La presse anglaise et le XV de France : une relation complexe

Depuis quelques mois, le XV de France suscite un intérêt grandissant, tant sur le plan sportif que médiatique, y compris chez nos voisins britanniques. Si cette fascination est parfois discrète en France, les médias britanniques et irlandais semblent captivés par les Bleus depuis un certain temps. Les performances remarquables des clubs français en Champions Cup, la rivalité intense avec l'hémisphère sud et l'aventure audacieuse d'Antoine Dupont, passant du XV au 7, ont contribué à cette affection naissante des Anglais et autres peuples saxons envers l'équipe de France.

Le Crunch de 2025 : un tournant ?

Pourtant, le samedi 8 février 2025, un événement a semblé briser cette dynamique positive. La défaite du XV de France face à l'Angleterre (26-25) lors de la deuxième journée du Tournoi des 6 Nations a été perçue comme un véritable fiasco pour les Tricolores. À titre d'exemple, Rugby Pass s'interroge sur la performance d'Antoine Dupont, titrant : "Pourquoi cela s'est mal passé ?". Le média spécialisé souligne que, après avoir impressionné lors de son retour dans le Tournoi des Six Nations avec trois passes décisives contre le Pays de Galles, Dupont a été largement neutralisé par la défense anglaise.

Les erreurs françaises pointées du doigt

Rugby Pass prédit également la frustration du XV de France, soulignant que les joueurs se demanderont ce qui aurait pu se passer s'ils avaient mieux géré le match, marqué par des passes ratées. Le média insiste sur le fait que quasiment aucun joueur français n'a été exempt de critiques après cette rencontre, et que cette accumulation d'erreurs a coûté cher à l'équipe.

The Guardian adopte une perspective plus large et critique "l'insouciance" du XV de France, qui a basculé du "sublime au ridicule". Le journal anglais met en lumière une faiblesse persistante dans le psychisme de l'équipe de France, qui l'empêche de rejoindre les meilleures équipes de l'histoire, malgré son talent et son héritage. Selon The Guardian, ce sont les Anglais qui ont toujours poussé les Français à la déconfiture, plus que tout autre adversaire, à l'exception des Français eux-mêmes.

La BBC évoque quant à elle une "désinvolture criminelle" qui a coûté cher au XV de France contre l'Angleterre. La célèbre radio anglaise met en avant une attitude "nonchalante" ayant entraîné des fautes de main "cruciales", notamment de la part de Peato Mauvaka et Louis Bielle-Biarrey. La BBC revient également sur l'analyse de Shaun Edwards après la rencontre, qui disait "ne pas comprendre" ce qu'il s'est passé.

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La presse française face à la défaite

Même en France, la défaite a été difficile à digérer. Pour L'Équipe, ce Crunch souffre du "syndrome de la boulette". Le quotidien sportif a isolé "quatre essais vendangés" et souligné qu'il y a eu "du déchet à tous les étages" chez les Bleus. Le Midi Olympique estime que le mythe d'une France surclassant le rugby anglais dans son ensemble s'est envolé à Twickenham, soulignant que les récents succès des clubs français en Champions Cup avaient fait naître l'idée que le Crunch serait différent cette année.

La réaction anglaise : soulagement et critique

Après la courte mais précieuse victoire de l'Angleterre face au XV de France, la presse anglaise n'a pas manqué l'occasion de pointer du doigt les manquements des Bleus lors de ce Crunch. Un certain sentiment de soulagement planait au-dessus de Twickenham samedi soir. Steve Borthwick et ses joueurs vivaient une période compliquée sur le plan sportif, et une victoire lors du Crunch a toujours une saveur particulière.

"Crunched" (comprendre "Croqués"), pouvait-on lire en Une du Sunday Express ce dimanche. Sur le site de la BBC, il était écrit qu'il y avait "de la jubilation, de la revanche et une sacrée dose de soulagement dans les décibels entendus en fin de match". Les Bleus "ont échoué à porter le coup fatal". The Guardian n'a pas été tendre avec les Bleus de Fabien Galthié, qui ont raté une belle occasion de s'affirmer encore un peu plus comme un candidat crédible à la victoire finale dans ce Tournoi des 6 Nations. "Elle est encore là. Cette faille de tant d'équipes de France à travers les années, un problème qui les a empêchés de faire partie des meilleures équipes de l'histoire, malgré leur talent, malgré leur héritage. Cela leur a coûté des Coupes du monde, des titres. Encore une fois, ils ont échoué à porter le coup fatal, même avec l'épée en mains", pouvait-on lire sur le site du quotidien anglais.

