Les Chicago Bulls occupent une place unique dans la légende de la NBA. Avec 6 titres NBA conquis entre 1991 et 1998, la franchise au taureau rouge a bâti une dynastie historique emmenée par Michael Jordan, Scottie Pippen et l’entraîneur Phil Jackson. De l’ambiance survoltée du Chicago Stadium à la ferveur actuelle du United Center, les Bulls ont offert au basket mondial des moments iconiques : deux three-peats, des rivalités épiques et des buzzer beaters gravés dans les mémoires.
Les débuts de la franchise et l'ascension progressive
La franchise des Chicago Bulls est fondée le 26 janvier 1966 et intègre la NBA en tant qu’équipe d’expansion. Dès leur première saison (1966-1967), les Bulls réalisent un départ prometteur en établissant le record de victoires pour une nouvelle franchise et en se qualifiant immédiatement pour les playoffs. Durant les années 1970, l’équipe se forge une identité de jeu défensive et robuste autour de joueurs comme Jerry Sloan, Bob Love, Chet Walker, Norm Van Lier ou Tom Boerwinkle. À la fin des années 1970, Chicago tente de se relancer en profitant de la disparition de la ligue ABA concurrente : le pivot vedette Artis Gilmore est recruté en 1976, et l’équipe s’appuie sur de jeunes espoirs de draft comme Reggie Theus, David Greenwood ou Orlando Woolridge. Cependant, les résultats restent décevants.
L'arrivée de Michael Jordan : un tournant majeur
Cette même année marque un tournant dans l’histoire des Chicago Bulls : lors de la draft 1984, Chicago utilise son troisième choix pour sélectionner un arrière surdoué venant de l’université de North Carolina, Michael Jordan. Dès son arrivée, Michael Jordan s’impose comme la nouvelle superstar des Bulls et l’un des meilleurs joueurs de la ligue. Durant la seconde moitié des années 1980, l’équipe se renforce progressivement autour de lui : arrivée du meneur John Paxson, échange pour l’ailier Charles Oakley, puis sélection lors de la draft 1987 de deux autres pièces maîtresses, l’ailier Scottie Pippen et l’ailier fort Horace Grant. En 1989, l’entraîneur Phil Jackson prend les rênes de l’équipe et installe l’attaque en triangle.
La rivalité avec les "Bad Boys" de Detroit
Au début, MJ se cogne à un mur : les Detroit Pistons des Bad Boys. La rivalité est brutale, presque criminelle, avec les fameuses “Jordan Rules” qui consistent à l’envoyer au sol dès qu’il décolle. Michael Jordan se sent souvent trop seul dans ses exigences pour aller chercher un titre.
L'ère de la dynastie : six titres NBA et une domination sans précédent
Portés par le duo Michael Jordan - Scottie Pippen, désormais All-Stars, les Bulls installent une dynastie sans précédent. Ils enchaînent les victoires en saison régulière et survolent les playoffs du début des années 1990. Chicago Bulls réalise ainsi un « three-peat » historique, remportant trois titres de champion NBA consécutifs en 1991, 1992 et 1993. En 1991, la philosophie de jeu, basée sur l’attaque en triangle, prônée par le coach Phil Jackson, commence à produire ses effets. Les finales NBA opposent les Bulls de Michael Jordan aux Lakers de Los Angeles de Magic Johnson. C’est la passation de pouvoir entre Magic qui dispute sa dernière finale et MJ et ses bulls qui accèdent pour la première fois aux finales. Chicago remporte 67 matchs lors de la saison régulière (15 défaites), un record pour la franchise de l’Illinois. En finale, les bulls affrontent les trailblazers de Portland emmenés par la star Clyde Drexler surnommé the Glide (« le planeur ») en raison de son style de jeu aérien et spectaculaire. Après deux premiers succès à Phoenix, la franchise est bien partie pour remporter facilement un troisième titre consécutif. Mais les Suns gagnent deux matchs sur trois au Chicago Stadium. Le match 6 va définitivement sceller le sort des Suns. En 1992, les Bulls de Jordan conservent leur couronne face aux Portland Trail Blazers de Clyde Drexler, puis en 1993 ils triomphent des Phoenix Suns de Charles Barkley au terme d’une Finale conclue par un tir décisif de John Paxson. Cette période faste hisse Jordan au rang de célébrité planétaire, souvent considéré comme le meilleur basketteur de tous les temps.
