L'équipe nationale espagnole de football, affectueusement surnommée "La Roja" (La Rouge), est un symbole de fierté nationale et d'excellence sportive. Son histoire est riche en moments de gloire, de défis et de transformations, reflétant l'évolution de la société espagnole elle-même. Des balbutiements du football espagnol à la domination mondiale du début du XXIe siècle, en passant par les années sombres du franquisme, cet article se penche sur le parcours fascinant de la selección española.
Les débuts : la naissance de la "Furia Roja" (1920-1936)
Le football a fait son apparition en Espagne à la fin du XIXe siècle, s'implantant progressivement dans les grands centres urbains tels que Barcelone, Bilbao et Madrid. Ce sont les segments de la bourgeoisie éclairée espagnole, les jeunes voyageurs ayant découvert le football en Grande-Bretagne, en France ou en Suisse, et les résidents étrangers qui ont permis l'éclosion de ce sport en Espagne. Les principaux clubs du pays, tels que l'Athletic Club de Bilbao (1898), le FC Barcelone (1899), le Real Madrid CF (1902) et l'Atlético de Madrid (1903), ont vu le jour durant cette période, ainsi qu'un réseau institutionnel sous le contrôle de la Real Federación Española de Fútbol (RFEF).
La décision du Comité international olympique (CIO) d'organiser les Jeux olympiques de 1920 à Anvers a incité la presse sportive espagnole à lancer une campagne pour sensibiliser l'opinion publique et les autorités politiques à l'importance de la participation des sportifs espagnols. Le football, fort de son développement au cours des deux premières décennies du XXe siècle, était considéré comme la discipline la plus susceptible de représenter dignement le pays.
L'équipe nationale espagnole a disputé son premier match international le 28 août 1920. Après une défaite contre la Belgique (3-1), elle a remporté la victoire contre la Suède (2-1), l'Italie (2-0), la Tchécoslovaquie (disqualifiée) et les Pays-Bas (3-1), ce qui lui a permis de remporter la médaille d'argent. C'est à cette occasion que le terme "furia española" a été utilisé pour la première fois pour qualifier le jeu agressif de l'équipe. Le concept de furia est apparu dans la presse internationale, notamment dans le quotidien français L'Auto, qui titrait : "Le Danemark a été vaincu par la furia espagnole". Par la suite, la presse hollandaise a réutilisé cette expression, dont l'origine était liée au sac d'Anvers perpétré par les "Tercios des Flandres" en 1576, pour décrire le caractère violent du jeu espagnol.
Ce succès inattendu a déclenché une profusion d'articles dans la presse espagnole, vantant le comportement de l'équipe et informant un discours patriotique qui assimilait les caractéristiques du football espagnol aux valeurs identitaires du pays. La furia española a été débarrassée de ses connotations péjoratives originelles de violence et de brutalité pour être parée de traits positifs liés au tempérament, à la passion, au caractère héroïque avec une pointe d'impulsivité.
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Pendant la Seconde République espagnole (1931-1936), le football a connu une diffusion massive. La plupart des chefs-lieux de département possédaient une équipe capable de participer à la Liga de première ou de deuxième division. Les rencontres entre sélections nationales ont suscité un degré élevé d'exaltation de l'orgueil national, et les stades étaient envahis par un nouveau genre de supporters, qui s'identifiaient complètement à leur club.
Football et franquisme : un outil politique (1939-1975)
Pendant la guerre civile espagnole (1936-1939), le franquisme a cherché à obtenir la reconnaissance des grands organismes internationaux sportifs afin de devenir leur unique interlocuteur officiel. En 1937, il a été reconnu par la FIFA comme son représentant en Espagne.
Sur le plan intérieur, le franquisme considérait le football comme un outil idéal pour inculquer aux masses les valeurs censées définir le régime. Propagande et endoctrinement étaient les deux objectifs pour lesquels le franquisme recourait au football, en tirant parti des matchs de sélection comme canal privilégié pour promouvoir la "nationalisation" des masses et en transformant ces événements en véritables liesses destinées à exalter le nouveau cours politique. En 1941, la Délégation nationale des sports (DND) a été créée pour exercer un contrôle total sur le monde sportif.
En 1937, le lieutenant-colonel Julián Troncoso Sagredo a été nommé président de la nouvelle Fédération de football, avec pour rôle principal de donner une image de normalité en programmant une série de rencontres exploitées à des fins de propagande. La sélection de l'Espagne franquiste a disputé huit rencontres amicales avec les plus proches alliés du franquisme (le Portugal, l'Italie, l'Allemagne et la France de Vichy), ainsi qu'un match contre la Suisse neutre en décembre 1941.
Durant cette période, la couleur rouge est bannie, et l'Espagne joue en bleu foncé, couleur des uniformes du parti de Franco. Cependant, en 1947, la sélection revient à son rouge historique, que Franco juge finalement plus fédérateur.
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La transition démocratique et l'ère du succès (depuis 1975)
La transition démocratique en Espagne a entraîné un changement dans la manière dont le football était perçu et utilisé. Les discours nationaux et ceux des nationalismes périphériques se sont exprimés dans le monde du football.
Après une longue période de disette, l'équipe nationale espagnole a connu une période de succès sans précédent au début du XXIe siècle. Sous la houlette d'une génération dorée de joueurs tels qu'Iker Casillas, Xavi Hernández, Andrés Iniesta et David Villa, l'Espagne a remporté le Championnat d'Europe des nations en 2008 et 2012, ainsi que la Coupe du monde en 2010. Ces triomphes ont marqué un tournant dans l'histoire du football espagnol, et ont permis à l'Espagne de se hisser au sommet du football mondial.
La victoire à la Coupe du Monde 2010 en Afrique du Sud, a été perçue comme une victoire pour l’ensemble du pays, gommant les stéréotypes négatifs associés à l’Espagne au XXe siècle.
L'Espagne a remporté l'Euro 1964, 2008 et 2012, la Ligue des Nations 2023, les Jeux Olympiques 1992 et 2024, la Coupe du Monde U20 1999 et plusieurs championnats européens dans les catégories de jeunes.
En 2024, l'équipe est classée 3ème au classement FIFA. L'équipe est actuellement entraînée par Luis de la Fuente.
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Les figures emblématiques de la Roja
Plusieurs joueurs ont marqué l'histoire de la sélection espagnole :
- Iker Casillas : Surnommé "San Iker", il est le recordman de sélections avec la Roja et un mythe du football espagnol.
- Xavi Hernández : Le métronome du milieu de terrain, il a dicté le rythme du jeu de l'Espagne pendant de nombreuses années.
- Andrés Iniesta : Son but en finale de la Coupe du monde 2010 l'a propulsé au rang de héros national.
- David Villa : Meilleur buteur de l'histoire de la Roja, il a été un attaquant redoutable et un finisseur exceptionnel.
- Fernando Torres : Prodige du football espagnol, il a marqué le but de la victoire en finale de l'Euro 2008.
- Sergio Ramos : Défenseur central emblématique, il a incarné la grinta et la solidité de la défense espagnole.
- Xabi Alonso : Le "cerveau" de la Roja, il a apporté son expérience et sa vision du jeu au milieu de terrain.