Le Match de Football Brésil-Allemagne Historique : Un Traumatisme Indélébile

Le match de football entre le Brésil et l'Allemagne du 8 juillet 2014 est bien plus qu'une simple rencontre sportive. C'est un événement qui a marqué l'histoire de la Coupe du Monde et du football en général, un jour noir pour le peuple brésilien. Disputée dans un contexte particulier pour la Seleção, cette demi-finale a laissé des traces profondes et durables.

Un Contexte Particulier Pour le Brésil

Après avoir accueilli la Coupe du Monde en 1950, le Brésil organisait pour la deuxième fois la grand-messe du football mondial. L'objectif était clair : décrocher un sixième titre mondial, attendu depuis 2002. La victoire finale était espérée, surtout face à l'Allemagne, une équipe redoutable mais que le Brésil voulait surpasser.

Parcours Similaires, Destins Croisés

Les deux équipes ont connu des parcours presque similaires avant de se rencontrer en demi-finale. Elles ont toutes deux terminé en tête de leur poule, avec le même bilan et la même différence de buts. Cependant, le destin allait frapper le Brésil de plein fouet.

L'Absence Cruciale de Joueurs Clés

Privé de deux de ses piliers, Thiago Silva (suspendu) et Neymar (blessé), le Brésil s'est présenté sur le terrain avec une équipe affaiblie. L'absence de ces joueurs clés allait se révéler fatale.

Un Cauchemar de 90 Minutes

Ce qui s'est passé pendant les 90 minutes de ce match restera gravé dans les mémoires comme un véritable cauchemar pour le Brésil. L'équipe a encaissé un incroyable 5-0 dans les 29 premières minutes, un effondrement total et inattendu. André Schürrle a ensuite inscrit un doublé en seconde période, scellant le sort de la Seleção.

Lire aussi: Tout sur les matchs de rugby

Un Traumatisme National

Ce résultat historique a provoqué un traumatisme aussi grand que celui causé par la défaite face à l'Uruguay en finale de la Coupe du Monde 1950, le fameux "Maracanaço". Plus lourde défaite de l'histoire du Brésil et plus gros revers d'une nation hôte d'un Mondial, ce match a marqué cette génération brésilienne au fer rouge.

Le "Mineiraço" : Un Nouveau Surnom Douloureux

Depuis 1920 et une défaite (6-0) contre l'Uruguay, la Seleção n'avait jamais subi une défaite d'une telle ampleur. Loin d'effacer le souvenir encore vivace du « Maracanaço », les joueurs brésiliens devront à jamais porter sur leurs épaules ce que les observateurs ont rapidement appelé le « Mineiraço », en référence au stade Mineirao de Belo Horizonte où le match s'est déroulé.

Un Record Peu Enviable

Il s'agit également du plus gros score jamais enregistré pour une demi-finale de Coupe du Monde, un record peu enviable pour le Brésil.

Une Fin de Tournoi Amère

Le Brésil a terminé le tournoi à la quatrième place après s'être incliné 3-0 face aux Pays-Bas en petite finale, une fin amère pour une équipe qui aspirait à la gloire.

Des Signes Avant-Coureurs

La redoutable efficacité de la Nationalmannschaft n'explique pas tout. Alors que leur pays est plongé dans un climat de tension sociale, entre fronde syndicale et colère populaire envers le gouvernement fédéral, les Auriverde ont abordé ce Mondial avec l'angoisse de décevoir tout un peuple. Sexagénaire pétri de principes défensifs dépassés, Luiz Felipe Scolari a fait confiance à l'effectif qu'il a mené, un an plus tôt et sur ses terres, à la victoire en finale de la Coupe des confédérations.

Lire aussi: PSG face à Manchester City : Analyse des rencontres

Le Poids de la Pression

« Si nous gagnons, nous irons tous au paradis. Si nous perdons, nous irons tous en enfer », assurait, avant le coup d'envoi de la 20e édition du tournoi planétaire, José Maria Marin, le président de la Confédération brésilienne de football, dans les colonnes du quotidien brésilien O Globo. Le ton était donné, et la pression sur les joueurs était immense.

