Le Paris Saint-Germain (PSG), club de football emblématique de France, entretient une relation unique et complexe avec ses supporters. Une histoire riche et mouvementée, marquée par la passion, la fidélité, mais aussi par des incidents et des rivalités. Au cœur de cette relation, les groupes Ultras jouent un rôle essentiel, animant les tribunes et incarnant l'âme du club. Cet article explore l'histoire et les traditions des Ultras du PSG, en se concentrant particulièrement sur les Supras Auteuil, groupe emblématique du Virage Auteuil.
Genèse du PSG et émergence des groupes de supporters
Le Paris Saint-Germain voit le jour en 1970 lors de la fusion entre la section football du Stade saint-germanois et le Paris FC. Rapidement, des groupes de supporters se forment, animés par une passion commune pour le club de la capitale. Le Kop de Boulogne, né le 2 août 1978 suite à une modification de tarification au Parc des Princes, devient rapidement un lieu de rassemblement pour les jeunes supporters du PSG.
Dans les années 1980, le Kop de Boulogne acquiert une réputation de tribune dure, marquée par la violence et l'extrémisme politique. Face à cette situation, les dirigeants du PSG, récemment repris par Canal+, favorisent l'émergence de groupes de supporters à l'image moins négative dans la tribune d'en face, Auteuil.
La création des Supras Auteuil
C'est dans ce contexte qu'apparaissent les Supras Auteuil (SA). Le premier match des Supras a été contre l’Olympique Nîmois le 26 octobre 1991, 1 mois après le dépôt des statuts. Un adversaire anecdotique comparé à la formidable et inoubliable bicyclette d’Amara Simba, qui concrétisera 2 buts ce jour-là.
Bobine : C’est la contraction de Supporters et Ultras, de ce que nous étions et allions devenir. Aussi, dans Supras, vous avez quasiment toutes les lettres de Paris. D’où ça vient ? C’est simplement venu petit à petit, l’idée de rapprocher ce que les gens sont quand ils viennent au stade : des supporters et l’autre idée, de ce que certains deviennent : des Ultras. Il y a avait donc « SUPRA », mais sans le S en terminaison puis SUPRAS.
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Les Supras Auteuil se distinguent du Kop de Boulogne par leur modèle d'inspiration : l'Italie et ses Ultras. Ils privilégient les animations de tribunes, les chants et les tifos, et se veulent pacifistes.
Les premières années des Supras Auteuil : Structuration et identité
Au début, les Supras Auteuil bénéficient du soutien du club, qui leur accorde une subvention et les aide à financer leurs premières voiles et tifos. Le club a naturellement accompagné les Supras, comme tous les groupes d’ailleurs. Il nous donnait une subvention de 6.000 Francs environ à l’époque, nécessaire pour démarrer. Il nous a clairement sponsorisé dans la création des premières voiles (je pense à la « Vaincre pour Nous » destinée au Virage), pour la matière première des tifos et l’organisation des déplacements. Nous sortirons peu à peu de ces 3 axes pour revendiquer notre autonomie.
Les Supras partagent également un local avec d'autres groupes d'Auteuil, ce qui favorise la cohésion et l'unité. On avait aussi un local, celui dont Selim parlait, en Auteuil rouge, commun avec les Lutece Falco, Dragon’s et plus tard les Tigris Mystic, ce qui nous permettait d’avoir une certaine cohésion. Au moins, on se croisait ! Dès qu’on sortait à la fin des matchs, tout le monde était ensemble, toutes les malles étaient dans le local. Il y avait une certaine unité, même si il y a toujours eu une petite guerre de clocher entre Lutèce et Supras.
Cependant, les Supras ressentent le besoin de se structurer et de développer leur propre identité. Les symboles manquent, le groupe est très jeune, l’histoire est en marche, mais l’organisation nous fait défaut. C’est normal, Paris ne s’est pas fait en un jour ! Le décor est planté. Il fallait maintenant le structurer. C’est mon but. Le groupe a commencé avec un premier logo « SUPRA » et un pouce en l’air. Vous comprenez, ça faisait un peu « Vichy Saint-Yorre, ça va fort ! » si tu veux. C’était un truc « un peu trop positif » pour des tribunes populaires. Mais c’est facile de dire ça, quand les gars de l’époque partaient d’une feuille blanche. Et c’était il y a bientôt 30 ans.
Le groupe adopte un nouveau logo, une main qui se referme en un poing avec une chevalière PSG.
