PSG, OL, Ligue 1 : Telegram, nouvel eldorado du piratage sportif ?

L'accessibilité déconcertante est un facteur clé. Une simple recherche sur les médias sociaux suffit, et en quelques clics, un lien de diffusion redirige vers un canal parallèle pour regarder le match de Ligue 1 de son choix dans un anonymat relatif et, surtout, sans dépenser un centime. Cette pratique, qui se déroule sur l'application Telegram, est manifestement illégale. Cependant, elle semble être devenue, ces derniers temps, une habitude presque banale pour de nombreux fans du championnat de France, indignés par les prix d'abonnement du nouveau diffuseur du championnat, DAZN, qui avoisinent les 40 euros par mois.

Le constat est frappant : pour l'ouverture de la saison, le 16 août dernier, au moins 200 000 personnes se sont tournées vers Telegram pour regarder le match opposant Le Havre au Paris Saint-Germain (1-4), selon Le Parisien. Un engouement significatif qui témoigne de l'essor de l'application d'origine russe dans l'écosystème du streaming sportif illégal.

L'ascension du piratage via Telegram

« La retransmission des matchs sur les boucles Telegram n’est pas un phénomène nouveau », rappelle Mohammed Boumediane, PDG de l’entreprise Ziwit, un des leaders dans le marché de la cyberdéfense. « On l’a vu émerger lors de la Coupe du monde 2022 au Qatar. Mais c’est devenu de plus en plus important au fil des années surtout aujourd’hui avec le contexte de hausse de prix d’abonnements. Ça a clairement fait exploser la prolifération des liens de diffusions frauduleuses. »

Hervé Lemaire, patron de LeakID, une société spécialisée dans la protection des ayants droit comme la Premier League ou la Serie A italienne, pointe du doigt la facilité technique de créer des liens pour streamer des événements sportifs en direct. Pour les utilisateurs, il suffit de se connecter et de cliquer pour suivre le match. C’est terrible pour toute l’industrie du sport.

Les raisons de l'attrait pour Telegram

Doté d’un système de protection des données personnelles cryptées et accessibles gratuitement depuis un smartphone, une tablette ou un ordinateur, avec comme seule condition de lier un numéro de téléphone, Telegram, initialement connu à ses débuts en 2014 comme « le réseau social des djihadistes », présente le prototype de l’appli idéal pour les pirates.

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Plusieurs facteurs expliquent cet engouement :

  • Le coût des abonnements légaux : Face aux tarifs jugés excessifs de DAZN, de nombreux fans de football se tournent vers des solutions illégales pour suivre les matchs.
  • La facilité d'accès : Telegram offre une plateforme simple d'utilisation et accessible à tous, permettant de regarder les matchs en quelques clics.
  • L'anonymat : L'application garantit un certain niveau d'anonymat, ce qui rassure les utilisateurs qui craignent d'être repérés par les autorités.

Les conséquences du piratage

La Ligue de football professionnel (LFP) s’alarme du manque à gagner considérable « pour nos diffuseurs et pour l’ensemble de l’écosystème, y compris la LFP et les clubs ». Elle indique avoir renforcé son dispositif de lutte face à cet afflux de liens illégaux « via un accroissement du nombre de dépôt de plaintes ».

Le piratage représente une perte de chiffre d'affaires non négligeable pour les diffuseurs, la LFP et les clubs. Il met en péril le financement et la viabilité des filières sportives.

La lutte contre le piratage sur Telegram

La LFP s'inscrit dans la continuité du dispositif de lutte contre le piratage sportif, enclenché en 2022 par l'ARCOM, et qui a permis d'obtenir des injonctions judiciaires ayant conduit au blocage systématique de milliers de sites streaming auprès des fournisseurs d'accès à Internet (FAI). Depuis le 2 août, une décision impose également aux FAI d’empêcher l’accès aux services IPTV diffusant de façon détournée les rencontres de Ligue 1 et de Ligue 2 cette saison.

