Stade Rugby Paris Jean Bouin : Histoire et Architecture

Le stade Jean-Bouin, niché dans le 16e arrondissement de Paris, est bien plus qu'un simple terrain de sport. C'est un lieu chargé d'histoire, témoin de l'évolution du sport parisien et doté d'une architecture audacieuse qui allie tradition et modernité. Principalement dédié au rugby à XV, il accueille également des matchs de football et de football américain. Face au Parc des Princes, le stade Jean-Bouin est le fief du Stade Français Paris. Reconstruit en 2013 dans un style audacieux et futuriste, il allie élégance architecturale et ferveur sportive.

Les Origines : Du CASG au Stade Jean Bouin

L'histoire du stade Jean-Bouin est intimement liée à celle du CASG Paris (Club athlétique de la Société générale). Fondé en 1903, le CASG s’installe dès 1907 sur un terrain situé à proximité des serres de la Ville de Paris, à l’emplacement de l’actuel stade Roland-Garros. En 1916, il prend le nom de Jean Bouin, ancien sociétaire du Club ayant battu près de sept records du monde (dont celui du 10 000 mètres), mort au combat en 1914. Au lendemain de la Grande Guerre, le CASG devient « Club athlétique des sports généraux », notamment parce que la Fédération française de football interdit les clubs corporatifs. Le club omnisport propose à ses membres la pratique de l’athlétisme, du hockey sur gazon, du football, du rugby ou du tennis.

Au milieu des années 1920, le club décide de faire construire un nouveau stade sur les terrains de l’avenue du Général-Sarrail, libérés par la récente démolition des fortifications de Paris. Le chantier est confié à l’architecte Lucien Pollet, qui construira quelques années plus tard la piscine Molitor toute proche ainsi que les piscines Pontoise (Paris 5e) et Pailleron (Paris 19e). Le nouveau stade Jean Bouin est inauguré les 2 et 3 octobre 1926. Son transfert permet de libérer l’espace nécessaire à l’aménagement du stade Roland-Garros. Le nouvel équipement est confié au CASG par une convention signée pour 40 ans, renouvelée en 1965, 1990 puis 2004 (cette fois avec le Paris Jean-Bouin du groupe Lagardère qui a depuis 2002 pris le relais de la Société générale).

La première journée d’inauguration est dédiée au football (réception de l’Olympique de Marseille, récent vainqueur de la Coupe de France). Le lendemain, la section rugby affronte une sélection d’Armagnac-Bigorre. Le nouveau stade est confié au club par concession régie par une convention signée pour 40 ans. Si les premières décennies du CASG ont été marquées par la section football du club (vainqueur de la Coupe de France 1919 et 1925), la section rugby des « Généraux » prend à partir des années 30 le dessus sur la branche football qui disparaît rapidement des hautes sphères du football français. L’enceinte accueille également les rugbymen du Stade Français, et plus occasionnellement ceux du Racing Club de France, deux clubs tout aussi historiques l’un que l’autre et cumulant alors 11 titres de champions de France. Les années 30 sont également marquées par la présence de l’athlétisme. Dès les années 20, de nombreuses réunions y sont organisées chaque année (Championnats de Paris, Prix de la République…). Mais c’est surtout avec la signature en 1930 de Jules Ladoumègue au CASG que la piste parisienne de 450 m gagne une réputation internationale. Le natif de La Bastide près de Bordeaux y bat 3 de ses 6 records du monde entre 1930 et 1931, ceux du kilomètre, du 1 500m et du mile.

Évolutions et Rénovations : Une Adaptation Constante

En 1968, la construction du boulevard périphérique entraîne des remaniements pour le Parc des Princes comme pour le stade Jean-Bouin qui est doté d’une nouvelle tribune remplaçant les anciens gradins découverts et d’un bâtiment dédié aux bureaux du club. Le stade réouvre en 1970 mais les travaux se poursuivent. Un gymnase est ajouté en 1975 ainsi qu’une piste d’athlétisme en Résisport en 1982. Ces aménagements permettent d’accueillir des compétitons d’athlétisme de haut niveau. C’est au stade Jean-Bouin que l’athlète soviétique Sergueï Bubka franchit pour la première fois la barre historique des 6 mètres lors d’épreuves de saut à la perche le 13 juillet 1985.

Lire aussi: Où sera le prochain stade du PSG ?