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La première retraite de Michael Jordan et la saison 1993-1994
À seulement 30 ans, auréolé de trois titres et de multiples distinctions individuelles, Michael Jordan décide pourtant de prendre sa retraite à l’issue de la saison 1993, choquant le monde du basket.
Le 6 octobre 1993, Michael Jordan annonce sa retraite, expliquant qu'il n'a plus rien à prouver et qu'il a atteint le sommet de sa carrière. Il évoque également le décès de son père, bien qu'il assure que cette tragédie n'est pas la raison principale de sa décision.
Orphelins de Michael Jordan pendant la saison 1993-1994, les Bulls restent compétitifs sous la conduite de Scottie Pippen, mais ne parviennent plus à conquérir le titre. L’objectif de Chicago est de rester compétitif. Cette mission incombe à Phil Jackson. Mais Scottie Pippen la personnifie plus encore. Il a l’ambition de prendre les commandes. Pippen n’est pas un "scoreur" aussi hallucinant que son illustre compère, mais il est peut-être encore plus polyvalent. Il a 28 ans et une occasion en or de le prouver. "J’étais l’homme le plus heureux du monde, déclarera-t-il en 2017, sur le plateau d’ESPN, à l’évocation des nouvelles responsabilités qu’il s’apprêtait à acquérir. C’est une opportunité à saisir, en particulier lorsque vous êtes dans une position, comme moi avec Michael [Jordan], où vous ne serez probablement jamais sous le feu des projecteurs." Mais reste un hic de taille pour Pippen. Outre BJ Armstrong et Horace Grant, acteurs du premier three-peat des Bulls, Chicago présente quelques recrues. Pete Myers et Bill Wennington notamment, venus d’Italie et candidats à une place de titulaire respectivement à l’arrière et au pivot. Steve Kerr, également, "combo guard" sniper qui apportera de la qualité de shoot en sortie de banc. Mais il y a aussi et surtout Toni Kukoc.
Le retour de Jordan et le second "three-peat"
Michael Jordan effectue un premier retour en mars 1995, trop tard pour empêcher l’élimination de l’équipe en playoffs cette année-là. L’été suivant, Chicago renforce son effectif en recrutant l’excentrique Dennis Rodman, redoutable rebondeur et défenseur, pour compléter le noyau Jordan-Pippen. Ce parcours exceptionnel fait de l’équipe 1995-96 l’une des plus dominantes de l’histoire. Avant que les Golden State Warriors ne fassent mieux lors de la saison 2015-2016, les Chicago Bulls de 1995-1996 avaient le meilleur bilan de l'histoire de la NBA sur une saison, avec 72 victoires pour 10 défaites.
La dynastie Chicago Bulls se poursuit avec une nouvelle année faste en 1996-1997 (69 victoires, deuxième meilleur bilan de l’histoire à l'époque) conclue par un cinquième titre acquis face au Utah Jazz de Karl Malone et John Stockton. La saison 1997-1998 apporte une dernière consécration : les Bulls remportent un sixième titre NBA en battant à nouveau le Jazz en Finale, grâce à un tir au buzzer mythique de Michael Jordan lors du match 6, connu comme « The Last Shot ». Cette victoire conclut un second three-peat (1996, 1997, 1998) et ferme en apothéose le chapitre Jordan. Les Bulls demeurent à ce jour la seule franchise six fois titrée sans avoir jamais perdu en Finales NBA.
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La fin d'une ère et la reconstruction
À l’issue de la saison, Michael Jordan prend sa retraite une seconde fois, suivi par l’entraîneur Phil Jackson. La direction décide de reconstruire l’équipe, mettant fin brutalement à la dynastie des années 1990. Le départ de Jordan et de l’encadrement champion en 1998 plonge les Bulls dans les bas-fonds du classement. Durant la saison écourtée 1998-1999, Chicago ne remporte que 13 victoires - le plus faible total de son histoire. Emmenée par le vétéran Toni Kukoč, l’équipe peine à trouver un nouveau souffle. Ce naufrage sportif offre cependant aux Bulls le premier choix de la draft 1999. La franchise sélectionne l’intérieur Elton Brand, élu Rookie of the Year et auteur de 20 pts / 10 rebonds de moyenne sur ses deux premières saisons. Le manager général Jerry Krause entreprend alors de tout miser sur la jeunesse : en 2001, Chicago échange Elton Brand aux Los Angeles Clippers contre le jeune pivot Tyson Chandler (n° 2 de la draft) et utilise son propre choix n° 4 pour sélectionner un autre lycéen prometteur, Eddy Curry.
