Le monde du football, universellement apprécié, s'est enrichi des contributions de nombreux joueurs juifs talentueux. Qu'ils soient en Europe, aux États-Unis ou en Israël, ces footballeurs ont marqué les terrains et porté fièrement leur héritage juif. Ils continuent d'inspirer les nouvelles générations de joueurs à repousser les limites, à laisser leur empreinte et à célébrer leur identité juive avec fierté.
Reconnaissance de l'héritage juif dans le football
L'histoire du football est jalonnée de figures dont l'identité juive, qu'elle soit pleinement revendiquée ou plus discrète, a contribué à façonner leur parcours et leur perception par le public. Certains joueurs, conscients de leur héritage, l'ont embrassé comme une source de fierté, tandis que d'autres ont préféré se concentrer sur leur jeu, laissant leur talent parler pour eux.
Les origines juives parfois surprenantes
L’avocat Motti Cohen, fondateur et président de la société Passportogo, qui aide les Israéliens d’origine portugaise à obtenir des passeports européens, a réagi à une découverte surprenante : « La découverte des origines juives de Cristiano Ronaldo pourrait servir de levier important pour diffuser et appliquer la loi portugaise aux milliers de Juifs descendants des Marranes en Espagne et au Portugal et qui sont aujourd’hui dispersés aux quatre coins du monde…. » Un rapport établi par un groupe de chercheurs en généalogie portugais et brésiliens spécialisés dans l’histoire de la population portugaise affirme que Cristiano Ronaldo a des origines juives. Les recherches sur les origines de Cristiano Ronaldo ont d’abord été géographiques avec comme point de départ l’île de Madère où est né le footballeur. Dans un second temps, les chercheurs se sont penchés sur la généalogie du footballeur et ont découvert un lointain ancêtre à lui du nom de Leonor Riviero, qui était défini comme « Nouveau chrétien », « Cristão novo » en portugais. Il avait été arrêté et torturé par l’Inquisition pour « crime de judaïsme » et mourut à Lisbonne en 1595 loin de sa famille. Les chercheurs pensent que ce lointain ancêtre avait suivi le même chemin que beaucoup de ses congénères juifs en s’étant converti tout en continuant à observer le judaïsme en cachette. Depuis quelques années, le Portugal a reconnu officiellement le préjudice historique infligé aux Juifs du Portugal ainsi que ceux parmi les expulsés d’Espagne qui avaient choisi de se réfugier au Portugal voisin.
Figures emblématiques du football juif
Plusieurs joueurs se sont distingués par leur talent exceptionnel et leur contribution au football, tout en portant fièrement leur héritage juif. Voici quelques exemples :
Yossi Benayoun : L'Israélien aux multiples talents
Principalement connu pour avoir joué pour Liverpool, Chelsea et Arsenal, Yossi Benayoun est sans aucun doute l’un des footballeurs juifs les plus célèbres. Yossi Benayoun, né le 5 mai 1980 à Dimona (Israël), est un footballeur international israélien d'origine juive marocaine qui évolue au poste de milieu de terrain entre 1997 et 2019. Benayoun est l’international israélien le plus capé.
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David Beckham : Une légende connectée à ses racines
David Beckham est un nom qui domine le monde du football depuis des années. Avec un grand-père juif qui l’a initié à la beauté du football, Beckham a toujours reconnu sa connexion avec la communauté juive, bien qu’il se soit converti à l’église d’Angleterre. Possédant un tir magistral et une précision hors pair, Beckham est sans doute un des meilleurs joueurs de football de sa génération. Bien qu’il ait grandi près du stade de l’équipe des Spurs de Tottenham, White Hart Lane, le petit David Beckham allait encourager l’équipe de Manchester United, accompagné de ses parents, à Old Trafford. Enfant, David a été élève dans une école de football de Bobby Charlton et a pu assister à un entraînement du FC Barcelone. En 1986, alors âgé de 11 ans, il a été la mascotte de Manchester United à l’occasion d’un match les opposant à West Ham. Toutefois, le premier club dans lequel il a joué en amateur fut bien Tottenham. Après quelques coups d’éclat qui en font une attraction médiatique, Beckham déçoit lors de sa prestation à la Coupe du monde 1998. Finalement, il se fera pardonner par les Anglais en dévoilant, les années suivantes, une excellence de jeu qui fera sa renommée. Côté famille, David Beckham épouse Victoria, ancienne membre des Spice Girls, avec qui il a quatre enfants : Brooklyn Joseph, Romeo James, Cruz David et Harper Seven. En parallèle de sa carrière sportive, il devient aussi une icône de la mode et prête son image à plusieurs grandes marques.
