Le monde du rugby est un univers riche en traditions, en passions et en identités. Des chants entonnés avec ferveur aux symboles arborés fièrement, chaque élément contribue à forger un sentiment d'appartenance et de fierté. Cet article explore les multiples facettes de l'identité dans le rugby, en mettant en lumière l'histoire du sport, les hymnes emblématiques et les joueurs qui transcendent les frontières.
Les Racines du Rugby: Une Histoire d'Audace et d'Innovation
L'histoire du rugby est intimement liée à une petite ville du centre de l'Angleterre nommée Rugby. C'est ici, plus précisément à la Rugby School, un établissement d'enseignement prestigieux fondé en 1567, que le rugby moderne a vu le jour. La légende raconte qu'en 1823, un jeune élève de 17 ans nommé William Webb Ellis, lors d'un match de football, prit le ballon dans ses bras et courut à travers le terrain pour l'aplatir dans l'en-but adverse. Ce geste audacieux, bien qu'interdit dans les règles du football de l'époque, est considéré comme l'acte fondateur du rugby.
Bien qu'il n'existe aucune preuve tangible de cet événement, la légende de William Webb Ellis a perduré, et son nom est aujourd'hui associé au trophée remis à l'équipe victorieuse de la Coupe du monde de rugby: la Coupe William Webb Ellis. Ironiquement, le jeune Will est devenu pasteur plus tard dans sa vie.
Cette anecdote est souvent interprétée comme l'origine de la perception du rugby comme un sport de rébellion, un jeu où l'audace et l'esprit d'initiative sont valorisés. Cette vision est magnifiquement résumée dans la célèbre réplique du film Invictus : « Le football est un sport de gentlemen pratiqué par des voyous et le rugby est un sport de voyous pratiqué par des gentlemen ».
Les Hymnes du Rugby: Des Chants d'Appartenance et de Fierté
Les hymnes nationaux occupent une place centrale dans le monde du rugby. Ils sont bien plus que de simples morceaux de musique ; ils sont des symboles d'identité, d'histoire et de valeurs partagées. Avant chaque match international, les joueurs et les supporters entonnent avec ferveur leurs hymnes respectifs, créant une atmosphère chargée d'émotion et de passion.
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Flower of Scotland: L'Hymne Officieux de l'Écosse
« Flower of Scotland » est l'hymne national officieux de l'Écosse. Son histoire est intimement liée à la rivalité historique entre l'Écosse et l'Angleterre. En 1990, lassé de devoir se contenter du « God Save the Queen », l'équipe écossaise de rugby décide d'adopter ce chant populaire comme hymne.
Vern Cotter, ancien sélectionneur de l'Écosse, explique que ce chant raconte la victoire écossaise dans la bataille de Bannockburn en 1314, un événement fondamental de l'histoire du pays. Les paroles évoquent l'exploit de Robert Bruce, roi d'Écosse, qui a chassé l'envahisseur anglais de son territoire. Bien que la chanson ne date que de 1967, elle est devenue un symbole de fierté nationale et d'identité écossaise.
Swing Low Sweet Chariot: Un Chant Gospel Devenu Hymne Anglais
« Swing Low, Sweet Chariot » est un chant gospel afro-américain du XIXe siècle qui est devenu l'hymne officieux de l'équipe d'Angleterre de rugby. Son adoption est survenue en 1988, lors d'un match contre l'Irlande à Twickenham. Alors que l'Angleterre était menée à la mi-temps, l'ailier Chris Oti a marqué trois essais, et les supporters ont commencé à chanter « Swing Low, Sweet Chariot » en son honneur.
Depuis, ce chant est devenu un symbole de ralliement pour les supporters anglais, et il est entonné avec ferveur à chaque match de l'équipe nationale.
Waltzing Matilda: L'Hymne Non-Officiel de l'Australie
En Australie, bien que « Advance Australia Fair » soit l’hymne officiel, de nombreux Australiens préfèrent « Waltzing Matilda », une chanson folklorique australienne. Cette chanson raconte l’histoire d’un vagabond qui vole un mouton et préfère se noyer plutôt que de se rendre à la police. Elle a été utilisée pour la première fois comme hymne sportif lors d’un match de rugby en 1976 et est depuis devenue un symbole populaire de l’identité australienne.
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Le Haka: Une Danse Guerrière Néo-Zélandaise
Le Haka est une danse traditionnelle maorie que les joueurs de l'équipe de Nouvelle-Zélande de rugby, les All Blacks, exécutent avant chaque match. Il existe différents types de Haka, le plus connu étant le « Ka Mate ». Cette danse est un moyen d'exprimer la joie, la colère, la vengeance, ou encore d'implorer les dieux avant la bataille.
Le Haka est devenu un symbole emblématique du rugby néo-zélandais, et il est reconnu dans le monde entier pour son intensité et sa puissance.
Hen Wlad Fy Nhadau: L'Hymne Gallois
Hen Wlad Fy Nhadau, qui signifie « Pays de mes ancêtres » en gallois, est l’hymne national du Pays de Galles. Il est chanté avec passion par les supporters gallois avant, pendant et après les matchs de rugby. Les paroles évoquent l’amour du pays, de sa langue et de sa culture.
Amhrán na bhFiann: L'Hymne Irlandais
« Amhrán na bhFiann » (la Chanson du Soldat) est l’hymne national de la République d’Irlande. Cependant, en raison de la division politique de l’île d’Irlande, l’équipe de rugby irlandaise utilise également « Ireland’s Call », un hymne spécifiquement conçu pour représenter l’ensemble de l’île, unissant ainsi les joueurs des deux nationalités différentes.
Les Joueurs et les Identités Multiples: Un Melting-Pot sur le Terrain
Le monde du rugby est de plus en plus marqué par la mobilité des joueurs, qui évoluent souvent dans des pays différents de leur pays d'origine. Cette situation soulève des questions complexes sur l'identité et l'appartenance.
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Depuis le 1er janvier 2022, World Rugby a assoupli les règles de sélection, permettant à un joueur de changer de nationalité sportive s'il n'a plus été sélectionné dans son équipe nationale d'origine depuis 36 mois, ou s'il est né dans le pays pour lequel il souhaite jouer, ou s'il a un parent ou un grand-parent né dans ce pays.
Cette évolution a conduit à une augmentation du nombre de joueurs évoluant pour des pays autres que leur pays de naissance. Par exemple, lors d'une Coupe du monde récente, 19 % des joueurs n'évoluaient pas pour leur pays d'origine. Parmi eux, de nombreux Néo-Zélandais, qui n'ont pas eu l'opportunité de jouer pour les All Blacks, ont choisi de rejoindre d'autres nations, notamment celles du Pacifique.
Perry Freshwater, un Néo-Zélandais qui a joué pour l'Angleterre lors de la Coupe du monde 2007, témoigne de la complexité de cette situation : "Non, je ne me sens pas du tout Anglais. Ça a été vraiment bizarre de porter la Rose sur le torse".
Malgré ces défis identitaires, le rugby peut également être un vecteur d'intégration et de cohésion sociale. Ben White, un joueur écossais, souligne que peu importe l'origine des joueurs, chacun apporte sa propre idée et sa propre personnalité, et tout le monde adhère à la culture de l'équipe.