L'incroyable maladresse française

La presse britannique n'a pas occulté l'incroyable maladresse du XV de France. "La France, qui a plus porté le ballon et franchi, a été plus dangereuse, concède Mike Henson, reporter de la BBC. Mais elle a été criminellement décontractée dans son contrôle du ballon. Louis Bielle-Biarrey, auteur de deux essais, en a vendangé un autre avec une passe nonchalante au-dessus de Peato Mauvaka. Même dans la construction de leur premier essai, Mauvaka a lâché le ballon sur une erreur d'inattention."

Le quotidien The Guardian consacre un article complet sur son site à cette collection d'erreurs, en rappelant douloureusement de précédents crève-cœurs français. "Elle est encore là. Cette faille de tant d'équipes de France à travers les années, un problème qui les a empêchés de faire partie des meilleures équipes de l'histoire, malgré leur talent, malgré leur héritage, écrit Michael Aylwin, l'un des reporters du journal londonien à Twickenham. Cela leur a coûté des Coupes du monde, des titres. Encore une fois, ils ont échoué à porter le coup fatal, même avec l'épée en mains et face à la chair nue (des Anglais). Comment déchirer une action, comment trouver un moyen de ne pas marquer. L'inventivité de cette équipe balle en mains est seulement égalée par l'imagination avec laquelle elle a réussi à perdre tant de ballons."

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Focus sur les individualités

Si la presse française est parfois montrée du doigt pour sa sévérité, outre-Manche, les médias n'hésitent pas à pointer du doigt la prestation du XV de France. "Les Français ont fait preuve d'une désinvolture criminelle", pour la BBC. Le prestigieux média anglais fait référence à la maladresse tricolore et notamment aux 30 fautes de main, en prenant notamment pour exemple la "passe nonchalante" de Louis Bielle-Biarrey en début de deuxième mi-temps pour Mauvaka, qui a "massacré" une occasion d'essai. Le talonneur du Stade toulousain en prend également pour son grade.

The Guardian évoque, lui aussi, la "naïveté" française. "Le temps était pluvieux, humide et le ballon glissant. Ils (les Français) n'ont pas pris ce détail en compte, Fabien Galthié et ses hommes ont été négligents, imprudents. Ce n'était pas un jour propice pour un jeu de main trop ambitieux." Le capitaine des Bleus est lui aussi pointé du doigt par le Guardian : "Même le grand Antoine Dupont a connu des moments gênants". L'action de la vingtième minute est prise pour exemple lorsque Dupont a laissé échapper le ballon en touche sur une passe de Thomas Ramos qui aurait pu lui permettre de filer à l'essai.

Fin Smith, le héros anglais

Concernant le XV de la Rose, les médias anglais semblent avoir trouvé leur nouveau chouchou. "Avec une prestation sensationnelle, Fin Smith a sanctionné les favoris du Six Nations de leurs erreurs", peut-on lire sur le site du Times ce matin. "L'Angleterre a trouvé son nouveau demi d'ouverture. La prestation incroyable et décisive de Fin Smith est la chose que tous les fans anglais attendaient", se réjouit The Guardian. Le quotidien anglais rajoute : "Il est devenu grand au cours d'une soirée boueuse, ensanglantée et meurtrie". Le Sunday Telegraph salue ses "nerfs d'acier" en Une avec une photo de sa joie lors du dernier essai.

L'état d'esprit français remis en question

La presse anglaise ne se contente pas de critiquer la maladresse technique des Bleus, elle remet également en question leur état d'esprit. "La France a été arrogante en pensant que l'Angleterre ne pourrait jamais gagner" écrit Oliver Brown dans les colonnes du Telegraph. The Guardian est encore plus sévère: "Les visiteurs passent du sublime au ridicule", tacle le journal britannique avant d'enfoncer le clou: "De vieilles lacunes reviennent les hanter." Pour Michael Aylwin, le mental défaillant des Bleus (puisque c'est de cela dont il s'agit), a "coûté au fil des ans des Coupes du monde et des Tournois." Samedi, le XV de France "n'a pas réussi à porter le coup de grâce", écrit le journaliste. "Avant ce match, il n'y avait pas de doute sur l'équipe la plus talentueuse. La France savait qu'elle pouvait surclasser l'Angleterre et c'est ce qu'elle a fait pendant une grande partie du match." Et Aylwin de conclure en rappelant que "le talent seul ne suffit pas dans le sport."

