« Dans le 93, de Marville à Bauer. Des Femmes, des Hommes, des trophées. Populaire et humaniste. Culturel et intemporel depuis 1897 ». Le Red Star Football Club, club de football de Saint-Ouen (93), est une institution plus que centenaire dont l'histoire est intimement liée à celle de son stade, le Stade Bauer. Ce stade, plus qu'un simple lieu de compétition, est un symbole de l'identité du club, de ses valeurs populaires et de son ancrage territorial. Cet article vous invite à plonger au cœur de l'histoire du Red Star et de son stade mythique, en explorant les différentes étapes de leur évolution, les moments marquants qui ont façonné leur légende, et les enjeux auxquels ils sont confrontés aujourd'hui.
Des origines parisiennes à l'installation à Saint-Ouen
Le Red Star est né à Paris en 1897, rue de Grenelle, de l’imagination de Jules Rimet qui voulait démocratiser le sport. Ce monsieur a ouvert le club aux familles pauvres et ouvrières en mettant en place une cotisation moins chère qu’ailleurs avec une volonté de promotion sociale. Homme résolument moderne, Rimet a aussi été un des premiers dirigeants à militer en faveur de la professionnalisation du football au début des années 1930. En 1909, le club arrive à Saint-Ouen installé sur un premier terrain peu élaboré.
Sous la pression des charges de plus en plus fortes que représente la location des terrains au pied de la Tour Eiffel, le Red Star se voit dans l’obligation de déménager. Une première fois à Meudon, aux alentours de 1900, avant de revenir au boulevard de Grenelle en 1907, pour définitivement s’installer en banlieue ouvrière à Saint-Ouen en 1909. Très vite, le club devient l’un des plus grands du football français, remportant quatre Coupes de France dans l’entre-deux-guerres en 1921, 1922, 1923 et 1928.
La naissance du Stade Bauer
En 1922 c’est la naissance du stade de Paris, renommé par la suite Stade Bauer, du nom d’un résistant communiste audonien. Dès son arrivée à Saint-Ouen, le Red Star joue dans le stade de Paris - devenu officieusement stade Bauer après la Seconde Guerre mondiale, du nom d’un médecin résistant communiste fusillé par les Nazis en 1942. Cet écrin de 10 000 places - 3 000 actuellement - va devenir une part importante de l’identité du club audonien. Les spectateurs y assistent aux exploits du club étoilé, au beau milieu des usines de métallurgie. Le samedi, jour de match mais aussi de travail, de nombreux ouvriers vont à Bauer durant leurs pauses pour se divertir.
Autre personnage central : Jean-Claude Bauer, qui a donné son nom au stade et à la rue avoisinante. « Ce médecin juif et communiste a résisté à l’occupant nazi avant d’être fusillé par la Gestapo en 1942 », détaille l’historien, par ailleurs maître de conférences à l’université de Nice.
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L'âge d'or et les heures sombres
Dans une Europe touchée de plein fouet par la guerre, le football est évidemment mis entre parenthèse. Pourtant le Red Star continue à s’inscrire dans l’histoire du ballon rond… En effet, malgré le conflit militaire, le championnat continue, à l’exception de l’année 1940. Le Red Star est ainsi sacré champion de la zone Nord en 1941, dans une compétition composée de sept équipes. L’année suivante, il remporte de nouveau la Coupe de France face à Sète (2-0) grâce à des buts de Roger Vandevelde et Fred Aston. Bien sûr, les circonstances donnent à ce succès un goût amer. Circonstances qui amènent la Fédération à modifier les conditions du championnat national. Il ne reprendra véritablement qu’en 1945, à la fin de la guerre.
En janvier 1931, la Fédération instaure le football professionnel en France. Vingt équipes participent au premier championnat en 1932. Parmi elles, le Red Star qui va largement participer aux premiers pas du professionnalisme dans l’hexagone. Il connaîtra des fortunes diverses au cours de la décennie, faisant l’ascenseur entre la première et la seconde division.
Les années 50 sont plus délicates pour le club audonien. Le club retombe en seconde division à la fin de la saison 1949/50. Il espère retrouver l’élite 5 ans plus tard, grâce à une seconde place obtenue lors de la saison 1954/55. Hélas, pour une affaire de corruption touchant des membres du club, la Fédération reclasse le club en D2 pour l’année suivante.
Les années 60 sont celles d’un entraîneur, passionné du club : Jean Avellaneda. C’est avec lui que le Red Star retrouve enfin la première division à l’issue de la saison 1964/65. Une délivrance pour tout un peuple, mais une joie qui ne sera que de courte durée : le club termine lanterne rouge du championnat suivant. Les Audoniens réintègrent néanmoins l’élite pour la saison 1967/68, grâce à une étonnante fusion avec le Toulouse Football Club.
