Daniel Costantini, figure emblématique du handball français, a marqué l'histoire de ce sport tant par ses succès en tant qu'entraîneur que par son influence durable sur la discipline. Cet article explore l'épopée de l'équipe de France de handball aux Jeux Olympiques de Barcelone en 1992, un moment clé qui a vu l'émergence d'une équipe mythique surnommée « les Barjots ».
Un Parcours Éclectique
Le parcours de Daniel Costantini est marqué par une diversité d'expériences :
- Enseignant en Sport-Etudes (1975-1985)
- Entraîneur de Club (1973-1985)
- Entraîneur National (1985-2008)
Daniel Costantini est Chevalier de l’Ordre National du Mérite (1995), Chevalier de la Légion d’Honneur (2001) et Chevalier de l’Ordre des Palmes Académiques (2002).
Athlète de Haut Niveau
En tant qu'athlète, Daniel Costantini a brillé sur les terrains :
- Champion de France de handball en 1965, 1967 et 1969
- 10 fois International
Entraîneur de Club: Les Premières Armes
Avant de prendre les rênes de l'équipe nationale, Costantini a fait ses preuves en tant qu'entraîneur de club :
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- 2 titres de Champion de France en 1975 et 1984
- Coupe de France en 1976
Quatre ans après la fin de sa carrière de joueur professionnel, Daniel Costantini prend les commandes en tant qu’entraineur de l’équipe du SMUC. C’est une histoire remplie de succès qui aura duré plus de 30 ans entre Daniel Costantini et le SMUC.
Le Contexte Avant Barcelone
En 1990, l'équipe de France, sous la houlette de Costantini, obtient la 9e place au Championnat du Monde en Tchécoslovaquie. Cette performance est synonyme de qualification pour les Jeux olympiques de 1992. La présence à Barcelone passe en effet par ce fameux match à 9 heures du matin à Prague au Mondial 1990 contre l'Islande. On part de Bratislava en car vers Prague en se disant qu'on va jouer un match pour la neuvième place qui, au départ, ne qualifiait pour rien. Mais comme les Espagnols sont sûrs d'être dans les cinq premiers, ça dégage une place pour le neuvième et ce match qualificatif pour les JO de 92 et le Mondial 93.
La Préparation Olympique
En 1991, l'équipe n'est pas ridicule mais, pour Costantini, le juge de paix est le tournoi de Bercy, où il invite les Russes et les Suédois. L'équipe prend une "dorba" (raclée) contre les Russes, ce qui le calme. C'est le moment où il a voulu réintégrer Denis Lathoud, écarté en 1990. Avec Laurent Munier, il trouvait qu'ils n'étaient pas dans le ton. Il y avait Gilles Derot comme meneur de jeu. Lathoud c'était un individualiste, Munier un joueur imprévisible. Mais Costantini se dit que peut-être des joueurs vont atteindre leurs limites… Derrière, on obtient que le Championnat s'arrête fin avril 1992. Ça fait près de trois mois de préparation pour les JO. Que vous terminez à Banyuls… Oui, parce que c'était à 2 heures de car de Barcelone. Alain Mouchel, le DTN, avait dit ça coûtera moins cher. Et vous êtes dans un centre de vacances au milieu des touristes… Le directeur du centre, qui appartenait à Elf Aquitaine, était un ami. On était au milieu des touristes, dont beaucoup de Norvégiens, parce que Elf-Aquitaine avait énormément de gisements en Norvège. Les joueurs ont été relativement sérieux. On travaillait énormément.
La base de l'entraînement cardio-pulmonaire de Costantini, c'étaient les séries de 400 m. Les autres les faisaient, lui ne pouvait pas mais il me disait : "Je ne peux pas les faire à cloche-pied ?". L'objectif fixé était la sixième place. Un objectif élevé, vu d'où on venait, et on tombe sur une poule, quand même… L'Espagne chez elle, la CEI qui va être championne olympique à Barcelone, l'Allemagne, réunifiée, la grosse équipe Est-Ouest, la Roumanie et l'Égypte.
La Composition de l'Équipe
L'équipe de France médaillée de bronze aux JO de Barcelone en 1992 était composée de :
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P. Debureau, P. Gardent, D. Lathoud, P. Mahé, P. Médard, G. Monthurel, L. Munier, F. Perez, T. Perreux, A. Portes (cap.), E. Quintin, J. Richardson, S. Stoecklin, JL. Thiébaut, D. Tristant, F. Volle.
Sélectionneur : D. Costantini.
