Le hockey sur glace occupe une place importante dans l'histoire sportive de la Russie, et Saint-Pétersbourg, avec son riche héritage, a contribué de manière significative à son développement. Bien que le football reste un sport populaire, le hockey sur glace suscite une passion particulière dans certaines villes russes, dont Saint-Pétersbourg. Cet article se penche sur l'histoire du hockey sur glace à Saint-Pétersbourg, en explorant les clubs clés, les joueurs emblématiques et les moments marquants qui ont façonné le sport dans la ville.
Les débuts du hockey sur glace en Russie
Vers 1860, le hockey sur glace se pratique depuis une dizaine d'années à Saint-Pétersbourg, capitale de la Russie des Tsars. On joue sur de grandes surfaces gelées avec des crosses en bois de genévrier et une balle de caoutchouc noir. Malheureusement, un accident tragique survient lorsqu'un noble est grièvement blessé à l'œil par une balle.
À la fin du siècle, les clubs de football reprennent le hockey comme activité physique complémentaire en hiver, appliquant les règles venues des îles britanniques, celles du bandy. Créé en 1897/98, le Cercle des Amateurs de Sport, avec son capitaine anglais McCreving, joue sur la Neva gelée et sur une patinoire installée dans le jardin Youssoupov, et gagne tout à domicile face à la Suède, la Finlande et l'Allemagne.
Le hockey russe a d'abord été le fait de joueurs de football, il s'agit donc d'un jeu de passes, où la finesse prime sur la puissance, contrairement au Canada où il s'agit d'un sport physique. Cette distinction culturelle persistera même lorsque les règles canadiennes traverseront l'Atlantique.
C'est sur un simple malentendu que la Russie est admise au sein de la Ligue Internationale de Hockey sur Glace (LIHG) lors de son congrès de Berlin les 16 et 17 février 1911.
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Le premier vrai match de hockey sur glace joué en URSS a lieu en 1932 lors de la tournée d'une équipe allemande. Les Russes acceptent de jouer selon les règles de leurs visiteurs, avec un palet. Cela n'empêche pas les Allemands de perdre trois fois, 0-3 contre le club de l'armée, 0-6 et 0-8 contre une sélection moscovite.
La revue Fitzkultura i Sport fait le compte-rendu de ces rencontres et donne un avis très tranché sur le nouveau sport : "Avec ces règles, le hockey apparaît purement individualiste. En raison de l'interdiction de la passe en avant, les joueurs sont forcés de garder le palet et le jeu est pauvre en combinaisons. Du point de vue technique, le jeu est également primitif. Ce "hockey canadien" capitaliste n'a donc pas bonne presse, par rapport au "hockey russe" qui exalte les vertus collectivistes. Néanmoins, certains articles lui sont plus favorables, et lui reconnaissent un avantage majeur, la petite taille du terrain, qui permet d'utiliser n'importe quelle surface gelée, alors que le bandy nécessite une glace des dimensions d'un terrain de football.
À l'hiver 1938, une surface de glace aux dimensions canadiennes est aménagée dans un coin du stade du Dynamo, et l'on s'y entraîne. En 1939, le hockey sur glace est intégré au programme de l'Institut de Culture Physique de Moscou. Mais le principal problème est la fabrication d'un équipement adapté, et c'est ce qui a fait échouer les tentatives d'introduction antérieures faute d'expérience dans le domaine.
Après la Seconde Guerre mondiale, le sport acquiert une nouvelle fonction. Les athlètes doivent prouver la primauté du système soviétique dans les compétitions internationales. Or celles-ci, avant tout les Jeux Olympiques, se jouent avec les règles canadiennes. Par conséquent, les scrupules tombent bien vite. En 1946, le hockey sur glace russe naît donc soudainement par décret officiel, ou presque. Les joueurs existent, il suffit simplement de les inviter à changer de sport.
En 1946, le hockey sur glace est officiellement introduit en Union Soviétique. Huit ans plus tard, l'URSS est championne du monde.