Le Red Star va de nouveau faire l’ascenseur entre la D1 et la D2. Malgré l’arrivée de joueurs de renom comme Roger Magnusson, Nestor Combin et Fleury Di Nallo, la première division semble trop large pour les Audoniens, et la seconde trop étroite… Puis, en 1978, c’est la stupeur : les dettes accumulées par le club sont trop importantes et le Groupement des clubs autorisés, ancêtre de la Ligue de football professionnel, décide d’exclure en mai 1978 le Red Star du football professionnel. Le Red Star Football Club meurt, remplacé par l’Association Sportive du Red Star. Le club se voit refuser par la Fédération l’intégration en division 3 et en division 4.
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La reconstruction et les espoirs de renouveau
Les Audoniens ne peuvent se satisfaire d’une place en championnat régional. Sous la présidence de Jean-Claude Bras, emmené par des joueurs confirmés tels que Christian Massard ou Michel Joudet, le Red Star se reconstruit à une vitesse vertigineuse.
Au début des années 90, le club est solidement installé en L2. Il évolue chaque année dans la première partie de tableau mais ne parvient pas à retrouver l’élite. Ces années-là sont aussi celles du centre de formation, dirigé par l’ancien joueur Patrice Lecornu assisté de François Gil. Le travail paie et ce sont de grands talents tels Steve Marlet, Abdoulaye Meïte, Khalilou Fadiga ou Charles Itandje qui font faire leur classe.
Après une saison compliquée en 86/87, le Red Star retourne en troisième division. C’est Philippe Troussier qui est nommé à la tête de l’équipe avec pour objectif de remonter directement. À Bauer, les supporters du Red vont vivre une belle saison, l’Étoile Rouge est dans la course à la montée jusqu’à la dernière journée mais c’est son voisin francilien Créteil qui lui ravit la première place pour un petit point. Dans la lignée de l’exercice précédent, le Red Star ambitionne la montée pour la saison 88/89. Objectif atteint pour Troussier et ses hommes, auteurs d’une saison de haute volée ! Avec l’embellie sportive, le Red Star souhaite moderniser et rénover son enceinte, déjà vétuste malgré les derniers travaux de 1975.
Pour son retour en D2, le Red Star voit les choses en grand avec un recrutement XXL. Bubnov, international russe rejoint Saint-Ouen en provenance du Spartak et Hugo Perez, capitaine de la sélection américaine, débarque lui aussi au Red Star. Malheureusement sur le terrain, l’Étoile Rouge ne brille pas vraiment et se dirige tout droit en division 3. Mais à quelques jours de la reprise de la saison 90/91, le Red Star apprend que le club est repêché en D2 ! Avec une préparation tronquée, le Red Star réalisera un début de saison parfait avec 6 victoires en 6 matchs ! Bauer retrouve sa ferveur et applaudit les exploits des audoniens et de la nouvelle recrue soviétique Rodionov. Safet Susic, rejoint le Red Star la saison suivante, l’artiste Yougoslave ne marquera pas de son empreinte le club de Saint-Ouen, contrairement à Robert Herbin, dit le sphinx, qui emmènera le Red Star à la 5ème et 4ème place de D2 ! C’est aussi l’occasion de fêter le 1000ème match de l’histoire du club. Christian Laudu et André Simonyi sont invités pour donner le coup d’envoi à Bauer. 1000 matchs plus tard et malgré les péripéties, le Red Star est toujours debout !