Julian Draxler : L'élégance allemande avec une touche juive
L’international allemand Julian Draxler, doté d’une affiliation juive par son grand-père, a fait des vagues non seulement en Bundesliga, mais aussi sur la scène internationale avec l’équipe allemande. Son élégance sur le terrain et sa vision du jeu sont des preuves de ses incroyables talents, faisant de lui un joueur indispensable pour le Paris Saint-Germain et l’équipe nationale allemande. Julian Draxler, né le 20 septembre 1993 à Gladbeck (en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Allemagne), est un footballeur international allemand qui évolue au poste de milieu de terrain ou d'ailier au Qatar à Al Ahli SC. Il est sacré champion du monde avec l'équipe d'Allemagne, lors de la Coupe du monde 2014 au Brésil, et remporte en tant que capitaine la Coupe des confédérations 2017, durant laquelle il reçoit le prix de meilleur joueur de la compétition.
Rodney Marsh : Une légende anglaise née sous une bonne étoile
Rodney Marsh, un attaquant anglais né juif, a laissé un héritage durable dans le football britannique. Bien que sa carrière ait été brève en raison d’une blessure, les exploits de Marsh dans les années 1960 et 1970 avec Queens Park Rangers et Manchester City sont toujours mémorables. Son style flamboyant en fait l’un des meilleurs joueurs juifs à avoir jamais foulé l’herbe verte du terrain de football. Rodney Marsh, né le 11 octobre 1944 à Hatfield (Angleterre), est un footballeur anglais, qui évoluait au poste d'attaquant à Manchester City et en équipe d'Angleterre.
Benny Feilhaber : La créativité juive au service du soccer américain
Né à Rio de Janeiro d’un père autrichien d’origine juive, Benny Feilhaber fait sa marque en Major League Soccer. Le milieu de terrain, qui a représenté les États-Unis lors de la Coupe du Monde de la FIFA en 2010, est surtout connu pour ses passes décisives précises et sa vision de jeu, apportant une dimension créative à chaque équipe pour laquelle il a joué. Benny Feilhaber est un joueur international américain de soccer né le 19 janvier 1985 à Rio de Janeiro au Brésil. Il joue au poste de milieu de terrain. Il est l'entraîneur du Sporting II de Kansas City en MLS Next Pro depuis janvier 2022.
Julius Hirsch : Pionnier et victime de l'antisémitisme
Julius Hirsch, un joueur allemand du début du 20e siècle, est une figure emblématique de l'histoire du football, tant pour son talent que pour son destin tragique. Avec Gottfried Fuchs, Hirsch était l'un des premiers joueurs juifs à représenter l'équipe nationale allemande. Il a connu le succès avec le KFV (Karlsruher FV) et a ensuite remporté un autre championnat avec Fürth. Avant que la Première Guerre mondiale n'interrompe sa carrière, il était le premier joueur allemand à gagner un titre avec plus d'une seule équipe, ce qui faisait de lui l'un des joueurs les plus respectés.
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Malheureusement, la carrière et la vie de Hirsch ont été tragiquement interrompues par la montée du nazisme. En tant que Juif, il a été victime de discrimination et d'exclusion, et a finalement été déporté et assassiné pendant l'Holocauste.
Son histoire est un rappel poignant des dangers de la haine et de l'intolérance dans le sport et dans la société.
Le football, un reflet des tensions sociales
Le football, en tant que sport populaire, reflète souvent les tensions et les préjugés présents dans la société. L'antisémitisme, malheureusement, n'a pas épargné ce milieu, comme en témoignent certains incidents et comportements observés dans les stades et en dehors.
