Le football féminin en France connaît un essor remarquable ces dernières années, contrastant avec sa longue période d'ombre derrière le football masculin. La structuration des équipes féminines a été plus tardive comparée à l'histoire riche du football masculin en France.
Les Débuts Discrets (1910-1970)
Les premières compétitions féminines de football sont apparues en France vers 1910. Cependant, les médias et la société ont rapidement découragé cette pratique. Les premières traces écrites de clubs féminins de football remontent à 1910, avec un seul club recensé en France, à Pont-à-Mousson. Cette équipe, créée au sein de l’École supérieure des filles, eut une existence éphémère et ne bénéficia d'aucune couverture médiatique.
Le premier match officiel de football féminin en France a eu lieu le 30 septembre 1917, opposant deux équipes du club omnisports féminin Fémina Sport. En 1918, la Fédération des Sociétés Féminines Sportives de France (FSFSF) est créée. Le club Fémina Sport, fondé à Paris en 1912, commence à organiser des matchs de football féminin dans toute la France.
En 1919, des équipes féminines voient le jour à Rouen et Reims, portant à une douzaine le nombre de clubs pratiquant le football féminin au début de la saison 1920-1921. La même année, l'éducateur Georges Hébert encourage la pratique sportive féminine, la considérant comme un affranchissement physique et moral. Alice Milliat, pionnière du sport féminin, plaide pour que le sport soit considéré comme un moyen d'améliorer la race et que les femmes soient encouragées à le pratiquer.
Cependant, au tournant des années 1920, l'enthousiasme initial pour le football féminin faiblit. La pratique du football est perçue comme une distraction des femmes de leur foyer. En 1921, le journal L'Auto se réjouit des difficultés rencontrées par une joueuse pour concilier vie sportive et vie familiale. Le journaliste Maurice Pefferkorn craint que les sports violents comme le football ne fassent perdre aux femmes leurs qualités raffinées.
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Le football féminin est alors considéré comme un danger pour le corps reproducteur des femmes. Des clubs refusent de mettre à disposition leurs installations aux équipes féminines. En 1928, le secrétaire administratif de la Fédération française de football (FFF) déclare son hostilité envers le football féminin. En 1933, le football féminin est officiellement radié de la FSFSF, et le gouvernement de Vichy l'interdit en 1941.
La Reconnaissance Officielle et les Premiers Pas (1970-1990)
À partir de 1955, le football féminin recommence à se développer, mais reste déconsidéré. En 1965, Pierre Delaunay, secrétaire général de la FFF, exprime son scepticisme quant à la capacité des femmes à pratiquer le football. Malgré cela, la pratique se développe grâce aux kermesses de soutien aux associations sportives.
Finalement, le 29 mars 1970, la Fédération Française de Football reconnaît officiellement le football féminin. La France compte alors environ 2 000 licenciées. La même année, le Conseil Fédéral ouvre les clubs de la FFF aux licenciées. La première retransmission d'un match de football féminin par l'ORTF a lieu en 1970, lors d'un match France-Italie.
En 1971, l'Équipe de France féminine dispute son premier match officiel et bat les Pays-Bas (4-0). La première saison du Championnat de France de football féminin sous l’égide de la FFF se déroule en 1974. Le Stade de Reims remporte les trois premières éditions.
Progression et Premières Compétitions Internationales (1990-2010)
Depuis la création de la première ligue féminine en France en 1992, le football féminin est en constante progression. En 1997, la France se qualifie pour sa première phase finale internationale, le championnat d’Europe.
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En 2003, les Bleues se qualifient pour leur premier Mondial lors d'un barrage face à l'Angleterre. Cependant, elles ne parviennent pas à passer le premier tour de la Coupe du Monde organisée aux États-Unis.
Marinette Pichon a été la première joueuse française à faire carrière aux États-Unis et à être passée professionnelle. Comme Marta Vieira da Silva, Marinette Pichon a connu une carrière impressionnante. Marinette s’est illustrée au milieu des meilleures joueuses du monde et a été élue meilleure joueuse française de l’année en 2002 et 2005, ainsi que meilleure joueuse offensive de la WUSA en 2002. Elle a remporté plusieurs titres, dont le Championnat de France en 2006 avec Juvisy et le Challenge de France en 2005 avec la même équipe.
