Le Sexisme dans le Football : Exemples et Lutte Contre les Discriminations

Le sexisme dans le football, un sport universellement aimé, persiste sous diverses formes, allant des remarques désobligeantes sur les terrains aux inégalités de traitement médiatique et salarial. Cet article explore des exemples concrets de sexisme dans le football, met en lumière les initiatives prises pour lutter contre ce fléau et examine les défis qui restent à relever pour parvenir à une véritable égalité dans ce sport.

Le Sexisme Ordinaire sur les Terrains

Le sexisme ordinaire se manifeste souvent par des remarques dévalorisantes à l'égard des joueuses, remettant en question leur légitimité et leurs compétences. Ces propos, tenus par des garçons, des filles et surtout des adultes, peuvent avoir un impact profond sur la confiance et l'estime de soi des jeunes footballeuses.

Un exemple frappant de ce sexisme ordinaire est la remarque fréquemment entendue : "Tu ne vas quand même pas te faire avoir par une fille !". Cette phrase, anodine en apparence, véhicule un message subtil mais puissant : les filles sont considérées comme inférieures aux garçons sur le terrain, et se faire battre par une fille est une humiliation. De même, huer un garçon qui s'est fait dépasser par une fille souligne les places différentes occupées par les filles et les garçons sur le terrain.

Ces remarques, bien que souvent perçues comme banales, peuvent avoir des conséquences dramatiques. Elles peuvent dissuader les jeunes filles de pratiquer le sport, par peur des réactions négatives et des jugements.

Trois jeunes joueuses du club de l’Association Sportive de Valognes Football, Lili, Louna et Ombeline, ont témoigné en vidéo contre les propos discriminants et sexistes sur la pratique féminine. Elles se sont interrogées sur des remarques essuyées depuis des bords de terrains, questionnant la légitimité de leur pratique. Des propos de « sexisme ordinaire » entendus en déplacement comme dans leur commune de quelque 8 000 habitants. Mais loin de les rebuter, ces remarques les ont poussées à témoigner via une vidéo, réalisée avec les concours de la Maison des adolescents (Mado) de la Manche, le Service départemental de la jeunesse et des sports (SDJES) et le Centre d'information du droit des femmes et des familles (CIDFF), subventionnée par l’Agence nationale du sport (ANS).

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Anne-Claire Jouault, membre du bureau de l’AS Valognes, détaille une démarche « d’apprentissage du respect de l’autre en luttant contre la banalisation d’un discours qui peut blesser ». Selon Anne-Claire Jouault, Lily, Louna et Ombeline ont souhaitée réaliser cette vidéo à la suite « d’échanges réguliers sur leurs difficultés par rapport à des commentaires de bords de terrains, dont l’un après un match de quelqu’un qui les a questionnées sur pourquoi elles jouaient au foot. Elles se sont dit qu’il fallait en faire quelque chose mais plutôt que cela soit limité au club, que cela puisse s’ouvrir à l’ensemble de la pratique sportive car c’est aussi en lien avec des faits et des questionnements de la société d’aujourd’hui ».

Lili, Louna et Ombeline sont passées outre pour continuer le football, non sans avoir parfois douté et sans toujours mesurer toute la portée des réflexions lancées. « Quand on a commencé à travailler sur la vidéo, elles nous ont dit que telle ou telle allusion était "banale, pas intéressante, on ne va rien en faire", témoigne la dirigeante. On leur a répondu que si, que chaque mot qui n’a pas lieu d’être est important et devait être rapporté. Elles avaient en fait l’impression que seul ce qui était extrêmement grave pouvait l’être et que le reste, finalement… Cela nous a permis aussi de replacer le curseur au bon endroit car ce n’est pas à elles d’avoir honte, et donc de sortir de la culpabilité par exemple pour d’autres de ne pas y être arrivé. Elles ont finalement effectué un travail remarquable en acceptant de dire et de tout mettre sur la table pour que cela soit pris en compte. Elles se sont affirmées et ont gagné en confiance sur la possibilité d’être ce dont elles avaient envie dans le club ».

Inégalités de Traitement et Manque de Visibilité Médiatique

Outre le sexisme sur le terrain, les footballeuses sont souvent confrontées à des inégalités de traitement en termes de ressources, d'infrastructures et de couverture médiatique. Les équipes féminines disposent généralement de budgets inférieurs à ceux des équipes masculines, ce qui se traduit par des installations moins performantes, un encadrement moins qualifié et un matériel moins performant.

Le manque de visibilité médiatique est un autre problème majeur. La presse écrite ne consacre que 2% de couverture médiatique du foot aux équipes de femmes. Cette faible couverture contribue à perpétuer les stéréotypes et à dévaloriser le football féminin. En conséquence, les joueuses ont du mal à attirer des sponsors et à gagner leur vie décemment.

L'association sportive et militante les Dégommeuses a publié une enquête sur la place réservée aux footballeuses dans la presse écrite française. Sur 1 327 pages accordées au football dans ces journaux le mois dernier, seules 28 sont dédiées à la pratique féminine. Un constat déplorable dans un contexte pourtant favorable à la médiatisation des joueuses : reprise du championnat de première division, premiers matches amicaux de la sélectionneuse Corinne Diacre à la tête de l’équipe de France (contre le Chili puis l’Espagne le 15 et 18 septembre dernier), annonce de la Coupe du monde de football féminin en France 2019… Rien n’y fait : seulement 2,1% des pages foot de ces dix titres de presse se sont intéressées aux footballeuses.

