L'actualité du rugby français est marquée par la Coupe du Monde 2023, les succès de l'équipe nationale, les complexités au sein de la Fédération Française de Rugby (FFR), et les commotions cérébrales, avec leurs impacts potentiels sur la santé des joueurs à court, moyen et long termes. Bien que des incertitudes persistent, la recherche s'efforce de les dissiper.
Introduction
Une commotion cérébrale est un traumatisme crânien léger, mais elle n'en demeure pas moins un traumatisme crânien susceptible d’avoir des conséquences sur la santé des patients, immédiatement, dans les semaines suivantes ou des années plus tard. La commotion cérébrale est une altération des fonctions neurologiques survenant à la suite d'un impact transmis directement ou indirectement au cerveau. Elle est provoquée par un choc direct ou indirect à la tête ou au cou durant la pratique sportive, notamment le rugby. Elle est responsable d’un trouble transitoire du fonctionnement du cerveau et est associée à un ensemble de symptômes physiques (nausées, maux de tête, vertiges…), cognitifs (difficultés de mémoire, de concentration…) et émotionnels (tristesse, irritabilité, anxiété…).
Qu'est-ce qu'une Commotion Cérébrale ?
Une commotion cérébrale désigne un traumatisme reçu au niveau de la tête, suite à un coup ou à une chute. On parle de commotion cérébrale lorsqu’un impact direct ou indirect se produit au niveau de la tête, provoquant une “secousse” ayant pour conséquences des perturbations du fonctionnement du cerveau. Le cerveau soumis à des chocs fonctionne un peu comme un flipper : alors que des secousses ne le font pas tilter, une, un peu plus violente, provoque son dysfonctionnement. C’est la commotion.
La commotion cérébrale est en réalité un traumatisme crânien, dont les séquelles peuvent être plus ou moins graves en fonction de l’intensité du choc et de l’endroit de celui-ci. La commotion cérébrale correspond à ce que l’on appelle un ébranlement du cerveau, c’est-à-dire des secousses violentes, qui peuvent affecter les neurones et leurs terminaisons. En fonction de la nature du choc, la commotion cérébrale peut n’avoir que très peu de conséquences sur le cerveau. Plus le choc possède une intensité forte, plus les lésions dans le cerveau seront importantes. Dans ce cas-là, il conviendra de parler plutôt d’une contusion cérébrale - avec des lésions anatomiques du cerveau.
Symptômes d'une Commotion Cérébrale
Les symptômes d’une commotion cérébrale peuvent être très variables : trouble de l’équilibre, vision double, confusion, ralentissement, somnolence… La perte de connaissance est fréquente, mais pas systématique. Une chose est sûre, c’est un élément important à prendre en compte. Si les troubles neurologiques durent moins de trente minutes, tout devrait a priori rentrer dans l’ordre. Mais la personne blessée doit rester sous surveillance. Si les signes neurologiques durent moins de 24 heures, il faut rester vigilant car l’état de la personne peut évoluer sur une semaine. Si les signes neurologiques durent plus de 24 heures, « il se passe parfois plusieurs semaines avant que la personne retrouve son état normal ».
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Les symptômes les plus fréquents sont les céphalées, le vertige, le ralentissement psychomoteur, ainsi que l’asthénie. D'autres symptômes incluent difficulté à l’endormissement, temps de sommeil raccourci ou augmenté par rapport à l’habitude, somnolence.
Des signes parfois fugaces, d’où la présence lors des matchs professionnels, du « superviseur vidéo médicale ». Il traque ces symptômes et en informe, quasi en temps réel, le médecin de l’équipe. Une étude a identifié un « nouveau » symptôme à surveiller : l’hypotonie des épaules.
Diagnostic de la Commotion Cérébrale
Le diagnostic de commotion cérébrale repose, en l’absence de signe pathognomonique, sur un faisceau d’arguments traduisant à des degrés divers le dysfonctionnement cérébral. Il se fait d’abord par l’évaluation des symptômes présentés, puis par les signes cliniques vus et enfin par la réalisation de tests physiques et cognitifs.
Certains signes cliniques observés permettent à eux seuls d’établir le diagnostic de commotion cérébrale dans le contexte de l’application d’une force d’impulsion à l’extrémité céphalique. Ils traduisent immédiatement le dysfonctionnement cérébral. Cette règle est tout autant applicable pendant un combat ou un match que pendant un entraînement.
Le joueur doit être évalué dès que possible par un professionnel de santé formé à la prise en charge des commotions cérébrales. L’examen est réalisé au mieux à l’aide de l’évaluation initiale du test SCAT5 développé par la conférence internationale de consensus sur les commotions dans le sport de 2016.
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Prise en Charge et Traitement
La première mesure à prendre après une commotion cérébrale est le repos complet de la personne ; en effet, seul un repos à la fois physique et psychique permet de reposer le cerveau. La consultation médicale n’est pas indispensable, mais en cas de doute, mieux vaut quand même prendre rendez-vous chez un professionnel de santé. Pour l’heure, le seul traitement de la commotion cérébrale consiste en une période de repos avec l’arrêt de l’activité sportive suivi de la reprise progressive par paliers de 48 heures. La durée de cette phase est fixée par un médecin expert qui a une bonne connaissance des commotions cérébrales.
