Le rugby, sport de contact par excellence, suscite un débat constant concernant la violence et les risques qu'il engendre, notamment les arrêts cardiaques. Des événements tragiques survenus ces dernières années, impliquant des jeunes joueurs, ont mis en lumière la nécessité de mieux comprendre les risques, de renforcer la prévention et de sensibiliser aux gestes qui sauvent.
Décès et incidents récents : une prise de conscience nécessaire
Plusieurs décès et incidents graves ont marqué le monde du rugby ces dernières années, ravivant les inquiétudes quant à la sécurité des joueurs.
Mars 2025 : Un adolescent de 15 ans originaire du Var décède des suites d'un choc à la tête lors d'un match contre Bastia. Il avait été frappé involontairement à la tête par un genou lors d'un plaquage et avait subi un arrêt cardiaque sur le terrain.
Novembre 2022 : Grégoire Boidoux, jeune rugbyman de 19 ans, décède subitement sur un terrain d'entraînement, victime d'une crise cardiaque.
Décembre 2018 : Nicolas Chauvin, espoir du Stade Français âgé de 19 ans, décède après avoir subi un plaquage lors d'un match. Il avait été opéré d'une fracture des cervicales mais n'a pas survécu.
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Août 2018 : Louis Fajfrowski, jeune joueur d'Aurillac (Pro D2) âgé de 21 ans, décède des suites d'un plaquage lors d'un match de pré-saison.
Ces événements tragiques soulignent l'importance de la prévention et de la prise en charge rapide des arrêts cardiaques sur les terrains de rugby.
Les causes possibles d'arrêt cardiaque chez les rugbymen
Les arrêts cardiaques chez les rugbymen peuvent avoir différentes causes :
Traumatismes : Les chocs violents, notamment les plaquages, peuvent provoquer des traumatismes thoraciques ou crâniens, entraînant un arrêt cardiaque. Dans le cas de Louis Fajfrowski, le décès était dû à "un traumatisme thoracique précordial, responsable d'une commotion cardiaque létale sur un coeur pathologique".
Conditions cardiaques préexistantes : Certains joueurs peuvent être porteurs de maladies cardiaques non diagnostiquées, les rendant plus vulnérables aux arrêts cardiaques lors d'un effort intense.
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Tachycardie : Hassane Kolingar, pilier du Racing, a subi un malaise cardiaque en lien avec une cicatrice d'une intervention au coeur datant de sa petite enfance, nécessitant une nouvelle opération. Il a décrit une crise de tachycardie avec un pouls qui ne descendait pas.
Mort subite du sportif : Chaque année, plus de 500 sportifs meurent prématurément à cause d’un arrêt cardiaque subit sur le terrain de leur activité.
Il est important de noter que, comme l'explique Philippe Le Van, médecin du sport, il est parfois difficile de déterminer si l'arrêt cardiaque est causé par un manque d'oxygène au cerveau (anoxie) ou si c'est l'inverse.
Les risques spécifiques aux jeunes joueurs
Les jeunes joueurs de rugby présentent un risque accru de blessures et d'accidents cardiaques pour plusieurs raisons :
Vulnérabilité physique : Leur développement physique est encore en cours, ce qui les rend plus fragiles face aux traumatismes.
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Manque d'expérience : Ils ont moins d'expérience dans la gestion des contacts et des situations à risque sur le terrain.
Risque important de blessures : Pour les plus jeunes joueurs, le rugby présente un risque important de blessures.
Il est donc essentiel de mettre en place des mesures de prévention spécifiques pour protéger les jeunes rugbymen.
Prévention et mesures de sécurité
Face aux risques d'arrêt cardiaque, plusieurs mesures de prévention et de sécurité peuvent être mises en place :
Examens médicaux réguliers : Il est crucial que les joueurs de rugby, en particulier les jeunes, passent des examens médicaux réguliers pour détecter d'éventuelles anomalies cardiaques. Un électrocardiogramme et des tests d'effort peuvent être réalisés pour évaluer la santé cardiaque des joueurs.
Formation aux gestes de premiers secours : Il est indispensable que les entraîneurs, les joueurs et les encadrants soient formés aux gestes de premiers secours, notamment la réanimation cardio-pulmonaire (RCP) et l'utilisation d'un défibrillateur. La rapidité d'intervention est cruciale en cas d'arrêt cardiaque.
