L'histoire du football en Côte d'Ivoire : Une passion nationale

En Côte d'Ivoire, le football est plus qu'un simple sport ; c'est une passion qui anime le pays. Les Ivoiriens vivent et respirent football. Les jours de match, les villes s'illuminent aux couleurs nationales, orange, blanc et vert. Les maquis sont remplis de monde, et toute une nation retient son souffle pendant 90 minutes. La suite, les Ivoiriens la connaissent bien : soit une vague d'allégresse transcende le pays, soit un couvre-feu s'abat sur lui pour apaiser les douleurs de la défaite.

Les débuts du football en Côte d'Ivoire

Le football a fait son apparition en Afrique de l'Ouest en 1903, plus précisément au Ghana, alors colonie britannique. Le Cape Town Excelsior fut alors créé, marquant la naissance de la première équipe de football de la sous-région. Au XVIIIe siècle, le peuple Akan s'est divisé, certains s'installant en Côte d'Ivoire tandis que d'autres sont restés au Ghana. Néanmoins, les deux parties ont toujours entretenu des liens étroits, et l'un de ces liens est le football. Les N'zima, une ethnie du groupe Akan, ont introduit le football en Côte d'Ivoire, transmis par leurs cousins ghanéens.

Peu à peu, le football s'est répandu dans toute la Côte d'Ivoire, et de nombreux clubs ont été créés. Selon le célèbre journaliste sportif ivoirien Ricardo Xama, ces clubs étaient soit à base corporatiste, soit à base ethnique. Parmi eux, on trouve l'ASFIA (Association Sportive des Fonctionnaires Indigènes d'Abidjan) et l'USFA (Union Sportive Bloc Lagunaire), l'équipe des Ébriés. Les colons avaient également leur propre équipe de football, l'Olympique Bassamois. Cependant, les clubs les plus célèbres sont l'Africa Sports, créé en 1947, et l'Amicale Sportive des employés de Commerce, plus connue sous le nom de l'ASEC Mimosas, créée en 1948.

Alors que le ministère de la Jeunesse et des Sports n'a été créé qu'en 1963, la FIF (Fédération Ivoirienne de Football) a vu le jour en 1960.

L'ascension des Éléphants

Les Éléphants, surnom donné aux joueurs de l'équipe nationale de football, ont disputé leurs premiers matchs dans les années 1960. En 1964, la FIF a intégré la FIFA, et les Éléphants se sont qualifiés pour la première fois à la CAN (Coupe d'Afrique des Nations) en 1965, où ils ont terminé à la troisième place derrière la Tunisie et le Ghana. Les Éléphants ont fait une entrée remarquable sur la scène africaine.

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C'est en 1992, au Sénégal, que la Côte d'Ivoire a remporté la CAN pour la première fois face au Ghana. L'Éléphant, roi de la Savane, est alors devenu le roi du terrain. Cette CAN est l'une des plus mythiques, car il a fallu une série de 24 tirs au but pour connaître le vainqueur, témoignant d'un stress à son paroxysme. Cette exaltation du côté ivoirien fut telle que le président Houphouët-Boigny a déclaré trois jours fériés, et à la naissance de l'éléphanteau du zoo d'Abidjan, celui-ci fut baptisé CAN.

Le 8 octobre 2005, les Éléphants ont écrit une nouvelle page de leur histoire en battant le Soudan et en se qualifiant pour leur première Coupe du Monde, qui s'est tenue en Allemagne en 2006.

Le Maracana : Le football à la sauce ivoirienne

Les Ivoiriens se sont tellement imprégnés du football qu'ils ont inventé le Maracana, le football à la sauce ivoirienne. Ce football nouveau, créé dans les années 1970, se joue avec deux équipes de 6 joueurs et sans gardien. Le Maracana a également gagné le cœur des Ivoiriens, mais pas seulement, car il existe aujourd'hui des équipes au Burkina Faso, en France, ou encore en Chine et au Canada.

Les figures emblématiques du football ivoirien

On ne peut parler du football ivoirien sans évoquer ses joueurs, ces maîtres du ballon rond qui émerveillent les foules. Parmi eux, on peut citer Laurent Pokou, sans doute l'un des premiers joueurs à avoir rayonné sur la scène internationale, adulé par Pelé lui-même qui lui avait dit "tu aurais dû naître brésilien". Gadji Céli, "le footballeur chanteur", aussi doué avec un ballon qu'avec un micro, a également réalisé un album "Elephant Story" retraçant l'histoire du football ivoirien.

La génération dorée a également marqué l'histoire du football ivoirien. Elle est composée de Yaya Touré, quadruple ballon d'or africain, Yao Kouassi Gervais "Gervinho", surnommé la jaguar pour sa rapidité, Salomon Kalou, meilleur espoir africain de l'année 2008, et Didier Drogba, considéré comme le plus grand joueur ivoirien de tous les temps.

