Stade Yves-du-Manoir: Un Siècle d'Histoire Sportive, d'Olympisme et de Renaissance

Introduction

Le stade Yves-du-Manoir, situé à Colombes dans les Hauts-de-Seine, est un lieu emblématique du sport français. Initialement hippodrome en 1883, il s'est transformé en stade en 1907, marquant le début d'une longue et riche histoire. Connu pour avoir été le théâtre principal des Jeux Olympiques de 1924, il s'apprête à revivre l'expérience olympique en accueillant les épreuves de hockey sur gazon lors des Jeux de Paris 2024. Ce stade centenaire, témoin de nombreuses époques et événements sportifs, est en pleine rénovation pour retrouver sa gloire d'antan. L'historien du sport Michaël Delépine a d'ailleurs publié un livre passionnant sur ce stade, révélant des épisodes méconnus de son histoire.

Des Origines Hippiques à l'Épopée Olympique

À l'origine, en 1883, le site était un hippodrome appartenant à la Société des courses de Colombes. En 1907, il change de vocation et est transformé en stade, doté de tribunes et d'un terrain de football. Cette transformation marque le début de son ascension dans le monde du sport.

Entre 1922 et 1924, le stade subit d'importants travaux pour devenir le premier véritable stade olympique français, l'équivalent du Stade de France à l'époque. Il est alors le cœur des Jeux Olympiques de 1924, accueillant les cérémonies d'ouverture et de clôture, ainsi que les principales épreuves telles que l'athlétisme, le football, le rugby et le tennis. Ces disciplines se sont déroulées directement sur le stade ou sur l'ensemble du complexe sportif.

L'Âge d'Or et les Grands Événements

Après les Jeux Olympiques, le stade Yves-du-Manoir continue d'être un lieu central du sport français. Il accueille la Coupe du Monde de football en 1938, ainsi que de nombreux matchs internationaux des équipes de France de football et de rugby. Entre 1930 et 1960, il est considéré comme la maison des Bleus.

Le stade connaît son apogée en termes de capacité d'accueil, atteignant 60 000 places. Le record d'affluence est établi le 21 octobre 1956, lors d'un match France-URSS qui attire 62 145 spectateurs. Cependant, le stade avait une capacité de 60 000 places, le record étant 63 638 spectateurs payants pour un quarts de finale de Coupe d'Europe des clubs champions en 1969 entre l'Ajax Amsterdam et le Benfica Lisbonne.

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Déclin et Reconstruction

Avec la reconstruction du Parc des Princes en 1972, puis la construction du Stade de France en 1998, le stade Yves-du-Manoir perd de son prestige. Il devient vétuste, et la majorité de ses tribunes historiques sont rasées au début des années 1990. La reconstruction du Parc des Princes, inauguré en 1972, marque la fin de règne du stade Yves-du-Manoir. Les matches internationaux de football et de rugby, ainsi que les finales de la Coupe de France se déroulent alors au Parc des Princes jusqu'à l'inauguration du Stade de France en 1998, pour accueillir différents événements sportifs : football, rugby et athlétisme. Le stade olympique de Colombes perd petit à petit de son prestige, et n'est plus rénové. Au début des années 1990, la quasi totalité des tribunes sont interdites au public avant d'être détruites. La seule à demeurer est la tribune principale de 6 000 places, qui vient d'être entièrement rénovée pour Paris 2024.

Cependant, le stade Yves-du-Manoir n’a pas eu qu’une simple utilisation olympique. Au contraire, il a beaucoup servi, et était l’équivalent du Stade de France pendant près de cinquante ans, accueillant la Coupe du Monde de football (1938), la Coupe de France, et des matchs internationaux des équipes de France de football et de rugby.

Malgré son histoire riche, l'équipe de France n'y a pas toujours brillé. Sur 83 matchs disputés à Yves-du-Manoir, les Bleus ont gagné 35 fois, soit autant de fois qu'ils ont perdu.

Renaissance Olympique et Héritage Durable

Pour les Jeux Olympiques de Paris 2024, le stade Yves-du-Manoir connaît une grande rénovation. Il est modernisé pour accueillir les épreuves de hockey sur gazon. Le stade est le seul équipement qui aura accueilli deux éditions des Jeux olympiques à un siècle d’intervalle.

Cette rénovation comprend la construction de deux terrains synthétiques, qui serviront de centre national d'entraînement pour la Fédération française de hockey. Trois terrains vont être installés pour les Jeux, dont deux resteront après la compétition, dédiés exclusivement au hockey sur gazon.