Les années 2000 : espoirs et désillusions
Le tandem Chandler-Curry ne donne pas les résultats escomptés. En 2002, les Bulls tentent d’ajouter un meneur d’avenir en draftant Jay Williams (n° 2). Mais la carrière de ce dernier tourne court à cause d’un grave accident de moto après sa première saison. Un sursaut se produit en 2004-2005 : portés par une nouvelle génération fougueuse (Kirk Hinrich, Ben Gordon, Luol Deng), les Bulls remportent 47 matchs et retrouvent enfin les playoffs, une première depuis l’ère Jordan. L’enthousiasme est toutefois refroidi par une élimination dès le premier tour. L’intersaison 2005 rebat les cartes : Eddy Curry, confronté à des soucis cardiaques, est transféré aux Knicks ; Tyson Chandler, prolongé puis décevant, rejoindra les Hornets l’année suivante. Les Bulls retournent en playoffs en 2006 (défaite au 1er tour), puis réalisent une très bonne saison 2006-2007 conclue par 49 victoires et une demi-finale de Conférence (défaite face aux Pistons).
L'ère Derrick Rose : une lueur d'espoir brisée
L’issue de la loterie 2008 offre alors une opportunité inespérée : avec seulement 1,7 % de chances, Chicago obtient le 1er choix et sélectionne le prodige local Derrick Rose, meneur explosif de 19 ans. L’impact de Derrick Rose est immédiat sur le terrain et sur l’enthousiasme autour des Bulls. Dès sa première saison (2008-2009), Rose est élu Rookie of the Year et guide Chicago jusqu’en playoffs. Les Bulls livrent une série mémorable contre les Boston Celtics dès le premier tour 2009, poussant les champions en titre dans une bataille en sept manches (avec pas moins de sept prolongations au total). À l’intersaison 2010, l’équipe se renforce en recrutant l’ailier fort Carlos Boozer et surtout en engageant un nouvel entraîneur, Tom Thibodeau, ancien adjoint de Boston réputé pour sa rigueur défensive. L’effet est spectaculaire : lors de la saison 2010-2011, les Bulls réalisent le meilleur bilan de la NBA avec 62 victoires. Derrick Rose, auteur d’une saison éblouissante, devient MVP. Associé à des joueurs clés comme le pivot Joakim Noah (formé à Chicago et fils du champion de tennis Yannick Noah) ou l’arrière Jimmy Butler (drafté en 2011), Rose mène Chicago jusqu’en finale de Conférence en 2011 - une première depuis l’ère Jordan. La dynamique positive s’interrompt brusquement lors des playoffs 2012 : Derrick Rose se blesse gravement au genou (rupture du ligament croisé antérieur) dès le premier match du premier tour. Cette blessure marque un tournant. Privés de leur superstar, les Bulls, pourtant classés premiers à l’Est en 2012, sont éliminés prématurément et l’avenir de l’équipe s’assombrit. Rose manque l’intégralité de la saison suivante ; malgré la combativité de Joakim Noah (élu Meilleur Défenseur de la NBA 2014) et l’émergence de Jimmy Butler, Chicago ne parvient plus à franchir un palier en playoffs.