La saison 96/97 est doublement historique puisque c’est celle du centenaire mais aussi la dernière qui se jouera dans cette version de Bauer. La décision est prise de rénover le stade ! Les décideurs de cette question semblent s’être enfin mis d’accord pour livrer le stade pour l’an 2000. En attendant, l’Étoile Rouge s’exilera à Marville, son actuel centre d’entrainement et académie. La presse de l’époque est formelle. Le Red Star jouera enfin dans son grand stade ! Un projet de 15.000 places est à l’étude et la future enceinte servira de lieu de vie au quartier Bauer et aux audoniens. Lassé par les interminables discussions, le Red Star commence de plus en plus à lorgner sur une autre solution, quitte à délaisser son stade mythique. L’État cherche à l’époque à trouver un club résident. Séduit par le projet et la perspective de jouer dans le plus grand stade de France et l’un des plus grands d’Europe, le Red Star porte sa candidature, abandonnant ainsi l’idée de rénover son stade historique. L’excitation est palpable, à Saint-Ouen. Jouer dans un stade de 80.000 personnes tous les quinze jours donne des envies de grandeur au club qui se montre très ambitieux. Le message est clair, si le Red Star migre à Saint-Denis, c’est pour retrouver sa gloire d’antan. Le premier avis du consortium du stade de France est favorable. Comme le titre la presse « Le Red Star a réussi son grand oral ». Après tant d’années de surplace et malgré l’abandon de son stade mythique, le Red Star commence à apercevoir un futur radieux lui permettant de retrouver l’élite du football français. Malheureusement, le consortium ainsi que le ministère des sports mettent leur veto après une deuxième consultation. Les garanties financières n’étaient pas suffisantes pour permettre au Red Star de devenir le club résident du Stade de France. Le Red Star ne pourra pas jouer au Stade de France et ne pourra pas non plus jouer au Stade Bauer la saison suivante. Le club en désaccord avec la mairie de Saint-Ouen avait effectué des démarches afin de délocaliser l’équipe pro au parc des sports de Marville.
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Le retour au Stade Bauer et les enjeux actuels
Après quatre saisons au troisième échelon national, le club retrouve la Ligue 2 seize ans après l’avoir quittée en terminant champion du National au terme de la saison 2014-2015. Une saison également marquée par le parcours des Audoniens en Coupe de France, qui atteignent les 8èmes de finale de la compétition, défaient par Saint-Etienne. Lors de sa première année en Ligue 2 le Red Star termine cinquième du championnat à deux points de la montée en Ligue 1. La saison suivante est marquée par la descente du club en National. Désormais, le club souhaite poursuivre son développement pour retrouver l’élite du football et s’inscrire dans la durée sur son territoire. Un territoire riche de football et qui se prépare à recevoir les Jeux Olympiques en 2024. Objectif Ligue 2. Après cinq saisons en CFA, l’Etoile Rouge se hisse en National à l’issue de la saison 2010-2011. Le retour d’ex-professionnels formés au club (Steve Marlet, Vincent Doukantie, Cédric Sabin) dans l’effectif puis dans le staff marque cette période. La première saison (2011-2012) est conclue en milieu de tableau. La saison suivante le Red Star obtient son maintien dans les ultimes minutes de la dernière journée face à l’Étoile Fréjus-Saint-Raphaël, grâce à un doublé de Jean-Jacques Mandrichi. La période est marquée par de nouvelles aventures en Coupe. Le 7 janvier 2012, le Red Star reçoit l’Olympique de Marseille en 32ème de finale de la Coupe de France dans l’enceinte dionysienne devant 50 892 spectateurs.
Le Red Star FC a-t-il conclu un pacte faustien ? L’un des plus vieux clubs de football français - il a été fondé en 1897 par Jules Rimet (créateur de la Coupe du monde en 1930), seul celui du Havre est plus ancien - s’apprête à faire son retour en fanfare en Ligue 2. Le club revient dans l’élite avec un stade Bauer flambant neuf et un nouveau centre de formation. De quoi satisfaire les fervents supporteurs ? Pas tout à fait. Il est quelque chose d’inestimable qu’ils pourraient perdre en route : l’âme du Red Star ouvrier et populaire dont les valeurs d’inclusion ont peu d’égales en France. Car, pour rénover son enceinte historique qui porte le nom de Jean-Claude Bauer, un médecin communiste et résistant, fusillé par les nazis au Mont-Valérien, en 1942, et s’offrir le nouveau centre de formation, le Red Star a changé de mains. Il a été vendu au fonds d’investissement américain 777 Partners, qui pratique la multipropriété, détenant également le Hertha Berlin, le club brésilien de Vasco de Gama, le Genoa CFC en Italie ou le Standard de Liège en Belgique. Non seulement le nouveau propriétaire incarne la financiarisation du football, à l’extrême opposé des valeurs du club audonien et de ses très fidèles soutiens de l’ancienne « banlieue rouge » ; mais, en outre, sa solvabilité pose régulièrement question alors qu’une volée de procédures judiciaires pour fraudes déferle actuellement sur lui aux Etats-Unis. La faillite ne peut être exclue.
Cette vente est « une trahison », affirme, dans le podcast documentaire diffusé sur le studio Sonique, Vincent Mezence, porte-parole de la tribune Rino-Della-Negra, du nom d’un autre résistant, italien, joueur du club, également fusillé par les nazis, en 1944. Comment rester un club populaire et progressiste en tombant dans l’escarcelle fragile d’un fonds d’investissement qui pratique le multi-club ownership ? A Bauer, les supporteurs ont coutume de rugir lorsque leur équipe marque « et chantent encore plus fort quand elle encaisse ». Le Red Star FC n’a pas fini de rugir.