Un Parcours Sinueux

Le 12 juin, les feux d'artifice qui saturent le ciel de l'Arena Corinthians de Sao Paulo masquent mal la piètre performance de la Seleçao, menée au score mais victorieuse (3-1) à l'arraché de la Croatie en match d'ouverture. Prodige du FC Barcelone, considéré comme l'héritier du « Roi Pelé », l'attaquant Neymar inscrit un doublé. A 22 ans, il est la seule lueur d'espoir du pays, l'électron libre aux inspirations géniales qui tire vers le haut une phalange peu ingénieuse, limitée sur le plan technique. Lors de son deuxième match de poule, le Brésil n'arrive guère à tromper le gardien mexicain Guillermo Ochoa et fait match nul (0-0) face à son rival d'Amérique centrale. La correction (4-1) infligée ensuite au Cameroun ne camoufle guère les lacunes tactiques des Auriverde.

Le Tournant : Les Blessures et Suspensions

Le 28 juin, à Belo Horizonte, la Seleçao se retrouve au bord du précipice en 8es de finale contre le Chili. Acrochée (1-1) par la « Roja », elle est sauvée par les réflexes de son gardien, le vétéran Julio Cesar (34 ans). Mais le pays assiste, médusé, aux jérémiades du capitaine Thiago Silva, à bout nerveusement et en larmes lors de la séance des penaltys. Quatre jours plus tard, à Fortaleza, le défenseur du Paris-Saint-Germain inscrit le premier but de sa sélection, imité par son nouveau partenaire en club David Luiz, auteur d'un coup franc sublime, contre la Colombie, en quarts de finale. Le Brésil s'impose douloureusement (2-1), mais perd son joyau Neymar, victime d'une fracture aux vertèbres lombaires et sorti sur civière après une charge du défenseur adverse Juan Zuniga. Il enregistre par ailleurs la suspension de sa vigie Thiago Silva pour les demi-finales après que ce dernier a écopé d'un second carton jaune en voulant empêcher le gardien colombien de dégager.

Un Soutien Populaire Malgré Tout

Avant de rallier Belo Horizonte pour défier la Nationalmannschaft, les Brésiliens bénéficient d'un véritable soutien populaire malgré leur parcours sinueux. Ils ont répété leurs gammes, retranchés dans leur quartier général de Granja Comary, à Teresopolis (Etat de Rio).

Le Match : Un Effondrement Collectif

Au coup d'envoi du match, c'est le défenseur à la tignasse folle, David Luiz, qui porte le brassard de capitaine. Dès les premières minutes, la Seleçao multiplient les raids, s'empalant sur l'arrière-garde allemande. Appliqués, les hommes de Joachim Löw font rapidement parler la foudre. A la 11e minute, Thomas Müller, libre de tout marquage, crucifie une première fois Julio Cesar. Redoublements de passes, jeu métronomique, justesse technique, rapidité des mouvements : la Nationalmannschaft semble s'être appropriée le « joga bonito », ce style très offensif et esthétique, apanage des Auriverde durant une quarantaine d'années, entre 1950 et 1990.

Lire aussi: Match de handball: durée

Une Défense aux Abonnés Absents

Les lignes brésiliennes s'étirent et les Allemands accélèrent pour tuer le match. A la 23e minute, Miroslav Klose, 36 ans, aggrave le score et devient ainsi le meilleur buteur de l'histoire du Mondial avec 16 réalisations à son actif. La banderille de l'avant-centre de la Lazio de Rome n'est que la première étape d'une séquence irrationnelle. En six minutes, la Nationalmannschaft, impitoyable, va inscrire 4 buts au terme d'enchaînements collectifs d'une fluidité inouïe. La cage de Julio Cesar se meut en passoire et le stade Mineirao bascule dans l'horreur.