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Le SKA Saint-Pétersbourg : Un club historique
Le club de Saint-Pétersbourg, connu sous le nom de SKA (Sportivnij Klub Armii), a été créé en 1946. La ville elle-même a une histoire riche, ayant changé plusieurs fois de nom (Petrograd, Leningrad) avant de reprendre son nom actuel à la fin du régime communiste.
Saint-Pétersbourg, située au nord-ouest de Moscou, est la deuxième ville du pays en nombre d’habitants et fut autrefois la capitale de l’Empire Russe, où les Tsars résidaient dans le Palais d’hiver.
Malgré sa longue histoire et ses nombreuses participations aux championnats élite, le SKA n’a jamais remporté de titre avant les années 2010. Le club évolue au Ledovyj Dvorets.
Le SKA a fait du bon travail pour populariser le hockey à Saint-Pétersbourg.
Ambitions de grandeur
Si la KHL a dû modérer ses ambitions et ne prétend plus rivaliser sportivement avec la NHL, elle peut cependant déplacer le point de comparaison. L’obsession du toujours plus grand n’existe pas qu’en Amérique.
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Alors que son club a été étonnamment discret pendant l’été en matière de transferts de choc, le président du SKA Saint-Pétersbourg Gennadi Timchenko a quand même fait parler de lui par une grande annonce.
Il avait jusqu’ici été uniquement question d’une reconstruction de la patinoire actuelle, qui date de 1991. Il projette maintenant rien moins que la plus grande aréna du monde : 22 400 places, soit plus que le Centre Bell de Montréal (21 288).
L’idée est qu’elle soit prête pour le championnat du monde 2023, dont l’attribution à la Russie ne serait qu’une formalité avec un tel atout. Timchenko a évalué ce projet à 20 milliards de roubles (260 millions d’euros), plus qu’un stade de la récente coupe de monde de football - et Timchenko sait de quoi il parle en la matière puisque sa compagnie Stroytransgaz a construit ceux de Volgograd et Nijni Novgorod.
La saison et les joueurs clés
Quid, en attendant ce grand projet, de la saison qui commence ? Le SKA n’a pas recruté de nom de résonance équivalente. Sa recrue la plus célèbre est Naïl Yakupov, ancien n°1 de draft NHL qui y a toujours déçu, pas par manque d’envie mais par manque de résultats : s’il a appris à travailler défensivement en devenant un simple joueur de troisième ou quatrième ligne ces dernières années, il n’a plus guère exprimé son potentiel offensif avec un faible temps de jeu.
Ce joueur qui fonctionne à la confiance est « chouchouté » à Saint-Pétersbourg : il a tout de suite été placé dans des conditions idéales à l’aile droite de la première ligne avec Nikita Gusev et Pavel Datsyuk, deux joueurs subtils qui peuvent libérer par leur intelligence de jeu les espaces dans lesquels il peut s’engouffrer avec sa vitesse.
Yakupov a marqué sur son premier tir à sa première présence du premier match de préparation.
Les défis et les perspectives d'avenir
Le hockey sur glace à Saint-Pétersbourg a connu des hauts et des bas, mais la passion pour le sport reste forte. Le SKA Saint-Pétersbourg, avec son ambition de grandeur et son engagement envers le développement des joueurs, est bien placé pour continuer à jouer un rôle de premier plan dans l'histoire du hockey sur glace russe.
Alors que le sport continue d'évoluer, il sera intéressant de voir comment Saint-Pétersbourg s'adaptera et façonnera l'avenir du hockey sur glace en Russie. Avec une base de fans dévoués, des installations de classe mondiale et un engagement envers l'excellence, Saint-Pétersbourg est prête à rester un centre important du hockey sur glace russe pour les années à venir.
L'héritage soviétique et l'évolution du style de jeu
En 1946, le hockey sur glace russe naît donc soudainement par décret officiel, ou presque. Les joueurs existent, il suffit simplement de les inviter à changer de sport. Tous ne seront pas convaincus. Certains préféreront continuer à pratiquer le "hockey avec la balle", jeu plus collectif qui continuera toujours à exister et à être populaire, mais qui aura moins de moyens et n'aura pas de portée internationale.