A partir des années 50, Jean Bouin connait une certaine désaffection. Le Stade Français disparaît ainsi des divisions nationales et se replie sur ses installations de la Faisanderie, tandis que le Racing se rapproche de son siège à Colombes et délaisse également Jean Bouin. Quant au CASG, il ne fait rien pour enthousiasmer les foules parisiennes. Après une dernière saison disputée dans l’élite en 1952, il ne peut plus guère que lutter pour ne pas sombrer dans les rangs régionaux. Inchangée depuis l’ouverture du stade en 1925, la physionomie de Jean Bouin est subitement modifiée en 1968, date des travaux de construction du boulevard périphérique qui entraînent la refonte du stade (ainsi que celle du Parc des Princes). Une nouvelle tribune est ainsi construite en lieu et place des anciens gradins découverts, tandis qu’un nouveau bâtiment est aménagé afin d’accueillir un club-house et les bureaux du club. Cette réouverture s’accompagne de timides pas de Jean Bouin dans le monde du football professionnel, d’abord via le Racing Paris-Neuilly, puis par son avatar le RCF Paris-Joinville. En 1975, l’enceinte se dote d’un gymnase, tandis qu’une nouvelle piste d’athlétisme en Résisport est inaugurée en 1982. Les grandes réunions d’athlétisme font ainsi leur retour à Jean Bouin,notamment le Meeting de Paris sponsorisé par BNP. Le 13 juillet 1985, profitant de conditions exceptionnelles, Sergueï Bubka devient le premier homme à franchir à Jean Bouin la barre symbolique des 6 mètres. Une hauteur encore jugée inaccessible quelques années auparavant. Privé de rugby de haut niveau depuis des décennies, le public de Jean Bouin y reprend goût en 1985 avec l’organisation du Challenge Jean Bouin. Une rencontre faisant office de petite finale du Championnat de France et opposant les deux perdants des demi-finales en lever de rideau de la grande finale jouée le même jour au Parc des Princes. Ce challenge récompensé par le Trophée Société Générale prend fin en 1994.

À la fin des années 1990, des travaux de mise aux normes et de rénovation sont entrepris. Les tribunes sont dotées de nouveaux sièges, une tribune réservée à la presse est aménagée, les vestiaires sont réhabilités et les dispositifs d’éclairage et de sonorisation sont mis aux normes. Le stade compte alors 12 000 places et accueille principalement les matchs de rugby du Stade Français.

Président depuis 1992 d’un Stade Français anonyme en Deuxième Division, il fusionne en 1995 le club avec le CASG, alors en Groupe B. Après deux montées successives, le Stade Français CASG rejoint l’élite en 1997. D’importants travaux de rénovation de Jean Bouin sont dès lors entrepris. Les travaux s’achèvent en 1999, entre-temps, Max Guazini avait réussi son pari sportif en faisant sacré son club champion de France en 1998. Ces succès sportifs s’accompagnent d’une belle réussite populaire: lorsqu’il avait emménagé sur le terrain du CASG, le Stade Français peinait à attirer quelques dizaines de spectateurs et devait recourir à la politique de la gratuité pour donner un peu de vie aux travées de Jean Bouin. Pour répondre aux demandes de ce nouveau public, le club fait dès 1998 le pari du Parc des Princes, d’abord dans une configuration réduite à 20 000 places, puis bientôt à guichets fermés devant plus de 45 000 personnes. Cette nouvelle cohabitation entre footballeurs et rugbymen dérange les dirigeants du Paris Saint-Germain qui font tout pour contrecarrer les plans du président Guazzini. Le 15 octobre 2005, le Stade français bat ainsi le record mondial d’affluence pour un match de championnat de rugby à XV en saison régulière avec 79 502 spectateurs. Une expérience renouvelée chaque saison depuis en Championnat ou en Coupe d’Europe, le record d’affluence s’établissant aujourd’hui à 79 783 spectateurs pour un duel entre les deux Stades le 22 mars 2008.

La Rénovation de Rudy Ricciotti : Une Architecture Avant-Gardiste

Des travaux de plus grande ampleur sont envisagés dans le cadre de la candidature de Paris aux Jeux Olympiques de 2012, afin que le stade puisse accueillir les épreuves de hockey sur gazon. Le projet maintenu est requalifié suite à l’échec de la candidature en 2005 et malgré l’opposition d’associations de riverains. La transformation de l’enceinte visant désormais à son homologation à la fois par la Fédération française de rugby et par la Fédération française de football afin d’accueillir des clubs de haut niveau est approuvée par le conseil municipal le 12 février 2007. Elle se concrétise par la réalisation du projet de l’architecte Rudy Ricciotti, Grand Prix national d’Architecture en 2006.

