La Coupe du Monde de Football de 1938, qui s'est déroulée en France, est bien plus qu'un simple tournoi sportif. Elle se déroule dans une Europe au bord du chaos, où des régimes autoritaires comme l'Allemagne nazie et l'Italie fasciste cherchent à projeter leur puissance sur la scène internationale. Cet événement est une fenêtre sur une époque trouble, où le sport devient un instrument politique et où les tensions internationales se reflètent sur le terrain.
Un Tournoi Sous le Signe de la Guerre Imminente
L'affiche du tournoi, créée par l'artiste Henri Desmé, est révélatrice de l'atmosphère de l'époque. Elle représente un joueur de football posant son pied sur un ballon lui-même placé sur un globe terrestre. Laurent Veyssière, conservateur général du patrimoine, interprète cette image comme une vision "très martiale", comme si un soldat apposait sa botte sur le monde. Cette symbolique préfigure le fracas qui allait s'abattre sur le monde avec la Seconde Guerre mondiale.
Seulement un an plus tard, certaines des 21 nations engagées dans ce troisième Mondial seront emportées dans le conflit le plus meurtrier de l'histoire.
L'Anschluss et l'Équipe Allemande Contrainte
L'Anschluss, l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne nazie en mars 1938, a des répercussions directes sur la compétition. L'Autriche, initialement qualifiée, est contrainte de déclarer forfait. Certains de ses joueurs sont intégrés à la Mannschaft allemande. Cependant, cette fusion est difficile, car "la greffe a eu du mal à prendre parce que les deux pays ne jouaient pas de la même façon", selon Laurent Veyssière. L'équipe unifiée est éliminée dès le premier match contre la Suisse, une défaite amère pour Hitler. Au moment des hymnes du premier match contre la Suisse, les onze joueurs tendent le bras… mais s'inclineront piteusement. Une élimination très mal vécue par Hitler.
La Propagande Fasciste Italienne
Avant la compétition, Benito Mussolini, le Duce italien, instrumentalise l'événement à des fins de propagande. Il assigne à la Squadra Azzurra, l'équipe italienne, la mission de "montrer au monde ce qu'est l'idée fasciste du sport." Au Stade-Vélodrome de Marseille, où la population est pour un quart d'origine italienne, le public siffle l'Italie, opposée à la Norvège. Mais le jeu brillant des Transalpins finit par emporter le coeur des spectateurs. L'Italie remporte le tournoi, et Mussolini célèbre ce triomphe comme une victoire idéologique. Entre-temps, les joueurs ont tous enfilé le costume militaire et pris une pose solennelle.
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Une Finale Controversée et un Salut Fasciste
La finale, qui oppose l'Italie à la Hongrie (une autre dictature dirigée par l'amiral Horthy), est remportée par les Italiens sur le score de 4-1. Cependant, la cérémonie de remise du trophée est marquée par un incident qui témoigne de la politisation du sport. Le capitaine italien, Giuseppe Meazza, ancien membre des jeunesses fascistes, adresse un salut fasciste au président de la République française, Albert Lebrun, avant de soulever la coupe Jules Rimet. Comme un signe annonciateur des temps troubles, le capitaine italien Giuseppe Meazza monte à la tribune officielle du stade Yves-du-Manoir de Colombes où ses coéquipiers viennent de battre la Hongrie (4-1) en finale. Avant de soulever la coupe Jules Rimet, l'ancien membre des ballila (organisation des jeunesses fascistes) adresse un salut fasciste au président de la République français Albert Lebrun.
Le Parcours de Cuba : Une Surprise à Toulouse
La ville de Toulouse a également été un lieu important pour cette Coupe du Monde. Initialement, le match devait se dérouler au Stadium, mais les travaux de construction de l’équipement situé sur l’île du Ramier n’étaient pas terminés. Deux matchs entre Cuba et la Roumanie se sont déroulés au Stade Chapou (Parc des sports du TOEC). Le premier match s'est soldé par un nul 3-3 après prolongation. Lors du match rejoué, Cuba a créé la surprise en battant la Roumanie 2-1 et en se qualifiant pour les quarts de finale. Ils seront ensuite éliminés par la Suède, sur le score de 8 à 0.
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