L'homosexualité dans le monde du football reste un sujet délicat, marqué par un silence assourdissant et des préjugés tenaces. Bien que le nombre de joueurs ouvertement gays soit infime, des études récentes et des initiatives de sensibilisation laissent entrevoir une évolution potentielle des mentalités. Cet article explore les statistiques, les perceptions et les défis liés à l'homosexualité dans le football, en mettant en lumière les avancées et les obstacles qui persistent.
Perceptions de l'Homosexualité chez les Jeunes Footballeurs : Une Étude Encourageante
L'association Foot Ensemble a mené une étude auprès de 1 605 jeunes footballeurs âgés de 12 à 19 ans pour évaluer leur perception de l'homosexualité et de l'homophobie. Les résultats révèlent une attitude globalement positive : 78 % des répondants estiment qu'un "coéquipier gay serait un sportif comme un autre, quelqu'un de normal". L'acceptation est légèrement plus forte pour les lesbiennes (80 %) que pour les gays (75 %).
Si la majorité des jeunes interrogés considère qu'un coming-out dans une équipe de foot est un acte courageux, difficile et potentiellement dangereux, ils affirment que cela ne changerait rien pour eux. Ces chiffres sont encourageants, mais l'étude révèle également que 40 % des jeunes footballeurs estiment que leur sport reste un milieu homophobe, et la moitié pense avoir des coéquipiers homophobes.
Homophobie Ordinaire : Clichés, Insultes et Malaise
Malgré une acceptation théorique croissante, les clichés persistent. 43 % des jeunes interrogés avouent qu'ils ne seraient pas à l'aise à prendre une douche en présence d'un coéquipier homosexuel. De plus, 42 % admettent avoir déjà tenu des propos homophobes tels que "pédé", "tarlouze", "tapette" lors de matchs, d'entraînements ou en tribune. Bien que beaucoup minimisent la portée de ces insultes, les utilisant pour déstabiliser, provoquer ou "rigoler", elles témoignent d'une homophobie latente.
Il est important de noter que, bien qu'une majorité reconnaisse que les homosexuels sont plus souvent victimes de discrimination que les hétérosexuels, 44 % des jeunes interrogés avouent avoir déjà été insultés par leurs coéquipiers.
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Lutter Contre l'Homophobie : Mesures et Initiatives
Face à cette homophobie encore bien enracinée, 67 % des jeunes footballeurs estiment qu'il est urgent de réagir. Les mesures privilégiées incluent l'arrêt des matchs en cas de propos homophobes, la sensibilisation des plus jeunes au sein des clubs, et la diffusion de messages avant et après les matchs. De plus, 71 % des personnes interrogées estiment qu'il faudrait arrêter les chants homophobes dans les stades.
La Ligue de Football Professionnel (LFP) a adopté un plan d'action élaboré avec des associations, comprenant des livrets et des ateliers de sensibilisation, ainsi qu'un "serious game" intitulé "Un gay dans mon équipe ?". Elle s'associe également à la journée mondiale contre l'homophobie. Cependant, certaines initiatives, comme le port d'un brassard arc-en-ciel par les capitaines, ont été inégalement respectées.
Le Tabou du Coming-Out : Un Silence Assourdissant
En Europe, aucun footballeur professionnel en activité n'a révélé son homosexualité. Cette absence de coming-out suggère une loi du silence et un prix exorbitant à payer pour ceux qui oseraient briser le tabou. La situation semble peu avoir évolué depuis 1990, lorsque Justin Fashanu avait révélé son homosexualité, suscitant l'opprobre et l'ostracisme, et contribuant à son suicide.
Depuis, seuls quelques footballeurs professionnels ont fait leur coming-out, la plupart étant de jeunes retraités ou de niveau modeste. Pour les joueurs en carrière, il faut se tourner vers les États-Unis, où Robbie Rodgers et Collin Martin ont révélé leur homosexualité.
