Histoire du Hockey Club Lugano : Un pilier du hockey suisse

Le Hockey Club Lugano (HCL), fondé le 11 février 1941, est un club emblématique du hockey sur glace suisse. Son histoire est riche en événements marquants, en rivalités passionnées et en succès retentissants. Cet article explore en détail le parcours du club, de ses modestes débuts à son statut actuel de force majeure du hockey suisse.

Les premières années : De Muzzano à la Resega (1941-1957)

Le HCL a été fondé au restaurant Apollo, avec Alfonso Weber comme premier président. Parmi les membres fondateurs figuraient les frères Arrigo et Antonio Caslani, Ivo Badaracco et bien d'autres. Les premières années du club ont été marquées par des défis logistiques et financiers.

Initialement, Lugano évoluait sur le petit lac de Muzzano. En 1948, le club a été expulsé de Loreto en raison du manque de soutien des autorités locales. En 1955, l'équipe a même dû disputer des matchs sur un terrain de tennis reconverti pour l'hiver, situé à la pâtisserie Mtinger. Les joueurs s'entraînaient parfois à Milan, sur la glace du Pinaresi.

Heureusement, l'inauguration de la patinoire naturelle de Noranco, le 19 novembre 1954, a marqué le début d'une nouvelle ère pour le HCL. Le club a engagé sa première recrue, Beat Ruedi, un ancien international des Grisons, pour renforcer l'équipe. Ruedi a réussi à faire de Lugano une équipe compétitive, qui a été promue en série A, le plus haut niveau régional de l'époque.

Un autre défi important pour Ruedi était de construire une patinoire artificielle à Lugano. Après avoir convaincu les autorités locales, la Resega a été inaugurée le 1er décembre 1957 à Porza, avec un match amical entre la Suisse et l'Italie.

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L'ascension en Ligue Nationale B et les premiers derbys tessinois (1958-1971)

En 1958 et 1959, Lugano, mené par l'entraîneur-joueur Gene Miller, a terminé deux fois en tête du championnat, mais a échoué lors des barrages de promotion. En 1964, un jeune gardien de quinze ans, Alfio Molina, a permis au HCL de s'imposer lors du match décisif pour la promotion en Ligue Nationale B (LNB), le 29 février.

Les saisons en LNB ont été marquées par les premiers derbys contre Ambrì-Piotta. Dès la saison 1965/66, la rivalité s'est intensifiée, Lugano terminant deuxième derrière Ambrì. En 1966/67, les Luganais, entraînés par Bibi Torriani, ont échoué au dernier match et ont laissé leurs rivaux seuls en poule de promotion.

Après une période difficile, le nouveau président Borioli a engagé l'entraîneur canadien Reynald Lacroix en 1970 pour relancer l'équipe.

La promotion en Ligue Nationale A et les premières saisons dans l'élite (1971-1979)

Lacroix a réussi à renforcer l'équipe avec l'arrivée de joueurs clés tels que l'attaquant canadien Bernard Côté et le Tchécoslovaque Karel Blazek. Lugano comptait également sur des joueurs locaux tels qu'Alfio Molina et d'autres. Le HCL a battu son principal adversaire, Lausanne, lors du match de promotion devant 6000 spectateurs.

Pour sa première saison parmi l'élite, Lugano a terminé à une superbe quatrième place, mené par le défenseur international Peter Aeschlimann. Cependant, la deuxième saison a été plus difficile, marquée par des blessures et une suspension de la patinoire après un derby contre Ambrì. Au bout du compte, Lugano a été relégué.

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Après avoir manqué la promotion en 1973/74, Lugano a recruté de nombreux joueurs en 1975. En 1976, le club a déménagé à Mezzovico et a attiré le Finlandais Juha Pekka Rantasila, qui n'a pas pu s'exprimer à son meilleur niveau en raison d'une blessure au genou.

L'ère Geo Mantegazza et l'ascension vers le sommet (1979-1986)

La parenthèse de Mezzovico s'est achevée, et le HCL a retrouvé sa Resega, qui avait été couverte entre-temps. C'est alors que Geo Mantegazza, un ingénieur qui avait participé à la construction de la Resega, est devenu président du club. En 1979, l'entraîneur tchécoslovaque Jim Kren et le buteur canadien Jim Koleff ont rejoint l'équipe.

L'apothéose de la saison 1979/80 a été la première victoire de Lugano chez ses rivaux d'Ambrì (5-2, le 27 octobre 1979). Pour la saison 1980/81, Lugano a engagé deux des héros du "Miracle sur glace" de Salt Lake City, Mark Pavelich et John Harrington, mais ceux-ci ont été relativement décevants.

En 1981/82, le président Mantegazza a fait venir le capitaine de l'équipe nationale suisse, Aldo Zehnäusern, et a engagé Réal Vincent comme entraîneur-joueur. Vincent a finalement raccroché les patins pour se consacrer au coaching. Avec des joueurs tels que Bernard Gagnon et Robert Sirois, Lugano a terminé invaincu et a décroché son billet pour la LNA.