Cependant, la bataille est loin d'être gagnée, surtout sur Telegram, qui attire des dizaines de milliers de supporters désireux de regarder leur club sans souscrire à un abonnement DAZN. Le réseau social est épinglé par plusieurs acteurs pour un laxisme dans la modération.

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Plusieurs acteurs pointent du doigt le manque de réactivité de Telegram face aux signalements de contenus illicites. « Les flux et liens frauduleux sont détectés par nos algorithmes puis notifiés à Telegram. Ils mettent beaucoup de temps à couper le signal, parfois deux jours après, ce qui ne sert absolument à rien, car le match dure 90 minutes », déplore un spécialiste. La LFP confirme que les délais de réponse de Telegram sont fluctuants (jusqu’à 24 heures) et s’avèrent incompatibles avec un retrait en temps utile s’agissant de contenus diffusés en direct.

Les solutions envisagées

Face à cette situation, plusieurs solutions sont envisagées :

  • Renforcer les actions judiciaires : Xavier Spender, secrétaire général de l’APPS (Association pour la protection des programmes sportifs) propose d’investir davantage le terrain judiciaire pour préserver les droits des diffuseurs et obliger Telegram à se plier à la réglementation.
  • Améliorer la modération : Hervé Lemaire estime qu'il suffirait pour Telegram de mettre en place une équipe de modérateurs disponible 24h/24h pour faire sauter les liens dans les 5-10 minutes après les signalements, ou de donner un accès aux ayants droit pour faire le travail.
  • Développer des technologies de détection et d'arrêt des flux illégaux : Mohammed Boumediane préconise d'utiliser des technologies simulant des bots et des comportements humains pour détecter et arrêter les flux depuis le serveur d'origine.
  • Sensibiliser le public : La LFP diffuse des campagnes de sensibilisation visant à souligner l'importance de l'offre légale dans le financement et la viabilité des filières sportives.
  • Poursuivre les plateformes récalcitrantes au titre du DSA : L'APPS indique qu'un des leviers pourrait consister à poursuivre les plateformes récalcitrantes au titre du DSA, le règlement européen sur les services numériques, qui leur impose des obligations en termes de coopération et de réactivité.

Les récents développements et l'impact de la régulation

Cette semaine, de nombreux pirates ont subitement annoncé l'arrêt de leur activité de streaming illégal sur Telegram. « C'est la fin d'une ère pour moi. Alors que le streaming illégal avait explosé sur l'application d'origine russe pour les débuts de la Ligue 1, avec un pic à 200 000 abonnés pour le match d'ouverture Le Havre-PSG (1-4, le 16 août), les pirates du Web semblent être invités à rester à quai. »

Hervé Lemaire confirme que les trois plus gros streamers du moment, avec plus de 50 000 abonnés, ont cessé leurs activités le week-end dernier, et que les plus petits streamers ont également arrêté. Un lycéen en terminale, présent sur l'application depuis mars avec 1 500 abonnés, explique qu'il a préféré arrêter car son canal de diffusion sautait régulièrement.

Selon Hervé Lemaire, Telegram ferme désormais les boucles de streaming en dix-quinze minutes après leur demande, ce qui n'était pas le cas avant septembre. La régulation s'est intensifiée après l'arrestation du fondateur de l'application, Pavel Durov, le 24 août dernier au Bourget, pour diverses infractions en lien avec sa messagerie chiffrée. Dernièrement, la mention « ce canal est indisponible suite à une violation de droits d'auteur » apparaissait davantage les soirs de diffusion.

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La LFP souhaite nuancer ces efforts et estime que la plateforme doit aller beaucoup plus loin et beaucoup plus vite afin de se conformer à ses obligations légales. Elle insiste sur l'urgence d'une nouvelle loi dédiée au piratage sportif.

Selon un rapport de Google sur la transparence des informations, depuis le 1er septembre, 17 456 demandes de suppression d'URL illégales ont été effectuées, pour la seule Ligue 1, par LeakID et Mark Scan, les prestataires en cybersécurité de la LFP et de DAZN.

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