Le Parcours à Barcelone
Costantini a considéré que les performances de Gilles Derot n'étaient pas à la hauteur de ce qu'il espérait. Ça ronronnait. Il savait que ça n'allait pas suffire pour surprendre. Tout le monde nous avait filmés. Il fallait trouver autre chose… Denis Lathoud. Oui. Lathoud s'était pas mal transcendé dans la préparation physique. Déjà qu'il était intéressant, créatif, il est devenu indiscutable. Donc arrière gauche, Lathoud.
Quelques-uns avaient décidé de se mettre sur le chemin des Espagnols au réfectoire : soit ils arrivaient avant, soit ils les attendaient à la sortie. Et Munier regardait Alemany, l'arrière gauche, lui faisait le signe : je vais t'égorger. Au début, les Espagnols rigolaient, sauf que ça a duré quatre jours… Et que la France bat l'Espagne d'entrée (18-16) ! On n'a pas été très brillants jusqu'à la 45e, jusqu'à la rentrée de Philippe Médard, qui fait des arrêts décisifs. Quand les Espagnols voient qu'on leur résiste, ils perdent complètement le sens tactique du match. Ils veulent nous rentrer dedans. Ç'a été un match d'une violence rarement égalée. Sauf que plus le match avançait, plus on était sereins.
Une joie incommensurable après cette victoire. Mais cet exploit arrive le premier jour. Et on joue la CEI derrière. Donc on n'est pas en train de se dire qu'on va avoir une médaille à la sortie. J'avais dit : les deux premiers matches, c'est pour se régler, donc il faut que tout le monde rentre dans la compétition. Comme je l'avais dit, je me suis senti obligé de le faire. Quand je vois comment on perd le deuxième match d'un but contre la CEI (23-22)… À la fin, Munier se fait piquer la balle par Talent Dujshebaev. Si vous aviez battu la CEI, vous preniez l'Islande en demi-finales, pas la Suède.
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Le regret, ce n'est pas d'avoir changé l'équipe entre le premier et le deuxième match. C'est mon management en demies contre la Suède où j'attends trop pour déclencher des (défenses) strictes parce que les Suédois sont devant, de peu, deux buts d'avance. Éric Quintin me regarde : "Double stricte, double stricte !" Je ne veux pas le faire tout de suite. Parce que ça vient d'un joueur ? Parce qu'il reste un quart d'heure à jouer. Je pense que ce genre de truc marche quand tu le fais sur un laps de temps court. Entre Richardson et Quintin, il y avait une compréhension mutuelle de leurs actions défensives qui posait beaucoup de problèmes à l'adversaire. Chaque fois qu'on le faisait en fin de match, c'était payant. Sauf que là, on l'a fait un peu trop tard.
Pas tous les joueurs vous en ont voulu. Munier m'en a voulu puisque le lendemain matin, il était incapable de s'entraîner. J'ai été obligé d'arrêter l'entraînement au bout d'un quart d'heure. Je leur ai dit : certains ne veulent pas s'entraîner avec nous, donc on arrête. J'espère que tout à l'heure pour le match (pour la 3e place), on va se retrouver ensemble. Munier met huit buts parce que les Islandais prennent Volle et Lathoud en stricte, pensant que c'était une solution ! C'est vrai que ce n'était pas idiot. Dans le match pour le bronze contre l'Islande (24-20), vous n'avez pas fait jouer les anciens (Debureau, Tristant, Portes et Ménard), pour préparer l'avenir. Je leur ai dit : ce match n'est pas un jubilé. C'est un match qui s'inscrit dans l'aventure de l'équipe de France et qui va devoir conditionner l'avenir. Donc, je veux que ne le jouent que ceux qui seront encore là avec moi à la rentrée. Vous savez très bien tous les quatre que vous ne jouerez plus en équipe de France après.
Médard a joué ses JO sur les premiers matches. Il avait été en difficulté dans la préparation. Le match qu'il fait contre l'Espagne, il me rembourse tous les efforts que j'ai faits pour lui. Après, ce n'est pas à lui d'assurer parce qu'il était sur une espèce de don de soi qui n'allait pas pouvoir durer pendant quinze jours. Après le bronze, Munier porte Médard en triomphe. La plupart des joueurs n'étaient pas d'accord avec ma composition, il y avait des liens d'amitié entre eux. Et vous faites la bise à Thiébaut, du jamais vu chez vous… Oui. Surtout celui-là. On n'avait pas d'atomes crochus. C'était pour le remercier. Parce que j'avais pris un risque : tu te dis que Médard, sur l'hystérisation du match pour une médaille, il allait peut-être pouvoir faire quelque chose.
