Le rugby aux Pays-Bas, bien que moins médiatisé que dans les nations majeures de ce sport, possède une histoire riche et des perspectives d'avenir intéressantes. Cet article explore les différentes facettes de cette histoire, des défis rencontrés aux espoirs placés dans le développement futur du rugby néerlandais.
Les origines et l'essor initial
Le rugby a été introduit aux Pays-Bas au début du 20ème siècle, principalement par des Sud-Africains (Afrikaans). La Fédération Nationale de Rugby existe depuis 1932.
Les études les plus poussées démontrent que l'ancêtre du rugby serait la soule, un sport pratiqué en France au Moyen-Âge. Si d'autres sports similaires étaient pratiqués en Europe à la même époque (le hurling, le knappan ou encore le calcio), ils se sont tous éteints à la fin du XVIIIème siècle. Le rugby est utilisé pour désigner un sport dans la première moitié du XIXème siècle. Il tire son nom de l'école de Rugby, une ville du comté de Warwickshire en Angleterre. Il dérive d'une firme de football pratiqué en ce lieu et dont les règles ont été édictées pour la première fois en 1846. C'est cependant quelques années plus tard, en 1863, dans le Rugby School Rules que le rugby se sépare définitivement du football avec la création de la Rugby Football Union, en 1871. Une fois le sport délimité et ses règles écrites, il s'est lentement exporté à travers le monde, prenant par ci par là des coutumes locales et donnant naissance à des variantes telles que le football américain, le football galénique ou encore le football canadien.
Un développement freiné par des obstacles structurels
Malgré une passion locale indéniable, le rugby néerlandais a longtemps été confronté à des obstacles structurels qui ont freiné son développement. Mats Marcker, ancien joueur de l'équipe nationale avec 85 sélections, exprime sa frustration de n'avoir jamais pu participer à une Coupe du Monde, un sentiment partagé par de nombreux amoureux du rugby aux Pays-Bas.
L'un des principaux problèmes soulevés est le manque de soutien de World Rugby, la fédération internationale, qui selon Marcker, se concentre principalement sur les Six Nations et le Rugby Championship de l'hémisphère sud. Il estime que ce manque d'intérêt pour les "petites nations" comme les Pays-Bas (26e rang mondial) est dommageable, car il les empêche de construire leur propre culture de jeu et de rivaliser avec les grandes nations.
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Pour Mats, l’erreur première de World Rugby est d’avoir institué un classement mondial qui maintient les équipes de niveau inférieur sur des marges de progressions limitées. « Ce qui fait que, lors de cette Coupe du Monde, les favoris seront encore la Nouvelle-Zélande et l’Afrique du Sud. »
L'exode des talents néerlandais
Face à ces difficultés, de nombreux joueurs néerlandais talentueux choisissent d'émigrer vers des pays où le rugby est plus développé, tels que la Nouvelle-Zélande, l'Australie ou la France. Si cette expatriation permet à ces joueurs de progresser et d'atteindre un niveau professionnel, elle prive également les Pays-Bas de leurs meilleurs éléments, affaiblissant ainsi l'équipe nationale.
Parmi ces joueurs, on peut citer Fabian Holland, qui a intégré la franchise des Highlanders en Nouvelle-Zélande avant d'être sélectionné dans l'équipe des All Blacks, ou encore Nick Abendanon (Angleterre) et Tim Visser (Écosse), tous deux originaires des Pays-Bas. Plus récemment, l’équipe d’Aurillac (ProD2) a recruté Tim de Jong.
La professionnalisation, un enjeu crucial
Aujourd'hui, pour être compétitif au niveau international, il est indispensable d'être professionnel et de consacrer son temps plein au rugby. Or, les Pays-Bas ne possèdent pas cette possibilité, ce qui les désavantage considérablement par rapport aux nations où le rugby est professionnalisé.
Mats Marcker souligne que si le rugby veut devenir un sport global, il est impératif de résoudre ce problème de professionnalisation, sous peine de voir les petites nations continuer à fournir des joueurs aux équipes des pays du Commonwealth, à la France ou à la Nouvelle-Zélande.
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Des solutions pour l'avenir
Malgré ces défis, Mats Marcker et d'autres acteurs du rugby néerlandais restent optimistes quant à l'avenir de ce sport aux Pays-Bas. Ils proposent plusieurs solutions pour favoriser son développement, notamment :
Créer un "Mondial B" : Cette compétition permettrait aux équipes qui n'ont aucune chance de gagner la Coupe du Monde de s'affronter dans un tournoi plus équilibré, avec à la clé une qualification pour le Mondial A pour les meilleures équipes.
Financer la formation des entraîneurs néerlandais : Plutôt que de recourir à des entraîneurs étrangers, il serait plus judicieux d'investir dans la formation des entraîneurs locaux, afin de bâtir un style de jeu propre aux Pays-Bas.
Mats s’exprime au nom des joueurs qui caressent l’espoir de faire progresser eux-mêmes le rugby chez eux, et non de seulement mettre à disposition des joueurs talentueux au bénéfice d’autres nations. « J’espère que World Rugby comprendra que d’autres bonnes équipes ont le droit de s’exprimer. Le Chili, l’Uruguay, l’Espagne, les Pays-Bas, doivent parler d’une seule voix pour se faire entendre parce que je pense qu’ils se foutent de nous. »
Un regain d'intérêt et des résultats encourageants
Ces dernières années, le rugby néerlandais a connu un regain d'intérêt, avec une augmentation significative du nombre de licenciés. De 7000, nous sommes passés à 14 000 licenciés. Des efforts ont également été déployés pour restructurer les Académies Régionales, les catégories jeunes, les équipes nationales et créer le Centre National d'Entraînement en harmonie avec le programme olympique à 7 féminin.
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L'équipe nationale est qualifiée pour les 6 Nations C avec le Portugal, la Suisse, la République Tchèque, la Pologne et la Moldavie. L'équipe nationale vient d'enchaîner deux beaux succès en Moldavie, puis en Suisse. PM : Dans les deux cas, c'était la première fois de l'histoire de la fédération que nous gagnons ces équipes à l'extérieur.
L'importance des joueurs évoluant à l'étranger
La présence de joueurs néerlandais évoluant dans des championnats étrangers, notamment en France, est un atout pour l'équipe nationale. Ils sont trois dans le groupe des 33 sélectionnés pour préparer le match du Portugal : Kevin Krieger (Montpellier Espoirs), David Weersma (Graulhet), et Reinier Pieters (Vichy). Mais il y en a d’autres qui sont au centre de formation de Montpellier, à Narbonne, et en Fédérale. Des joueurs comme Zeno Kieft seraient en effet des atouts majeurs pour nous, mais leurs obligations professionnelles et la difficulté de mise à disposition pour des nations mineures restent encore un frein pour pouvoir compter sur ces joueurs.
L'optimisme pour l'avenir
Malgré les défis persistants, Emmanuel Peyrezabes et Pierre Mounal, respectivement responsable de la préparation physique et interne à la Fédération, se montrent optimistes quant au développement du rugby aux Pays-Bas. Ils soulignent l'évolution en termes de licenciés, de résultats sportifs et de mentalité, ainsi que la motivation des joueurs et la bonne coopération entre les clubs, les académies et la fédération.
L'apport financier d'un partenaire pourrait permettre de basculer réellement sur un projet d'envergure concret et ambitieux.