Le hockey sur glace est un sport emblématique au Canada, profondément ancré dans la culture et la vie communautaire. Si officiellement la crosse est reconnue comme sport national d’été, c’est bien le hockey qui occupe une place privilégiée dans l’imaginaire collectif. Son histoire est riche et complexe, marquée par des débats sur ses origines, son développement et son rôle dans la société canadienne.
Les origines du hockey : un débat passionné
S'il est une paternité qui est pour le moins disputée, c'est bien celle de l'invention du hockey. Bien avant 1875, les Canadiens s'adonnaient déjà à différents jeux traditionnels, tels : le bandy et le field hockey des Anglais, le shinty des Écossais, le hurling des Irlandais, et la crosse que certains considèrent d'ailleurs comme le sport national de l'époque.
Le Canada doit être considéré comme le berceau du hockey. Le premier match s’y déroula, en 1855, mettant aux prises des soldats d’une garnison britannique, à Kingston. Le premier acteur de ce débat a été James T. Sutherland (1870-1955) qui a milité toute sa vie pour la reconnaissance de sa ville natale - Kingston dans l'Ontario - comme lieu de naissance du hockey (appelé localement "shinny").
Les faits historiques qu'il citait étaient toujours minces ou approximatifs - il en est ainsi du match entre soldats britanniques de la "Royal Canadian Rifle" sur le lac Ontario à Noël 1855… à une date où la température n'aurait pas permis à la glace de geler dans le port de Kingston - mais sa position très élevée au sein de la fédération amateur du Canada lui a donné un fort écho.
Cette prétention de Kingston à être le berceau du hockey canadien explique que le Temple de la Renommée (Hall of Fame) y ait été fondé en 1943, mais sans salle d'exposition. Le seul point qui faisait un peu consensus (et qui a été reconnu par la fédération internationale), c'est que la véritable naissance du hockey "organisé" date de Montréal, avec le premier match de hockey "organisé" à la Victoria Skating Rink en 1875.
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Ce jour-là, au lieu d'une balle en caoutchouc, on utilisa un morceau plat de bois, afin qu'il reste sur la glace et ne risque pas de s'envoler au milieu des spectateurs. C'était aussi une mesure de protection des gardiens, qui ne portaient pas d'équipement spécial.
Pour autant, la fièvre du débat des origines n'était pas éteinte, et la SIHR (Society for International Hockey Research, qui a depuis 2013 une abréviation française reconnue, SIRH) a fondé en 2001 un "Comité des origines" qui, pour examiner scrupuleusement les arguments des uns et des autres, a d'abord dû définir ce qu'était le hockey sur glace. Il a fixé six critères : deux équipes, de la glace, des patins, des crosses incurvées, un petit projectile (balle ou palet), un objectif de marquer dans des buts adverses.
On comprend tout de suite que ces critères s'appliquent à deux sports qui existent encore aujourd'hui avec des règles et des compétitions bien distinctes : le hockey sur glace - joué avec un palet à 6 contre 6 sur une surface d'environ 60 mètres sur 30 - et le bandy - joué avec une balle à 11 contre 11 sur la surface d'un terrain de football.
Dans les versions primitives, la taille des terrains n'était pas absolument pas fixée, pas plus que le nombre de joueurs : il était habituellement égal à la moitié des participants, chaque "capitaine" piochant tour à tour comme dans des jeux scolaires.
Le coup de grâce a été porté en 2014 par la publication d'un livre intitulé On the Origin of Hockey, écrit par le président (québécois) de la SIHR, Jean-Patrice Martel, et fondé sur les recherches de deux historiens suédois du hockey, Patrick Houda et Carl Gidén. Si elle peut agacer les Canadiens les plus nationalistes, peu enclins à écouter une vérité venue de l'extérieur, la nationalité des chercheurs est pourtant la meilleure garante de leurs intentions.
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Le titre du livre, allusion au On the Origin of Species de Charles Darwin, est un clin d'il au fait que le père de la théorie de l'évolution (1809-1882) évoque avoir adoré jouer au "Hocky on the ice in skates" dans sa jeunesse. Les auteurs démontrent de manière implacable que des sources anglaises préexistent à toutes les sources canadiennes.
Développement du hockey au Canada
Les formes modernes du hockey sur glace ont pris forme au Canada au XIXe siècle. En 1875, le premier match organisé en intérieur a eu lieu à Montréal, au Victoria Skating Rink. La Coupe Stanley, offerte en 1892 par Lord Stanley, est rapidement devenue le trophée emblématique du pays. Au fil du temps, les structures amateurs et professionnelles se sont consolidées, avec la création de ligues majeures et d’organismes nationaux - aujourd’hui regroupés sous Hockey Canada - qui ont façonné le jeu, la formation et la compétition à tous les niveaux.
À partir de 1885, on assiste à la formation de différentes ligues dans le but de contrôler le hockey amateur qui deviendra vite professionnel dès le début du xxe siècle. La direction des clubs, formée jusque-là par une bourgeoisie anglophone, cède graduellement sa place aux représentants du milieu des affaires.
Des associations se forment, fusionnent ou se scindent successivement jusqu'en 1917, date de la première saison officielle de la National Hockey League (N.H.L.)/ Ligue Nationale de Hockey (L.N.H.). Aujourd'hui encore cette organisation contrôle le hockey nord-américain grâce à ses politiques de recrutement, ses liens avec le milieu des affaires et les mass-médias.
