Le chant « Paris SG ! Tous ensemble on chantera… » est devenu un hymne non officiel du Paris Saint-Germain. Sa mélodie entraînante et ses paroles minimalistes résonnent bien au-delà du Parc des Princes. De Munich aux Champs-Élysées, ce refrain a accompagné les triomphes du club et marqué les esprits lors des célébrations. Pourtant, ce chant n'a pas toujours fait partie du répertoire historique des supporters parisiens.
La genèse d'un chant de contestation
La première fois que « Tous ensemble on chantera » est entonné, c'est le 1er octobre 2016, lors d'une victoire contre Bordeaux (2-0). Le PSG sortait alors d'une période sombre, marquée par la mort de Yann Lorence, un ancien membre de la tribune Boulogne, en 2010. Cet événement avait conduit la direction du club à dissoudre les associations de supporters et à instaurer un placement aléatoire pour éradiquer la violence.
Le Collectif Ultras Paris (CUP), regroupant plusieurs groupes actifs du virage Auteuil, est créé le 23 février 2016. Un proche du CUP explique, sous couvert d'anonymat, que le chant est né de leur contestation, avec le retour progressif des ultras au Parc après la fin du plan Leproux. Ce plan, du nom du président de l'époque, visait à pacifier les tribunes, mais au détriment de l'ambiance. Pour éviter que le stade ne devienne « un cinéma à ciel ouvert », le CUP lance ce nouveau refrain.
De la contestation à l'hymne populaire
Avant l'arrivée de Qatar Sports Investments (QSI) à la tête du PSG en 2011, le chant des supporters était « Ô Ville Lumière ». Cependant, ce chant n'a pas pris auprès du nouveau public. Celui du CUP prend de l'ampleur, au point que le PSG s'en empare. Le club a même fait jouer un nouveau tube par un orchestre philharmonique pour fêter le titre de 2024, diffusant cette version sur ses canaux.
Si les 48 000 spectateurs présents au Parc des Princes l'ont chanté à pleins poumons, ce chant continue de diviser. Certains estiment que seuls les plus anciens et les plus investis savent de quoi il parle. Les plus jeunes assimileraient les années de « galère et de combat » aux désillusions sportives du PSG.
Lire aussi: PSG : L'âme des supporters en chansons
Un membre du CUP, qui a participé à la création du chant, insiste sur le fait que l'important est que le chant vive et prenne de la place. Il souligne qu'aucun autre chant n'a eu autant d'impact sur la durée, trouvant cela « tellement beau ». Certains y voient une ressemblance avec le « Boléro » de Maurice Ravel, tandis que d'autres y décèlent un rythme guerrier ou de carnaval.
Des origines italiennes ?
La chanson originale qui aurait inspiré le chant repris par les supporters parisiens serait « Vuoto a perdere » de la chanteuse italienne Noemi, sortie en 2011. Sur le même air, les tifosi de Napoli (club jumelé avec le PSG) entonnent un autre chant très reconnaissable, mais avec des paroles différentes : « Je serai avec vous, et vous ne devez pas abandonner, nous avons un rêve dans nos coeurs, Naples redevient champion. »
Warren Zaïre-Emery, symbole d'une génération
Le 26 août 2023, après une victoire face au Racing Club de Lens (3-1), Warren Zaïre-Emery, jeune joueur de 17 ans, prend le mégaphone au bas de la tribune Auteuil et entonne le refrain : « Paris SG ! Tous ensemble on chantera, cet amour qu’on a pour toi, qui ne cessera jamais… » L'ensemble du Parc des Princes l'accompagne en chœur. Les images font le tour des réseaux sociaux, confirmant la popularité du chant auprès des fans et des joueurs.
« WZE » n'est pas le seul à chanter ces paroles. Ces dernières années, toute l'équipe, et même l'entraîneur Luis Enrique, ont participé à ce rituel après les matchs.
Un chant fédérateur
Le journaliste Clément Pernia, auteur de plusieurs ouvrages sur le PSG, explique que les Ultras ont installé des chants progressifs, assez mélodieux, qui ont bien pris. Il souligne que Paris étant un club mondialement connu, tout cela a vite été repris sur les réseaux sociaux.
Lire aussi: Immersion et réalisme dans NBA 2K24
Les paroles de « Tous ensemble on chantera » sont les suivantes :
Paris SG,Tous ensemble on chantera,Cet amour qu’on a pour toi,Qui ne cessera jamais !Après tant d’années, de galères et de combats,Oh pour toi Paris SG,On va se casser la voix
Clément Pernia ajoute que ce titre, avec son rythme lent et ses mots moins provocateurs, crée un instant solennel qui unit l'ensemble des personnes liées au club. Il met en avant les épreuves traversées par le club, permettant à tous les supporters de se reconnaître dans ce morceau.
Il précise que chacun peut interpréter les paroles à sa manière. Les Ultras peuvent penser à leur interdiction de venir au Parc des Princes, tandis que d'autres peuvent évoquer les périodes difficiles du club ou les rivalités entre les tribunes. Les plus jeunes peuvent y voir les défaites les plus dures à encaisser.
Le club lui-même met de plus en plus ce chant en avant, notamment sur ses réseaux sociaux. Pour fêter son titre de champion de France en 2024, le PSG a sollicité un orchestre symphonique pour une version plus musicale du morceau. Il y a eu aussi une adaptation électro du chant par le DJ Michaël Canitrot.
Lire aussi: Traditions et Culture Ultra au PSG
Neymar et la complexité des relations
En septembre 2019, lors de la réception de Strasbourg, Neymar retrouvait le public parisien après son exfiltration avortée. Les ultras du PSG l'ont copieusement hué et insulté, déployant des banderoles hostiles. Malgré cela, Neymar a fait son travail sur le terrain, suscitant l'admiration d'une partie du public.
Après le match, Neymar a déclaré comprendre la réaction des supporters et a affirmé qu'il n'avait rien contre eux. Il a souligné qu'il était un joueur du PSG et qu'il voulait qu'ils soutiennent l'équipe.
Un club entre tradition et modernité
Fondé en 1970, le Paris-Saint-Germain tire son nom de la ville de Saint-Germain-en-Laye, située à une vingtaine de kilomètres à l'ouest de Paris. En 1972, Daniel Hechter crée le premier blason du club, comportant la Tour Eiffel, le berceau et la fleur de lys, symboles de Paris et de Saint-Germain-en-Laye.
En 2013, les dirigeants qataris ont modifié le blason, réduisant la typographie de Saint-Germain et augmentant celle de Paris, dans un souci de marketing. Malgré cela, le club s'entraîne toujours au Camp des Loges, à Saint-Germain-en-Laye.
L'importance des supporters
Un supporter passionné évoque son émotion lors de la victoire contre le Real Madrid en 1993 et la finale de la Coupe des Vainqueurs de Coupe en 1997. Il souligne l'importance de l'ambiance au Parc des Princes et du Fair Play.
Un autre supporter, originaire de Bretagne, raconte sa passion pour le PSG depuis l'âge de 10 ans. Il évoque ses souvenirs au Parc des Princes et son expérience à Stamford Bridge lors d'un Chelsea-PSG de folie. Il souligne l'importance de segmenter les tribunes pour satisfaire les différents types de supporters.