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L'influence italienne et la culture Ultra
Les Supras Auteuil, comme beaucoup d'autres groupes Ultras en France, sont fortement influencés par la culture Ultra italienne. De nombreuses références italiennes ont été importées. « Le couturier » raconte : « De cette saison (94/95), je garde également le souvenir de mon premier tournoi à Gênes par le biais de « Mac Méga ». Il était passé aux Lutèce, avec qui j’avais gardé des contacts et avait sympathisé avec les Ultras Tito de Gênes, lors de la Coupe du Monde en Italie en 1990, auquel il assistait, pour suivre l’Ecosse, basée donc à Gênes. Notre équipe s’appelait « Celtic Paris » et était composée de Supras (Les deux Laurent,, Gelaad, Raph, Seb, Bill…) et de quelques Lutèce (Gilles, Oliv et Seb). Les saisons suivantes, nous y retournions et nous retrouvions, Franck qui jouait avec des collègues à lui, supporters de l’Inter sous le nom de « l’Inter Club Paris ». C’est de ce tournoi à Gênes, que nous nous inspirions pour organiser à notre tour notre premier tournoi international (à la Varenne Jarcy, club de foot où je jouais, ainsi que Gilles et les autres membres des Lutèce du « Celtic Club Paris »).
Bobine : La « Samp » et ses Ultras pour « Mac Méga » donc ont suscité beaucoup d’admiration dans les rangs. C’est vrai. Quand j’entendais parler de leur organisation, j’exultais. Attention on parle d’un groupe de 1969 ! Aucune comparaison possible mais un exemple, c’est certain. Pour revenir aux nombreux symboles, prenons l’exemple de « The Screaming Hand », très en vogue dans le monde ultra, dessinée en 1985, par Jim Philips, légende de l’industrie du skate-board. « La main hurlante » qui figura sur une de nos écharpes. Nous sommes à cette époque en recherche de ces symboles transalpins, comme presque tout le monde.
Les Supras cherchent également à s'approprier les codes et les symboles de la culture Ultra. Il y a un fanzine qui s’appellait Supertifo, il fallait s’abonner depuis l’Italie. Selim : Il faut aussi comprendre que par rapport à 2020, au début des années 2000 tu n’as pas Internet tel qu’il existe actuellement. Aujourd’hui, tu vas sur You Tube, tous les groupes ou presque se mettent en scène, les spectateurs filment les animations des tribunes, tu peux avoir un panorama mondial des ultras en quelques clics, des barras argentines aux groupes ultras marocains ou même indonésiens. A notre époque, tu avais quelques happy few qui avaient des VHS de groupes étrangers ou des compilations et qui les faisaient tourner aux copains. C’était très difficile de te faire une idée d’une tifoseria sans être allé sur place. Dans le même ordre d’idée, à un moment, t’as un exemplaire de « I Furiosi » traduit en français qui tournait à Auteuil. C’est un roman qui raconte les aventures des Brigate Rossonere. T’avais une traduction amateur imprimée sur du A4 qui circulait et les copains te pressaient chaque semaine pour que tu finisses de le lire et que tu le fasses tourner.
Rivalités et tensions
Malgré leur volonté de se distinguer du Kop de Boulogne, les Supras Auteuil sont confrontés à des rivalités et des tensions avec ce dernier. Tout au long des années 1990, les ultras d’Auteuil montent en puissance dans le soutien vocal, la qualité des animations, la présence en déplacement. Mais ils ne remettent pas en cause l’hégémonie du kop, ils demeurent pacifistes et n’affichent pas leur cosmopolitisme. La situation change au début des années 2000, notamment quand les Tigris Mystic, situés dans la partie basse du virage Auteuil, prennent de l’ampleur et acceptent de se positionner sur le terrain de la violence, face aux supporters adverses mais également face à Boulogne, ce qui remet en cause l’équilibre tacite des forces. Après de premières escarmouches en 2003-2004, au prétexte d’une banderole des Tigris pour leur dixième anniversaire ( « L’avenir nous appartient » ) peu appréciée par Boulogne, un conflit ouvert éclate lors de la saison 2005-2006 entre les Tigris et Boulogne.
Cette rivalité culmine en 2010 avec la mort d'un supporter du Kop de Boulogne, ce qui conduit à la dissolution des groupes Ultras par le plan Leproux.
