L’Italie et l’Argentine, deux nations emblématiques du football, ont tissé au fil des ans une histoire riche en moments mémorables. Ces rencontres, souvent chargées d'émotion, reflètent les liens culturels profonds entre les deux pays, où un Argentin sur deux a des origines italiennes. Ils ont fait la légende des compétitions internationales, déchaîné les passions et rythmé les règnes. Chaque mois, on évoque l’un des grands duels à répétition de l’histoire du football.
Les débuts d'une rivalité amicale
L’histoire entre la Nazionale et l’Albiceleste débute lors d’un match amical disputé en décembre 1954 à Rome. La Nazionale l’emporte 2-0, marquant le début d'une longue série de confrontations. La revanche se joue 18 mois plus tard en Argentine avec la victoire cette fois de l’Albiceleste. Ce sera la seule avant près d’un demi-siècle ! D'autres amicaux ponctués par de larges victoires de la Nazionale - 4-1 et 3-0 - s'enchaînent, dont la première avec un doublé de l'italo-argentin Omar Sivori. Entre temps, l’Argentine a connu sa première victoire dans cette confrontation, elle a lieu le 24 juin 1956. Ce n’est qu’en 1954 que ces deux nations s’affrontent pour la première fois à l’occasion d’un amical organisé en décembre.
Les confrontations en Coupe du Monde : une série de duels épiques
C'est en 1974 qu'intervient la première rencontre officielle. S'il a fallu attendre longtemps, ces deux nations vont se retrouver à chaque Coupe du Monde jusqu'en 1990, soit cinq éditions d'affilée !
Coupe du Monde 1974 : Un match nul qui n'arrange personne
Le 19 juin 1974, les 70 000 spectateurs du Neckarstadion de Stuttgart assistent au premier Italie-Argentine en match officiel, qui s’achève sur un match nul 1-1 qui n’arrange aucune des deux formations. L’Italie égalise grâce à une mauvaise intervention et un autogol d’El Mariscal Perfumo avant la mi-temps. Finalement vaincue par la Pologne (2-1), l’Italie est éliminée et les règlements de comptes peuvent débuter. Ce jour-là, l’Italie affronte ce qu’il reste d’influence britannique dans le football argentin et à la 20e minute, la connexion de los ingleses de Huracán se met en action : Carlos Babington lance Houseman en profondeur, il échappe à Capello, devance Burgnich et trompe Zoff d’un tir lobé. L’Albiceleste mène 1-0, El Loco court vers le banc argentin, les bras levés, guidé par une joie simple, à son image. René n’a même pas 21 ans et il est déjà à son zénith. Ce premier Italie-Argentine en match officiel s’achève sur un match nul 1-1 qui n’arrange aucune des deux formations.
Coupe du Monde 1978 : La victoire italienne en phase de groupes
Le 10 juin 1978, à Buenos Aires, l’Italie et l’Argentine se disputent la suprématie du Groupe 1. Convaincante jusqu’alors, l’Italie a déjà fait oublier le désastre de 1974 et il ne vient pas à l’idée d’Il Vecchio Bearzot de chambouler un équilibre qu’il a mis tant de temps à trouver. Il assume la prise de pouvoir des Juventini (ils sont huit à débuter le match contre l’Argentine) et renouvelle sa confiance aux juvéniles Antonio Cabrini et Paolo Rossi. Un but de Roberto Bettega renforce ces doutes qui pointent. L’Italie s’impose et remporte son groupe filant vers un groupe 100% européen, l’Argentine deuxième se retrouve dans le groupe du Brésil, de la Pologne et du Pérou. Mais si elle continue à ne pas réussir à prendre le meilleur sur le rival azzurri, elle prend de nouveau sa revanche sur le sort en allant décrocher le titre.
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Coupe du Monde 1982 : L'Italie prend le dessus
En 1982, les deux nations s’affrontent lors de la deuxième phase et l’Italie s’impose 2-1. Que retenir de ce match entre équipes moribondes pendant le premier tour ? Ce 29 juin 1982, l’arbitre a choisi son camp, laissant Diego seul face à Gentile. Mais le plus étonnant, c’est sa solitude au sein même de l’Albiceleste. A chaque agression de Gentile, il se relève sans qu’aucun équipier ne vienne menacer ou intimider l’Italien. Pas d’attroupement, pas d’échauffourée, rien qui ne puisse troubler l’œuvre destructrice de Gentile. Abandonné à son propre sort, Diego mesure probablement à quel point cette équipe est celle de Daniel Passarella, El Gran Capitán de 1978.
Coupe du Monde 1986 : Un match nul en phase de poule
En 1986, elles se séparent 1-1 en phase de poule. Cette opposition n’est pas la plus savoureuse de cette série. Spillo Altobelli, affuté et débarrassé de Rossi, ouvre le score sur un pénalty offert par le théâtral arbitre néerlandais Jan Keizer, Maradona égalise d’une caresse face à Giovanni Galli et le score n’évolue plus malgré plusieurs occasions argentines et une frappe sur le poteau de Bruno Conti. Qualifiées pour les huitièmes de finale, l’Italie tombe sans gloire face à la maîtrise française alors que l’Argentine s’arrache contre le voisin uruguayen.
Coupe du Monde 1990 : La demi-finale de Naples et la désillusion italienne
Nous arrivons à la dernière en date, la fameuse demi-finale du Mondiale 1990 se disputant à Naples, le peuple napolitain partagé entre son idole Maradona et la Nazionale de Schillaci. L’Italie encaisse son premier but de la compétition sur la seule bourde de Zenga, 1-1 après 120 minutes de jeu. Ce sera une élimination aux tirs aux buts, Donadoni et Serena se faisant stopper leur pénalty par Goycochea.
