La rivalité entre la France et le Portugal a tissé une histoire riche en émotions, en rebondissements et en moments de gloire, tant pour les Bleus que pour la Seleção. Des confrontations mémorables ont marqué les compétitions européennes et mondiales, laissant des souvenirs indélébiles dans le cœur des supporters.
Genèse d'une Rivalité (1926-1978)
Les premiers chapitres de cette saga footballistique remontent aux années 1920. La France domine largement les premières rencontres amicales, avec des victoires éclatantes. Cependant, le Portugal montre des signes de progrès dans les années 1940 et 1950, avec des matchs plus disputés. Ces premières confrontations posent les jalons d'une rivalité qui prendra une dimension épique à partir des années 1980. Jusqu’en 1978, il n’y a plus de match : 11 fois sur 15, l’équipe de France l’a emporté.
L'Ère Hidalgo et Platini (1983-1984)
Dès la période Hidalgo, tout change dans l’histoire des France-Portugal. Pour affronter la sélection portugaise, Michel Hidalgo doit faire face au forfait de ses trois milieux habituels (Bathenay, Guillou et Platini) et plus de Marius Trésor, alors que Christian Lopez se blessa en début de seconde période, Max Bossis le remplaçant comme libéro. Pour autant, le milieu Michel-Sahnoun-Giresse est loin d’être ridicule. Et l’attaque Baronchelli-Berdoll-Six pouvait s’amuser avec la défense portugaise et un Manuel Bento catastrophique dans les cages, alors qu’il sera si brillant six ans plus tard à l’Euro. Deux buts de Baronchelli (9e) et Berdoll (40e) enlevèrent tout intérêt à la deuxième mi-temps.
Cinq ans plus tard, c’est à Guimaraes que les Bleus retrouvent les Portugais entre le Mundial espagnol et l’Euro français. A ce moment-là, il n’y a pas photo entre les deux équipes, et Michel Platini s’amuse avec l’alignement plutôt fantaisiste de la défense centrale lusitanienne. A la 7e minute, il lance Stopyra qui ouvre le score. Moins d’une minute après, depuis le rond central, il propulse Ferreri vers la cage pour le deuxième but. A noter que c’est lors de ce match que l’on verra brièvement, en deuxième mi-temps, le deuxième carré magique en action lorsque Tigana remplaça Ferreri et joua avec Platini, Fernandez et Giresse pendant 12 minutes.
L'Euro 1984, organisé en France, marque un tournant. En demi-finale, les Bleus et les Lusitaniens se livrent une bataille mémorable à Marseille. Jean-François Domergue ouvre le score pour la France, mais Jordão égalise et donne l'avantage au Portugal en prolongation. Domergue égalise à nouveau, avant que Michel Platini n'offre la victoire aux Bleus à la 119e minute. Ce match épique propulse la France vers son premier titre majeur. Le 23 juin 1984 à Marseille, le Portugal veut sa revanche. Et, accessoirement, une place en finale de l’Euro. L’équipe menée par Pacheco et Chalana est autrement plus forte que ses devancières. Mais en face, les Bleus sont encore plus forts, et après le coup de canon de Jean-François Domergue sur coup-franc, les Portugais sont à la limite de la rupture. En deuxième mi-temps, les occasions françaises pleuvent mais il y a toujours un pied, une barre ou la main de Bento pour sortir le ballon. Arrive la prolongation, les Portugais jouent de mieux en mieux et prennent même l’avantage sur un rebond chanceux avec encore Chalana au centre et Jordao à la réalisation. Le match atteint des sommets d’émotion et de courage. Les Bleus se découvrent, prennent tous les risques et frôlent le KO quand Chalana, encore lui, part en contre, sert Nene en profondeur, mais ce dernier bute sur Bats bien sorti. Il reste un quart d’heure à jouer et le match vient de basculer. Il reste six minutes à jouer. La séance de tirs au but se profile, mais les Bleus n’en veulent pas. Ils croient marquer par Bellone mais Bento sauve, semble-t-il, derrière sa ligne. Le but n’est pas accordé. Il reste une minute. Tigana tente une percée, se fait contrer, arrache le ballon dans les pieds adverses, s’enfonce dans la surface et délivre un amour de centre en retrait pour Platini. Le ballon arrive un peu derrière le pied d’appui, Platini prend le temps de contrôler, puis il frappe fort au milieu de la cage.
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L'Ère Zidane (1996-2006)
Il faudra attendre douze ans pour que les Portugais croisent à nouveau la route des Bleus. Ce sera en janvier 1996 au Parc, et l’affaire est plutôt mal engagée pour les hommes d’Aimé Jacquet, menés deux fois avant la mi-temps sur des buts de Fernando Couto et Rui Costa, Djorkaeff ayant égalisé. Ce sera beaucoup plus facile en janvier 1997 à Braga, avec Ibrahim Ba et Robert Pires associés au milieu Deschamps-Karembeu-Zidane, Dugarry évoluant en pointe. C’est Deschamps qui ouvre le score en début de rencontre, et Ba qui double la mise à l’heure de jeu au terme d’une action solitaire menée depuis le rond central. Pour sa première sélection, le milieu bordelais marque les esprits.
