Ligue de la jeunesse révolutionnaire : Une histoire de radicalisme et d'évolution

La Ligue de la jeunesse révolutionnaire, un mouvement marquant de la gauche française, a connu une histoire riche et complexe, de sa fondation dans le sillage de Mai 68 à sa dissolution et sa transformation en Nouveau Parti anticapitaliste (NPA). Cet article explore la genèse, l'évolution idéologique, les actions marquantes et l'héritage de cette organisation.

Genèse et fondation de la Jeunesse Communiste Révolutionnaire (JCR)

C'est en 1966 qu'un petit groupe de militants exclus de l'Union des étudiants communistes puis du PCF crée la Jeunesse communiste révolutionnaire (JCR). Ce groupe d'agitateurs va se retrouver aux premières loges en Mai 68. Partis à quelque 150, ils sont emmenés par Alain Krivine, jeune professeur d'histoire, Daniel Bensaïd, étudiant à la fac de Nanterre, et Henri Weber, étudiant en philo. Ces trois-là ont entre 20 et 25 ans et viennent de rejoindre le Parti communiste internationaliste, section de la IVe Internationale, un groupuscule fidèle à Léon Trotski.

En effet, les deux principales organisations parties prenantes de cette initiative politique, la Jeunesse Communiste Révolutionnaire (JCR) et le Parti Communiste Internationaliste (PCI), ont été dissoutes par le pouvoir gaulliste en juin 1968, de même qu’une dizaine d’autres organisations d’extrême gauche.

Mai 68 : L'épreuve du feu

La JCR participe à toutes les manifestations, y compris à la nuit des barricades (10-11 mai) aux côtés de Cohn-Bendit et des libertaires. Ils y mettront en pratique leur leitmotiv : pousser à la "grève générale" et à la "jonction avec la classe ouvrière". Daniel Bensaïd disputera alors la popularité dans le "mouvement" à Daniel Cohn-Bendit.

Malgré sa petite taille, l'organisation participe à toutes les manifestations, y compris à la nuit des barricades (10-11 mai) aux côtés de Cohn-Bendit et des libertaires. Au cours des événements de mai la JCR a vu croître ses effectifs, passant de 350 en avril 1968 à 1.000 membres environ en juin.

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De la JCR à la LCR : Naissance de la Ligue Communiste Révolutionnaire

Ses activités vaudront à la jeune organisation sa dissolution en juin 1968 et à Alain Krivine d'être emprisonné le temps d'un été. À l’automne 1968, la reprise des contacts entre militants et sympathisants est facilitée par la publication de Rouge, dont le premier numéro est daté du 18 septembre 1968. A l'automne, les jeunes révolutionnaires donnent naissance à la LCR et à son hebdomadaire Rouge.

C’est près d’un an après Mai 68, lors du week-end prolongé de Pâques 1969, que se tient le congrès de fondation de la Ligue Communiste. Détail qui, aujourd’hui, peut surprendre : le congrès se déroule à Mannheim, une ville moyenne de ce qui était alors la République fédérale allemande (Allemagne de l’Ouest). Il s’agit ainsi de déjouer d’éventuelles mesures de répression de la part du gouvernement et de la police.

Idéologie et positionnement politique

Le congrès lui-même n’est que la conclusion d’un processus de débats pluralistes et de confrontation politique qui a commencé dès l’été 68 avec la parution chez l’éditeur François Maspero (1) de « Mai 68, une répétition générale ». Ses auteurs, Daniel Bensaïd et Henri Weber (2) se livrent à une défense argumentée de l’orientation et des activités de la JCR en Mai 68, ainsi qu’à une critique en règle du comportement des directions syndicales (principalement CGT) et du PCF. Mais ils entendent surtout tirer les leçons politiques du soulèvement de la jeunesse et la plus grande grève ouvrière de l’histoire de France afin que, la prochaine fois qu’ils espèrent proche, la mobilisation aille jusqu’au bout et pose effectivement le problème d’un changement de société.

À la rentrée 68, c’est autour d’un nouveau journal que se structure le courant qui va devenir la Ligue Communiste : le premier numéro de Rouge, alors sous-titré « journal d’action communiste », paraît le 18 septembre 1968 (3). Stimulée par une lecture enthousiaste de « Que Faire ? » (5), la tendance majoritaire défend la conception d’un parti d’avant-garde qui regroupe des militants et des militantes sur un « programme », c’est-à-dire un ensemble de références théoriques et politiques censées représenter les leçons d’un siècle et demi d’expériences révolutionnaires. Outre la prise d’initiatives politiques audacieuses, un tel parti se donne pour but essentiel l’élévation de la conscience révolutionnaire des travailleurs. Cette sensibilité n’hésite pas à assumer une certaine séparation entre le parti et les « masses » et à revendiquer un rôle particulier pour les intellectuels révolutionnaires chargés, en quelque sorte, d’apporter « de l’extérieur » la conscience révolutionnaire aux couches populaires. Cette vision très avant-gardiste est, par ailleurs, quelque peu pondérée par un certain réalisme quant aux rapports de force avec les organisations réformistes. Même si cette question n’est pas au cœur du débat et que le choix demeure un peu abstrait, la tendance majoritaire se prononce sans ambiguïté pour une intervention prioritaire au sein du mouvement syndical.