Ces délocalisations multiples n’écornent cependant pas la volonté de Max Guazzini de posséder un stade de 20 000 places propre à répondre aux exigences du sport professionnel (confort, capacité, accueil des partenaires…). Un premier projet dans la lignée de Paris 2012 devait ainsi faire d’un Jean Bouin agrandi et rénové le site olympique du hockey sur gazon. L’extension de Jean Bouin est officialisés 12 février 2007 par le vote du Conseil de Paris qui donne un avis favorable (80 voix pour, 59 contre) à l’agrandissement du Stade Jean Bouin à 20 000 places. Les incessantes querelles politiciennes de la Capitale et l’antagonisme d’une partie des riverains retarderont de plusieurs années le projet dont les travaux ne débutent qu’à l’été 2010. Le 30 août 2013, le nouveau Jean Bouin ouvre enfin ses portes à l’occasion de la réception de Biarritz en Top 14.

Lire aussi: Tout savoir sur le Stade Lavallois

Ce projet implique la démolition de 35 000 m2 sur les 57 000 m2 de l’ancien stade pour porter sa capacité à 20 000 places et le transfert de la piste d’athlétisme sur les pelouses d’Auteuil pour créer une plus grande proximité entre les spectateurs et le terrain. Le programme comprend ainsi 51 loges, un salon de réception pour 1 500 invités et 8 000 m2 de locaux commerciaux dont une brasserie et un espace réservé à la boutique du club résident placés sous les gradins. Des infrastructures réservées aux sportifs prennent place au rez-de-chaussée et en sous-sol composées, outre des traditionnels vestiaires en pourtour de la pelouse, de salles de soin et de récupération, d’un espace de balnéothérapie, d’une salle de musculation sur deux niveaux et d’un gymnase. Des locaux administratifs, un pôle réservé aux médias avec une tribune de presse dotée d’une salle de rédaction, un studio d’interview et une salle de conférences ainsi qu’un parking souterrain de 500 places (dont 100 réservées aux riverains) complètent l’ensemble. À l’occasion de ces travaux, le terrain de hockey sur gazon, situé à proximité de l’enceinte du stade, est lui aussi déplacé pour permettre la construction de quatre courts de tennis supplémentaires à son emplacement. Les travaux démarrent à l’été 2010 et le nouveau stade accueille son premier match, joué à guichets fermés, le 30 août 2013.

L’architecte Rudy Ricciotti a conçu l’enveloppe du stade et ses formes courbes pour faire écho aux activités qui s’y déroulent : « L’asymétrie, l’ondulation et le fruit des façades sont synonymes de mouvement, d’effort qui ne sauraient prendre corps au sein d’une enveloppe figée. » Le projet architectural s’articule en effet autour d’une résille ondulée de béton fibré ultra performant (BFUP) qui enveloppe l’ensemble des tribunes. Constituée d’un assemblage de 3 450 panneaux triangulaires, elle évoque les fanions des débuts du sport moderne. Finement ajourés sur les façades latérales afin de laisser circuler l’air et éviter l’installation de dispositifs de désenfumage, ces fanions de béton sont plus massifs en toiture où ils sont dotés d’inclusions de verre permettant de protéger les spectateurs des intempéries et de réduire l’impact acoustique pour les riverains les jours de match. L’ensemble de ces panneaux sont fixés sur une structure métallique de 74 fléaux conçue par l’ingénieur Marc Malinowsky. Elle remporte au moment de l’inauguration du stade le titre de plus grande couverture en béton fibré au monde, lui valant une première place aux World Concrete Awards dans la catégorie béton décoratif. Cette toiture aux lignes courbes est prolongée sur sa bordure interne par un ruban de plus de 3 500 panneaux solaires fournissant l’énergie nécessaire à l’éclairage du stade. L’eau de pluie est également récupérée pour arroser la pelouse, contribuant ainsi à limiter l’impact environnemental de la construction.

L’accès principal au stade s’effectue par un grand parvis arboré situé au-dessus du boulevard périphérique, côté avenue du Général-Sarrail. À l’aide de sa résille de béton, l’édifice constitue sa propre clôture, sans autre besoin de grilles ou barrières sur l’espace public, témoignant de son ambition d’être un stade ouvert sur la ville. La circulation des supporters s’effectue par le vaste « déambulatoire » dégagé entre la résille et les tribunes.

