Daniel Costantini, figure emblématique du handball français, a marqué à jamais l'histoire de ce sport en France. Entraîneur des "Bronzés" puis des "Barjots", il a propulsé le handball français hors de l'anonymat et du domaine amateur. Il restera à jamais comme le premier entraîneur à avoir mené une équipe française de sport collectif au titre mondial.
Costantini, le Pionnier du Handball Français
Avant même la victoire des Bleus au mondial de football en 1998, Daniel Costantini a été le premier à mener une équipe française de sport collectif au titre mondial. C'était en 1995, dix ans après avoir pris les commandes d'une sélection qui végétait alors en troisième division. Pendant 16 ans, jusqu'à ses adieux en 2001 sur un deuxième titre mondial, il a incarné le handball français, celui des Bronzés et des Barjots. Plus tard, avec d'autres sélectionneurs, les handballeurs français seront trois fois champions olympiques et quatre fois champions du monde. Cette incroyable réussite est aussi l'héritage de Daniel Costantini, qui a sorti la discipline de l'anonymat et de l'amateurisme.
Aujourd'hui âgé de 80 ans, il s'est confié à Anouk Corge, grand reporter à « L'Équipe », qui a suivi toute sa carrière sur le banc des Bleus et l'a retrouvé chez lui, à Marseille, pour recueillir ses confessions.
Le Mondial de 1995 : Un Accouchement Douloureux
Daniel Costantini, sélectionneur des Bleus de 1985 à 2001, se souvient d'une première semaine compliquée lors du Mondial remporté en Islande en 1995.
« Que gardez-vous de l'épopée mondiale de 1995 ? L'accouchement a été très douloureux. Quand le bébé est celui-là, tu oublies un peu ce qu'il s'est passé la première semaine. Ensuite, les souvenirs marquants : le déchaînement des Barjots au retour. La voiture de Stoecklin devant le siège de L'Équipe quand ils sautaient tous sur le toit et ont défoncé la caisse. Patrice Canayer (alors entraîneur de Montpellier) qui me téléphone en août en me disant : "Pourrais-tu appeler Anquetil parce qu'il n'est toujours pas entraînable ?" J'appelle "Greg", qui me dit : "Ah oui, mais on est invités partout…" On était en août, le titre s'était gagné en mai ! On ne savait pas à ce moment-là que, pour cette équipe, c'était la fin. Ce titre leur a permis de partir par la grande porte. S'ils avaient terminé deuxièmes ou troisièmes, on aurait peut-être eu des chances d'être champions olympiques à Atlanta (4e en 1996).
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La Réunion Salvatrice Initiée par Denis Lathoud
Il y a eu la fameuse réunion provoquée par Denis Lathoud dont vous n'avez eu connaissance que bien après… Je l'ai su même des mois après. Au début du Mondial, j'étais impuissant parce que le problème était relationnel entre la mafia de l'OM-Vitrolles (7 joueurs sur 16 dans le groupe français) et les autres. Les Marseillais se croyaient au-dessus de tout. Denis Lathoud était le seul capable de regarder Frédéric Volle (arrière gauche et buteur vedette) dans les yeux et de lui faire baisser le regard. Je ne m'en sortais pas, je ne voyais pas comment régler ce problème. Je trouvais d'autres explications : comme on ne jouait pas bien, j'ai changé d'équipe souvent… Apparemment, cette réunion les a tous mis derrière "le Grand" (surnom de Lathoud). Sur le moment, je ne me suis pas rendu compte d'un changement dans leur comportement, car on voit toujours midi à sa porte. Ce que j'ai ressenti comme effet positif, c'est le fait de titulariser Guéric Kervadec à la place de "Boule" (Philippe Gardent) et de mettre "Greg" Anquetil à la place de Thierry Perreux. Ces jeunes avaient énormément de potentiel, mais étaient toujours écrasés par les anciens, qui ne faisaient de cadeaux à personne.