Le contexte particulier de Naples
Lors de cette Coupe du monde italienne, tous les stades sont contre l’Argentine. Mais le stadio San Paolo n’est pas un stade comme les autres. Car depuis 1984, Maradona en a fait son stade, sa demeure. Et le numéro 10 n’hésite pas à le rappeler à tous, juste avant le début de la rencontre, histoire de semer le trouble. Un message qu’il faut tout de même décrypter. Naples est une ville du Sud de l’Italie. Or, on le sait, en Italie, les relations entre le Nord du pays et le Sud ne sont pas toujours excellentes. Pour faire concis (et un peu réducteur), les gens du Nord sont les riches, la clase sociale supérieure, tandis que ceux du Sud sont les pauvres, souvent traités de « paysans ». Au cours de ses années à Naples, Maradona a vite assimilé cette différenciation. Il s’est posé en porte-étendard de Naples, et les Napolitains lui sont reconnaissants pour avoir emmené le Napoli au sommet de l’Italie, faisant ainsi la part-belle aux grandes puissances du Nord.
Le match et la séance de tirs au but
L’Italie ouvre rapidement le score par l’inévitable Schillaci. La rencontre est intense, beaucoup de contacts, pas mal de fautes. Finalement, à la 67e minute, l’Argentine brise l’invincibilité de Walter Zenga, et parvient à égaliser par Claudio Caniggia. 1-1. Prolongations. L’Argentine se retrouve à 10 après l’expulsion de Giusti, mais tient bon. L’Italie ne parvient pas à faire sauter le verrou, et il faut s’en remettre à la loterie des tirs au but. Baresi, Baggio et De Agostini ne flanchent pas côté italien, Serrizuela, Burruchaga et Olarticoechea non plus. 3-3 après trois tirs. Donadoni s’élance mais Goycoechea, le portier argentin, détourne magnifiquement la tentative. Le quatrième tireur argentin s’avance. C’est Diego Maradona. Un sentiment inexplicable s’empare de la Curva napolitaine. Depuis six ans, ils vouent un culte sans faille à ce joueur. Ce même joueur qui a désormais l’occasion d’éliminer l’Italie. Des sifflets presque incontrôlées arrivent des tribunes. Mais l’émotion ne submerge pas Diego, qui ajuste Zenga sans trembler. 4-3. Serena n’a pas les nerfs solides, et rate le dernier tir au but italien. L’Argentine est en finale. Les Italiens sont dévastés, le stade est quasiment muet. Maradona, lui, est en transe. Chez lui.
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Tableau des confrontations en Coupe du Monde
| Année | Tour | Résultat |
|---|---|---|
| 1974 | Phase de groupes | Italie 1 - 1 Argentine |
| 1978 | Phase de groupes | Italie 1 - 0 Argentine |
| 1982 | Deuxième phase | Italie 2 - 1 Argentine |
| 1986 | Phase de groupes | Italie 1 - 1 Argentine |
| 1990 | Demi-finale | Italie 1 - 1 Argentine (tab 3-4) |
Maradona : L'icône argentine face à la Nazionale
Trois amicaux s’intercalent entre ces chocs, Maradona aura affronté pas moins de 6 fois la Nazionale de 1979 à 1990, sans jamais l’emporter. A chaque agression de Gentile, il se relève sans qu’aucun équipier ne vienne menacer ou intimider l’Italien. Abandonné à son propre sort, Diego mesure probablement à quel point cette équipe est celle de Daniel Passarella, El Gran Capitán de 1978. Tardelli et Rossi n’ont plus grand chose à offrir, Gentile n’est plus là alors qu’à 26 ans, Maradona ne porte pas encore le poids du temps et des excès. Enzo Bearzot résume ce à quoi il est confronté d’une phrase : « il n’y a que 81 problèmes à résoudre avec Maradona » (pourquoi 81 ?). Maradona, Maradona, Maradona… El Pibe est au centre de toutes les attentions et ses bons débuts face à la Corée du Sud (3-1) ne font que renforcer l’attente vis-à-vis du crack mondial au moment où déclinent Platini et Zico.
Le contexte culturel et social : des liens profonds entre les deux nations
Durant cinq Coupes du monde consécutives, de 1974 à 1990, l’Italie et l’Argentine s’opposent dans des querelles familiales, entre équipes où les Italiens sont dans les deux camps, il suffit de prendre connaissance des noms inscrits sur les feuilles de match pour s’en rendre compte. L’Albiceleste doit beaucoup aux immigrés italiens, la Nazionale doit beaucoup aux Oriundi argentins. Dans la tribune d’honneur du Monumental, toute la clique est là, généraux et amiraux, ministres et ambassadeurs, sommités de la société civile dont les intérêts sont étroitement chevillés aux choix politiques de la junte. Autour d’eux, 70 000 hinchas oublient quelques instants la réalité du pays, l’inflation galopante et la répression des opposants. Schillaci est un migrant parmi d’autres, un mezzogiornista parti chercher fortune au Nord, flux séculaire, chair fraîche destinée à satisfaire l’appétit de main d’œuvre de l’ogre Agnelli, que ce soit à la Fiat ou à la Juventus. Animal grégaire et lâche, la foule insulte, bafoue, méprise les Italo-descendants sud-américains.
Les rencontres récentes
Pour la première édition de la toute nouvelle compétition créée par la CONMEBOL et l’UEFA, Italie et Argentine s’affrontent à Wembley. Les deux formations se sont en effet affrontées à quinze reprises, cinq fois seulement en compétitions officielles. L’Italie s’impose (2-0), elle en fait de même lors de deux des trois amicaux qui suivent, celui de juin 1961 (victoire 4-1) et celui de juin 1966 (victoire 3-0).
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