Un joueur de Premier League a même confié anonymement, via la Fondation Justin Fashanu, qu'il se sentait "piégé" et qu'il avait "peur qu'exposer la vérité n'empire ma situation". Thomas Beattie, un ancien joueur anglais, a résumé le dilemme en déclarant qu'"être ouvertement gay et poursuivre une carrière dans le football ne [lui a] jamais semblé une option".
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Les Footballeurs Sont-ils Particulièrement Homophobes ?
Une étude de 2013 indiquait que 41 % des footballeurs exprimaient "des opinions hostiles à l'homosexualité", contre 8 % chez les pratiquants d'autres sports. Cependant, ils se montraient moins intolérants à l'idée d'avoir un coéquipier gay (67 %). L'étude soulignait également que "plus les joueurs ont des amis homosexuels, plus ils sont tolérants", mais que 80 % des pros n'avaient aucun ami gay dans leur entourage.
Certains militants espèrent le coming-out d'un joueur de l'élite pour lancer un mouvement. Antoine Griezmann et d'autres joueurs ont affirmé qu'ils soutiendraient un coéquipier qui s'y risquerait.
L'Environnement : Public et Supporters
L'environnement, et notamment le public, joue un rôle crucial. Les associations s'efforcent de sensibiliser à l'homophobie ordinaire des invectives lancées en tribune. Dave Raval, cofondateur des "Gay Gooners", un groupe de supporters LGBT d'Arsenal, estime que la vraie question est de savoir "quand les supporters feront-ils leur coming out ?".
La difficulté réside dans la mise en place d'actions concrètes pour faire évoluer les mentalités. La charte contre l'homophobie dans le football, signée en 2005 par une partie seulement des clubs pros, n'a pas eu d'effets significatifs.
Journée Mondiale de Lutte Contre l'Homophobie : Un Fléau Banalisé
Le 17 mai marque la Journée mondiale de lutte contre l'homophobie, et cette année, plusieurs joueurs professionnels allemands ont prévu de révéler leur homosexualité.
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Le week-end du 13-14 mai 2023 a lieu la 35ᵉ journée consacrée à la lutte contre l’homophobie dans le football. Comme chaque année, celle-ci démontre combien le milieu du ballon rond est touché par une homophobie aussi violente que banalisée.
En France, les agressions LGBTphobes augmentent de façon inquiétante. L’homophobie tue. Les discriminations vis-à-vis de notre orientation sexuelle ne doivent plus passer.
Yoann Lemaire, premier footballeur amateur à avoir fait son coming-out, témoigne des insultes homophobes sur le terrain, dans le vestiaire, et des chants des supporters. Il s'interroge sur les raisons de l'homophobie dans le football et sur la nécessité d'être viril au point de mépriser l'adversaire et parfois ses coéquipiers.
Agir Contre l'Homophobie : Sanctions, Formation et Prévention
Les instances du milieu doivent prendre le sujet de l’homophobie à bras le corps, en mettant en place des sanctions, mais aussi de la formation et de la prévention. Les footballeurs professionnels, suivis par des millions de personnes, doivent montrer l’exemple.
Pourtant, 10 ans après l’adoption du mariage homosexuel en France, le nombre d’agressions LGBTphobes augmente de façon inquiétante. L’homophobie tue. L’homophobie est illégale. Ces discriminations ne doivent plus passer, ne peuvent plus être tolérées.
Perceptions de l'Homophobie en Europe : Une Étude Révélatrice
Une étude de YouGov au Royaume-Uni a examiné les perceptions concernant l'homophobie dans le football professionnel. En prévision des annonces attendues en Allemagne, cette étude a été réitérée dans les cinq plus grands pays footballistiques d'Europe.
Les supporters français sont les plus susceptibles de croire que l'homophobie est répandue dans le football (58 %), et qu'il s'agit d'un problème majeur (67 %). De nombreux fans estiment que la situation s'est améliorée au cours de la dernière décennie, mais les supporters français sont les plus susceptibles de dire que l'homophobie s'est en fait aggravée.
Les supporters estiment généralement que la réaction la plus négative viendra des supporters des équipes adverses. Dans les cinq pays, les supporters s'attendent majoritairement à ce que les coéquipiers des joueurs homosexuels réagissent positivement.