Tout en partageant l’option en faveur d’un parti révolutionnaire, la tendance minoritaire refuse de théoriser la séparation stricte entre parti et mouvement. Elle défend plutôt la conception d’un « parti processus » se définissant progressivement à travers son intervention « dans les masses », ainsi que la nécessité de porter une attention soutenue aux divers collectifs qui se sont maintenus dans la foulée des comités d’action qui avaient fleuri lors du printemps 68. Tout en reconnaissant le rôle politique - notamment la résistance au stalinisme - qu’a joué dans le passé la Quatrième Internationale, la minorité n’est pas favorable à ce que la future Ligue Communiste y adhère.

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Actions et engagements de la LCR

Suivront alors ses années de hauts faits. La "Ligue" était partout où s'exprimait "le mouv'", entre le "candidat-soldat" Krivine à l'élection présidentielle de juin 1969 (1,1 % des voix), les comités de soldats - parce que "sous l'uniforme, on reste un travailleur" -, la contre-manifestation armée pour empêcher un meeting d'Ordre nouveau en juin 1973, puis les groupes femmes et les manifs homo… jusqu'à l'élection de François Mitterrand, en 1981, jugée "période prérévolutionnaire".

Désireux de ne pas manquer une occasion d’imposer la Ligue dans le paysage politique, sa direction nouvellement élue prend en quelques jours une décision audacieuse, surtout pour une organisation qui ne manifeste pas un très grand engouement pour les élections : présenter son principal porte-parole, Alain Krivine, à la présidence de la République.

La LCR : Un lieu d'apprentissage et de socialisation politique

Avec ses pseudonymes obligatoires, ses "écoles de formation" où s'enseignaient les rudiments de la révolution permanente, ses rendez-vous secondaires pour échapper aux filatures, la LCR séduisait du monde. Ses effectifs atteignaient péniblement les 2 000 en période faste, mais l'organisation a vu passer une bonne partie de ce que la jeunesse intellectuelle a pu produire de publicitaires, de journalistes, de profs de fac… et de politiques. Il n'est aujourd'hui pas un courant au PS qui ne compte ses "ex" : Henri Weber, mais aussi Julien Dray, François Rebsamen, Sophie Bouchet-Petersen, Laurence Rossignol, Gérard Filoche, David Assouline… " On n'a pas arrêté de construire les autres partis par procuration", remarque un ancien.

Fortement marquée par l’irruption du mouvement des femmes, qu’elle a tenté un bref moment d’ignorer, la LCR a été un lieu d’apprentissage pour bien de ses jeunes militants. Au début de son histoire, lieu de tolérance pour les formes de sexualité stigmatisées par la société englobante - les jeunes mâles bénéficiant surtout de cet « adieu aux normes » -, la Ligue devient, non sans difficulté, lieu de respect de la femme et de l’homosexuel(le). Les unes et les autres ayant obtenu le droit de s’organiser à l’intérieur de la Ligue, elles (ou ils) ont pu, dans le contexte favorable des années soixante-dix, modifier les rapports de force, faire reculer le « modèle macho ».

De même, l’importance accordée au « travail ouvrier » a amené les jeunes militants, parfois étrangers à ce milieu, à étudier avec sérieux l’histoire ou la réalité contemporaine du monde ouvrier. L’établissement en usine a été une pratique rare à la Ligue, malgré les « tournants ouvriers » proclamés11, mais l’intérêt pour le monde du travail et les travailleurs, qu’ils soient urbains ou ruraux, a été constant. De même, les jeunes ouvriers, en adhérant à la Ligue, ont ainsi l’occasion de fréquenter des étudiants. Certains sont conscients de l’enrichissement culturel que cela leur apporte12. Éliane Joly, qui se présente comme communiste révolutionnaire, militante de la CGT, éprouve le besoin, à l’occasion du décès de son mari, Gérard Joly, ancien militant de la Ligue parisien (Manu, parce que manutentionnaire), de remercier la LCR « pour tout ce que vous lui avez donné », et parle des « camarades qui venaient nous enrichir13 ».