La conquête du titre et la domination du hockey suisse (1986-1991)

Dans les années 1980, Lugano a enregistré les arrivées de joueurs clés tels que Daniel Blaser, Giovanni Conte et Jörg Eberle. Sous la direction du capitaine Fabio Gaggini, le HCL a conclu sa première saison dans l'élite au sixième rang.

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Pour éviter le syndrome de la deuxième saison, Geo Mantegazza a engagé l'entraîneur John Sletvoll en 1983/84. Slettvoll a révolutionné le hockey suisse en introduisant des méthodes d'entraînement plus professionnelles. Après une première saison conclue à la quatrième place, le HCL s'est renforcé avec des joueurs tels que Fredy Lüthi, Beat Eggimann et Mats Waltin.

La saison 1984/85 a été marquée par le talent de Kenta Johansson, auteur de 56 buts en 38 matchs. En 1985/86, avec les arrivées de Sandro Bertaggia, Andy Ton et Jörg Eberle, Lugano a remporté la saison régulière avec cinq points d'avance sur Davos. Pour la première fois, le titre de champion a été attribué à l'issue de play-offs. Lugano a éliminé Sierre en demi-finale et a retrouvé Davos en finale.

C'est sur la glace adverse que Lugano est allé chercher son premier titre, le 1er mars 1986. Menés 5-4 à 2'30" de la fin, les Tessinois ont inscrit trois buts, dont deux de Kenta Johansson et un de Jörg Eberle, pour remporter le match et le titre.

L'ère du "Grande Lugano" et la reconnaissance européenne (1986-1992)

Le "Grande Lugano" a dominé le hockey suisse et s'est fait connaître sur le plan européen. Vainqueur de la saison régulière 1986/87, le HCL a éliminé Ambrì en demi-finale et Kloten en finale, à chaque fois en trois manches sèches. L'équipe a été rajeunie, et Lugano a obtenu l'organisation du tournoi final européen en septembre 1987. Le CSKA Moscou a remporté le tournoi, mais a été accroché par les Suédois de Färjestad.

Le championnat 1987/88 a ressemblé au précédent, avec une rencontre cédée à Davos en demi-finale. Kloten a été balayé en finale, et Johansson a été époustouflant en play-offs. Au cours de la saison régulière, Lugano avait signé une impressionnante série d'invincibilité de 27 matchs.

L'équipe est restée inchangée l'année suivante et a conservé les mêmes objectifs. Lugano a été à nouveau dominateur en championnat et est arrivé en finale invaincu et favori. Mais il a trouvé sur sa route une équipe de Berne particulièrement affûtée. Berne a pris l'avantage en venant s'imposer à la Resega dans la troisième rencontre. Lugano a dominé nettement mais s'est heurté au gardien Renato Tosio et s'est retrouvé mené 0-2. L'entraîneur John Slettvoll a tenté le tout pour le tout et a tourné à deux lignes jusqu'à l'égalisation, avant qu'un contre d'Alan Haworth ne vienne crucifier Lugano et mettre fin à son règne.

Le départ de Johansson, qui ne s'entendait plus avec Slettvoll, a marqué la fin d'une époque. La lutte entre les deux nouveaux rivaux a été à son comble la saison suivante, en 1989/90. Lugano et Berne ont été au coude à coude, et les premiers nommés n'ont pris l'avantage au classement qu'à la différence de buts. C'est la cinquième fois consécutive que Lugano a terminé en tête de la saison régulière. Le HCL est arrivé sans encombres en finale, alors que Berne a souffert contre Fribourg et Bienne. Lugano a été étincelant à la Resega et a empêché Berne de renouveler son exploit. La vengeance a été parfaite quand Lugano est venu à son tour chercher son titre à l'extérieur, sur la glace de l'Allmend.

Lugano a retrouvé aisément la finale de Coupe d'Europe à Düsseldorf, mais a gâché une belle occasion en se faisant dépasser par le TPS Turku après avoir mené 4-1. Slettvoll n'a pas été déçu et a assuré que ses joueurs avaient disputé leur meilleur match depuis sept ans qu'il était à la tête de l'équipe.

Le championnat 1990/91 n'a pas apporté plus de satisfactions : Berne a repris le flambeau et a mis fin à la dynastie de Lugano en remportant la saison régulière. Au début de la saison 1991/92, Geo Mantegazza a laissé les rênes du club à Fabio Gaggini.

La rivalité avec Berne : Un classique du hockey suisse

Le face à face entre Luganais et Bernois est un grand classique de la National League A (NLA). La rivalité entre les deux clubs est immense, et l'ambiance est toujours très incroyable, que ce soit dans la cathédrale bernoise et ses 17'000 places ou dans l'arène luganaise, qui abrite l'un des kops d'ultras les plus chauds du hockey sur glace.