La génération de Zinedine Zidane perpétue la domination française. À l'Euro 2000, les deux équipes se retrouvent en demi-finale. Nuno Gomes ouvre le score pour le Portugal, mais Thierry Henry égalise. En prolongation, un penalty controversé, consécutif à une main d'Abel Xavier, offre à Zidane l'occasion de marquer le but en or, synonyme de qualification pour la finale. Le 29 juin 2000, les coéquipiers de Luis Figo en sont convaincus : ce coup-ci, ils tiennent leur revanche de 1984, toujours en demi-finale de l’Euro. Et ils y croient encore plus quand, sur une balle perdue par Deschamps plein axe, Nuno Gomes ne laisse aucune chance à Barthez (0-1, 19e). Les Bleus souffrent, plient, mais tiennent bon. Et égalisent juste après la mi-temps par Henry, servi en retrait par Anelka (1-1, 51e). La rencontre est très équilibrée, le combat est rude et la prolongation arrive, comme seize ans plus tôt à Marseille. Sauf que la donne a changé : désormais, la règle du but en or s’applique. Le premier qui marque a gagné, et ce sont les Bleus qui vont pousser les Portugais à la faute sur un tir sans angle de Wiltord dévié de la main par Abel Xavier.
L’année suivante, en amical au Stade de France, on s’attend à un match serré entre les deux meilleures équipes européennes du moment. Mais les Bleus marchent sur l’eau et font tourner leur adversaire en bourrique au cours d’une première mi-temps exceptionnelle où ils marquent trois fois (Wiltord, Silvestre, Henry) en un quart d’heure. Pour la beauté du geste, Djorkaeff en ajoute un quatrième à dix minutes de la fin.
En 2006, les deux nations se croisent à nouveau en demi-finale de la Coupe du monde. Zidane, au sommet de son art, marque le penalty décisif, permettant à la France d'accéder à la finale. Le 5 juillet 2006 à Munich, les coéquipiers de Cristiano Ronaldo ne fanfaronnent plus. L’équipe de France est leur bête noire depuis près de trente ans, et elle vient de sortir l’Espagne et le Brésil du Mondial allemand. Le milieu Makelele-Vieira-Zidane est au sommet de son art, Thuram et Gallas ne laissent rien passer derrière et Henry fait parler sa puissance et sa vitesse devant. C’est d’ailleurs lui qui obtient un penalty sur une faute de Carvalho (33e), pénalty que transforme Zidane, monstrueux de sang-froid (1-0). L’histoire recommence. Mais les Bleus commencent à fatiguer. Ils gèrent le match sans vraiment le contrôler, et restent jusqu’au bout sous la menace de Figo et de Ronaldo.
L'Ère Cristiano Ronaldo (2014-2016)
Cette opposition amicale du 11 octobre 2014 vaut surtout par la présence des deux acolytes du Real Madrid, Karim Benzema et Cristiano Ronaldo. L’attaquant français va ouvrir le score et sera passeur décisif sur le but de Pogba, alors que le Portugais ne marquera pas et sortira avant la fin. L’équipe de France, toujours un peu brouillonne, l’emporte quand même malgré le pénalty transformé par Ricardo Quaresma (2-1). A Lisbonne, les Portugais sont bien décidés à avoir enfin le scalp des Bleus ce 4 septembre 2015. Didier Deschamps aligne pour sa part Nabil Fekir d’entrée, le Lyonnais venant de réussir un triplé en championnat contre Caen. Mais il sort au bout de 13 minutes, le ligaments croisé du genou droit ayant lâché. Il ne le sait pas encore, mais sa saison est terminée, même s’il reviendra jouer quelques minutes en club au mois de mai. Les autres faits du match sont l’entrée en jeu d’Anthony Martial à un quart d’heure de la fin, alors que le Monégasque négocie un transfert record à Manchester United, et le but sur coup-franc de Mathieu Valbuena à la 85e minute, le premier depuis sept ans.
