Le rôle de pivot, autrefois le plus emblématique du basketball, a considérablement évolué. Autrefois synonyme de domination physique et de jeu près du panier, il est devenu une position où la polyvalence et les compétences techniques sont de plus en plus valorisées. Cet article explore l'évolution du rôle de pivot, les défis auxquels sont confrontés les joueurs américains et l'ascension des talents internationaux à ce poste.
Le Pivot Traditionnel : Un Rempart dans la Raquette
Traditionnellement, le pivot est le joueur le plus grand de l'équipe, évoluant principalement dans la raquette. En attaque, il opère en poste bas (dos au panier, près du cercle) ou en poste haut (face au panier, en tête de raquette), cherchant à exploiter son physique pour marquer près du panier ou créer des opportunités pour ses coéquipiers. On attend de lui qu'il "fasse un chantier" dans la raquette adverse. Les appuis et les feintes de corps poste bas sont ses outils principaux, mais il peut aussi utiliser son physique pour multiplier les pick'n'roll avec les arrières.
En défense, le pivot est l'âme défensive de l'équipe. Son rôle consiste à contrer les tirs, intimider les adversaires, protéger le cercle, prendre des rebonds et aider ses coéquipiers à en prendre (écrans de retard). Il utilise également son physique pour poser des écrans et libérer de l'espace pour ses partenaires. La raquette est son territoire, qu'il doit défendre avec acharnement.
Dans le basket traditionnel, les pivots tournent le dos au panier. Le ballon leur est passé et ils doivent alors bloquer un défenseur en tournant toujours le dos au panier avant de faire une passe ou de tirer. Ils essaient de faire un tir proche du panier en faisant des « mouvements au poste », des spins et des pivots près de la zone de défense basse. La taille d'un pivot rend ces mouvements au poste plus efficaces : s'il ou elle se tourne pour effectuer un tir en suspension court, la longueur de son corps crée plus de distance avec le défenseur, limitant le risque d'être bloqué. Et si le mouvement permet de se rapprocher du panier, il ou elle a moins de chance de se faire prendre le ballon par un autre « grand » en finissant un lay-up. Ces pivots sont des « grinders », selon Terri Mitchell. « Elle ne peut [peut-être] pas marquer des paniers en dehors de la ligne des lancers francs, mais elle peut récupérer 10 rebonds par match », raconte Terri Mitchell à propos des pivots traditionnelles.
L'Évolution du Rôle de Pivot : Vers la Polyvalence
À mesure que les joueurs étoffent leurs compétences et que les postes évoluent, on encourage les pivots à en faire plus, explique James Howard. Au lieu de rester proches du panier, de nombreux pivots sortent maintenant de la zone des trois points et tirent depuis de plus longues distances, ce qui n'était pas la norme auparavant. On leur demande également d'utiliser davantage leurs compétences de dribble. James Howard développe : « Avant, il fallait envoyer le ballon dans la zone et le pivot jouait dans la zone [peinte au sol à la base de la raquette]. Quand le pivot arrive à sortir de la raquette et à représenter encore une menace, il y a davantage d'espace ouvert au milieu du terrain, indique James Howard. Pour jouer au poste de pivot moderne, qui implique à la fois de rester proche du panier et de s'en éloigner tout en restant une menace, les joueurs doivent être agiles, athlétiques et solides mentalement, explique James Howard.
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Le pivot moderne doit donc posséder un ensemble de compétences plus large que son prédécesseur. Il doit être capable de :
- Tirer à trois points : Pour espacer le jeu et créer des opportunités pour ses coéquipiers.
- Dribbler : Pour attaquer le panier depuis l'extérieur et créer son propre tir.
- Passer : Pour trouver les joueurs ouverts et initier l'attaque.
- Être agile et athlétique : Pour défendre sur des joueurs plus petits et rapides.
- Être solide mentalement : Pour gérer la pression et prendre des décisions rapides.
