Millwall Football Club, souvent perçu comme l'un des clubs les plus détestés de Londres et même du pays, traîne derrière lui une réputation sulfureuse, forgée par des décennies d'incidents et de comportements controversés de ses supporters. Cependant, derrière cette image se cache une histoire riche et complexe, faite de fierté, de passion et d'un attachement indéfectible à un quartier et à une identité.
Les origines d'une réputation sulfureuse
La réputation de Millwall est intimement liée à son passé de club de dockers, basé dans l'East End de Londres, un quartier décrit par Charles Dickens comme "pauvre, répugnant de saleté, de pourritures et d'ordures". Cette identité ouvrière et la fierté d'appartenance qui en découle ont contribué à forger un esprit de défi et une propension à la confrontation.
Les supporters de Millwall, souvent issus des classes populaires, ont longtemps été perçus comme des "cinglés", selon les termes de John King dans son roman "Football Factory". Cette réputation s'est construite au fil des ans, alimentée par des incidents de hooliganisme et des affrontements avec d'autres supporters.
Les Millwall Bushwackers et les années sombres du hooliganisme
Le nom des Millwall Bushwackers, le groupe de hooligans le plus tristement célèbre du club, est associé à certains des épisodes les plus violents de l'histoire du football anglais. Accusés d'être proches du National Front, ils ont repris une tradition née en 1906, d'une bagarre monstrueuse entre dockers, Millwall contre West Ham. L'émeute de Kenilworth Road, à Luton, en 1985, reste un symbole de cette époque sombre, avec 81 blessés, dont 31 policiers, et des scènes de chaos qui ont marqué les esprits.
D'autres incidents, tels que les émeutes à Birmingham en 2002 et les affrontements avec les supporters de West Ham en 2009, ont contribué à entretenir la réputation de Millwall comme un club à part, associé à la violence et au hooliganisme.
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L'évolution du club et de ses supporters
Malgré ce passé tumultueux, Millwall a connu des moments de gloire sur le terrain, notamment lors de ses deux saisons en Premier League, en 1988-1989 et 1989-1990. Cependant, ces succès sont restés rares, et le club a souvent oscillé entre les divisions inférieures du football anglais.
L'évolution de la société et les mesures de répression mises en place par les autorités ont contribué à atténuer le phénomène du hooliganisme à Millwall. Les supporters historiques des années 1990 ont vieilli, la surveillance vidéo s'est intensifiée, et l'atmosphère au stade a changé.
Aujourd'hui, le New Den, le stade actuel de Millwall, offre une expérience plus sûre et plus familiale. Si le chant "No one likes us, we don't care!" résonne toujours dans les tribunes, il est davantage perçu comme une expression de fierté et d'identité que comme une provocation.
Millwall aujourd'hui: entre tradition et modernité
L'image de Millwall évolue lentement, grâce notamment au travail de personnes comme Jérôme Favre, un photographe français qui a passé des années à documenter la vie des supporters et à montrer une facette plus humaine du club.
"J'habite dans le quartier", explique Jérôme Favre. "Il m'a fallu du temps, parce que les gars sont méfiants, ici, ils pensent toujours, quand on les prend en photo, qu'on est de la police. Dans les années Thatcher, il y avait tellement de policiers infiltrés chez les hooligans que cette paranoïa est restée. Je pense que c'est seulement dangereux si on le fait sans demander. Les premières fois, au stade, avec deux appareils et mon accent français, cela a été difficile. Cela m'a pris trois ans, avec le Covid. J'ai vu des bagarres organisées, bien sûr, mais plutôt loin du stade. Au Den, on sent presque un club familial."
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Millwall reste un club à part, avec une identité forte et un public fidèle. Si le passé ne peut être effacé, le club s'efforce de construire un avenir plus positif, en s'appuyant sur ses valeurs et en cherchant à se connecter avec sa communauté.
Anecdotes et faits marquants
- En 2020, lors de la réouverture des tribunes en Premier League après la pandémie de Covid-19, 2 000 fans de Millwall ont sifflé leurs propres joueurs qui mettaient un genou à terre par solidarité pour le mouvement Black Lives Matter.
- En 1978, après une visite avec Ipswich au Den, Bobby Robson avait déclaré : "La police aurait dû tourner ses lance-flammes contre ces types."
- En 2015, après la relégation du club en League One, le propriétaire, John Berylson, a rendu hommage à Alan Dunne, un joueur emblématique du club, en déclarant : "C’est toujours triste quand un membre de votre famille, qui a vécu avec vous pendant de longues années, quitte la maison. Il a écrit un long chapitre de l’histoire du club et il sait que la porte lui sera toujours ouverte."
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