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L'Euro 2016 marque un tournant dans l'histoire de cette rivalité. En finale, au Stade de France, le Portugal, emmené par Cristiano Ronaldo, affronte la France, pays hôte. Malgré la sortie sur blessure de Ronaldo en début de match, les Portugais résistent aux assauts français et finissent par s'imposer en prolongation grâce à un but d'Éder. C'est le premier titre majeur de l'histoire du Portugal. Quand s’annonce la finale de l’Euro 2016, les Bleus qui viennent de sortir l’Allemagne sont on ne peut plus favoris face à des Portugais très loin du niveau de leurs prédécesseurs [4]. Et quand Cristiano Ronaldo sort après 25 minutes de jeu et un quart d’heure d’atermoiements, on se dit que la chance insolente de Didier Deschamps a encore frappé. Grossière erreur. Galvanisés par l’adversité et repositionnés par Fernando Santos avec l’entrée de Quaresma qui isole Pogba de ses attaquants, les Portugais serrent les dents, résistent, font déjouer les Bleus et, avec de la réussite (poteau de Gignac à la dernière minute, exploits de Rui Patricio face à Griezmann, Sissoko et Giroud) arrachent les prolongations.
L'Ère Moderne (2020-2024)
Le 11 octobre 2020, en qualification pour la Ligue des Nations, il ne se passe pas grand chose dans l’ambiance lugubre d’un Stade de France à huis-clos. Pour la première fois de l’histoire des deux adversaires, aucun but n’est marqué, contrairement au 7-1 face à l’Ukraine (très diminuée par le Covid) en amical quelques jours auparavant. Alors qu’il avait été décevant à l’aller, N’Golo Kanté est en mode 2018 ce 14 novembre 2020 à Lisbonne. Non seulement il est impérial au milieu de terrain, mais en plus il marque le seul but du match dans un style à la Trezeguet, alors qu’Anthony Martial, qui remplace Kylian Mbappé forfait, rate tout ce qu’il entreprend avec une constance rare.
Les confrontations récentes ont été plus équilibrées. À l'Euro 2021, les deux équipes se neutralisent (2-2) en phase de groupes, avec un doublé de Cristiano Ronaldo et un doublé de Karim Benzema. En 2024, les Bleus ont arraché aux tirs au but contre le Portugal (0-0 et 5-3) leur billet pour les demi-finales de l'Euro 2024, vendredi soir à Hambourg. Le 23 juin 2021, les deux équipes se retrouvent dès le premier tour de l’Euro, à Budapest, pour le troisième match du premier tour. Un nul suffit aux Bleus pour se qualifier, et ils vont l’obtenir, non pas avec un 0-0 habituel à ce niveau du tournoi (comme en 2014, 2016 et 2018), mais par un 2-2 à rebondissements animé par le revenant Karim Benzema et son ex-partenaire du Real Madrid Cristiano Ronaldo. Ce dernier, qui n’a toujours pas marqué contre les Français, se rattrape grâce à deux pénalties à la 30e et à la 60e minute. En terminant deuxième de son groupe au premier tour de l’Euro, l’équipe de France a tiré le tableau le plus difficile. Si elle s’est débarassée de la Belgique de justesse (1-0), on lui prédit un match compliqué face au Portugal. C’est en effet le cas le 5 juillet 2024 à Hambourg, mais si les Lusitaniens dominent, ils sont maladroits devant ou butent sur un Mike Maignan impérial. Côté françaisla stérilité offensive observée lors des quatre premiers matchs continue, et rien ne rentre. Il faut jouer des prolongations, comme à chaque fois contre le Portugal à l’Euro en match à élimination directe (1984, 2000 et 2016), mais pour la première fois, aucun but n’est marqué. La séance des tirs au but sourit enfin aux Bleus après trois échecs consécutifs dans cet exercice (2006, 2021 et 2022). Au terme d’un match face au Portugal où ils ont affiché leurs carences, vendredi 5 juillet, les joueurs de l’équipe de France ont arraché leur billet pour le dernier carré en gagnant, enfin, une séance de tirs au but (0-0, 3-5 tab).
Français et Portugais ont décidé de perpétuer la tradition. Ils s’affrontaient pour la quatrième fois de leur histoire en match à élimination directe d’un Euro et, comme pour les trois premières, les 90 minutes n’ont pas été suffisantes, vendredi 5 juillet, pour décider de l’équipe qui affronterait l’Espagne, en demi-finale de l’Euro. Après Platini en 1984, Zidane en 2000 pour les Bleus, et Eder en 2016 côté portugais, le héros a, cette fois, pour nom Théo Hernandez, auteur du tir de la délivrance. Pour la première fois depuis juillet 1998 et l’Italie, les Bleus remportent une séance de tirs au but. Théo Hernandez et Mike Maignan célèbrent la qualification des Bleus pour la demi-finale.
Bilan et Perspectives
Au total, la France mène les confrontations avec 19 victoires contre 7 pour le Portugal et 5 matchs nuls. Cependant, les rencontres sont de plus en plus serrées, et le Portugal a prouvé qu'il pouvait rivaliser avec les Bleus, notamment lors de l'Euro 2016.
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Cette rivalité continue de passionner les supporters des deux nations, et chaque match est un événement. L'histoire entre la France et le Portugal est loin d'être terminée, et de nouveaux chapitres palpitants sont à prévoir.