Pour ceux qui décident de franchir le pas, rien n'est simple. Les Lituaniens et les Lettons, désormais annexés à l'Union Soviétique, sont les seuls à connaître le hockey "occidental". Les autres tâtonnent avec cette crosse plus longue, et ils doivent faire avec un équipement obsolète. Ils portent des casques de cycliste, voire de boxeur pour le Spartak. Ils n'ont pas les lames incurvées des patins canadiens avec lesquels il est plus facile de virer.
Le système très organisé de l'Union Soviétique permet de vite organiser une première compétition. Depuis 1923, le sport russe s'articule autour de deux piliers, le club de l'armée, organisation monumentale et très puissante grâce aux deux années de service militaire que doit chaque citoyen, et le Dynamo, le club du ministère de l'intérieur, au sein duquel les joueurs peuvent avoir le statut d'officier de la milice (ce qui fait que les Nord-Américains considèreront souvent avec méfiance et haine les joueurs soviétiques présentés comme des agents du KGB). Entre-temps, on a aussi créé le Spartak, club du syndicat des travailleurs de l'éducation, de la santé et de la culture.
Reste à jauger le niveau atteint face à une opposition étrangère. En février 1948, on fait ainsi venir le LTC Prague, considéré comme le meilleur club d'Europe. On lui oppose une sélection moscovite dirigée par Arkadi Chernishev, l'entraîneur du Dynamo. Déjà, les lignes sont formées par club d'origine, un principe qui fera le succès du hockey soviétique. Il y a un trio d'attaquants du Spartak (Novikov, Zigmund et Yuri Tarasov), un trio du CDKA (Babych, Bobrov et Anatoli Tarasov), les défenseurs Bocharnikov (Dynamo), Seglin et Sokolov (Spartak), et le gardien letton Harry Mellups.
Avant les rencontres officielles, on fait disputer des sessions à huis clos, car les dirigeants russes veulent vérifier que leurs représentants ne seront pas ridicules. Pas de danger. Devant 30 000 spectateurs dans le stade du Dynamo, la sélection moscovite l'emporte même d'un but sur l'ensemble de la série (6-3, 3-5 et 2-2), à l'étonnement général. Cela ne fait qu'un peu plus d'un an que les Russes se sont mis au hockey sur glace.
Des délégations de tous les clubs sont venues voir comment jouaient les Tchèques et prennent des tas de notes. Ils découvrent par exemple comment les défenseurs font usage de leurs corps. Tout est nouveau, le patinage, la technique, la tactique, l'équipement. Un monde s'ouvre. Le contact des Tchèques est très bénéfique, et leur apport inestimable.
La différenciation est la seule façon de battre à leur propre jeu les Canadiens, alors que ceux-ci ont plus d'un demi-siècle d'avance et qu'ils ont profusion de glaces artificielles. Ce sont paradoxalement ces conditions d'entraînement moins favorables qui conduiront les Soviétiques à faire preuve de ressource et à s'entraîner plus et mieux que les Canadiens.
Pour reprendre contact le plus tôt possible avec la glace, avant même que le thermomètre descende sous zéro à Moscou, Anatoli Tarasov emmène son CSKA en Sibérie, pour un stage de trois semaines à Novosibirsk. Comme il n'y a pas de glace en dehors des mois d'hiver, Anatoli Tarasov fait pratiquer à ses joueurs des sports de plein air (athlétisme, football). Cela se fait tout seul dans les premiers temps, car les premières vedettes comme Vsevolod Bobrov pratiquent le football l'été et le hockey l'hiver, comme les Suédois. Mais quand le sport évoluera au point de rendre impossible le cumul, les parties de foot feront encore partie des habitudes du CSKA. Cette préparation estivale, ce "hors-glace" mis en place par Tarasov, fera école.
