Samuel Eto'o, figure emblématique du football camerounais et ancien attaquant de renommée mondiale, a été élu à la présidence de la Fédération Camerounaise de Football (FECAFOOT) le 12 décembre 2021, pour un mandat de quatre ans. Son élection avait suscité un grand espoir au Cameroun, après des années de gestion chaotique de la fédération, souvent placée sous la tutelle de la FIFA. Cependant, son mandat a été marqué par des controverses, des affaires et des polémiques, jetant une ombre sur son bilan.
Une élection pleine d'espoir, un bilan mitigé
L'élection de Samuel Eto'o avait soulevé un certain optimisme au Cameroun, après des années de gestion chaotique d’une fédération plusieurs fois placée sous tutelle de la FIFA. « Il avait fait une bonne campagne, avec un projet ambitieux, suscitant beaucoup d’attentes. Mais après deux ans et demi de mandat, le bilan est décevant », constate André Kana-Biyik, champion d’Afrique en 1988.
Tentative de démission et enquêtes de la CAF
Le 5 février, quelques jours après l’élimination des Lions indomptables en huitièmes de finale de la Coupe d’Afrique des nations en Côte d’Ivoire (0-2), Samuel Eto’o avait présenté sa démission au comité exécutif de la Fécafoot. Cependant, cette démission a été jugée irrecevable, car seule l'assemblée générale qui l'avait élu pouvait l'accepter.
Plus préoccupante encore est l'enquête ouverte en août par la Confédération Africaine de Football (CAF) sur des « comportements inappropriés présumés » et des soupçons de matchs truqués. Samuel Eto'o a nié avoir été interrogé par la CAF et a annoncé son intention de porter plainte contre l'instance continentale. Selon lui, la CAF a eu un « comportement inacceptable » en se lançant « beaucoup trop tôt dans un communiqué ». Les investigations de la CAF auraient bien avancé et pourraient entraîner sa suspension par la FIFA si les faits reprochés à M. Eto’o étaient avérés.
Décisions controversées et tensions internes
Depuis qu’il a succédé à Seidou Mbombo Njoya à la tête de la Fécafoot, l’ancien buteur des Lions indomptables, du FC Barcelone et de l’Inter Milan n’a pas tardé à se créer des ennemis. Ses vingt-six premiers mois de présidence ont été jalonnés d’affaires et de polémiques. A l’instar de nombreux Camerounais, l’ancien milieu de terrain des Lions indomptables reproche à son cadet un exercice du pouvoir trop solitaire. « Il a un ego surdimensionné, n’en fait qu’à sa tête, n’écoute personne et n’est pas bien conseillé. Résultat, on parle davantage des multiples affaires qui secouent la fédération que des avancées pour le football camerounais, qui sont assez peu nombreuses », souligne André Kana-Biyik. Samuel Eto’o a effectivement pris des décisions controversées.
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Parmi les décisions controversées prises par Samuel Eto'o, on peut citer la rupture du contrat avec l'équipementier français Le Coq sportif au profit de la marque américaine One All Sports, une affaire qui a été portée devant la justice. Il avait également signé à titre personnel un contrat avec 1xBet, une société de paris sportifs, avant que cinq semaines plus tard la fédération qu’il dirige fasse de même.
Les tensions récurrentes avec le ministre des sports, Narcisse Mouelle Kombi, et les internationaux André Onana ou Eric Maxim Choupo-Moting ont également marqué son mandat.
Soutiens et critiques
Malgré la succession d’affaires, les tensions récurrentes avec le ministre des sports Narcisse Mouelle Kombi, les internationaux André Onana ou Eric Maxim Choupo-Moting et la publication en décembre 2023 d’un livre à charge - L’Arnaque, écrit par Jean-Bruno Tagne, son ancien directeur de campagne -, Samuel Eto’o bénéficie encore de nombreux soutiens. Celui notamment du toujours très populaire Roger Milla, qui souhaite avant tout retenir « ce qui a été fait pour le football local, avec des championnats professionnels qui se déroulent de manière régulière, davantage de public dans les stades et l’amélioration du statut des joueurs, notamment au niveau du versement des salaires ». S’il admet avoir été en désaccord avec Samuel Eto’o « sur le ton qu’il a parfois employé avec les internationaux » et aurait souhaité qu’il « associe davantage d’anciens Lions à sa mission », celui qui fut la vedette de la Coupe du monde 1990 rappelle que le président de la Fécafoot « a réglé les problèmes de primes qui polluaient la vie de la sélection ».
Cependant, d'autres voix s'élèvent pour critiquer son style de leadership et son incapacité à instaurer une présidence sereine. André Kana-Biyik regrette que Samuel Eto’o ne permette pas « une présidence sereine » et « veut être à la fois président et sélectionneur ».
