Le Bourne Cricket Club : Une histoire du sport colonial en Côte d'Ivoire et en Gold Coast

Le sport, et en particulier le cricket, a joué un rôle important dans la société coloniale de la Côte d'Ivoire et de la Gold Coast (actuel Ghana). Cet article explore l'histoire du cricket dans ces colonies, en mettant en lumière les dynamiques sociales, raciales et culturelles qui ont façonné sa pratique.

Le sport colonial : Un outil de civilisation ?

Dans les colonies françaises et britanniques, le sport était perçu comme un moyen d'inculquer des valeurs morales et de moderniser les populations africaines. Les Européens voyaient dans la pratique sportive un moyen d'élever les Noirs, de les rapprocher des Blancs et de les intégrer à la civilisation occidentale. Cependant, cette vision était souvent en contradiction avec la réalité coloniale, où les Africains restaient exclus de la sphère citoyenne blanche, même lorsqu'ils s'identifiaient à la culture européenne.

Un chroniqueur anonyme du Bulletin de la Côte d’Ivoire, en 1948, illustre cette tension dans son récit d'un combat de boxe à Abidjan. Il oppose le combat « beau », « rapide » et « scientifique » entre les Français Prévost et Champroux à l'attitude « nonchalante » des boxeurs ivoiriens, présentant le premier comme un modèle à suivre. Cette opposition révèle la dimension civilisatrice du sport colonial, où les pratiques européennes sont valorisées au détriment des pratiques locales.

L'émergence des clubs sportifs en Gold Coast

Dès les années 1880, des clubs sportifs regroupant de jeunes Ghanéens ont commencé à apparaître en Gold Coast, notamment à Accra et à Cape Coast. Leurs membres organisaient des matchs de cricket et de football, ainsi que des compétitions d'athlétisme, entre eux ou contre les garnisons britanniques de passage.

Ces clubs sportifs étaient souvent associés aux célébrations impériales, comme l'anniversaire du couronnement de la Reine Victoria ou l'Empire Day. Ces événements, qui se déroulaient dans les centres urbains et les zones minières, comprenaient des compétitions sportives, des défilés militaires et scolaires, des bals et des spectacles de danse ou de musique.

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Un exemple éloquent est la compétition organisée à Akuse en 1894, qui comprenait des courses à pied, du tir à la corde, des courses à trois jambes, des chasses au cochon et des courses en sac. Les participants étaient répartis selon leur catégorie sociale, avec des épreuves réservées aux lettrés, aux agriculteurs, aux marins et aux femmes. Ces divisions sportives reproduisaient les principales catégories sociales qui stratifiaient alors la société coloniale.

Mixité et hiérarchies raciales

Les compétitions sportives des premières décennies étaient marquées par la diversité des épreuves et des participants, avec notamment la présence de femmes dans bon nombre de courses. Bien que des frontières délimitaient les positions sociales des uns et des autres, la porosité était notable.

Cependant, le franchissement des frontières raciales et sexuelles restait une transgression. Si ces lignes étaient parfois franchies lors de quelques compétitions sportives, notamment lors des matchs de cricket entre marins britanniques et citadins ghanéens, le fait était suffisamment rare pour être rapporté dans la presse. De fait, les hiérarchies raciales étaient omniprésentes, parmi les sportifs mais aussi les spectateurs. Ainsi, en 1895, lors d'une compétition hippique et athlétique organisée en présence du gouverneur Maxwell à Accra, le Gold Coast Chronicle dénonçait la ségrégation « négrophobe » que subissaient les spectateurs ghanéens. De plus, bon nombre de clubs européens excluaient les sportifs noirs, notamment les clubs de golf et de tennis.

L'essor des sports européens et des clubs de gentlemen

Pendant l'entre-deux-guerres, les sports européens ont connu un essor important dans les zones urbaines, et ont acquis rapidement un rôle de socialisation entre pairs. Les fondateurs de nombreux clubs sportifs qui ont émergé alors, y compris quand ils n'étaient pas originaires d'Europe, ont transposé en terrain colonial les codes des clubs de gentlemen londoniens, constitués en espaces d'entre-soi.

De nombreuses associations sportives se sont constituées sur des lignes identitaires, comme le Syrian and Lebanese Benevolent Union, un club de cricket d'Accra fondé en 1938, principalement composé de Syriens aisés, ou l'Accra Native Football League fondée en 1922, qui rassemblait surtout des membres de la population Ga, originaire de la région d'Accra.

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Malgré ces divisions, il existait des exemples de mixité raciale dans le sport. Des Britanniques ont rejoint l'Accra Native Football League à partir de 1928, et en 1931, la journaliste Mabel Dove s'est fait l'écho d'un match de hockey rassemblant des sportifs noirs et blancs. Cette reconnaissance sociale opérait entre élites, qu'elles soient européennes, moyen-orientales ou africaines. La question de la classe sociale était donc d'une importance cruciale pour comprendre la scène sportive de Gold Coast.

Le tennis : un sport élitaire

L'engouement des membres de la bourgeoisie africaine d'Accra pour le tennis permet de bien saisir ce caractère élitaire. La première structure de la ville, le Tudu Lawn Tennis Tournament, a été fondée par Francis Dove (1869-1949) en 1920. Ce dernier était un avocat sierra-léonais aisé, qui possédait trois courts de tennis dans le quartier Tudu, autour de chez lui. La famille Dove, entre Freetown, Accra, Londres et Lagos, faisait partie d'un cercle social relativement étroit d'élites biculturelles eurafricaines d'Afrique de l'Ouest britannique.

Sur ses terrains, Dove organisait des tournois informels à partir de 1920, avec un succès grandissant. Puis en 1926, une structure officielle a été fondée, l'Accra Central Lawn Tennis Club, qui rassemblait des joueurs européens et africains du centre d'Accra et des alentours, entre Adabraka, Tudu et Christianborg.

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