Depuis le Moyen Âge, la ville de Florence, en Italie, est le théâtre d'un événement sportif unique et controversé : le Calcio Storico Fiorentino. Ce tournoi annuel, qui se déroule chaque année à la mi-juin, oppose les quatre quartiers historiques de la ville dans une compétition féroce qui mêle boxe, lutte, rugby et football. Souvent considéré comme le sport collectif le plus violent au monde, le Calcio Storico est une tradition florentine profondément enracinée, suscitant à la fois fascination et critiques.
Un mélange explosif de sport et de tradition
Le Calcio Storico, ou football historique, est un sport de balle traditionnel qui oppose deux équipes de 27 joueurs sur un terrain sablonneux. Répartis sur l'aire de jeu avec des positions similaires à celles du football (gardiens de but, défenseurs, milieux de terrain, attaquants), ils ont pour objectif de marquer le plus de buts possibles en cinquante minutes. Si la balle entre dans le filet placé tout le long de l'extrémité du terrain, c'est un point pour l'équipe qui a tiré. En revanche, si le tir est manqué ou touche le poteau, un demi-point est accordé à l'équipe adverse. Le jeu se joue à la main, sans restriction de déplacement.
Ce qui rend cette pratique si particulière, c'est l'autorisation presque sans limite des contacts physiques. Concrètement, une très grande majorité de coups sont permis tant que deux adversaires se battent en un-contre-un. Ce qui donne une impression de chaos sur le terrain où la plupart des joueurs passent leur temps au sol ou les poings levés, prêts à envoyer un crochet à un membre de l'équipe adverse.
Les quatre quartiers du centre historique de Florence - San Giovanni (les Verts), Santa Maria Novella (les Rouges), Santa Croce (les Bleus) et Santo Spirito (les Blancs) - s'affrontent sans merci pour l'honneur de remporter le tournoi. Chaque équipe est composée de 27 joueurs, dont 15 attaquants prêts à en découdre sur le terrain. Le but est simple : mettre la balle dans les filets adverses. Malgré la présence d'arbitres et d'un règlement, tous les coups sont permis pour marquer. Ce sport est tellement violent que parfois la finale n'a pas lieu à cause de l'état physique des joueurs : un trop grand nombre de blessés.
Avant le match, les joueurs, véritables gladiateurs des temps modernes, défilent dans les rues de la ville, exhibant leurs corps huilés et leurs tatouages dignes de guerriers maoris. Les rues de Florence, en ce mois de juin, sont emplies d'une atmosphère palpable de tension et d'excitation. Derrière les traditionnels tambours et trompettes, les supporters se pressent pour apercevoir leurs héros.
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Dans l'arène, les équipes ont chacune leur tribune aux couleurs du quartier. Fumigènes et drapeaux créent une ambiance surchauffée. Arbitres et médiateurs tentent tant que faire se peut de réguler le jeu, mais le reste se joue à coup de sévères explications, sans merci ni modération.
Origines et histoire d'une tradition controversée
Le Calcio Storico tire ses origines de plusieurs jeux de balle anciens comme la sphéromachie en Grèce antique ou l'harpastum dans l'Empire romain. Popularisé au Moyen-Âge, il est très répandu à Florence à l'époque où la famille Médicis contrôle la ville. Il devient un symbole de la cité le 17 février 1530 lorsque des Florentins font acte de résistance en disputant une partie devant le roi d'Espagne Charles V, qui assiège la ville.
D'abord très populaire, il se répand ensuite au sein de l'aristocratie qui y voit un moyen d'éducation chevaleresque et une bonne préparation pour la guerre. Les joueurs, qu'on imagine petites frappes et têtes brûlées, étaient pour la plupart des nobles, âgés de dix-huit à quarante-cinq ans. Les joueurs les plus célèbres comptent un membre de la famille Médicis et un futur pape, Clément VII !
Étroitement lié aux Médicis, le Calcio Storico disparaît lorsque la dynastie s'éteint en 1737. S'ensuivent alors deux siècles où la pratique tombe dans l'anonymat, jusqu'à ce qu'elle soit réintroduite par Benito Mussolini en 1930 sous la forme d'une partie annuelle. « L'objectif était notamment d'appliquer une rhétorique de fierté masculine, d'exaltation de la masculinité. Tout ceci avait une finalité politique », décrit Dario Nardini, anthropologue auteur d'un livre sur la reconstitution annuelle de ce sport médiéval.