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Dans le détail, l'Equipe consacre 1,2% de ces pages au football féminin, France Football tombe à 0,9%, So Foot plonge à 0,1% (!). C'est un poil mieux en région : 6,9% pour le Midi Libre, 4,9% pour la Voix du Nord, 4,7% dans les pages du Progrès. « Même si le traitement quantitatif est légèrement meilleur dans les titres régionaux, les joueuses sont souvent dans les pages locales et très rarement dans les pages sport. On les considère plus comme des enfants du pays que comme des footballeuses professionnelles», développe Alice Coffin, chargée de l'étude des Dégommeuses, journaliste, spécialiste des médias et militante féministe.

Autre problème : quand on parle du football féminin, on en parle mal. « Les joueuses sont la plupart du temps anonymisées, invisibilisées au service de la promotion des hommes, renchérit Alice Coffin. L'entraîneur, le médecin, le kiné… Chaque homme est célébré dans un papier dont le sujet principal est pourtant un collectif féminin. Les joueuses ne sont quasiment jamais nommées et-ou illustrées par une photographie, on préfère mettre le coach ou le président du club. Il y a une véritable tendance structurelle à afficher la présence masculine quand on parle de football féminin.»

Le Sexisme dans les Instances Dirigeantes

Le sexisme est également présent au sein des instances dirigeantes du football. Les femmes sont sous-représentées dans les postes de décision, ce qui limite leur capacité à influencer les politiques et à faire entendre leur voix. Cette absence de diversité contribue à perpétuer les inégalités et à maintenir un environnement dominé par les hommes.

Sally Freedman, une Britannique diplômée et férue de football, a travaillé pour l'UEFA comme chargée de communication. Elle a démissionné, lasse de buter sur les préjugés et le machisme ambiant, et révoltée par l'inertie complice de ses supérieurs. Elle résume son action par "un cinglant échec à inspirer un quelconque changement".

Freedman aligne les exemples du sexisme dans les instances dirigeantes. Le pantalon de l'uniforme féminin UEFA pour l'Euro 2020 est transparent. En 2022, pour animer la fête de Noël de l'UEFA, on fait défiler sur échasses des femmes à moitié nues. En préparation à l'Euro 2024, un ponte de l'UEFA déclare en meeting, que parmi les attributs indispensables "pour faire une grosse fête", il faudra absolument "des femmes et de l'alcool"… Personne ne semble s'étonner de rien, la sexualisation est endémique et l'omerta la règle.

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À l'UEFA, si les femmes représentent 53% des effectifs, elles sont quasiment absentes du sommet de la hiérarchie (deux sur 32).

Initiatives et Actions de Lutte Contre le Sexisme

Malgré les défis persistants, de nombreuses initiatives sont mises en œuvre pour lutter contre le sexisme dans le football. Ces actions visent à sensibiliser le public, à promouvoir l'égalité des chances et à encourager la participation des femmes à tous les niveaux du sport.

L'AS Valognes Football a mis en place une action de prévention, couplée à une formation de ses dirigeants, éducatrices et éducateurs aux particularités de l’adolescence. Cette action a valu à ce club d’être lauréat des trophées Philippe-Séguin 2024 du Fondaction du Football, dans la catégorie « mixité et diversité ». Anne-Claire Jouault a accompagné la démarche des jeunes filles en tant qu’éducatrice et cheffe de service à la Mado de la Manche. Le comité directeur à grande majorité masculine a adhéré au projet et a su se remettre en cause. Une psychologue est venue présenter deux modules sur la particularité adolescente, la mixité et les stéréotypes de genre. La vidéo a été présentée au club lors d’un stage regroupant cent-quarante U6 à U15 en mixité, lors d’une matinée de prévention.

La vidéo a été diffusée sur les réseaux sociaux à partir du 8 mars 2024, à l’occasion de la Journée de la femme. Le District de la Manche s’est immédiatement montré intéressé pour travailler sur ces questions et s'est rapproché d’abord du club, puis de la Mado. La Ligue de Normandie a aussi partagé la vidéo, l’AS Cherbourg a informé qu’il allait l’utiliser sur son prochain stage de jeunes en février et d’autres clubs l'ont déjà fait.

L’association "Her Game Too", lancée par des supportrices, est un exemple d'initiative encourageante.

Défis Restants et Perspectives d'Avenir

Malgré les progrès réalisés, le sexisme reste un problème profondément enraciné dans le football. Pour parvenir à une véritable égalité, il est essentiel de s'attaquer aux causes profondes du problème, notamment les stéréotypes de genre, les préjugés et les inégalités de pouvoir.

Il est important de sensibiliser et de travailler sur les valeurs véhiculées dès l'enfance, d'augmenter fortement la pratique et la visibilité du football féminin, ainsi que la représentation des femmes dans le football en général. Il faut faire scrupuleusement respecter la législation en vigueur sur ces sujets et appliquer de vraies sanctions.

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