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Dissolution et renaissance
Le plan Leproux marque une période sombre pour les Ultras du PSG. Le mot d’ordre c’était boycott et puis on a surtout été dissous, avec des interdictions de stade à gogo avec pointage au commissariat, des perquisitions. En avril 2010, nous sommes dissous, 80 % du noyau est IDS et le plan Leproux fuite dans les journaux en mai 2010. En plus du placement aléatoire pour nous interdire de nous réunir au Parc, le plan Leproux prévoit des mesures complètement délirantes pour aller en déplacement. C’était Larrue multiplié par 100 : obligation d’adhérer à la charte TousPSG, d’emprunter le bus affrété par le club en étant accompagné par des stewards, de donner l’identité de toutes les personnes montant dans le bus, de soumettre le matériel à l’approbation des autorités. C’est le retour des déplacements officiels PSG et la mise à mort du principe d’autonomie et d’indépendance des ultras. Bref, l’opposé total de l’identité et de la culture de groupe qu’on a forgées depuis 15 ans. Il est bien-sûr hors de question pour nous de céder au chantage. Mais en septembre 2010, craignant qu’on parte dans un boycott qui ne se terminera jamais (et l’histoire ne leur a pas donné tort là-dessus), une des sections importantes du groupe, la K-Soce Team, décide de jouer le jeu du club et d’accepter le plan Leproux en partant en déplacement à Lens dans les fameux parcages de « lynx ». C’est la scission inévitable. Ça revenait à accepter tout ce que Larrue avait tenté de nous imposer quelques années auparavant.
Cependant, la passion et la fidélité des Ultras ne faiblissent pas. Ils continuent à soutenir le club à travers d'autres moyens, notamment en développant des liens avec d'autres groupes Ultras en Europe. Depuis 2003, nous entretenions une amitié avec la Wilde Horde, le groupe ultra historique du FC Cologne. Cette amitié a permis de faciliter la transition vers un fonctionnement de groupe déconnecté de la vie au Parc et de notre équipe puisqu’on avait quand même toujours cette possibilité de vivre avec eux notre idéal ultra. Ça a été une vraie bouffée d’oxygène. Et puis le FC Cologne est un club à l’opposé total du projet fric et communication du PSG version QSI. C’est un club ancré avec une tradition et une histoire superbes même si ils n’ont pas l’équipe qu’ils mériteraient d’avoir, comme nous à Paris pendant presque 15 ans. Cologne c’est l’une des plus grandes villes allemandes avec une vraie identité culturelle locale, un dialecte, le Kölsch, un folklore hyper riche et surtout toute une ville absolument dingue de son club.
Finalement, en 2016, le PSG autorise le retour des Ultras au Parc des Princes, marquant ainsi la renaissance du Virage Auteuil.
Traditions et valeurs des Supras Auteuil
Au-delà des rivalités et des incidents, les Supras Auteuil incarnent des valeurs et des traditions fortes.
- La fidélité au club: Les Supras sont avant tout des supporters passionnés du PSG, prêts à soutenir leur équipe dans toutes les circonstances.
- L'animation des tribunes: Les Supras sont connus pour leurs chants, leurs tifos et leurs animations qui contribuent à créer une ambiance unique au Parc des Princes.
- L'indépendance: Les Supras revendiquent leur autonomie vis-à-vis du club et des pouvoirs publics.
- La solidarité: Les Supras sont solidaires entre eux et s'entraident dans les moments difficiles.
- La transmission: Les Supras sont soucieux de transmettre leurs valeurs et leurs traditions aux jeunes générations.Bobine : J’ai un très beau souvenir à Cologne chez nos frères de tribunes. C’était un jeune de la Horde qui écoutait mes conseils dans une discussion improvisée comme si j’étais de l’ancienne garde. Je ne le connaissais pas, lui me connaissait de nom pourtant il buvait mes paroles. Il y a eu une réelle transmission alors qu’on n’avait pas le même âge et qu’on n’était pas du même endroit et tout ça en anglais. Et cette transmission ne portait pas sur la tribune, le foot ou le mouvement, mais sur des mises en garde de ce qui important, les études, que tu peux vivre ta passion, mais qu’il ne faut pas mettre tous les œufs dans le même panier, la famille est primordiale…on le disait plus haut, des valeurs humaines, comme un père doit donner à son fils.
L'avenir des Supras Auteuil
Aujourd'hui, les Supras Auteuil continuent d'animer le Virage Auteuil et de porter haut les couleurs du PSG. Ils sont un élément essentiel de l'identité du club et contribuent à faire du Parc des Princes un lieu unique et vibrant.
Cependant, les défis restent nombreux. La gestion des groupes Ultras, la prévention des incidents et la lutte contre les discriminations sont des enjeux majeurs pour le PSG et les autorités.
Malgré ces défis, l'avenir des Supras Auteuil semble prometteur. Leur passion, leur fidélité et leur engagement sont autant d'atouts pour continuer à faire vivre l'esprit Ultra au Parc des Princes.