Depuis la chute du régime fasciste, le Calcio Storico a changé de récit historique et est désormais présenté comme le symbole d'une Florence libre et de résistance, en écho avec la partie du 17 février 1530.
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Violence et blessures : un aspect inhérent au Calcio Storico
Le Calcio Storico est un sport violent, où tous les coups sont permis, à l'exception des coups de pied à la tête et des attaques à deux contre un. Les joueurs se jaugent à en mordre la poussière, et le sang coule rapidement. Les équipes ont chacun leur tribune aux couleurs du quartier, et l'ambiance est surchauffée.
Comme cette douloureuse cravate, de dos, en pleine course, qui laisse un vert en besoin sérieux de minerve. Au bout des 50 minutes de temps réglementaire, les équipes sont à deux et demi partout. Avant qu'une course endiablée ne délivre les clameurs d'une tribune verte chauffée à blanc. Fermez le ban. C'est violent mais pas de morts, heureusement, dans les rangs. Les rouges, tout de muscles et de sable, pour certains fondent en larmes. Le brancard est sorti à plusieurs reprises. Direction le centre hospitalier.
Si nombre de coups soulèvent la houle de la foule, l'apparente cacophonie est non moins ponctuée d'expulsions pour irrégularités. Malgré cela, le jeu reste dangereux et les blessures sont fréquentes. Fractures, coquarts et points de suture sont bien plus nombreux que les buts. Il arrive même que la partie dégénère en bagarre générale, nécessitant l'intervention de la police anti-émeute.
Un regain de popularité et une visibilité croissante
Pleinement ancrée dans la culture florentine, la pratique reste essentiellement ancrée dans sa ville d'origine. Tous les Florentins ne s'y intéressent pas, mais la pratique cultive la « fiorentinità » - le sentiment d'appartenance à la ville - des locaux.
Malgré cela, le Calcio Storico connaît un « gain de popularité sur les 15/20 dernières années » en Italie mais aussi à l'étranger, explique Dario Nardini. Selon lui, cet intérêt est à relier à l'attrait de plus en plus prononcé pour les sports de combat comme le MMA. Plusieurs « calcianti », les joueurs de Calcio Storico, sont d'ailleurs aujourd'hui issus des disciplines de combats, qui rythment leur préparation pour la partie annuelle du 24 juin.
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Plus globalement, l'anthropologue constate une fascination pour ce spectacle d'une « violence anachronique », notamment de la part des médias. National Geographic y a par exemple consacré un documentaire en 2020 et Netflix un épisode d'une docu série la même année. Même la télévision s'y est intéressée, DAZN diffusant quelques-unes des éditions récentes. De quoi donner de la visibilité à un sport pourtant très peu télégénique, où il est difficile de suivre tout ce qui se passe sur le terrain.
Le Calcio Storico : un symbole de Florence
Le Calcio Storico est bien plus qu'un simple sport. C'est un symbole de Florence, de son histoire, de ses traditions et de sa culture. Il incarne la fierté, la passion et l'esprit de compétition des Florentins. Chaque année, des milliers de spectateurs se rendent à Florence pour assister à ce spectacle unique au monde, où la violence se mêle à l'art et la rivalité sociale s'unit autour du blason toscan.
Le tournoi se déroule chaque année la semaine du 14 juin sur la piazza Santa Croce, transformée en arène antique pour l'occasion. Les joueurs, vêtus de costumes médiévaux, incarnent des gladiateurs contemporains, perpétuant une tradition séculaire qui fait la fierté de Florence.
La finale est disputée chaque année le jour de la Saint Jean-Baptiste (24 juin), protecteur de Florence. L'équipe victorieuse reçoit en récompense un veau blanc, symbole de prospérité et de fertilité.
Controverses et avenir du Calcio Storico
Malgré son ancrage dans la culture florentine, le Calcio Storico suscite de nombreuses controverses. Sa violence est souvent critiquée, et certains appellent à son interdiction. D'autres, au contraire, défendent cette tradition, arguant qu'elle fait partie intégrante de l'identité florentine et qu'elle doit être préservée.
L'avenir du Calcio Storico est incertain. Il est possible que les règles soient modifiées pour limiter la violence et rendre le sport plus sûr. Il est également possible que le Calcio Storico continue d'exister tel qu'il est, en tant que témoignage d'une époque révolue et symbole d'une culture unique.
Quoi qu'il en soit, le Calcio Storico restera un événement marquant de la vie florentine, suscitant à la fois fascination et répulsion, et témoignant de la complexité et de la richesse de l'histoire italienne.