Vincent Blasco-Baqué : Parcours d'un Arbitre de Rugby Passionné et Engagé

Introduction

Vincent Blasco-Baqué, un nom qui résonne dans le monde du rugby français. Mais qui est réellement cet homme qui jongle avec brio entre l'arbitrage de haut niveau, une carrière de chirurgien-dentiste et une passion pour la recherche scientifique ? Cet article explore le parcours atypique et fascinant de Vincent Blasco-Baqué, un homme aux multiples facettes, animé par une soif insatiable de découverte et un engagement profond envers sa communauté.

Un Parcours Multidisciplinaire

Avant de se consacrer à l'arbitrage et à la recherche sur le microbiote oral, Vincent Blasco-Baqué a d'abord embrassé une carrière dans le soin. Son parcours initial l'a mené sur les terrains de rugby, où il a joué au Stade Toulousain jusqu'à l'obtention de son baccalauréat. Cependant, il a ensuite choisi de poursuivre des études de chirurgie dentaire. Après six ans d'études, il est devenu praticien en libéral, mais cette expérience n'a duré que neuf mois. Bien qu'il aimait soigner et que sa situation financière était confortable, il ressentait un manque, l'impression de ne pas tout comprendre. Cette quête de compréhension l'a conduit vers la recherche, où il a obtenu un master 2 et est devenu assistant hospitalo-universitaire. Parallèlement à ses activités hospitalières, il a mené une thèse et s'est spécialisé en endodontie, obtenant également un DU de médecine bucco-dentaire du sportif. Il a également exercé en tant que praticien hospitalier en milieu carcéral, une expérience qu'il décrit comme exceptionnellement enrichissante sur le plan humain.

L'Arbitrage : Une Passion Dévorante

"Évidemment, le rugby ça manque profondément. C'est notre religion, notre passion. C'est viscéral." Ces mots de Vincent Blasco-Baqué témoignent de son amour inébranlable pour le rugby. Après avoir joué, il s'est tourné vers l'arbitrage, gravissant les échelons jusqu'à atteindre le Top 14, l'élite du rugby français. Il se souvient avec émotion du 14 juin 2018, jour où Joël Dumé, le Directeur technique national de l’arbitrage, lui a annoncé sa promotion en Top 14 pour la saison 2018-2019, comme « un rêve qui se réalise ».

Il a officié en Pro D2, où il a démontré son sang-froid et son autorité, notamment lors d'un match de Pro D2 entre Béziers et l'USAP en 2015, où il s'est interposé pour éviter une bagarre générale. Sa promotion en Top 14 pour la saison 2018-2019 a été une consécration.

Il aborde cette nouvelle étape avec sérénité, conscient de la pression médiatique et populaire qui l'attend. "J’aborde différemment cette saison mais je ne me mets pas de pression supplémentaire car nous savons que nous sommes exposés à la critique. Si on m’a nommé, c’est que j’ai les qualités. Le rôle des arbitres, c’est de ne pas contrarier l’histoire d’un match et de passer le plus inaperçu possible. Nous sommes des directeurs de jeu, mais surtout des serviteurs ".

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Il a déjà goûté au Top 14 par accident, en mars 2013, lorsqu'il a officié à la touche lors d'un match Montpellier-Racing 92 et a dû remplacer l'arbitre central blessé. Il a également eu l'occasion d'arbitrer des matchs marquants, comme le dernier match de la carrière de Sébastien Chabal en 2014 et celui de Maxime Petitjean en avril 2018.

Malgré les exigences de sa carrière d'arbitre, Vincent Blasco-Baqué reste profondément attaché à ses racines et à son identité. Il est fier de représenter le comité Midi-Pyrénées au sein de l'élite de l'arbitrage français, aux côtés d'autres arbitres talentueux comme Pierre Brousset, Cédric Marchat et Romain Poite.