Le Silence Assourdissant du Mineirao

Un silence gêné règne parmi les journalistes étrangers attablés en tribune de presse. Groggy sur son banc, Luis Felipe Scolari tente vainement de rasséréner ses joueurs. Par grappes éparses, plusieurs milliers de supporteurs brésiliens quittent les travées du stade à la mi-temps. Ceux qui sont restés maudissent la « pire Seleçao de l'histoire » et évoquent les conséquences de cette déroute sur les élections d'octobre. Le « Mineiraço » représente une aubaine pour les opposants à la présidente brésilienne, Dilma Rousseff, héritière honnie du bien-aimé Lula et qui brigue un second mandat.

L'Humiliation Continue

Au retour des vestiaires, les Auriverde butent désespérément sur Manuel Neuer, le portier allemand aux réflexes robotiques. A la 79e minute, les sarcasmes du public laissent place à des encouragements narquois quand André Schürrle inscrit le septième but allemand. Loin d'apaiser le chagrin des 200 millions de Brésiliens, la réalisation tardive d'Oscar (90e) a juste le mérite d'atténuer la débâcle.

Les Conséquences : Un Sélectionneur Désemparé

Le responsable autodésigné de ce drame national est le sélectionneur Luiz Felipe Scolari, pourtant perçu comme le sauveur de la nation depuis le sacre de 2002. Les traits tirés, le visage blême, le patron de la Seleçao tient à s'excuser auprès du peuple brésilien pour cette « erreur ». Son homologue allemand, Joachim Löw, fait preuve de compassion : « On a perdu au Mondial 2006 contre l'Italie, chez nous, au même stade de la compétition et on sait ce que le peuple brésilien ressent. Je comprends que ce soit très difficile à digérer, très douloureux. »

L'Autodérision Comme Exutoire

Dans les rues de Belo Horizonte, les pleurs ont laissé place aux rires incrédules, teintés d'autodérision. La Coupe du monde semble finie pour les Brésiliens.

La Chute de Scolari

Pourtant, le 12 juillet, les Auriverde doivent éviter un nouveau cataclysme face aux Pays-Bas, lors de la petite finale du tournoi organisée au stade Mané-Garrincha de Brasilia, l'un des écrins les plus imposants de la compétition. Même s'il est déjà trop tard pour restaurer le crédit d'une sélection qui est la risée de plusieurs milliards de téléspectateurs. Malgré les changements effectués par Luiz Felipe Scolari, la Seleçao coule à nouveau. Miné par l'élimination de sa formation, fragile psychologiquement, Thiago Silva provoque un penalty dès la 3e minute. La sentence est transformée par Robin Van Persie. Inconsistants, brouillons, déjà marqués du sceau du déshonneur, les Brésiliens s'inclinent sèchement (3-0) contre les Bataves et échouent à accrocher le podium de « leur » tournoi. A Brasilia, les Auriverde s'attirent huées et moqueries. Sur la plage de Copacabana, à Rio, les supporteurs argentins qui patientent avant la finale s'en donnent à cœur joie et raillent avec gourmandise les Cariocas.

Un Nouveau Départ

Fort logiquement, Luiz Felipe Scolari ne se relèvera pas d'un pareil fiasco. Le 22 juillet, il est remplacé par l'ex-capitaine des champions du monde 1994, Carlos Dunga. Limogé après l'échec de la Seleçao au terme du Mondial en Afrique du Sud, le quadragénaire retrouvait ainsi un siège qu'il avait occupé durant quatre ans (2006-2010). Sa première décision fut de confier le brassard de capitaine à Neymar, le seul Auriverde dont l'image de marque ne fut pas écornée par cette déroute.

L'Impact Politique

Particulièrement critiquée durant la compétition, Dilma Rousseff, fut, elle, réélue pour un second mandat, le 26 octobre, avec 51 % des suffrages.