Antisémitisme et hooliganisme : un cocktail explosif
En réaction, les membres du F-side, principal groupe ultra de l’Ajax Amsterdam, fondé en 1976, se bardent de symboles juifs. Les chants à la gloire du Hamas ont remplacé le bruit des chambres à gaz, mais le problème demeure. Face à la recrudescence d’insultes antisémites, les dirigeants des deux clubs souhaitent effacer, ou du moins gommer, l’identité juive affichée par leurs supporteurs. En 2005, le président de l’Ajax, John Jaakke, tente bien de bannir cette étiquette de « club juif », dans le but de « ne plus donner de prétexte » aux injures antisémites. « Notre situation est paradoxale, soulignait alors un communiqué. Nous sommes un prétendu club juif mais, dans la plupart des cas, nos supporteurs juifs hésitent à assister à nos matchs à domicile - ne parlons pas de ceux à l’extérieur - à cause des réactions blessantes des fans de nos adversaires. Il faut mettre fin à ce paradoxe. » Mais cette initiative a été très mal reçue par les fans de l’Ajax. « Nos supporteurs adorent cette identité, laissons-la leur », déclarait au Monde en 2005, Salo Muller, l’ancien kiné du club. « Plutôt que de leur demander de changer leurs drapeaux et leurs chansons, il ferait mieux d’inviter les présidents des clubs dont les fans poussent des cris antisémites à agir. » Du côté de Tottenham, « la position du club est aussi floue que celle des Anglais sur le Brexit », s’amuse Anthony Clavane, qui estime toutefois « que les dirigeants ne souhaitent pas rentrer en conflit avec leurs supporteurs sur cette question. » Ils ont toutefois lancé une consultation en 2014 auprès de leurs supporteurs sur l’emploi du pudiquement nommé « Y- word ». Résultat sans appel : 74 % des répondants, juifs comme non-juifs, n’estiment pas ce terme offensant et avalisent son utilisation. Ils ne s’en priveront pas à la Johann Cruyff d’Amsterdam face à leurs « frères » de l’Ajax.
Initiatives contre le racisme et l'antisémitisme
Conscient de ces problèmes, le monde du football s'efforce de lutter contre le racisme et l'antisémitisme. Des organisations comme FARE (Football contre le racisme en Europe) et des associations comme la polonaise « Never again » travaillent en collaboration avec l'UEFA pour sensibiliser les joueurs et les supporters, et pour promouvoir l'inclusion et le respect.
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FARE organise des tournois de football locaux pour les enfants sur des mini-terrains improvisés, des « Streetkicks » ; chaque match s’accompagne d’arguments antiracistes et de méthodes d’inclusion sociale. Il est plus difficile de savoir s’y prendre avec les hooligans locaux purs et durs et les visiteurs d’extrême-droite. Il suffit de quelques-uns pour démolir un jeu organisé pour tous, malgré toutes les affiches qui avaient été placardées dans tout Varsovie, de la plus grande zone de fans jusqu’au sinistre « Valhalla Viking Pub ».
Identité juive et clubs de football : une relation complexe
La relation entre l'identité juive et certains clubs de football, notamment l'Ajax Amsterdam et Tottenham Hotspur, est complexe et souvent ambivalente. Ces clubs, bien que n'étant pas officiellement juifs, ont historiquement attiré un grand nombre de supporters juifs et ont été associés à la communauté juive.
L'Ajax Amsterdam et Tottenham Hotspur : des clubs aux racines juives
Comme lors du match aller, en Angleterre, il ne sera donc pas étonnant de voir dans la Johann Cruyff Arena des drapeaux israéliens, de croiser des fans arborant fièrement un tatouage représentant l’étoile de David, ou d’entendre des « Qui ne saute pas n’est pas juif ! » Les supporteurs des deux clubs entretiennent ce symbolisme bien qu’ils n’aient, dans leur grande majorité, aucun lien avec le judaïsme, et qu’ils peineraient, pour la plupart, à placer Tel-Aviv sur une carte. « Tottenham et l’Ajax sont deux clubs non juifs, mais installés dans des quartiers qui comptaient de nombreux juifs, explique au Monde Simon Kupper, correspondant du Financial Times à Paris et auteur d’Ajax, the Dutch, the War, un ouvrage qui retrace l’histoire du club d’Amsterdam. Les juifs ont utilisé ces clubs pour s’intégrer dans la société. Etre fan de Tottenham ou de l’Ajax était aussi une manière de devenir londonien ou amstellodamois. »
Appropriation et détournement des symboles
Cette association a parfois conduit à des appropriations et des détournements de symboles juifs par les supporters, ainsi qu'à des chants et des slogans à connotation antisémite de la part des supporters adverses. Si certains supporters juifs se sont approprié ces symboles comme une forme de fierté et de résistance, d'autres les considèrent comme offensants et inappropriés.