L'Impact du Titre Mondial de 1995
Sans ce premier titre mondial, l'histoire du hand français n'aurait pas été la même ? C'est clair. Pour les joueurs, c'était la preuve qu'il leur fallait pour se dire : on est aussi bons que les Croates, les Yougoslaves, les Russes et les Suédois. Un vrai déclic. L'histoire aurait été encore plus belle si on avait été champions olympiques l'année d'après.
Denis Lathoud : Disparition d'une Figure Emblématique
Denis Lathoud, icône de la bande des Barjots, s’est éteint cette nuit à l’âge de 59 ans. Le "Grand", comme tout le milieu du handball aimé tant l'appeler, nous a quitté cette nuit des suites d'une longue maladie. Né le 13 janvier 1966 à Lyon, Denis Lathoud a d’abord brillé sur les parquets en tant qu’arrière gauche puissant et inspiré. Passé par Vénissieux, aux côtés de Laurent Munier et Gaël Monthurel avec lesquels il gagne le titre en 1992, il explose à l’USAM Nîmes Gard avec qui il décroche à nouveau le titre de champion de France en 1993 la Coupe de France en 1994. Il prendra également la 3eme place de la ligue des champions en 1994 toujours avec Nimes. Il évoluera ensuite au PSG Handball du président Gérard Picard aux côtés de Stéphane Stoecklin.
Son gabarit impressionnant (1,98 m), couplé à une redoutable intelligence de jeu, en fait une pièce maîtresse des Bleus dans les années 90. International à 164 reprises pour 463 buts inscrits, il participe à l’avènement de la génération des Barjots. En 1992, il décroche le bronze olympique à Barcelone, où il est élu dans l’équipe-type du tournoi. L’année suivante, il devient vice-champion du monde, avant de connaître le sommet de sa carrière en 1995 avec le premier titre mondial de l’équipe de France, en Islande, sous la houlette de Daniel Costantini. Il jouera aussi les Jeux d’Atlanta en 1996, concluant son parcours international par une honorable 4e place.
Denis Lathoud fut l'organisateur de la fameuse réunion salvatrice, en plein milieu du Mondial 1995, qui aura permis aux joueurs de Daniel Costantini, mal embarqués dans la compétition, de crever l'abcès et se dire les choses. Dans la foulée de ce moment unique dans la vie d'un groupe, composé de joueurs de l'OM Vitrolles en grande majorité, les Bleus vont tout remporter et décrocher le 1er titre de champion du monde pour un sport collectif francais.
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Après avoir raccroché les chaussures, il enfile très vite la casquette d’entraîneur. D’abord au SMV Porte Normande comme joueur-entraîneur, puis à Limoges, avant de diriger Dijon pendant huit saisons. Il mène à deux reprises le club bourguignon en première division, puis s’exporte en Tunisie où il remporte plusieurs titres avec l’Espérance de Tunis.
Denis Lathoud n’était pas seulement un joueur ou un coach : il était une voix. Un homme franc, parfois rugueux, mais toujours habité par le goût du jeu juste, de l’engagement total. Sa disparition laisse un vide immense. Dans les cœurs de ses anciens coéquipiers en équipe de France, des joueurs qu’il a formés, et de tous les passionnés qui ont vibré à ses exploits.
L'Héritage des Barjots : Une Source d'Inspiration Continue
Depuis plus de trente ans, les équipes de France de handball sont si souvent présentes au rendez-vous des grandes compétitions internationales qu’on finirait presque par oublier qu’il y a eu des pionniers. L’un d’eux, Denis Lathoud, est mort des suites d’un cancer, à l’âge de 59 ans, dans la nuit du samedi 21 au dimanche 22 juin, a annoncé le président de la fédération française de handball, Philippe Bana.
