Face à l'augmentation des prix des abonnements sportifs, en particulier ceux de DAZN, de nombreux fans se tournent vers des alternatives illégales pour suivre leurs équipes favorites. Telegram, une application de messagerie cryptée, est devenue un repaire de choix pour le piratage de contenus sportifs, notamment les matchs de Ligue 1.
L'attrait de Telegram pour le streaming illégal
Pour le match d'ouverture de la Ligue 1 entre Le Havre et le PSG, retransmis par DAZN, plus de 200 000 personnes étaient connectées sur des flux illégaux via Telegram. Ce phénomène s'explique par plusieurs facteurs :
- Le coût prohibitif des abonnements : Les tarifs de DAZN, jugés trop élevés par de nombreux supporters, ont incité certains à se tourner vers des solutions alternatives, même illégales. Un journaliste politique, Nicolas, a ainsi souscrit à un service pirate à 55 euros l'année, justifiant son choix par le tarif exorbitant de DAZN et la couverture éditoriale "low-cost" annoncée.
- Un sentiment d'impunité : Peu de consommateurs de flux pirates semblent effrayés par la loi. Sacha Mansouri, créateur de contenus, assume son abonnement à un service IPTV depuis trois ans, estimant que les autorités devraient s'attaquer aux fournisseurs de contenu plutôt qu'aux consommateurs.
- La facilité d'accès : Telegram offre une plateforme simple et accessible pour diffuser et regarder des matchs en direct, sans abonnement ni procédure complexe. Des influenceurs comme Serious Charly ont constaté l'ampleur du phénomène, soulignant que la communauté s'organise pour partager les "bons plans Telegram" et les services IPTV.
Les conséquences du piratage
Le piratage de la Ligue 1 représente une menace pour les clubs et les diffuseurs officiels. Shay Segev, le DG de DAZN, a rappelé que les revenus générés par les abonnements sont essentiels pour financer les clubs et maintenir la compétitivité du football français. Une baisse des revenus due au piratage pourrait entraîner une dévaluation du football français et potentiellement des faillites de clubs.
DAZN a d'ailleurs évoqué un piratage intensif pour expliquer son échec à dépasser les 700 000 abonnés, ce qui a poussé le milliardaire Len Blavatnik à arrêter les frais après une seule saison, en versant une indemnité de 85 millions d'euros à la LFP. Une enquête menée pour DAZN a révélé que la distribution des flux pirates est souvent organisée par des groupes impliqués dans des trafics en tout genre, notamment les stupéfiants.
La lutte contre le piratage
La Ligue de football professionnel (LFP) considère le piratage comme une "préoccupation majeure" et salue les décisions de justice ordonnant le blocage des sites de streaming et des services IPTV. Cependant, Telegram représente un défi particulier, car la plateforme est réputée pour sa lenteur à réagir aux demandes de suppression de contenu illégal.
Lire aussi: Tout savoir sur le streaming de foot
Xavier Spender, secrétaire général de l'Association pour la protection des programmes sportifs (APPS), souligne que l'efficacité de la lutte contre le piratage réside dans la réactivité. Il estime qu'il est crucial de cibler les "têtes de réseaux", c'est-à-dire les fournisseurs de signaux illégaux, pour couper l'alimentation des distributeurs d'IPTV et des liens Telegram.
L'évolution de la riposte de Telegram
Récemment, Telegram semble avoir intensifié ses efforts pour lutter contre le piratage de contenus sportifs. L'arrestation du fondateur de l'application, Pavel Durov, pourrait avoir contribué à cette évolution. Des streamers ont constaté que Telegram ferme désormais les canaux diffusant illégalement des événements sportifs en 10 à 15 minutes, contre 24 à 48 heures auparavant.
Pavel Dourov a également annoncé que sa plateforme allait davantage collaborer avec la justice. Ces mesures ont incité de nombreux streamers illégaux à cesser leurs activités, par crainte de sanctions judiciaires.
Les limites de la lutte
Malgré ces avancées, la lutte contre le piratage reste un défi complexe. La LFP estime que les efforts de Telegram sont encore insuffisants et demande une législation plus stricte. Certains experts, comme Hervé Lemaire, estiment que les streamers se tourneront vers d'autres plateformes si Telegram devient trop contraignant.
Philippe Dewost, expert technique ayant enquêté sur le piratage pour DAZN, regrette le peu de réactivité des "victimes" du piratage en France, par rapport à leurs homologues italiens, espagnols ou anglais. Il estime que les clubs devraient prendre en charge leur propre sécurité et ne pas se reposer uniquement sur les régulateurs.
Lire aussi: Le passé européen du PSG face à Arsenal
Les alternatives légales
Pour les fans souhaitant suivre la Ligue 1 légalement, plusieurs options s'offrent à eux :
- Les abonnements aux chaînes payantes : RMC Sport et beIN SPORTS sont les diffuseurs officiels de la Ligue 1 en France.
- Ligue 1+ : La plateforme de la LFP propose des abonnements pour suivre les matchs en direct et en replay.
- Les chaînes étrangères : Certaines chaînes étrangères, comme Caliente TV, MatchTV et RTL Club, diffusent gratuitement les matchs du PSG en streaming. Cependant, l'accès à ces chaînes peut être bloqué depuis la France en raison de restrictions géographiques. L'utilisation d'un VPN peut permettre de contourner ces blocages.
Lire aussi: Les défis du PSG en Ligue des Champions