La Domination Internationale : Un Changement de Garde
La saison 2022-2023 a marqué un tournant dans la domination des pivots en NBA, avec moins de la moitié des pivots titulaires étant américains. Des joueurs comme Nikola Jokic et Joel Embiid se sont partagé les trois derniers titres de MVP, tandis que le dernier pivot américain à avoir reçu cette récompense remonte à 2003 avec Tim Duncan.
En 2022-2023, les trois pivots membres des All-NBA Teams étaient étrangers. Nikola Jokic (trois fois), Joel Embiid (trois fois), Domantas Sabonis, Rudy Gobert et Karl-Anthony Towns ont accaparé toutes les places sur les trois dernières années. Sur les dix derniers titres de MVP, trois sont revenus à deux pivots étrangers (Jokic deux fois, et Embiid). Quant aux dix derniers titres de Défenseur de l’année, quatre ont été remportés par des pivots : deux Français (Gobert trois fois, et Noah).
Cette supériorité des joueurs étrangers est devenue manifeste, malgré leur représentation minoritaire (moins de 25 %) en NBA. En 2022-2023, ils occupaient 16 des 30 places de titulaires dans la ligue.
Les Défis des Pivots Américains : Un Système à Revoir
Parmi les meilleurs prospects au monde, les pivots se font de plus en plus rares. Une conséquence logique de l’évolution de la NBA, qui favorise aujourd’hui les extérieurs. Les grands doivent maintenant développer un bagage technique plus poussé pour impacter le jeu, et ceux qui y arrivent sont encore des exceptions. Ainsi, sur les cinq dernières cuvées de draft (2018 à 2022), sept joueurs sélectionnés dans le top 15 ont passé la majeure partie de leurs minutes au poste 5. Certains de ces intérieurs sont aujourd’hui en claire difficulté. James Wiseman, deuxième choix de la draft 2020, a encore tout à prouver à Detroit. Mo Bamba (6e en 2018) et Jaxson Hayes (8e en 2019) jouent pour moins de trois millions de dollars par saison. Le socle des pivots américains en NBA a du mal à se renouveler, contrairement aux autres postes.
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Plusieurs facteurs expliquent cette situation :
- Le système AAU (Amateur Athletic Union) : Priorise le divertissement et le développement d'un style spectaculaire au détriment des bases du rôle de pivot.
- La NCAA : Les intérieurs considérés comme « traditionnels » y sont particulièrement dominants, mais leur jeu est souvent inadapté à la NBA. Les trois derniers Joueurs de l’année dans le circuit universitaire étaient des pivots « à l’ancienne », qui passaient beaucoup de temps dans la raquette : Luka Garza (2021), Oscar Tshiebwe (2022) et Zach Edey (2023).
Une rupture s’est créée, et peu de pivots issus de la formation américaine possèdent les caractéristiques requises par les franchises chez les professionnels. Seuls quelques élus parviennent ainsi à sortir de cette dichotomie. Ce sont les joueurs qui combinent la taille d’un intérieur avec les qualités techniques d’un ailier - un genre de talent qui survit aux dérives de l’AAU et résiste aux codes de la NCAA. Et dans une ligue où la capacité à tirer à trois points et à manier le ballon est de plus en plus importante, ces profils sont particulièrement convoités.
L'Avantage des Pivots Étrangers : Une Formation Adaptée
Sur le vieux continent, les pivots « purs » occupent une place plus importante dans le jeu. Leur façon de jouer et l’absence de règle des trois secondes défensives, comme en NBA, incitent les clubs à développer les intérieurs. Pendant ce temps, les États-Unis cherchent la polyvalence. Le système américain favorisant d’autres profils, les opportunités sont de plus en plus nombreuses pour les pivots étrangers. Leur immersion précoce dans le milieu professionnel et la compréhension de leur rôle les prépare à saisir ces occasions.
En parallèle, la déchéance des intérieurs américains dans les compétitions internationales est inéluctable. Ils sont de plus en plus rares en NBA, où les big men, toutes origines confondues, perdent du terrain.
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