Présence de défibrillateurs : Les clubs de rugby et les terrains de sport doivent être équipés de défibrillateurs automatisés externes (DAE) et s'assurer de leur bon fonctionnement.
Adaptation des règles et du jeu : Les instances dirigeantes du rugby doivent continuer à adapter les règles du jeu pour réduire les risques de traumatismes, notamment au niveau des plaquages. L'Observatoire médical du rugby a émis 45 préconisations pour préserver la santé des joueurs, de l'école de rugby au monde professionnel.
Sensibilisation aux risques : Il est important de sensibiliser les joueurs, les entraîneurs et les parents aux risques d'arrêt cardiaque et aux mesures de prévention. Des campagnes d'information peuvent être organisées pour promouvoir la santé cardiaque et les gestes qui sauvent.
Réadaptation cardiaque : Après une opération cardiaque, un infarctus du myocarde ou en cas de maladie cardiaque, il est fortement recommandé d’avoir recours à la réadaptation cardiaque, un programme personnalisé qui a pour but d’empêcher la cardiopathie de s’aggraver, de mieux récupérer après une chirurgie et de réduire les risques d’un nouvel accident ou de problèmes cardiaques futurs.
L'importance des gestes qui sauvent
En cas d'arrêt cardiaque sur un terrain de rugby, chaque seconde compte. La rapidité et l'efficacité des gestes de premiers secours peuvent faire la différence entre la vie et la mort.
Reconnaître les signes : Il est important de savoir reconnaître les signes d'un arrêt cardiaque : perte de connaissance, absence de respiration ou respiration anormale.
Alerter les secours : Appeler immédiatement les services d'urgence (112 en Europe) en indiquant clairement la situation et le lieu de l'incident.
Réaliser la RCP : Commencer immédiatement la réanimation cardio-pulmonaire (RCP) en effectuant des compressions thoraciques et des insufflations.
Utiliser un défibrillateur : Si un défibrillateur est disponible, l'utiliser dès que possible en suivant les instructions.
Des joueuses de rugby, également infirmière urgentiste et sapeur-pompier, ont effectué les gestes de premiers secours après l'arrêt cardiaque de l'adolescent de 15 ans en Corse.
Activité physique après un problème cardiaque : les recommandations
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les personnes ayant vécu un événement cardiaque ne sont pas interdites de sport. En effet, "la plupart des personnes atteintes d’une maladie cardiaque ou ayant été victimes d’un accident peuvent pratiquer un sport d’intensité faible à modérée", indique la Fédération française de cardiologie.
Les sports d’endurance sont particulièrement conseillés après un événement cardiaque, ou dans le cas d’une maladie chronique. La marche, la course à pied, la natation et le cyclisme sont ainsi recommandés. Les médecins préconisent de ne pas dépasser vingt à trente minutes de sport par jour et de réitérer cette pratique au maximum trois fois par semaine.
Toutefois, les sports considérés comme trop intenses, violents ou à risque traumatique sont fortement déconseillés. Parmi eux : le football, le rugby, le tennis, la boxe, les arts martiaux, le volley, le badminton ou encore l’escalade et la plongée.
Il est primordial de consulter un cardiologue ou un professionnel de santé avant de reprendre la pratique d’une activité physique.
Le rôle des associations
Plusieurs associations se mobilisent pour sensibiliser aux risques cardiaques et soutenir les familles de jeunes sportifs décédés subitement.
Le Cinq de Trèfle : Créée en 2024 après le décès brutal du jeune rugbyman Grégoire Boidoux, l'association "Le 5 de Trèfle" a pour objectif de sensibiliser le grand public aux risques cardiaques chez les jeunes sportifs. Elle forme aux gestes de premier secours et soutient les familles de jeunes sportifs décédés subitement.
Union Nationale des Associations de Malades Cardiovasculaires et Opérés du Cœur : Cette association regroupe plus de 263 Clubs Cœur et Santé sur l'ensemble du territoire français. Elle propose des activités physiques adaptées aux personnes atteintes de maladies cardiovasculaires.
Ces associations jouent un rôle essentiel dans la prévention, la sensibilisation et le soutien aux personnes touchées par les problèmes cardiaques.