Marta a été élue « Joueuse Mondiale de la FIFA » cinq fois de suite, de 2006 à 2010, avant de remporter de nouveau cette récompense en 2018. Elle est la seule joueuse à avoir reçu cette distinction à six reprises de la part de la Fédération Internationale de Football Association (FIFA).
L'Ère Moderne : Professionnalisation et Succès (Depuis 2010)
Depuis la création de la première ligue professionnelle en 2009, le championnat de Division 1 Féminine a connu une domination sans précédent d’un club en particulier.
En 2011, l'Olympique Lyonnais remporte la Ligue des champions féminine et devient le premier club féminin français à remporter la compétition. L'OL est désormais le club le plus titré dans l’épreuve avec sept sacres (2011, 2012, 2016, 2017, 2018, 2019, 2020). La même année, les Françaises atteignent les demi-finales de la Coupe du Monde en Allemagne.
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En 2012, l'Équipe de France participe à ses premiers Jeux Olympiques, à Londres. La même année, l'Équipe de France féminine des moins de 17 ans décroche le premier titre mondial du football féminin français.
En 2016, Lilia devient la 100 000ème licenciée de la FFF. En 2017, Corinne Diacre est nommée sélectionneure de l'Equipe de France féminine.
En 2019, la France organise la Coupe du monde féminine. Un an auparavant, la France avait également été hôte de la Coupe du monde féminine U20. La FFF organise pour la première fois le Trophée des Championnes.
En 2020, la FFF a crée le Tournoi de France, une compétition internationale amicale organisée chaque année.
Féminisation et Accessibilité
Le foot pour toutes Axe prioritaire de développement pour la Fédération, l'accessibilité au football féminin s'est étendue sur tout le territoire. Alors qu'elle comptait un total de 81 153 licenciées en 2011, la FFF a dépassé la barre des 200 000 licenciées durant la saison 2019-2020, avec une augmentation remarquable du nombre de joueuses mais également d'éducatrices, de dirigeantes ou d'arbitres. Les clubs qui accueillent des équipes de filles sont aussi plus nombreux (plus de 3 000). C'est le fruit du plan de féminisation impulsé en 2011-2012. Cette année-là, pour la première fois, un club français - l'Olympique Lyonnais - a remporté la Ligue des champions féminine et l'Équipe de France féminine a atteint les demi-finales de la Coupe du monde en Allemagne. Noël Le Graët, alors Président de la Fédération, a missionné Brigitte Henriques, alors Secrétaire Générale puis Vice-Présidente Déléguée de la FFF, afin de définir les contours de ce plan stratégique et de féminiser l'ensemble des familles du football. Objectifs : rendre la discipline accessible aux femmes. Le nombre de 100 000 licenciées a été franchi début 2016 et a doublé quatre ans plus tard, grâce aux actions mises en oeuvre dans le cadre du plan Ambition 2020. Aujourd'hui, elles sont plus de 250 000.
Chiffres clés :
- 251 682 Licences féminines dont 202 493 joueuses.
- 40 687 Dirigeantes.
- 2 412 Éducatrices et animatrices.
- 1 448 Arbitres femmes.
Défis et Perspectives
Aujourd'hui, malgré des années de lutte, de nombreuses inégalités persistent. Outre ses inégalités, les femmes doivent attendre 2018 pour pouvoir tenter de remporter un ballon d'or en tant que joueuse.
Le football féminin en France a parcouru un long chemin depuis ses débuts discrets. Grâce aux efforts de joueuses, d'entraîneurs et d'administrateurs passionnés, il est devenu un sport populaire et respecté. Cependant, des défis importants subsistent, notamment en matière d'égalité salariale, de visibilité médiatique et de représentation dans les instances dirigeantes. L'avenir du football féminin en France s'annonce prometteur, à condition de continuer à lutter contre les inégalités et à promouvoir l'accès à ce sport pour toutes les femmes et les filles.