Reprise en main politique et avenir incertain
La Fécafoot, qui a officialisé le 28 février, la non-reconduction du contrat du sélectionneur Rigobert Song, laissera toutefois au chef de l’Etat Paul Biya et au ministre des sports le soin de désigner son successeur. Cette reprise en main politique ne surprend pas Claude Bekombo Jabea, auteur du livre L’Etat et l’équipe nationale de football au Cameroun. « C’est ainsi depuis très longtemps, précise-t-il. La fédération propose des noms et c’est l’Etat qui tranche. Le Cameroun est sans doute l’un des seuls pays au monde où la sélection est régie par décret présidentiel. »
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L'avenir de Samuel Eto'o à la tête de la FECAFOOT est incertain, d'autant plus que le ministre des Sports a réitéré sa demande de suspension du processus électoral, qu'il juge « entaché de diverses irrégularités » et « porteur de germes de tensions, de conflits et de divisions dans la grande famille du football camerounais ». La Fecafoot affirme sa détermination à respecter le calendrier électoral établi conformément aux statuts de l'Assemblée générale de 2023 et validés par la Fifa Et La Caf.
Suspicion de détournements de fonds
Depuis sa prise de fonction en tant que président de la fédération camerounaise de football, Samuel Eto’o est au coeur de plusieurs polémiques. La dernière en date concerne des suspicions de détournements de fonds. En octobre 2023, le Cameroun était devenu le premier pays non-asiatique à défier la Russie suspendue depuis la guerre en Ukraine. Sauf que la presse camerounaise avait révélé que la fédération russe avait payé pour ce match (jusqu’ici rien d’anormal) directement dans un compte qui n’était pas celui de la FECAFOOT. Des documents avaient ainsi fuité sur les réseaux sociaux où l’on pouvait clairement voir la preuve de virements sur un compte privé au Qatar. Devant cette polémique, la FECAFOOT avait rapidement réagi, confirmant avoir autorisé l’utilisation du compte personnel de Samuel Eto’o pour recevoir les fonds. L’instance du foot camerounais avait expliqué que cette décision était liée aux sanctions internationales imposées à la Russie. Avec les restrictions sur le système SWIFT, liées aux sanctions post-2014 (Crimée) et 2022 (Ukraine), un compte personnel au Qatar aurait été jugé plus sûr pour sécuriser le paiement, selon la FECAFOOT. Une explication qui ne convainc personne au pays puisque plusieurs médias dénoncent cette pratique et estiment que le président de la FECAFOOT n’a rien reversé à l’institution.
Conflit avec le Synafoc
Le conflit entre le président de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), Samuel Eto'o, et celui du Syndicat national des footballeurs camerounais (Synafoc), Geremie Njitap, continue de prendre de l'ampleur. Récemment, Njitap et son secrétaire général, Daniel Blaise Ngos, ont été suspendus, respectivement cinq et deux ans de toutes activités relatives au football, par la commission d'éthique de la Fecafoot pour une « violation des règles de conduite générale du code d'éthique » de la Fédération.
Selon des médias locaux, une altercation avait éclaté le 23 janvier 2024 dans le vestiaire camerounais entre Njitap, ancien latéral droit passé entre autres par le Real Madrid et Chelsea, et un proche de Samuel Eto'o après une victoire miraculeuse contre la Gambie (3-2), synonyme de qualification en huitièmes de finale de la CAN 2023. L'Union nationale des footballeurs professionnels (UNFP) a également réagi, ce dimanche par la plume de son président David Terrier. « L'UNFP et, en ma qualité de président, je peux ajouter la FIFPro Europe soutiennent sans réserve aucune le Synafoc, Geremie Njitap et Daniel Blaise Ngos, et s'insurgent contre une suspension injuste, politique, qui porte atteinte aux droits des footballeurs au Cameroun », a écrit celui qui a pris la succession de Philippe Piat à la tête de l'UNFP le 12 octobre dernier, en plus d'être président de la branche européenne du syndicat mondial des joueurs depuis mai 2023. « Le but de la Fecafoot, qui n'en est pas à son coup d'essai, est de priver les joueurs d'une représentation indépendante et c'est inacceptable, s'est ensuite insurgé Terrier. Le président de la Fédération camerounaise aurait-il oublié qu'il a été footballeur et qu'il soutenait alors le Synafoc, la FIFPro Afrique et la FIFPro ? »
La FECAFOOT : Historique et rôle
La Fédération camerounaise de football (FECAFOOT) est une association regroupant les clubs de football du Cameroun et organisant les compétitions nationales et les matchs internationaux de la sélection du Cameroun. La FECAFOOT, née sous l’appellation « La fédération nationale du Cameroun », est fondée en 1959.