C'est la neuvième fois que les Ours et les Panthères s'affrontent en play-off. Cette affiche rejoint au classement les classiques Bern-Zug et Davos-Zürich, avec neuf séries également. Lugano-Bern entre donc sur le podium des séries les plus récurrentes de l'histoire, derrière Davos-Kloten (10 fois) et Kloten-Lugano (12 fois).

Si l'on ne prend en compte que les finales, alors l'affiche Bern-Lugano est la plus récurrente de l'histoire avec 5 finales en 1989, 1990, 1991, 2004 et 2016. Il est à noter que cette affiche est la seule à avoir vu deux équipes différentes soulever le trophée de champion, Lugano en 1990 et le SCB en 1989, 1991 et 2004.

Forces et faiblesses des équipes

Que ce soit pour l'un ou l'autre des prétendants, la défensive ne semblait pas un point fort au vu de la saison régulière (150 buts encaissés par Lugano et 162 par le SCB). Mais en play-off, les deux formations ont su répondre présent avec peu de buts donnés, mis à part sur certains matchs précis, comme par exemple la défaite bernoise 7-1 à Davos.

Le système de jeu de Lugano semble plus solide dans l'ensemble, mais il a été mis à mal par Genève-Servette à certains moments de la demi-finale. Avec l'international allemand Justin Krueger, l'excellent international suisse Eric Blum et les routiniers Timo Helbling, David Jobin et Beat Gerber, le SCB a beaucoup d'expérience dans son arrière-garde. Sans oublier la possibilité d'aligner le Finlandais Mikko Kousa et le talent du jeune Ramon Untersander.

À Lugano, c'est moins étoffé, mais pas mal non plus. Pas d'importé, mais plusieurs joueurs suisses majeurs et très expérimentés comme Julien Vauclair, le mythique capitaine Steve Hirschi ou Philipp Furrer. On notera encore le roc Alessandro Chiesa et l'international autrichien Stefan Ulmer.

En saison régulière, les attaques des deux prétendants étaient très proches avec 157 buts tessinois pour 152 buts bernois. Sur le papier, l'attaque luganaise a plus de gueule, peut-être aussi grâce au style de jeu spectaculaire proposé par les Tessinois (comparé au jeu des Bernois).

La première ligne luganaise 100% suédoise, avec le meilleur buteur de la ligue Fredrik Pettersson et le phénoménal artiste Linus Klasen entourant le maître à jouer Tony Martensson, pourrait tout à fait être alignée par la Tre Kronor à l'heure actuelle. Cette ligne a été hallucinante en play-off contre le EV Zug puis contre Genève-Servette lorsque Fredrik Pettersson est revenu de blessure. La vitesse d'exécution et la qualité technique de ces trois-là posera forcément des problèmes au SCB.

La seconde ligne n'est pas en reste, mais elle est 100% helvétique. Le meilleur attaquant suisse actuel Damien Brunner n'est plus à présenter, et il met diaboliquement en valeur ses deux jeunes compères Greg Hofmann et Alessio Bertaggia, intenables durant ces play-off et candidats sérieux à l'équipe nationale. En terme de vitesse, cette ligne est également très impressionnante et mettra assurément la défense bernoise en difficultés.

La troisième ligne est quant à elle construite pour apporter de la rudesse au jeu tessinois. Avec le routinier Raffaele Sannitz au centre du NHLer Maxim Lapierre et de l'international suisse Julian Walker, Lugano a pu répondre aux provocations genevoises en demi-finale, et cette ligne aurait tout à fait sa place au… SCB !

Cette quatrième ligne ainsi que celle de Maxime Lapierre auront pour tâche principale de contrer les deux premières lignes bernoises qui sont, elles-aussi, très intéressantes avec les internationaux suisses Simon Bodenmann et Simon Moser associés au Canadien Andrew Ebbett, puis le rugueux et fantasque Canadien Cory Conacher associé au NHLer Derek Roy et au bouillant Tom Rüefenacht.

Avec la blessure du jeune Luca Hischier dans la demi-finale contre Davos, la troisième ligne menée par le virulent Tristan Scherwey et la légende Martin Plüss devrait voir le vétéran Marc Reichert retrouver un peu plus de temps de glace. La quatrième ligne est formée par les frères Alain Berger et Pascal Berger ainsi qu'un jeune parmi les nombreux bons espoirs à disposition de Lars Leuenberger.

Les entraîneurs

Derrière la banc bernois, l'ancien assistant Lars Leuenberger a succédé à Guy Boucher. En face, le Canadien Doug Shedden, qui a battu ses compatriotes Harold Kreis et Chris McSorley lors des quarts de finale puis de demis, entraîne Lugano depuis octobre de l'année dernière.

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