avec l'esprit sportif. Cette polémique a mis en lumière la sensibilité du public suisse aux symboles et aux valeurs véhiculées par les hymnes, qu'ils soient nationaux ou sportifs.
Lire aussi: Nouvel hymne pour les Diables Rouges?