Lorsqu’un tel accident se produit, les sportifs professionnels, en particulier les rugbymen, se font accompagner par un kiné du sport, spécialiste de tous les traumatismes sportifs. Celui-ci établit un programme de réentraînement qui doit permettre un retour graduel à l’activité, sans danger pour le joueur. La rééducation se fait progressivement : après une phase initiale de repos, qui dure quelques jours le temps que les symptômes disparaissent, le programme commence par des exercices doux, de type vélo ou marche, sans musculation. Ensuite, le sportif ajoute progressivement des mouvements, et recommence notamment à courir. Arrive ensuite une phase d’entraînement sans contact, avec reprise progressive de la musculation. Puis, sur validation du médecin, le retour à l’entraînement classique peut se faire.
La Reprise en Question
Après une commotion, comment déterminer qu’un joueur peut reprendre le rugby ? C’est là que les choses se corsent. On ne voit rien au scanner et les tests réalisés 36 heures après une commotion comportent des biais car les professionnels, qui les passent tous les ans à l’intersaison, les maîtrisent. Il faut donc trouver un panel d’outils d’évaluation plus objectifs.
Des chercheurs sont en quête de biomarqueurs sanguins. La protéine S100‑B (pour S100 Calcium binding protein B) est un indicateur de la commotion chez les footballeurs américains, et des études menées chez des rugbymen professionnels le confirment… sous certaines conditions. S100‑B est bien sécrétée par des cellules du cerveau “blessé”, mais aussi par d’autres organes soumis à des coups répétés comme au rugby. Et comme elle dépend de l’âge, du poids, de l’origine…, chaque joueur a son propre taux de base. S100‑B fait partie des examens de suivi de la commotion.
Autre outil objectif potentiel : l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf). Une étude a montré que le réseau neuronal du « mode par défaut » qui s’active quand on laisse cours à ses pensées, présente des anomalies juste après la commotion et que celles-ci persistent malgré la disparition des symptômes cliniques. Autrement dit, le joueur va bien, mais pas son cerveau. Côté neuropsychologie, certains tests semblent peu sensibles pour ces jeunes athlètes aux troubles mineurs, et d’autres sont “trop” maîtrisés par ces professionnels.
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Prévention des Commotions Cérébrales
Depuis une série d’accidents graves dans le milieu sportif, les commotions cérébrales font l’objet d’une attention particulière. Les joueurs, les entraîneurs, les arbitres et les médecins du sport sont de plus en plus sensibilisés sur ce sujet. Ces chocs sont, en effet, très fréquents.
Lorsque le choc se produit, il faut sortir le joueur du terrain et le mettre au repos quelle que soit l’intensité des symptômes. Les entraîneurs et les arbitres sont, en principe, formés à évaluer la gravité de la situation.
Dans le rugby, sport de contact par excellence, de nouvelles règles de jeu permettent notamment de limiter les risques. Il est interdit de plaquer un adversaire au-dessus du short. Désormais, le jeu privilégie les longues courses et l’évitement.
Porter un protège-dents est très important, car cette protection permet de dissiper l’intensité de l’impact.
Le Rugby Amateur
L’incidence des commotions cérébrales dans le rugby amateur, chez les plus les plus de 15 ans et les adultes, vient d’être mesurée par une étude de la Fédération française de rugby sur un échantillon représentatif de clubs. Cette incidence représente 2,41 commotions cérébrales pour 1 000 heures de jeu. Par comparaison, elle est de 13 commotions cérébrales pour 1 000 heures de jeu chez les « pros ».
Le monde amateur représente 90 % des pratiquants et il est important que les amateurs soient aussi bien suivis, et dans tous les sports.
Risques et Conséquences à Long Terme
Si le suivi des commotions devrait s’améliorer, la question reste entière pour leur impact à long terme et celui des sub-commotions ou micro-commotions. Des chercheurs ont établi un lien entre commotions répétées et troubles de l’humeur, mais des chercheurs étrangers font état d’atteintes neurodégénératives sévères. Des études, et les moyens qui vont avec, sont donc nécessaires. De même pour les joueuses, les plus jeunes et le monde amateur.
Associations et Sensibilisation
Malgré les innovations technologiques et les actions mises en place par les fédérations, les commotions laissent parfois des traces et peuvent impacter la vie sociale des sportif·ves. Afin de les accompagner, des associations voient le jour. C'est le cas d'Alerte Commotions, une association créée pour libérer la parole, tout en informant au maximum, quel que soit le niveau, le sexe, l'âge, la pratique…
L'association se fixe plusieurs objectifs, notamment en créant des groupes de parole ou des forums en ligne pour permettre d'éviter l'isolement des sportif·ves, et en aidant sportifs et sportives dans le suivi médical lié aux commotions, quel que soit leur niveau de pratique.