Les supporters britanniques sont les plus enclins à penser que la réaction des médias est une raison qui décourage les footballeurs de révéler leur homosexualité (60 %). Les supporters allemands sont particulièrement enclins à penser que la réaction potentielle des supporters des autres équipes (45 %) et de leur propre club (41 %) fait hésiter les joueurs homosexuels à révéler leur sexualité.
Les supporters français sont les plus nombreux à anticiper des révélations d'homosexualité au cours des 12 prochains mois (48 %).
Coming-Out : Un Choix Difficile
Olivier Rouyer, ancien international français, a fait son coming-out en 2008, plus de 20 ans après la fin de sa carrière. Yoann Lemaire a fait le même choix en 2004, alors qu'il était encore actif au FC Chooz. Il a été progressivement mis à l'écart de son club.
Antoine Griezmann a déclaré que dans un sport où "nous faisons les durs et les forts", "nous avons peur de ce qui pourrait se dire", ainsi que des "insultes" dans les stades.
Avec 2,5 millions de licenciés à la Fédération française de football, et alors que le pourcentage d'homosexuels généralement retenu est de 5 à 7 % d'une population, l'indigence des chiffres français relève de l'aberration statistique.
Homophobie et Modèles de Masculinité
Pour le sociologue Philippe Liotard, « le foot véhicule des modèles de masculinité faits de force et de performance physique. Le groupe se construit sur ces représentations. L'homophobie ordinaire se retrouve autant dans la société que dans les stades.
Initiatives de la LFP : Une Journée d'Action Timide
Le week-end dernier, à l'initiative de la LFP, une journée d'action était programmée dans les stades français. Un échec. Seuls deux clubs ont répondu présent : Le Havre et… Montpellier.
Théo Lequy, membre de l'association Foot Ensemble, rêve que l'homophobie, inhérente au football français, ne soit bientôt plus qu'un vieux souvenir.
Les Jeunes et l'Homosexualité : Des Statistiques Encourageantes
Selon une étude inédite réalisée par Foot Ensemble, près de 8 jeunes sur 10 (78 %) jugent l'homosexualité acceptable, tandis que 7 jeunes sur 10 sont favorables à ce qu'un joueur homosexuel puisse être leur capitaine (71 %).
Les répondants estiment en grande majorité qu'un coéquipier gay est un sportif comme un autre, quelqu'un de normal et/ou de courageux (78 %), qu'ils ne seraient pas hostiles à un coming out dans leur équipe (74 %), et seraient prêts à soutenir un coéquipier gay (76 %) en cas de problème.
Autant de statistiques qui laissent entrevoir une sortie du tunnel grâce à la prochaine génération, sachant notamment que, selon l'étude, l'homosexualité est beaucoup plus tolérée chez les moins de 13 ans (86 % d'entre eux la jugent acceptable), que chez les ados en pleine puberté (64 %).
Yoann Lemaire, président de l'association Foot Ensemble, se satisfait de ces résultats positifs.
Paradoxes et Réalités Obscures
Si les chiffres sur « l'acceptabilité » de l'homosexualité rassurent, l'enquête révèle paradoxalement qu'une majorité de jeunes estiment que faire son coming out reste courageux, difficile voire dangereux (79 %), qu'ils ont des coéquipiers homophobes dans leur équipe (51 %), et que les homosexuels sont plus souvent victimes d'insultes, de moqueries et de violences que les hétéros (83 %).
Et ils sont aussi nombreux à qualifier un joueur homosexuel de « dégoûtant », « faible », « efféminé » ou « obsédé sexuel » (30 %), à admettre qu'ils seraient gênés de prendre leur douche en leur présence (43 %) et qu'ils ont déjà tenu des propos homophobes tels que « PD », « tarlouze » ou « tapette » au cours d'un match, d'un entraînement ou en tribune (42 %).
Yoann Lemaire estime à 12 % « seulement » le pourcentage de répondants au questionnaire s'affichant comme clairement homophobes, mais précise qu'il s'agit souvent « d'une minorité de joueurs virulents et extrêmement influents sur le reste du groupe ».
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