Rino Della Negra : Un symbole de la résistance et de l'identité du club
Rien n’incarne mieux la ferveur pour son club que les habitués du stade Bauer de Saint-Ouen où réside le Red Star FC et résonne un nom : Rino Della Negra. Une figure de la Résistance d’abord méconnue, devenue le visage derrière lequel se lève toute une tribune. Mais le flou entourant l’avenir du stade Bauer menace à la fois la perpétuation de l’identité du club à l’étoile rouge et de l’image de son joueur-résistant. Fin février 2013, le groupe de supporters « Collectif Red Star Bauer » décide de rendre annuellement hommage à Rino Della Negra par une journée de commémoration. Ce jour-là, les membres de l’association nationale des anciens combattants de la Résistance (ANACR) se rendent au stade Bauer pour se souvenir de ce jeune de 21 ans. Le joueur d’origine italienne fut fusillé par les occupants nazis sur le mont Valérien, le 21 février 1944, pour ses actes au sein de la Résistance. Ayant baigné dans l’antifascisme au sein de la communauté italienne immigrée, Rino est le joueur tout désigné pour incarner les valeurs du club audonien. Son histoire constitue un point cardinal dans l’évolution de l’identité du Red Star, unique au sein du paysage footballistique français : un résistant communiste qui mourut pour ses idéaux humanistes.
Lorsque Rino Della Negra arrive au Red Star FC en 1943, il est alors un grand espoir du football français. Son avenir semble tout tracé dans une équipe qui vient de gagner la Coupe de France (2-0 face au FC Sète). L’équipe première est alors composée de grands noms comme le gardien Julien Da Rui, le défenseur Helenio Herrera - futur entraîneur de l’Inter Milan qui popularisera le catenaccio en Europe - ou le virevoltant ailier droit Alfred Aston. Également ailier droit, Della Negra ne joua finalement aucun match officiel en tant que titulaire et n’œuvra sur le terrain qu’avec les équipes de jeunes. C’est en tout cas ce qui a longtemps été cru car ce dernier avait bien intégré l’équipe amateure, le club ayant perdu son statut professionnel en 1943. Le jeune Rino était un athlète complet, pratiquant de nombreux sports autres que le football - comme la boxe ou la course à pied. Ce dernier pouvait même faire 100 mètres en 11,45 secondes.
Cependant, son passage au Red Star FC fut très rapide. « Au début, on pensait qu’il était au club durant la saison 1942-1943, mais en fait il a commencé au début de la saison 43-44, nous indique l’historien. Donc il a joué de fin août jusqu’à novembre 1943. Il a joué tout en étant engagé dans la Résistance armée ». Il ajoute : « Son rôle a longtemps été oublié au point que certaines personnes ont considéré que Rino n’avait pas été un vrai joueur, surtout que l’équipe n’était plus professionnelle suite à la décision du gouvernement de Vichy de scinder l’équipe et d’éparpiller ses joueurs. Mais pour celui qui fut avant-centre au FC Argenteuil et à la Jeunesse Sportive Argenteuillaise à partir de 1937, son passage au Red Star était avant tout une progression sportive. Il ne s’agissait nullement d’un quelconque engament politique pour le joueur d’origine italienne. En effet, l’historien Claude Pennetier n’a trouvé dans les archives aucun lien entre Rino et le PCF avant son entrée dans la Résistance en 1942. De plus, l’étoile rouge du club n’avait pas de signification politique durant cette période. Le club audonien demeure apolitique jusqu’à la fin de la Seconde Guerre Mondiale - malgré la base sociale ouvrière de ses supporters et l’arrivée au pouvoir municipal d’Emile Cordon en 1919, affilié à la Section française de l’Internationale communiste.
Le 12 novembre 1943, une attaque contre des convoyeurs de fonds allemands tourne mal. L’ailier droit est blessé puis capturé, comme le reste du groupe Manouchian les jours suivants. En résulte la publication de l’Affiche Rouge à l’occasion du procès des membres de la FTP MOI, le 17 février 1944. Une propagande vichyste visant à les discréditer, sous prétexte qu’ils soient étrangers, communistes ou d’origine juive. Le joueur du Red Star n’apparaît néanmoins pas sur l’affiche - probablement grâce à son physique avantageux qui aurait correspondu aux critères de beauté de la propagande nazie.