Le traumatisme de 2023 : une défaite historique

Il ne faut pas avoir la mémoire courte. Avant le 11 mars 2023, la plus lourde défaite de l'Angleterre sur son sol face à la France était un 3-11 qui datait de 1951. D'où le choc outre-Manche après la claque subie samedi par la rose rouge, broyée par un XV de France impérial (10-53). Et sans surprise, la presse est acerbe au moment de mettre des mots sur ce moment d'histoire. The Sun, pas toujours le plus mesuré, est peut-être un des moins durs. "Nous nous sommes faits plier", titre t-il, dénonçant une "défaite humiliante et historique". "La France attendait une victoire à Twickenham dans le 6 Nations depuis 18 ans, mais elle ne pouvait pas s'imaginer que ce serait si facile. L'Angleterre était une pagaille sans nom du début à la fin, dépassée dans tous les compartiments du jeu".

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The Guardian, n'y va pas par quatre chemins : "Ce match a été pour nous semblable à une guillotine tombant avec brutalité. L'Angleterre avait déjà connu des jours rabaissants, mais jamais à l'échelle de ce record phénoménal. Même le 42-6 affligeant de 2008 contre l'Afrique du Sud passe au second plan après cela. L'équipe de Steve Borthwick a eu l'audace d'espérer un futur un peu plus lumineux à l'horizon avec ce match. Au lieu de ça, elle s'est retrouvée dans les phares d'un TGV français qui a tout écrasé sur son passage".

L'Independant titre : "Une Angleterre sans espoir a connu son jour le plus humiliant et le pire est à venir". Le quotidien poursuit sur le même ton : "Jamais en 152 ans de rugby international, l'Angleterre n'avait subi un revers aussi lourd chez elle. La France a montré aux hommes de Borthwick où ils en étaient à six mois de la Coupe du monde. Et le pire est qu'elle n'est même pas la meilleure équipe de ce Tournoi. Cette distinction appartient à l'Irlande, que l'Angleterre aura la chance d'affronter dans une semaine à Dublin. Prenez les calculatrices : si on se base sur la performance de ce samedi, le record de 76-0 encaissé en Australie en 1998 durant la tournée de l'enfer pourrait être menacé".

Le Telegraph, après avoir affirmé en titre : "Une défaite qui pourrait signifier la fin de carrière pour certains", se lâche. Parmi ses punchlines les plus notables : "La bouffée d'air apportée par la nomination de Steve Borthwick est devenue viciée", "On était à Twickenham-sur-Seine ce samedi soir", ou encore "Fabien Galthié a apporté sa sympathie aux joueurs de Borthwick après la rencontre. Avant les Anglais étaient méprisés par les Français, aujourd'hui ils leur font pitié".

Les leçons à tirer

Comme lors de chacune des victoires de l'Angleterre contre la France, la presse britannique s'est fait un malin plaisir de pointer les carences des Bleus lors du match de la 2e journée du Tournoi des Six Nations. L'inefficacité française, avec notamment quatre en-avants dans des zones de marque, a ainsi particulièrement été relevée. « Ils n'ont pas réussi à porter le coup décisif, même s'ils avaient l'épée en main », illustre ainsi le Guardian. « Le sport ne se décide pas uniquement en fonction du talent », poursuit le quotidien généraliste, dans un article intitulé L'insouciance de la France lui coûte cher.

Le replacement d'Antoine Dupont à l'ouverture, après la sortie de Matthieu Jalibert (66e), a été qualifié de « désastreux » par l'ex-sélectionneur anglais Clive Woodward.

L'éclaircie de 2024 : un match spectaculaire

Malgré la défaite du XV de la Rose (33-31), la presse anglaise s'est montrée positive, et même impressionnée par le spectacle offert lors de France-Angleterre en 2024. The Guardian ne tarit pas d'éloges au sujet de ce match durant lequel 7 essais ont été inscrits. « Ce France-Angleterre fut un match passionnant. Le plus spectaculaire du Tournoi cette année. Un spectacle extraordinaire. Ce que l'on retient, c'est la qualité du divertissement offert par deux équipes qui ont absolument refusé de s'incliner ».

RugbyPass, lui, salue « les nombreux rebondissements » dans ce match. « Un match que la France semblait avoir perdu, puis gagné et encore perdu », résumait The Guardian.

Malgré la défaite, la presse anglaise voit bien du positif dans le visage affiché par le XV de la Rose, moribond durant des années sous la coupe d'Eddie Jones. « Si l'Angleterre avait gagné, cela aurait été la victoire la plus significative du mandat de Steve Borthwick », souligne The Telegraph. « Nous ne pensions pas écrire un article sur la façon soudaine dont cette équipe est devenue merveilleuse. Bravo, l'Angleterre ! Vous avez enfin trouvé votre mojo et montré que vous êtes véritablement capable de jouer un type de rugby passionnant que nous ne pensions pas possible », lâche RugbyPass.

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