Denis Lathoud a fait partie des « Barjots », le groupe de joueurs tricolores sélectionnés pour les Jeux olympiques de Barcelone de 1992 qui, à la surprise générale et en cultivant une joyeuse insouciance, avait décroché la médaille de bronze. Cette place d’honneur, à laquelle Lathoud avait pris toute sa part en étant désigné meilleur arrière gauche du tournoi, était - les palmarès en attestent - tout sauf un coup de chance isolé. Depuis la performance des hommes dirigés à l’époque par Daniel Constantini, les équipes de France, féminine comme masculine, sont presque toujours en situation de remporter les titres les plus prestigieux.
Denis Lathoud avait étoffé son palmarès avec les Bleus en devenant vice-champion du monde en 1993, puis champion du monde en 1995. « Le roc nous quitte. Repose en paix frère. Tout le handball adresse ses condoléances à la famille. Tous en deuil », écrit Philippe Bana, sur X, ce dimanche.
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Né le 13 janvier 1966 à Lyon, Denis Lathoud a été handballeur professionnel pendant vingt et un ans, de 1984 à 2005. Sous les couleurs de Vénissieux (1984-1992) puis de Nîmes (1992-1994), il avait décroché deux titres de champion de France, avant de signer pour le PSG-Asnières (1994-1997). Après une dernière partie de carrière moins prolifique, Lathoud s’était reconverti en entraîneur au SMV Porte normande, le club de Vernon (Eure). « Jouer si longtemps, pour moi qui n’étais pas un adepte des travaux forcés, ça reste un grand mystère », avait-il expliqué à L’Equipe, en 2009. Ces nouvelles fonctions l’avaient conduit à voyager dans toute la France (Limoges, Dijon et Strasbourg, notamment) ainsi qu’à l’étranger, à Tunis, entre 2015 et 2017. Depuis 2023, il entraînait le club de La Crau, dans le Var.
Que Sont Devenus les Barjots ?
En 1995, les joueurs de Daniel Costantini offraient au handball Français son premier titre mondial. Plus de vingt ans après, que sont-ils devenus ?
Grégory Anquetil : L’historique ailier droit français, se plaisant bien au sein de son club de Montpellier, y reste en tant que responsable de la communication, à l’issue de sa carrière sportive. Il devient aussi consultant handball pour les chaînes du groupe Canal +.
Patrick Cazal : Patrick Cazal, l’un des meilleurs gauchers de la planète, n’a pas non plus quitté son club dunkerquois. À la fin de sa carrière de joueur en 2008, il passe du statut de joueur à celui d’entraîneur-adjoint. Trois ans plus tard, il prend les rênes de l’entraînement en devenant l’entraîneur du Dunkerque HBGL. Après seulement deux saisons à ce poste, il obtient le titre de meilleur entraîneur de D1. La saison suivante, ses joueurs décrochent le titre de champion de France 2013-2014.
Yohann Delattre : Le gardien de but des Barjots, sélectionné à 92 reprises en équipe de France, est lui aussi devenu entraîneur une fois sa carrière de joueur achevée. Il coache au Handball Club Villeneuve-d’Ascq (où il a joué) entre 2005 et 2007. Il est actuellement l’entraîneur de l’équipe de France junior avec qui il remporte un nouveau mondial en 2015, le championnat du monde junior.
Philippe Gardent : De 1996 à 2012, Philippe Gardent dirige l’équipe de Chambéry, avec laquelle il est sacré champion de France en 2001. En 2012, le pilier des Barjots est nommé entraîneur du Paris Saint-Germain Handball. Dès sa première saison avec le club parisien, il remporte (à nouveau) le titre de champion de France. Bis repetita deux ans plus tard. Au soir de ce second titre de champion de France avec le Paris Saint-Germain Handball, Philippe Gardent quitte le club de la capitale pour rejoindre le Fenix Toulouse Handball, où il devient manager général pour trois ans.
Christian Gaudin : L’ancien gardien de but a dirigé pendant neuf saisons le Saint-Raphaël VHB, de 2005 à 2014. Puis, il a fait un passage éclair au HSV Hambourg, ainsi que deux petits mois en Roumanie en tant que sélectionneur de l’équipe nationale. Depuis février 2015, Christian Gaudin est désormais entraîneur du Sélestat AHB.