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Le stade Yves-du-Manoir est le premier site à être livré pour les JO de 2024. Après 22 mois de travaux et avec une enveloppe de 101 millions d'euros, les clés du stade flambant neuf ont été symboliquement remises au département des Hauts-de-Seine. Dès le lendemain de la cérémonie d'ouverture des Jeux, le stade Yves-du-Manoir accueillera les épreuves de hockey sur gazon. Deux terrains de hockey flambants neufs d'un bleu pétant ont donc été spécialement construits pour l'occasion. La tribune mythique de 6000 places a été rénovée, et une tribune neuve de 1000 places a été construite. Un troisième terrain servira aux entrainements.

Le programme de réaménagement du stade Yves-du-Manoir se voulait ambitieux et exemplaire sur le plan environnemental. En ce qui concerne l’empreinte carbone de ce haut lieu du sport francilien, le chantier a été mené à l’aune des normes environnementales les plus ambitieuses. Il respecte ainsi les prescriptions du label Haute performance énergétique E+C-. À titre d’exemple : 50 % de l’électricité nécessaire à son fonctionnement sera produite sur le site, 50 % des constructions ont été réalisées en bois, 90 % des terres de chantier ont été réemployées ou recyclées, 100 % des eaux pluviales sont récupérées. Yves-du-Manoir est en deuxième position des bâtiments olympiques contenant le plus de biosourcés, et le premier équipement sportif.

Après les JO, le stade Yves-du-Manoir deviendra le siège de la Fédération française de hockey. Il accueillera le centre national d'entrainement avec les deux nouveaux terrains synthétiques. Le Racing club de France hockey 92 y élira également domicile. Scolaires, universitaires, et associations pourront profiter des installations.

Les Jeux de Paris 2024 : Une Nouvelle Ère

Lors des Jeux de Paris 2024, le stade Yves-du-Manoir pourra accueillir 18 000 spectateurs pour les épreuves de hockey sur gazon. Antoine Berger, responsable du hockey sur gazon au sein du COJO Paris 2024, souhaite que le stade soit plein et que le public vive une expérience mémorable, mêlant sport, spectacle et valeurs du hockey.

Antoine Berger : Je viens de la montage et de l’univers du ski. J’ai d’abord travaillé comme marketing et export manager Europe pour des marques de ski et de snowboard. Puis j’ai bifurqué vers un projet dans le rugby à 7, en 2017, en devenant responsable d’une étape des Seven Series à Singapour et d’une autre, féminine, organisée en France. L’année suivante, j’ai rejoint la Fédération internationale de hockey (FIH) à Lausanne, au poste de « project and event manager ». Je m’occupais de l’organisation des compétitions de hockey sur gazon dans les événements multisports, Jeux olympiques, Jeux olympiques de la Jeunesse, Jeux du Commonwealth. La première concerne les Jeux de la Jeunesse, dans leur version d’été, à Buenos Aires en 2018, dans un grand pays de hockey sur gazon. J’ai suivi toute la phase de planification du tournoi de hockey, disputé sur le format du hockey5s, puis son organisation plus opérationnelle sur place, pendant l’événement. Pour les Jeux de Tokyo 2020, la préparation des compétitions a occupé mon quotidien dès mon entrée à la FIH en 2018. Mon premier souvenir des Jeux olympiques remonte à Sydney 2000. Plus particulièrement le moment où Cathy Freeman a allumé la flamme pendant la cérémonie d’ouverture. Je n’avais pas encore 10 ans, j’étais devant ma télévision, trop jeune pour comprendre la dimension et l’importance de l’événement, mais il m’a beaucoup marqué. Plus récemment, la finale du tournoi masculin de hockey sur gazon aux Jeux de Tokyo 2020, avec la victoire de la Belgique aux penalties face à l’Australie. Ma première finale comme témoin privilégié. La tension a été extrême jusqu’aux derniers instants.

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Il accorde beaucoup d’importance à cette notion d’héritage, elle me tient énormément à coeur. J’aimerais contribuer à mieux installer la discipline dans le paysage sportif français après les Jeux olympiques, la faire connaître du grand public, partager ses valeurs. Autre dossier prioritaire, comme pour les autres sport managers du COJO : la qualité de l’expérience des athlètes. Nous devons les placer dans les meilleures conditions pour réaliser des grandes performances. Nous avons la chance et l’honneur, mais aussi la responsabilité, de disposer du stade Yves-du-Manoir à Colombes. Un site historique, puisqu’il avait servi pour les Jeux de Paris en 1924, notamment pour l’athlétisme et les cérémonies. Il est le seul équipement qui aura accueilli deux éditions des Jeux olympiques à un siècle d’intervalle. Une super histoire à raconter, un magnifique projet d’héritage. Mais, en même temps, un important dossier de rénovation et de réhabilitation, pour les terrains de compétition, mais aussi pour l’ensemble de la plaine de jeux utilisée au quotidien par les écoles des alentours.

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