La période post-Rose et la reconstruction actuelle
À l’été 2016, une page se tourne définitivement : Derrick Rose, dont les performances ont été diminuées par les blessures successives, est transféré aux New York Knicks. Peu après, Joakim Noah quitte également la franchise (pour les Knicks lui aussi). Cette fin de cycle clôt la période Rose/Thibodeau, la plus prolifique pour les Bulls depuis les années Jordan (une finale de Conférence, sept qualifications consécutives en playoffs et un MVP). En juin 2017, les Bulls amorcent un virage majeur : Jimmy Butler est transféré aux Minnesota Timberwolves contre un package centré sur Zach LaVine et le rookie Lauri Markkanen. Cette décision lance une reconstruction axée sur la draft et la flexibilité financière. Le front-office change de cap en 2020 : Artūras Karnišovas est nommé vice-président, Marc Eversley devient GM et le coach Billy Donovan arrive pour instaurer une culture plus compétitive. Les Bulls misent alors sur des vétérans All-Stars : signature de DeMar DeRozan (2021), échange pour le pivot Nikola Vučević, et recrutement du meneur Lonzo Ball. Les ambitions sont toutefois freinées par les blessures : Lonzo Ball subit une opération au genou début 2022 et manque toute la saison suivante ; Patrick Williams voit son développement ralentir. Néanmoins, DeRozan se mue en spécialiste des game-winners, tandis que LaVine retrouve son explosivité après arthroscopie. En 2023-2024, Chicago choisit de rester compétitif plutôt que de tanker ; résultat : une nouvelle qualification via le play-in mais une élimination au premier tour. À l’orée de la saison 2024-2025, le trio initial DeMar DeRozan - Zach LaVine - Nikola Vučević a déjà explosé : DeRozan a rejoint les Sacramento Kings via un sign-and-trade en juillet 2024, puis LaVine a été transféré en février 2025 dans un échange à trois équipes. Seul Vučević reste sous contrat - mais son avenir demeure incertain.
L'identité visuelle et culturelle des Chicago Bulls
Le logo et les couleurs
On peut tous repérer les fans des Bulls de très loin grâce à son identité visuelle presque inchangée et qui annonce la couleur. Le logo au taureau rouge a été créé par Dean Wessel en 1967 et combine le symbole de la puissance de l’animal à l’histoire de la ville de Chicago, cœur de l’industrie bovine pendant des décennies. Plus récemment, du sang a été ajouté sur les cornes du taureau sur les ordres de Dick Klein, le patron des Bulls afin de rendre le plus visuel plus menaçant. Lorsqu’on retourne le logo, certains disent y voir un robot ou un extra-terrestre… Autre tradition de l’équipe qui n’est décidément pas comme les autres, les Bulls entrent toujours sur le terrain accompagnés d’une animation 3D, de feux d’artifices et chaque joueur est mis en lumière un par un. Notez que depuis 1989, les Bulls ne jouent qu’avec des chaussures noires : encore un moyen d’affirmer leur singularité ! Autre accessoire majeur au succès qui dépasse celui de l’équipe pour devenir un emblème de la culture américaine dans le monde: la casquette Chicago Bulls !
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Le United Center et l'ambiance des matchs
Inauguré en 1994, le United Center remplace l’historique Chicago Stadium ; avec 20 917 places pour le basket, soit la plus grande salle de la NBA. La salle est surnommée « The Madhouse on Madison » en référence à l’intensité du public et à son adresse sur West Madison Street. Le public de Chicago se distingue par sa standing ovation à l’entrée des titulaires et par les chants “Let’s go Bulls!” orchestrés notamment par la mascotte. L'introduction du 5 majeur reste parmi les plus iconiques de la ligue : lumières éteintes, projecteurs rouges, flamme numérique, puis la voix légendaire de l’annonceur Tim Sinclair (successeur de Ray Clay) qui clame « From North Carolina… » sur Sirius d'Alan Parsons Project. Créé en 1969, Benny The Bull est la mascotte la plus ancienne et la plus titrée de la NBA. Maître des cascades, des douches de popcorn lancées dans le public, des lancers de tee-shirts et des danses acrobatiques, Benny a été élu à plusieurs reprises « Mascot of the Year ».
La statue de Michael Jordan
Devant l’atrium du United Center trône une statue en bronze de Michael Jordan, inaugurée le 1er novembre 1994 après sa première retraite. Baptisée The Spirit, elle immortalise « His Airness » en plein envol. Dévoilée aux fans lors d’une cérémonie émouvante, la sculpture de plus de trois mètres est devenue un passage obligé : avant chaque match, on patiente souvent pour prendre LA photo souvenir à ses pieds. En 2017, lors de la rénovation des abords, la statue a été déplacée à l’intérieur de l’atrium vitré, permettant aux visiteurs d’en profiter gratuitement toute l’année, même hors jour de rencontre.