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C’est après la guerre de 1914-1918 que furent créées à Douala par l’instituteur Charles Lalanne les premières équipes de football. Vers 1947 était fondée par le médecin-colonel Baudiment « La Fédération des Sports », qui organisera et réglementera les sports en vigueur à cette époque et particulièrement le football. Des ligues sont formées, en même temps que des contacts sont pris avec la Métropole, la France. C’est ainsi que le 26 février 1955 l’équipe de France amateurs vient jouer deux rencontres à Douala et Yaoundé. Déjà la passion du football s’étend dans le pays. La première Assemblée générale extraordinaire de la FECAFOOT se tient le 11 janvier 1959 à Yaoundé. La Ligue de football du Cameroun est dissoute. C’est la naissance de la Fédération Camerounaise de Football, placée sous le contrôle direct du vice-Premier ministre chargé de l’Education Nationale. Le premier Président de la FECAFOOT EST M. Ngankou Amos (1958-1960).
En 1961 a lieu l’élection d’un nouveau président de la FECAFOOT, M. Ibrahim Mbombo Njoya, qui restera en place jusqu’en 1964. De 1964 à 1968, le football camerounais verra le club de l’Oryx de Douala remporter la Coupe d’Afrique des Clubs Champion (en 1965). En 1968, René Essomba est élu à la tête de la FECAFOOT. L’équipe nationale participe à la phase finale de la CAN de 1970 à Khartoum au Soudan. Le Cameroun obtient l’organisation de la CAN 1972. Après 1972, M. Jean Zoa Amougou est nommé président de la FECAFOOT jusqu’en 1978, avant d’être remplacé par M. Gottlieb Titti, de 1978 à 1985. Le président suivant est M. Peter Ntamack Yana (1985-1986) et surtout M. Issa Hayatou, de 1986 à 1988, qui deviendra par la suite président de la Confédération Africaine de Football (CAF). Ensuite interviennent les nominations de M. Jean Nji Njikam par intérim(1988-1989), Albert Etotoke (1989-1990), Simon Njikam, Pascal Baylon Owona ( 1990-1993) et Maha Daher (1993-1996). L’élection de 1996 à l’issue de l’Assemblée générale extraordinaire voit la victoire de M. Vincent Onana. À la veille de la phase finale de la Coupe du monde en France en 1998 pour laquelle l’équipe nationale du Cameroun s’est qualifiée, celui-ci est accusé de fraude puis démis de ses fonctions. La FIFA met en place une Cellule Exécutive Provisoire (CEP), présidée par M. IYA Mohammed jusqu’au 11 avril 2000, date à laquelle une Assemblée générale extraordinaire élit ce fils de Garoua à la Présidence de la FECAFOOT. M. En juin 2013, Iya Mohammed est interpellé est mis sous mandat de dépôt. S’engage alors une longue période de querelles entre les acteurs, qui oblige la FIFA à intervenir. Elle met en place un Comité de normalisation, présidé par le Pr. Joseph Owona (2013 - 2015). Il organise les élections dont Tombi à Roko sort vainqueur. En septembre 2017, un deuxième Comité de normalisation est installé au siège de la FECAFOOT à Tsinga. Présidé par Me Dieudonné Happi, il est chargé de relire les textes et d’organiser de nouvelles élections.
Candidature à la réélection
Empêché de se représenter à la Fecafoot (Fédération camerounaise de football) par le ministère des Sports (Minsep), qui a ordonné, fin août, la suspension du processus électoral au motif d’irrégularités persistantes, Samuel Eto’o fait la sourde oreille. Le Caterpillar continue d'avancer. Ses deux frères, Etienne et David Eto’o, ont d’abord été élus dans les Ligues régionales du Sud-Ouest et du Littoral, fin octobre. Ce vendredi, la Fecafoot a annoncé que ses trois concurrents Kalgong Georges, Heumo Leudjeu Yianick ou encore Oumarou Moussa ont tous été recalés, notamment en raison de l'absence de parrainages.
Samuel Eto’o est candidat au poste de président de la Fédération Camerounaise de Football (FECAFOOT). Il s’agit de l’unique candidature retenue par la commission électorale de l’instance faîtière. Tout s’imbrique parfaitement pour la réélection de Samuel Eto’o, le 29 novembre prochain à Yaoundé, pour un second mandat. Sauf si la tenue de cette Assemblée générale élective venait à être empêchée ! Étant donné que toute interférence étatique est interdite par la FIFA.