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Du fait de sa sensibilité à la « révolution mondiale » et de son affiliation à une Internationale, la Ligue a été pour ses militant(e)s un lieu d’ouverture au monde, et plus particulièrement au Tiers Monde. Elle a été très attentive aux pays en voie de développement, prompte à soutenir les luttes de libération nationale, du Viêtnam à la Nouvelle-Calédonie, y voyant un premier pas vers la libération sociale.

Dissolution de la LCR et naissance du NPA

Jeudi 5 février, Rouge publiera son dernier numéro, une édition spéciale consacrée au nouveau parti. Toutes les traces publiques de la LCR auront disparu.

Quarante ans après sa fondation, la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) va disparaître, jeudi 5 février, lorsque ses militants voteront sa dissolution avant de se fondre dans le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA). "Une page se tourne, c'était un outil, on passe à autre chose", assure Alain Krivine, son porte-parole.

Le constat est un peu osé car, dans l'organisation, la mutation n'est pas passée sans grincements. Départs sur la pointe des pieds, claquements de porte ou batailles d'amendement dans les congrès locaux pour tenter de maintenir - un peu - ce qui fut l'identité de la LCR… ils sont nombreux chez les anciens, ceux qui ne digèrent pas de voir "brader l'orga en quelques heures". "Fermer une boutique qui a quarante ans d'âge demande plus de soin", critique Christian Picquet, représentant de la minorité. Olivier Besancenot n'en a cure. Il a déjà adopté le slogan de ses aînés : "Ne te retourne pas camarade, le vieux monde est derrière toi."

Héritage et influence

La "Ligue", c'est une tradition politique, un savoir-faire et une mythologie qui a eu ses faits de gloire et ses héros. La Ligue a été dissoute deux fois par le pouvoir, en 1969 et en 1973. Cette fois-ci, c'est nous, et sans nostalgie !", rigole Alain Krivine.

L'avenir de la LCR est encore imprécis mais l'auteur pense qu'il lui faudra encore " s'éloigner du schéma bolchevik originel » pour " s'inscrire durablement dans le champ politique comme force de contestation ».

La campagne contre la "vie chère" de la LJR

Nous avons reçu du Bureau National de la Ligue de la Jeunesse Révolutionnaire (LJR) cette note de campagne contre la vie chère. Nous en publions de larges extraits. Cette note est largement positive. Elle cible un vrai problème qui touche, avant tout, les milieux populaires : l’augmentation importante des prix de premières nécessités. Nous répondons en positif à leur appel à lutter ensemble contre ce fléau capitaliste résultat de la crise.

« La vie chère aujourd’hui » n’est rien d’autre que la forme actuelle (capitaliste) d’appauvrissement, de ruine et de pillage des travailleurs, parallèlement à l’enrichissement sans précédent d’une poignée de capitalistes. Un des aspects les plus importants du système capitaliste que nous combattons, c’est ce qu’on appelle souvent « le pouvoir d’achat ». En effet, plus le capital se développe, plus les marchandises sont fabriquées rapidement et en masse. Expliquons : plus le capital se développe, plus le profit est grand, c’est exponentiel : si l’on compare le niveau d’exploitation (d’extorsion de la plus-value) d’un ouvrier des années 1930 à celui d’un ouvrier en 2023, l’ouvrier d’aujourd’hui est bien plus exploité. Cela veut dire qu’il reçoit une part bien plus maigre de ce qu’il produit, de ce que le bourgeois en tire. Voilà le cœur de tout le problème : les crises de l’impérialisme sont comme ça, ce sont des crises de « surproduction » relative, car les masses ne sont pas en capacité d’acheter les marchandises qui leur sont proposées. C’est en résumé cela que l’on est en train de vivre aujourd’hui en France, comme dans tous les pays du monde.

Le rôle des révolutionnaires dans tout cela est de Mobiliser, de Politiser, d’Organiser les masses que nous allons rencontrer. Politiser, c’est poser la question du Pouvoir, de la structure d’Etat, c’est-à-dire la question de la Révolution.

Nous revendiquons dans les quartiers prolétaires principalement le gel des loyers et la non-indexation des charges sur l’inflation, car ceux-ci sont beaucoup trop élevés pour le service minable qui nous est fourni. Nous dénonçons ces logements insalubres, les escroqueries des régies, le dédain qu’ils ont pour le peuple. De même, les loyers/charges et tous les coûts liés au lieu de vie sont trop élevés en relation avec les profits gigantesques réalisés par les monopoles de l’immobilier et du bâtiment.

Nous revendiquons la gratuité des transports en commun, nécessaires à des millions de Français pour travailler. Les prix sont beaucoup trop élevés et saignent nos budgets.

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