Guéric Kervadec : L’ancien pivot des Bleus devient directeur sportif de l’US Créteil en 2010. Trois ans plus tard, à l’issue d’une saison ratée ayant conduit le club en D2, le voilà licencié. Lassé par la vie parisienne, « Le Menhir » coule aujourd’hui une vie paisible à Ploemel en Bretagne. Il est entraîneur du club du Pays d’Auray.
Denis Lathoud : Ancien arrière-gauche, Denis Lathoud entraîne Dijon de 2006 à 2014. Depuis décembre 2015, il coache un club tunisien, l’Espérance sportive de Tunis avec qui il remporte l’année dernière le championnat de Tunisie et la Supercoupe d’Afrique.
Pascal Mahé : Après un long passage en Allemagne (quatorze ans) en tant qu’entraîneur et préparateur physique à Dormagen, l’ancien capitaine des Bleus lors de leur épopée en 1995, revient sur le sol français en 2013 pour rejoindre le Chartres Métropole HB 28. Une aventure qui prit fin deux ans plus tard.
Bruno Martini : Considéré comme l’un des meilleurs gardiens Français de tous les temps, avec Thierry Omeyer, Bruno Martini se lance, après sa carrière, dans une nouvelle aventure en fédérant autour de lui un groupe d’actionnaires qui reprend le Paris Handball. Il en est aujourd’hui le manager général.
Gaël Monthurel : Direction Doha au Qatar pour l’ancien international en 2012. Il y entraîne les 18 ans du club militaire d’El Jaish SC5. Après un départ très compliqué administrativement, le revoilà en France en 2015, où il s’engage avec le Handball Club Bressuirais en tant qu’éducateur sportif.
Laurent Munier : Lui qui a terminé sa carrière sportive au Chambéry Savoie Handball en devient directeur général en 2002, fonction qu’il occupe toujours actuellement. L’ancien international est également à l’origine, avec Éric Quintin, de la création du Sandball (handball sur plage). En 2009, avec d’anciens coéquipiers (Philippe Gardent, Philippe Morand et Alain Poncet), Laurent Munier crée même la brasserie « Les Barjots », située en face du Phare, la salle du Chambéry Savoie Handball.
Thierry Perreux : L’ancien ailier n’a pas vraiment quitté les Barjots. Après avoir été entraîneur de Villeurbanne puis de Tremblay-en-France, il est actuellement l’adjoint d’un certain Philippe Gardent au PSG Handball.
Eric Quintin : Juste après le titre de 1995, l’ancien ailier sanguin des Barjots invente avec Laurent Munier le sandball. Aujourd’hui, il est l’entraîneur de l’équipe de France jeune (U18), avec qui il a été Champion d’Europe. Il est également conseiller technique régional et directeur du pôle espoirs Provence Alpes.
Jackson Richardson : Le meilleur joueur du monde en 1995, porte-drapeau de la délégation des sportifs français lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques d’Athènes, est nommé entraîneur adjoint au Chambéry Savoie Handball en 2014. Celui qui est considéré comme l’un des plus doués de sa génération devient ensuite entraîneur principal du club par intérim. Depuis 2015, il connaît sa première expérience en tant qu’entraîneur au Dijon Bourgogne Handball.
Stéphane Stoecklin : Si la très grande majorité des Barjots sont restés dans le monde du handball, Stéphane Stoecklin est une exception. Depuis la fin de sa carrière, il vit à Koh Samui, une île de Thaïlande, où il gère un complexe hôtelier, le Cottage de Jade, avec sa femme.
Frédéric Volle : Le Montpelliérain vit aujourd'hui à Kelowna au Canada où il est employé par le district régional d’Okanagan Central, en tant qu’officier au contrôle de chien et tout ce qui concerne les règlements intérieurs de parcs.
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