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Voici une équipe type des meilleurs joueurs ivoiriens :

  • Gardien : Alain Gouaméné
  • Latéral droit : Emmanuel Eboué
  • Défenseurs centraux : Kolo Touré et Cyril Domoraud
  • Milieu défensif : Didier Zokora
  • Milieux relayeurs : Yaya Touré
  • Milieux offensifs : Salomon Kalou et Youssouf Fofana
  • Attaquant: Laurent Pokou
  • Attaquant : Didier Drogba

D'autres joueurs talentueux méritent d'être mentionnés, tels qu'Abdoulaye Traoré, Joël Tiéhi, Gervinho, Bonaventure Kalou, Aruna Dindane, Kanga Akalé, Barry Copa, Arthur Boka, Arouna Koné, Bakari Koné, Kader Keita et Ibrahima Bakayoko.

Les moments sombres du football ivoirien

Le football ivoirien a connu des moments de gloire, mais aussi des moments très sombres. Parmi ces épisodes, il y a le drame Asec-Kotoko. En 1993, l'Asec Mimosas s'est imposé 3-1 face à l'Asante Kotoko, le plus grand club ghanéen. Les Ghanéens s'en sont alors pris aux joueurs, dirigeants ainsi qu'aux actionnaires, surnom attribué aux supporters de l'Asec Mimosas. Ils ont été violentés, et certains sont morts des suites de leurs blessures. La riposte ne s'est pas fait attendre : les ressortissants ghanéens vivant en Côte d'Ivoire ont également été violentés par les Ivoiriens. La CAF a agi et a sanctionné les deux équipes. Cette histoire est sans doute l'une des plus tragiques du football ivoirien et africain.

Le football : un facteur d'unité nationale

Le football ivoirien est porté dans le cœur de nombreux Ivoiriens. Il fait vivre des émotions fortes et, mieux encore, il rassemble. Car lorsqu'il s'agit de football, les différences ethniques s'estompent : tous deviennent Ivoiriens.

Le football gagne ses lettres de noblesse et est un art à part entière. Il se targue d'une esthétique et d'une morale. C'est aussi le meilleur ascenseur social, un bain de jouvence où les Pelé, les Samuel Eto'o et autres Maradona sont passés pour se débarrasser des vilaines rides dues à la ségrégation, celle de race aussi bien que celle de classe. Les plus grandes vedettes du football viennent des favelas de Rio, des villas de Buenos Aires, des bidonvilles de Dakar ou de Douala, des corons de Cardiff ou de Valenciennes ! Les stades sont de véritables cours de miracles, permettant aux damnés de la terre de courir vers la fortune et la gloire.

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L'apport du football dans le renforcement des identités nationales

C'est particulièrement vrai en Afrique. Ce serait méconnaître l'histoire de notre continent que de prendre à la légère le ballon rond. Ce ne sont pas de simples loisirs, mais des sujets profonds et sérieux. C'est la musique et le football qui ont forgé la conscience politique et l'identité urbaine. Le PAIGC d'Amilcar Cabral était d'abord une équipe de football, et le onze du FLN fut l'un des meilleurs atouts diplomatiques de la révolution algérienne.

Le Stade d'Abidjan : une renaissance

Plus d’un demi-siècle de désillusion, de frustration et d’espoirs rangés au vestiaire. Le 18 mai, le Stade d’Abidjan a mis un terme à une interminable attente de cinquante-six ans en décrochant le sixième titre de champion de Côte d’Ivoire de son histoire. Au coude-à-coude avec un autre géant du football ivoirien, l’ASEC Mimosas et ses vingt-neuf sacres, les Yéyés ont scellé leur victoire lors de l’ultime journée du championnat. Une renaissance pour ce club mythique qui avait brillé dans l’euphorie des premières années d’indépendance avant d’être relégué au second plan. « Cette victoire est le résultat d’un travail de longue haleine, assure l’un des cadres du club. Voir sans cesse nos rivaux dominer était devenu frustrant. » Au sein du Stade d’Abidjan, le constat est unanime : c’est l’arrivée du président, Sidibé Souleymane, qui a tout changé. Pourtant, lorsqu’il prend les commandes en 2018, juste après la relégation en Ligue 2, rien ne laisse présager de lendemains heureux. Sous l’impulsion de cet entrepreneur dans l’immobilier, le Stade d’Abidjan engage une profonde restructuration. Le club abandonne son statut associatif pour devenir une société sportive dont Sidibé Souleymane détient 70 % des parts - une réforme contestée en interne. En 2022, il conclut un partenariat avec la mairie de Marcory, une commune d’Abidjan, avant de lancer la construction d’un complexe sportif, d’une valeur de 2 milliards de francs CFA (3 millions d’euros).

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