La volumétrie d’ensemble de l’édifice et son ondulation sont également une réponse aux règlements en vigueur. L’édifice culmine ainsi à 31 mètres là où il ne fait face à aucune construction mais sa hauteur diminue de moitié sur la rue Nungesser-et-Coli afin de ne pas entraver la vue depuis l’appartement-atelier de Le Corbusier, classé au titre des Monuments historiques.

« Il n’y a pas de piste d’athlétisme et les spectateurs sont au plus près de l’action. […] la volumétrie générale est réglée avec les courtoisies d’usage - et réglementaires - d’une construction en ville. Culminant à 31 m lorsqu’aucune habitation ne lui fait face, le bâtiment perd par exemple la moitié de sa hauteur sur la rue Nungesser-et-Coli, afin de ne pas altérer la vue de l’appartement-atelier de Le Corbusier (classé MH en 1972) où il vécut jusqu’à la fin de ses jours. Il en résulte de multiples inflexions altimétriques, des contours ondulés et des surfaces à double courbure, décomposées géométriquement en 3 450 triangles plans de BFUP de 10 m2 environ. En façade, ces modules préfabriqués prennent la forme d’entrelacs ajourés à plus de 50 %, le minimum requis pour le désenfumage de la galerie périphérique. « Le parti architectural préfère la poésie et le corps au dictat du fonctionnalisme et de l’effort.

Lire aussi: Ligue 1 : L'effet McDonald's sur les Stades

Jean Bouin : Un Stade Multifonctionnel

Le Stade Français, club de rugby à XV évoluant dans le Top 14, récupère la gestion du stade au cours de l’été 2019 et le dote d’une nouvelle pelouse synthétique permettant aux rugbymen de s’entraîner en toutes circonstances.

Jean Bouin dispose de 19 500 places assises et couvertes pour une meilleure convivialité pendant les événements, de 30 loges privatives, 12 salons collectifs et 1 000 places au coeur des Halles de Paris.

Le stade Jean Bouin disposait également d’installations pour pratiquer l’athlétisme jusqu’en 2013 et accueillait notamment le meeting d’athlétisme de Paris jusqu’au début des années 1990. Le stade fut également utilisé (de 1983 à 1993) pour quelques finales du Casque d’Or (championnat de France de football américain). Depuis 2016, le stade accueille la plateforme d’innovation sportive « Le Tremplin » et son incubateur de startups.

Lors de la saison 2016-2017, le club de football du Red Star FC y joua ses rencontres à domicile suite à la convention signée entre le club audonien, la ville de Paris, propriétaire de l’enceinte, et le conseil départemental de Seine-Saint-Denis. Depuis la saison 2018-2019, la section féminine du Paris Saint-Germain y élit également domicile.

Depuis 2018, le Stade Jean Bouin accueille des événements liés au sport, notamment le Eleven All Stars, le Stream for Humanity ou encore la cérémonie d'ouverture des Gay Games.

En 1926, le Stade Jean Bouin était inauguré par le Cercle Athlétique de la Société Générale en remplacement de son ancien terrain situé sur les actuels courts de Roland Garros. Comme son nom l’indique, le CASG constitue l’émanation sportive de la Société Générale. Le club fondé en 1903 s’installe dès 1907 sur un terrain au milieu des serres de la ville de Paris, là où siège aujourd’hui le Stade Roland Garros.

Anecdotes et Événements Marquants

Le match tout rose : en 2005, le Stade Français joue tout en rose fluo pour choquer le monde du rugby. Pluie de ballons : lors d’un match en 2010, des centaines de petits ballons roses sont lancés dans les tribunes pour un hommage.

Privé de rugby de haut niveau depuis des décennies, le public de Jean Bouin y reprend goût en 1985 avec l’organisation du Challenge Jean Bouin. Une rencontre faisant office de petite finale du Championnat de France et opposant les deux perdants des demi-finales en lever de rideau de la grande finale jouée le même jour au Parc des Princes. Ce challenge récompensé par le Trophée Société Générale prend fin en 1994.

Le 13 juillet 1985, profitant de conditions exceptionnelles, Sergueï Bubka devient le premier homme à franchir à Jean Bouin la barre symbolique des 6 mètres. Une hauteur encore jugée inaccessible quelques années auparavant.

tags: #stade #rugby #paris #jean #bouin