L'arbitrage, pour Vincent Blasco-Baqué, est une question d'analyse et d'adaptation. "C’est la même méthode que pour le soin : analyse et adaptation. Vous vous trouvez face à un problème à traiter : le patient vous consulte parce qu’il a une douleur, un besoin, une infection… bref, un problème. L’arbitrage relève du même mode de pensée. Il faut relever les indices, poser le diagnostic de la faute et proposer une prise en charge. La temporalité est différente parce qu’au très haut niveau, cela se joue littéralement à la fraction de seconde. C’est la principale différence avec mon travail de praticien car je ne suis pas urgentiste. Mais dans les deux cas, il faut garder la tête froide sur la prise de décision". Il souligne l'importance de la prise de décision rapide et de la capacité à gérer les litiges dans un délai extrêmement court.

Dentiste au CHU et Chercheur à l'INSERM

En parallèle de sa carrière d'arbitre, Vincent Blasco-Baqué exerce en tant que chirurgien-dentiste au CHU de Toulouse. Il assure les urgences et soigne les patients douloureux et infectés. Il est conscient des risques liés à son exposition au virus, mais il prend toutes les précautions nécessaires pour protéger ses patients et lui-même. La réduction du temps consacré aux soins dentaires lui permet de consacrer plus de temps à son autre activité : la recherche.

Il est chercheur dans une unité de l'INSERM spécialisée dans les maladies métaboliques, où il étudie le rôle des micro-organismes présents dans la bouche et leur impact sur la santé en général. "On étudie tous les patients qui passent à l’hôpital pour comprendre comment leur bouche peut contribuer à leur santé. Et notamment les bactéries. Et là on rejoint la problématique du coronavirus", explique-t-il. Il considère les bactéries comme sa "deuxième personnalité" et souligne leur rôle essentiel dans notre organisme. "On a autant de bactéries dans la bouche que de cellules. C’est pareil partout, dans l’estomac, le vagin, l’anus… Il faut bien comprendre qu’on est presque double. C’est une relation duelle mais indispensable. Sans elle, on ne pourrait pas vivre comme il le faut. Et on contribue à ce qu'elle vive".

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Son travail de recherche vise à identifier des facteurs de risques grâce à la salive, afin d'accroître la prévention des maladies. "L’idée vient de la question suivante : « est-ce qu’une fois malade, ce n’est pas déjà trop tard » ? Nous cherchons à accroître la prévention en essayant d’identifier des facteurs de risques grâce à la salive. L’avantage de la salive, c’est qu’elle est facile à prélever". Il travaille notamment sur une "dent connectée" capable de mesurer en temps réel le taux de glycémie, ce qui pourrait révolutionner le suivi des patients diabétiques. "La salive est le miroir de la santé" comme dit Matthieu Minty, avec qui nous montons ce projet, mais également de la glycémie. Elle permet donc de prévenir le diabète, et pour les patients déjà diabétiques, de s’affranchir de tout un ensemble de contraintes liées au suivi : les piqûres, les systèmes intégrés… Avec cette « dent connectée », il devient possible d’obtenir en temps réel son taux de glycémie. La personnalisation et la prévention améliorent la prise en charge des patients. Nous sommes en train de valider les biomarqueurs et réduire la taille du capteur salivaire. Le dépôt de brevet sur la technologie est en cours. Nous travaillons avec de nombreux partenaires, notamment pour organiser les levées de fonds et réaliser le montage. L’Inserm bien sûr, mais également l’université, le CHU, Toulouse tech transfert ou Inserm Transfert. Par exemple, pour les contrats public-privé, il faut construire les dossiers avec Inserm Transfert.

Il considère que le soin fait émerger les questions. Prenons un exemple : je soigne deux patients : même thérapie, même action. Le premier patient guérit en 1 à 6 mois. L’autre ne guérit pas. Pourquoi ? Grâce à l’équipe de recherche Inserm et l’Université Paul-Sabatier, je peux mettre en place un vrai programme de recherche pour répondre à cette question de la variabilité individuelle, et mettre en place une médecine personnalisée. L’échange avec les cliniciens participe à cette dynamique : leur pratique fait émerger des idées, qui mènent à une question scientifique. Après, nous mettons un protocole de recherche en place. Ce qui est génial, c’est de jongler entre les deux modes de pensée. C’est une formidable gymnastique intellectuelle.