La force de cette équipe était de croire en ses rêves, de n'avoir peur de personne. Ils n'ont pas eu peur des Espagnols le premier jour et, en demi-finales, ils n'avaient pas peur des Suédois. Ça s'est joué à peu de chose. La troisième stricte contre la Suède (en demi-finales) parce que Quintin avait raison, je pense. Je ne pensais pas que ce soit aussi impactant pour une équipe comme la Suède, que cette pirouette tactique allait leur poser autant de problèmes. C'est une limite. Je n'aurais pas dû être aussi respectueux de l'adversaire . »
Résultats aux Jeux Olympiques de Barcelone 1992
- Médaille de Bronze
L'Héritage des « Barjots »
L'équipe de France de handball médaillée de bronze aux JO de Barcelone en 1992 marque le début d’une série de succès sans précédent. Cette équipe mythique a ouvert la voie à la victoire aux Championnats du Monde de 1995.
Trente ans après, Costantini s'en veut pourtant encore pour son coaching en demi-finales contre l'ogre suédois (défaite 25-22). « Barcelone, ça remonte à trente ans maintenant. Vous y repensez souvent ? Souvent, non. La compétition dont j'aimerais me souvenir encore plus, c'est 2001, la dernière, parce que c'est la plus épanouissante. Tous les matches gagnés (2e titre mondial français, après celui de 1995). Pourtant, Barcelone est celle qui enclenche tout… Oui, mais Barcelone, tu as la trouille sans arrêt que ça s'arrête le lendemain. Il y avait toujours cette angoisse de dire : je vais me réveiller, finalement l'Espagne peut-être que tu ne l'as pas battue (victoire 18-16). J'aurais dû me dire que Barcelone serait mon meilleur souvenir olympique parce que derrière… (4e en 1996 ; 6e en 2000.) C'est la première médaille du hand français, c'est une satisfaction quand même ! Oui, mais c'est aussi la preuve que cette équipe était particulière.
Sa méthode de management initial n’était pas la bonne, mais Daniel Costantini a réussi à analyser ses erreurs et à conduire la transition d’un management directif vers un management participatif.
La force de cette équipe était de croire en ses rêves, de n'avoir peur de personne. Ils n'ont pas eu peur des Espagnols le premier jour et, en demi-finales, ils n'avaient pas peur des Suédois. Ça s'est joué à peu de chose.
Les Surnoms Successifs de l'Équipe de France
Bronzés, Barjots, Costauds ou Experts, les handballeurs français ont eu le droit à une flopée de surnoms depuis les années 90. A chaque fois, il y a une histoire derrière chacun de ces noms.
- Les Bronzés (1992)
- Les Barjots (1995)
- Les Costauds (2001)
- Les Experts (2008)
L'Héritage de Costantini
Avant même les Bleus de 1998, Daniel Costantini restera pour toujours le premier entraîneur à avoir mené une équipe française de sport collectif au titre mondial. C'était en 1995, dix ans après avoir pris les commandes d'une sélection qui végétait alors en troisième division. Pendant 16 ans, jusqu'à ses adieux en 2001 sur un deuxième titre mondial, il a incarné le handball français, celui des Bronzés et des Barjots. Plus tard, avec d'autres sélectionneurs, les handballeurs français seront trois fois champions olympiques et quatre fois champions du monde. Cette incroyable réussite est aussi l'héritage de Daniel Costantini, qui a sorti la discipline de l'anonymat et de l'amateurisme.
Aujourd'hui âgé de 80 ans, il s'est confié à Anouk Corge, grand reporter à « L'Équipe », qui a suivi toute sa carrière sur le banc des Bleus et l'a retrouvé chez lui, à Marseille, pour recueillir ses confessions.
Consultant et Observateur Attentif
Aujourd'hui, Daniel Costantini continue de partager son expertise en tant que consultant TV (BFM) et radio (RMC). Discrètement, il distille quelques conseils. Longtemps dans la lumière, il agit désormais dans l’ombre. La Fédération, où il a longtemps fait la pluie et le beau temps, a beau essayer depuis plusieurs années de tourner la page Costantini, elle ne parvient pas à se séparer de cet emblématique sélectionneur, toujours membre de la DTN, aujourd’hui consultant sur RMC et Eurosport. Daniel Costantini est consultant sportif pour Canal+Sport & RMC lors des grandes compétitions internationales de handball.