Les raisons de la popularité du hockey au Canada
Le développement du hockey au Canada s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, le climat hivernal et la présence d’innombrables patinoires communautaires ont rendu la pratique accessible dès le plus jeune âge. Hockey Canada a mis en place des programmes pour initier les jeunes et les adultes (par exemple des programmes d’entrée au jeu) et structurer la compétition du mineur jusqu’au haut niveau.
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De plus, la médiatisation des équipes canadiennes de la LNH, des ligues juniors (LHJMQ, OHL, WHL) et des équipes nationales a renforcé la visibilité du sport. Enfin, les succès des équipes nationales aux Championnats du monde, aux Jeux olympiques d’hiver, et la présence majeure de joueurs canadiens dans les ligues professionnelles ont contribué à l’attrait et à la popularité du hockey au pays.
Le hockey, un sport qui transcende les barrières
Au Québec, l’attachement au hockey revêt une dimension particulière. Ce sport transcende les barrières linguistiques et culturelles, unissant francophones et anglophones dans une même passion. Le hockey influence le quotidien des Canadiens. Dans les rues de Montréal ou Toronto, on croise régulièrement des passants arborant fièrement les couleurs de leur équipe favorite. Les grandes vedettes du hockey canadien sont célébrées comme de véritables héros nationaux.
L'équipe des Canadiens de Montréal qui s'affiche aux couleurs bleu, blanc et rouge accèdera à la consécration suprême, la fameuse coupe Stanley en 1916 et deviendra dans la foulée membre de la Ligue Nationale de Hockey. Au cours des années, l'équipe intégrera des joueurs anglophones mais la population montréalaise reste profondément marquée par le caractère historique francophone de la fondation son équipe.
Les progrès et les défis du hockey au Canada
Le hockey a réalisé de grands progrès au Canada au cours des dernières décennies. Hockey Canada a développé des parcours de formation pour les entraîneurs et les officiels, favorisant la qualité et la sécurité du jeu. Les clubs et organisations communautaires ont multiplié les initiatives d’inclusion et de développement du hockey féminin, universitaire et parasportif. Les ligues juniors et universitaires continuent d’élever le niveau de compétition, tandis que les équipes canadiennes de la LNH et les programmes nationaux nourrissent l’excellence et l’innovation (préparation physique, analyses vidéo, technologies de performance).
Malgré ces progrès, des défis subsistent. Le coût de participation (équipement, déplacements, temps de glace) peut limiter l’accès, surtout dans les régions éloignées. La disponibilité des infrastructures varie d’une province ou d’un territoire à l’autre, et la logistique des longs trajets peut peser sur les familles et les organisations. Les enjeux de sécurité (prévention des commotions), d’inclusion et de diversité, ainsi que les conditions climatiques influençant les patinoires extérieures, demeurent aussi des points d’attention pour assurer un développement durable et équitable du sport.
Hockey sur glace : un sport international
Pendant que le hockey naît et se développe au Canada, la première patinoire européenne est construite à Londres en 1876. En France, des démonstrations de hockey sont effectuées à Paris en 1894. Ces deux pays seront parmi les membres fondateurs de la Fédération Internationale de Hockey sur Glace (F.I.H.). En 1911, la F.I.H. adopte officiellement les règles canadiennes bien que ce pays ne soit pas encore membre actif de la Fédération. En effet le Canada et les États-Unis ne rejoindront la F.I.H. qu'en 1920 lors d'un premier tournoi olympique organisé à Anvers en Belgique.
Jusqu'au début des années soixante-dix, le hockey canadien ne jure que par la l.n.h. Le championnat de cette ligue et la conquête de la Coupe Stanley suscitent le plus grand intérêt. On considère le hockey européen comme de second ordre, pourtant la Tchécoslovaquie, l'U.R.S.S. et la Suède ont beaucoup de succès aux Jeux olympiques et aux championnats du monde. Mais peu de professionnels canadiens sont engagés dans ces tournois. Leur participation est même complètement interdite à la fin des années soixante. De même, à cette époque peu d'européens évoluent dans la L.N.H.
Les relations internationales du hockey nord-américain
Au milieu des années soixante-dix se développe un climat plus favorable aux relations. C'est le début d'une nouvelle ère, celle des communications. Le hockey, un sport-spectacle, n'échappe pas à ce phénomène. La "Série du Siècle" de 1972 est télévisée sur les deux continents. La diffusion des championnats du monde, des Jeux olympiques, et en 1976 du premier tournoi Coupe Canada, vont populariser le hockey dans tous les pays développés.
À la fin des années soixante-dix, le développement du hockey en Europe s'accélère. On fait appel à plusieurs joueurs et entraîneurs canadiens (figure 2), mais ils sont encore peu nombreux à se rendre en Europe pour évoluer dans les circuits semi-professionnels. En 1980-81, on enregistre une augmentation de 55 % du nombre de transferts par rapport à l'année précédente.
Un système d'échange s'est créé entre l'Europe et l'Amérique, un système formé par deux espaces sportifs constitués de composantes instables, politiques (barrières entre l'Est et l'Ouest) et institutionnelles (hockey amateur et professionnel, l.n.h.). Les interactions entre ces deux espaces se traduisent par des flux de pratiquants. Et l'instabilité historique des composantes est responsable de l'évolution quantitative et directionnelle des flux.
Par ses rejets et ses attractions, la l.n.h. s'avère le moteur principal de toute la dynamique spatiale du hockey international. Si les années quatre-vingt ont permis l'intensification des échanges entre l'Europe de l'Ouest et l'Amérique du Nord, et par conséquent l'élargissement de la zone d'influence de la l.n.h., des changements importants s'annoncent déjà pour le début des années quatre-vingt-dix.