Omar le Noir : Une étoile montante de la boxe franco-algérienne dans les années 1930

Cet article explore l'ascension fulgurante d'Omar Osmane, surnommé Omar le Noir, un boxeur algérien qui a marqué l'histoire de la boxe française dans les années 1930. Nous suivrons son parcours, de ses débuts difficiles sur les rings algériens à son sacre en tant que champion de France, tout en analysant la manière dont la presse de l'époque a perçu et relayé son ascension.

Les premiers pas d'un novice (1935-1937)

Omar Osmane fait ses débuts professionnels le 29 septembre 1935 au Carré d’Alger, où il est dominé par Pierre Molina. Entre décembre 1935 et janvier 1937, tout en travaillant comme peintre en bâtiment, il enchaîne cinq combats, soldés par des défaites et des matchs nuls. La presse coloniale ne prête guère attention à ses performances. L’Écho d’Alger le mentionne sporadiquement dans les résultats, sans plus de détails. La Dépêche algérienne est encore plus discrète. Fin 1935, un rédacteur anonyme de ce journal note qu’il « encaisse flegmatiquement des coups qui ne semblent pas avoir prise sur lui », faisant référence à un combat perdu contre Omar ben Saïd. L’Écho d’Oran et Le Tell ignorent complètement son nom.

Cette transparence médiatique est frappante, personne ne le mentionnant avant mars 1937. Ce silence est compréhensible pour un novice. Le seul élément faisant référence à son identité est son surnom, « Omar le Noir ». On ignore qui lui a attribué ce surnom : lui-même, son entraîneur Louis Munoz, ou son manager Benemhou Tahar. Ce surnom l'assigne clairement à sa couleur de peau.

L'ascension d'un boxeur conquérant (1937-1939)

À partir de février 1937, le succès commence à sourire à Omar Osmane. Il bat Paul Magro, puis Djilali Abderramane, et fait match nul contre Joseph Ripoll. Cette période faste se poursuit jusqu’en février 1939, avec dix victoires en onze combats et une performance remarquée au tournoi de Saint-Eugène, une épreuve prestigieuse en Algérie.

Ces résultats attirent-ils l’attention de la presse coloniale ? Pas immédiatement. En 1937, seul L’Écho d’Alger se distingue en soulignant son « excellence ». Un chroniqueur anonyme écrit : « Peut-être Omar le Noir ne possède-t-il pas le brio de l’ancien champion d’Alger […]. Quoi qu’il en soit […] les juges ont encouragé le “coloured” par trop timoré, sauf dans ses deux derniers rounds où [il] prit un peu de l’assurance qui lui avait manqué au début. »

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Le terme « coloured » est la seule mention directe de sa couleur de peau. En 1938, la situation évolue. Ses victoires lui valent d’être considéré par L’Écho d’Alger comme un des « meilleurs boxeurs locaux », une « révélation », un « espoir ». La rédaction reçoit Benemhou Tahar et donne la parole au boxeur, qui déplore qu’on lui reproche de ne pas savoir frapper des « deux poings ». Alger républicain voit en lui un « véritable champion » capable de faire briller la boxe algérienne « au niveau national », sans distinction entre boxeurs européens et indigènes. Le Tell le compare à « l’Al Brown algérien », soulignant indirectement sa couleur de peau.

Début 1939, Omar le Noir est considéré comme « la révélation de l’année 1938 », une vedette. En janvier, Jean Bretonnel, manager de Marcel Cerdan, le recrute comme sparring partner d’Assane Diouf. Fin février, Omar bat Charles Pieragnoli et Diouf est titré. Alger républicain s’enthousiasme pour le boxeur, soulignant qu’il n’a plus qu’à « débuter sur un ring parisien » où il a désormais « droit à la parole ». Un pigiste du cercle pugilistique algérois lui conseille de travailler son direct du gauche et son « une-deux ».

Un fantassin parmi d'autres en France (1937-1939)

En France, Omar le Noir est initialement inconnu. L’Auto révèle son nom en mars 1937, après son match nul avec Ripoll. À l’été 1937, son nom réapparaît dans un communiqué de Tahar défiant les poids légers français. En 1938, L’Auto le considère comme faisant partie des « troupes fraîches de l’infanterie légère française ».

En juin, plusieurs titres publient une dépêche sur sa victoire contre Georges Jais au tournoi Saint-Eugène. En 1939, après ses victoires sur Abad et Pieragnoli, il attire l'attention de grands quotidiens. Ce Soir le qualifie d'« indigène Omar le Noir ». Il est également mentionné dans L’Humanité, Le Petit Parisien, Paris-Soir, Paris-midi et Le Journal.

Dans les bagages de Bretonnel (mars-juillet 1939)

Jean Bretonnel conclut un accord avec Benemhou Tahar : le premier entraînera les espoirs du BCMA en Europe, tandis que le second épaulera les poulains du Parisien en Algérie. Omar le Noir et le fils de Tahar, Mustaphaoui, sont les premiers à bénéficier de cet accord. Le 3 mars 1939, ils embarquent pour la France. Bretonnel les installe dans son camp d’entraînement de Ville-d’Avray.

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Mustaphaoui Tahar bat René Strohmenger. Omar le Noir bat Paul Signorino et devient première série. Il fait match nul contre Guiseppe Manfre, puis bat Mak Perez et Jacques Ribola. En mai, il bat le champion de France léger, Frank Harsen. En juin, il bat le champion des Pays-Bas Robert Disch. Le 6 juillet, la fédération officialise sa qualification pour le championnat de France des légers, aux côtés de Paul Dogniaux.

Un ambassadeur algérien

Pendant cette ascension, L’Écho d’Alger et Alger républicain se mobilisent avec force, publiant de nombreux articles sur lui. Les journalistes sont convaincus que son talent lui offrira « un avenir dans le concert des poids légers français et européens », qu’il sera comme Marcel Cerdan, et que ses galons de « challenger pour le championnat de France » sont mérités. On souligne le caractère « scientifique » de sa boxe.

Paris abrite alors une colonie de boxeurs nord-africains. Omar le Noir est partie prenante de cette sociabilité qui promeut l’Afrique du Nord. La Dépêche tunisienne et Le Petit Marocain le présentent comme champion d’Algérie. La presse coloniale suit sa préparation pour le championnat de France, sans paternalisme excessif.

L'enthousiasme de la presse sportive hexagonale

En France, Omar le Noir sort de l’anonymat. Il est présenté comme un boxeur « du plus beau noir », mais L’Auto s’étonne de son nom de ring caricatural. On le considère « comme une vedette de premier plan », un « futur champion international », pourvu de « magnifiques qualités ». Sa victoire sur Harsen lui vaut une Une et le titre de « vedette parisienne ». L’Auto suit son parcours pas à pas, sans commentaires relatifs à sa couleur.

Le Miroir des sports s’intéresse également au boxeur, jugeant qu’il a « tout pour réussir » et qu’il sera un « dangereux » adversaire. Sa victoire contre Signorino en fait « l’ennemi no 1 des légers ». En juin, il ajoute qu’il est en pleine forme.

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Championnat de France et suite de carrière

En août 1939, à Monaco, Omar Osmane affronte Paul Dogniaux pour le titre national en léger. Il remporte le titre et devient le premier Français noir champion de la catégorie. Il perd et reprend ce titre à deux reprises en 1940-1941, boxe durant toute la guerre, et cède sa couronne en 1946 au futur champion d’Europe Émile Di Cristo.

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