L'Équipe : Un Pilier Essentiel

Vincent Blasco-Baqué accorde une importance capitale à l'équipe, que ce soit dans le domaine de la recherche ou du rugby. "Travailler seul, c’est ennuyeux. C’est un peu pour ça que j’ai quitté l’activité en libéral. Unité de temps, unité de lieu, unité de personne. C’est confortable car l’on est son propre patron, mais il n’y a pas l’émulation collective, celle qui vous fait sortir de vous-même et vous nourrit. En tant que rugbyman, j’aime l’ambiance d’équipe". Il anime son équipe de recherche avec passion, encourageant chacun à développer sa singularité tout en contribuant à un objectif commun. Il voit de grandes similitudes entre la vie et le rugby.

Un Homme de Valeurs et de Passions

Aux yeux du passionné Vincent Blasco-Baque, la recherche, le soin et l'arbitrage se rejoignent car toutes les trois dénotent l'envie de "découverte", "de la nouveauté". Il trouve une satisfaction profonde dans la diversité de ses activités et dans la possibilité de jongler entre différents modes de pensée. "Je me sens performant et accompli justement parce qu’il y a ces trois aspects dans ma vie professionnelle. Je ne peux pas dire que j’ai une préférence pour le soin, la pédagogie ou la recherche. J’aime ce continuum : soigner, chercher pour mieux soigner, et transmettre mon savoir. Je suis très fier de faire du soin dans le cadre d’une activité de santé publique".

Il puise son inspiration dans des figures marquantes comme Simone Veil, dont il admire le courage et la foi en l'humanité, et Jonny Wilkinson, dont il salue l'abnégation et la rigueur intellectuelle. "D’abord, Une vie de Simone Veil. Malgré toutes les épreuves qu’elle a traversées : les persécutions, la concentration sous le nazisme, la misogynie, elle a continué à avoir foi en l’humanité et a essayé de rendre le monde meilleur et plus juste. Son parcours est extraordinaire : elle a fait souffler un vent de liberté sur les femmes en permettant la légalisation de l’avortement en France, elle est devenue la première présidente du Parlement européen. Le second est un peu plus léger, quoique. Je vais me faire taquiner par mes collègues rugbymen français, mais la lecture de Mémoires d’un perfectionniste de Jonny Wilkinson, une légende anglaise du rugby, est un must. Dans ce livre, on accède à toute la démarche intellectuelle pour atteindre le très haut niveau, et l’on comprend le niveau d’abnégation que cela demande. Si ce joueur avait fait de la recherche, il aurait publié dans Nature et eu un prix Nobel".

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Il accorde une grande importance à sa famille, qui le soutient dans toutes ses entreprises. "Ma famille y est pour beaucoup, aussi bien ma femme que mes filles, ou ma mère. Elles sont formidables et me permettent de travailler la semaine, puis de m’investir dans le rugby les week-ends. Grâce à leur soutien, j’ai le luxe de pouvoir vivre 4 passions : recherche, soin, enseignement, et rugby". Il organise ses journées de manière méticuleuse pour pouvoir concilier ses différentes activités et s'entraîne quatre fois par semaine.

Il confie d'ailleurs : Attention, je vous ouvre l’intimité d’un arbitre ! C’est une trousse de match, offerte par ma femme quand je suis monté en Top14. Dessus, on peut y lire les noms de mes filles, de ma femme, mon père et ma mère. En fait, c’est un mélange de symbolique et de fonctionnel : le micro, la montre, l’oreillette, les cartons… et le sifflet personnalisé, avec les noms de toute ma famille gravés dessus. Puis viennent les pièces, indispensables pour faire le pile ou face avant la rencontre. Certaines appartenaient à mon grand-père, d’autres ont été ramenées de mon premier voyage en Angleterre. Il y en a une datée de 1945, année de naissance de ma mère. Enfin, les objets personnels : un bracelet réalisé par ma femme, deux tétines qui ont appartenues à mes filles, un petit poussin fait par ma fille pour mon premier match de Top14. La chaîne de mon père.

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