Le CSKA, le club de l'armée entraîné par Anatoli Tarasov, prend ainsi ses quartiers dans la base d'Arkhangelskoïe, à trente kilomètres de Moscou, où les joueurs mènent une vie recluse, sans leurs familles, et bien sûr sans alcool, le principal ennemi du hockeyeur soviétique lorsque la discipline fait défaut. Seul contact avec l'extérieur, un téléphone, et la queue pour y accéder. Le matin, lever 7h, jogging, puis musculation, une heure par jour. Tout le monde se plie à lever de la fonte, pour ne pas paraître plus faible que les autres. Il n'y a pas de patinoire à Arkhangelskoïe, on se déplace jusqu'à Moscou pour une séance de glace le matin, puis une autre l'après-midi, pour un total quotidien de 3h30, et cela six jours sur sept. Le septième jour, on n'est autorisé à voir sa famille que si l'on a bien travaillé. La seule autre occasion de voir ses proches, c'est avant ou après les matches.
L'influence de Tarasov et la quête de l'excellence
Avec ses conditions d'entraînement qui tiennent plus de l'industrie lourde que de l'école d'art, ce système a paradoxalement produit des artistes de la trempe de Valeri Kharlamov, le Picasso de la glace (sa mère était espagnole et s'était réfugiée en URSS dans les années trente après la guerre civile). C'est qu'Anatoli Tarasov mettait aussi en avant la beauté du jeu, ce qu'il appelait la "musicalité". Il cherchait à atteindre une harmonie. La sueur n'était pas une fin en soi, mais un moyen d'atteindre la perfection du geste, par la répétition inlassable, à la manière d'un musicien dont l'instrument serait la crosse.
Tarasov ne se contente pas des entraînements intensifs. La qualité comptant tout autant que la quantité, il théorise aussi le jeu, comme personne d'autre au monde à cette époque. Mais il le fait par lui-même, en autodidacte, sans se référer à des lectures. Il analyse tout, rien ne lui échappe. Il compte le pourcentage d'entrées de zone réussies, le pourcentage de palets perdus sur des contre-attaques menées par les défenseurs, etc.
Pendant que Tarasov publie son premier ouvrage théorique et commence à jeter les bases de ce qui sera le hockey soviétique, les dirigeants attendent le moment propice pour faire leur entrée internationale, les confrontations amicales ayant montré qu'ils avaient largement le niveau. L'URSS adhère à la fédération internationale en 1952, après que sa première demande a été rejetée pour cause d'exigences excessives. En 1953, les dirigeants soviétiques prennent peur et préfèrent repousser l'entrée en lice de leur équipe en raison de la blessure de la star Vsevolod Bobrov, au grand dépit de Tarasov, qui estime que le collectif importe plus que n'importe quelle individualité.
C'est lui qui conduit l'URSS à la médaille d'or pour son entrée tant attendue dans le tournoi mondial, en 1954. Les Soviétiques ne s'attendent pas forcément à y battre les Canadiens, et en les voyant jouer, ils restent même en admiration devant la force de leurs tirs ainsi que devant leurs mises en échec, auxquelles ils ne sont pas habitués. Mais le jour venu, les Russes patinent tellement mieux et font tellement tourner le palet avec leur utilisation de la passe-abandon, si contraire à la philosophie nord-américaine toujours dirigée vers l'avant, que les charges contre la bande des Canadiens ne leur permettent pas d'éviter la déroute.
À l'époque de ce premier titre, le système de Tarasov en est encore à l'état embryonnaire. Mais les victoires renforcent l'intérêt pour le hockey sur glace qui progresse à pas de géant. Il existe des écoles de sport dans tout le pays, où les enfants peuvent pratiquer la discipline qu'ils ont choisi avant et après les cours. Le hockey sur glace y est de plus en plus répandu. Les schémas tactiques et les idées d'Anatoli Tarasov commencent à être adoptés par toute une génération d'entraîneurs nourrie par la pensée du maître.
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