Le Désarroi et les Pariers Audacieux

Le monde entier est resté interloqué devant le spectacle d’une sélection brésilienne humiliée par l’Allemagne en demi-finale de « sa » Coupe du monde. A l’exception notable de quatre parieurs, qui avaient anticipé la déculottée brésilienne et avaient même misé dessus. C’est ce qu’on appelle avoir un sacré flair. L'un d'entre eux, habitant l'Essex, au sud de l'Angleterre, a raflé 2.500 livres (3.150 euros) pour une mise de 5 livres (6,2 euros), a confié la maison de paris Paddy Power, basée en Irlande. "On a enregistré quelques paris apparemment démentiels, qui ressemblent à des traits de génie aujourd'hui", a commenté un porte-parole de Paddy Power, Josh Powell. Un Serbe a eu l'audace de parier que plus de sept buts allaient être inscrits lors cette demi-finale devenu historique. Pour une vingtaine d'euros misés, cet homme, dont l'identité n'a pas été dévoilée, a empoché 137.500 dinars (1.200 euros), a indiqué mercredi la maison de paris mozzartsport.com."Le but de consolation le plus cher jamais mis". Chez William Hill, un parieur avait prédit le score de 5-0 à la mi-temps. Sa mise de 80 pence étant particulièrement modeste, il n'empoche que 250 euros. Pas mal tout de même. Le plus à plaindre dans l’histoire est peut-être la maison de paris, qui confie avoir dû débourser un million de livres à cause du but brésilien, inscrit dans les arrêts de jeu. "Il pourrait s'agir du but de consolation le plus cher jamais mis", a dit Joe Crilly.

Le Match Amical de 2018 : Une Occasion de Cicatrisation ?

Presque quatre ans après la déroute historique contre l'Allemagne en demi-finale du Mondial 2014, le Brésil a retrouvé pour la première fois la Mannschaft à Berlin en mars 2018, où l'enjeu émotionnel était au moins aussi fort que le défi sportif. Le match de mars "a une très grande importance psychologique, il ne faut pas se voiler la face, le 7-1 du Mondial est un fantôme qui nous hante", reconnaissait Tite, le sélectionneur brésilien, dans une interview vérité publiée par le magazine allemand du football Kicker."La blessure est encore ouverte (…) ce match de Berlin fait partie du processus de cicatrisation", disait-il, avant d'admettre sans gêne ressentir "de la peur" avant cette rencontre. "Nous n'avons pas le droit de nous laisser intimider ou de céder à la panique. Ce sera un match difficile, oui, qui va nous demander beaucoup émotionnellement. Mais notre préparation a visé à cela", assurait le coach qui a pris en main l'équipe aux cinq étoiles en juin 2016.

L'Allemagne Consciente du Traumatisme

Forcément plus relax, son homologue allemand Joachim Löw admettait lui aussi que la partie de Belo Horizonte a marqué sa vie : "Ce match, c'est un sujet de conversation pour le siècle. Il m'arrive moi-même de revoir les buts, avouait-il. Quand on gagne 7-1 en demi-finale d'un Mondial contre le pays organisateur, oui, ça reste en mémoire…"

Un Respect Mutuel Affiché

"Mais je ne crois pas qu'ils auront peur mardi, je crois qu'ils seront simplement sur-motivés", ajoutait-il. En public, les joueurs allemands font preuve cependant du plus grand respect pour leurs adversaires : "Quand je regarde leur équipe par rapport à 2014, ils sont deux divisions au-dessus", a mis en garde Toni Kroos, auteur de deux buts lors du carton de Belo Horizonte. "Ils ont de très bons joueurs, un bon collectif, et sont à coup sûr l'un des favoris du Mondial"."Le 7-1 ? On n'en parle pas entre nous", promettait Ilkay Gündogan. "Pour nous c'est du passé lointain, nous nous concentrons sur le duel de mardi. Contrairement à 2014, leur équipe est plus équilibrée", analysait le milieu de Manchester City, "des joueurs comme Paulinho et Casemiro leur apportent quelque chose qu'ils n'avaient pas à l'époque. Ils sont redevenus le Brésil que tout le monde connaît".

tags: #match #de #football #bresil #allemagne