Avant son exécution le 21 février 1944, l’attaquant écrivit deux dernières lettres destinées à sa famille - une à son frère et une autre à ses parents. Les recherches de Dimitri Manessis l’ont amené à découvrir ces lettres longtemps considérées comme perdues.
Le Red Star, un club populaire et humaniste
Club des enfants des quartiers populaires, club de la banlieue rouge, club mettant à l’honneur des figures antifascistes, club du hip hop, le Red Star résonne avec son environnement. Durant plus d’un siècle, le lien avec la ville ne s’est jamais démenti. Le club semble suivre l’évolution de la ville et en particulier du quartier des puces, qu’il jouxte. Usines, cafés, logements, écoles, clubs sportifs ont vibré avec le club dont le stade est installé au plus proche des habitants.
L’histoire du Red Star est très riche, bien plus que celle de beaucoup d’autres clubs en France », souligne en préambule Yvan Gastaut. « Il est celui qui a fondé le Red Star en 1897, qui a ensuite présidé la FIFA (la Fédération internationale de football) et été à l’origine de la première coupe du monde en 1930. Ce monsieur a ouvert le club aux familles pauvres et ouvrières en mettant en place une cotisation moins chère qu’ailleurs avec une volonté de promotion sociale. »
A l’image du département et de la ville à travers sa population, le club de Saint-Ouen est un vivier de footballeurs aux origines diverses, et ce aujourd’hui comme hier. En plus de disposer d’un réservoir de joueurs d’origine ouvrière issus de l’immigration, le Red Star recrute aussi parfois à l’étranger. L’attaquant d’origine austro-hongroise (aujourd’hui l’Ukraine) André Simonyi rejoint ainsi les Verts et Blancs en 1936. Il y restera neuf années, devenant au passage l’idole des foules. Naturalisé, il jouera en équipe de France de 1942 à 1945. « Hier, au Red Star, certains ont été joueurs et soldats, d’autres, aujourd’hui, sont joueurs et rappeurs », constate Yvan Gastaut. C’est le cas de Hamidou Sene, attaquant formé au club, qui mène de front carrière de footballeur et carrière de rappeur. Celui qui fut meilleur buteur de la réserve, évolue aujourd’hui sous les couleurs de Valenciennes, au centre de formation. Enfin, depuis 2013 et l’apparition au club d’une section féminine, la parité constitue un enjeu de premier plan. Lauryn Coulibaly, espoir féminin du Red Star, incarne ce renouveau.
Depuis septembre dernier, à l’appel des dirigeants du Red Star, historiens et personnalités du ballon rond (anciens footballeurs, journalistes sportifs, etc.) multiplient les interventions dans les collèges et lycées de la ville, mais aussi auprès des jeunes pousses du club, pour relater le passé du Red Star, passionnant, très riche en anecdotes et qui n’est finalement que le reflet de la France du 20e siècle. L’un de ces « cours » s’est tenu le 10 mars au stade Bauer en présence des U15 filles et garçons du club.
Le Red Star n’a pas toujours été le club de la banlieue rouge, attaché au Parti Communiste Français (PCF) durant la Guerre Froide. Dimitri Manessis publiera, avec son directeur de thèse Jean Vigreux, un livre sur la vie de Rino Della Negra en fin d’année. Il explique que « le club n’a pas été créé par des ouvriers ou par des gens spécialement de gauche. On est dans le catholicisme social ». Mais malgré sa naissance dans un milieu bourgeois, le club de Saint-Ouen a continuellement disposé d’une base sociale ouvrière partageant une même culture et un idéal d’égalité sociale. « Ce n’est pas parce que le club est créé au centre de Paris que le club n’est pas populaire au regard de de la composition sociale de la capitale à la fin du XIXème siècle » souligne l’historien.
En somme, Jules Rimet était l’anti-Pierre de Coubertin à l’échelle du sport et des idées politiques - ce dernier étant partisan d’un amateurisme aristocratique, mais aussi un colonialiste et un misogyne notoire. En outre, le nom et le symbole de l’étoile rouge ne prennent pas leurs racines dans le communisme. La légende raconte qu’il s’agit d’une proposition de Miss Jenny, gouvernante de la famille Rimet, qui choisit la dénomination du club à partir de la compagnie maritime anglaise Red Star Line. Le logo de la société fut également repris tel quel. L’anglophilie du créateur de la Coupe du monde - goût alors très présent dans les milieux bourgeois, Jules Rimet étant devenu avocat - confirma ce choix. Le nom anglais du club n’était pas une exception au cours d’une période où les déterminants tels que United ou Athletic fleurissaient pour de nombreuses associations sportives.