Le football russe, riche d'une histoire captivante, a vu émerger des gardiens de but exceptionnels, dont les noms résonnent encore aujourd'hui. Ces figures emblématiques ont non seulement marqué leur époque par leurs performances, mais ont aussi contribué à façonner le rôle moderne du gardien de but. De Lev Yachine, l'unique gardien Ballon d'Or, à Rinat Dasaev, en passant par les talents moins connus mais tout aussi influents de l'école soviétique, cet article explore l'héritage des gardiens russes et leur impact sur le football mondial.
Lev Yachine : Le Pionnier Inégalé
Si Lev Yachine exerce de nos jours encore une telle fascination, c'est peut-être parce qu’il est le premier - et le seul à ce jour - gardien de but récompensé du Ballon d’Or, trophée décerné au meilleur footballeur européen. Son nom est synonyme d'excellence et d'innovation. Né à Moscou en 1929, Yachine a révolutionné le poste de gardien de but, devenant une légende non seulement en Union soviétique, mais dans le monde entier. Vingt-huit ans après sa mort, la Russie n’avait pas hésité à lui rendre hommage en exposant sa silhouette sur l’affiche officielle de la Coupe du monde 2018.
Une Vie Marquée par les Épreuves
L’écrivain Laurent Lasne explique dans son ouvrage combien la vie de Lev Ivanovitch Yachine a pu être éprouvante, entre douleurs personnelles et difficultés imposées par le contexte politique. Né dans une famille ouvrière de Moscou, le gamin perd sa mère dès l’âge de six ans, puis commence à travailler en usine à treize ans, en 1942, dans le cadre de l’immense effort de guerre soviétique. L’usine, le foot, le hockey: Lev Yachine a eu un jour envie de tout arrêter. Il l’a sérieusement envisagé avant que le destin ne le ramène sur les terrains de football.
Un Style Révolutionnaire
Son apparence frappe également l’imagination. Tout de noir vêtu, il arbore une casquette immense, non pas une coiffe adaptée à sa discipline, mais bien une casquette de ville qu’il porte avec élégance. Sur le plan technique, Yachine est l’un des premiers gardiens à intervenir loin de sa cage, parfois même hors de sa surface. Et lorsqu’il a le ballon, il le relance à la main, chose rarement vue jusqu’alors. Il est aussi considéré comme l'un des précurseurs du poste de gardien comme on le connaît actuellement pour avoir popularisé les sorties ou encore les parades réflexes.
Un Palmarès Impressionnant
Lev Yachine a remporté à cinq reprises le championnat de l'Union Soviétique avec le Dynamo Moscou (1954,1955, 1957, 1959 et 1963) et a aussi glané trois coupes de l'Union Soviétique avec le même club en 1953, 1967 et 1970. Avec la sélection soviétique, le portier russe a aussi brillé.Il devient champion d'Europe en 1960 et remporte les Jeux Olympiques en 1956. Individuellement maintenant, Lev Yachine a donc remporté un Ballon d'Or en 1963 et est toujours le seul gardien à avoir soulevé la plus belle des récompenses individuelles.
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Lev Yachine, qui garda les buts de l'équipe d'Union soviétique de football à 75 reprises, est mort, le 21 mars 1990, à Moscou, des suites d'un cancer de l'estomac à l'âge de 60 ans. Après sa carrière, Lev Yachine est devenu vice-président de la fédération d'URSS de football.
L'École Soviétique des Gardiens : Une Pépinière de Talents
On connait tous l’histoire du grand Yashin ou encore celle de Rinat Dasaev, deux grands gardiens soviétiques qui ont su marquer l’histoire du football mondial. Mais l’Union soviétique a connu de nombreux gardiens de talent. Ce dossier est l’occasion de porter l’attention sur les autres gardiens qui ont évolué à travers l’histoire de l’URSS. Ce dossier s’annonce comme un véritable voyage dans le temps. Sortez les gants, c’est l’heure de sortir une main opposée.
Vladimir Pilguy : Le Successeur Désigné
Yashin laisse les commandes de la Sélection soviétique à partir de 1967. Mais qu’en est-il au Dinamo Moscou où Lev Yashin détient les clés des cages depuis… 1952 ? C’est sur un gardien ukrainien, Vladimir Pilguy, que le dévolu est lancé. Vladimir Pilguy arrive au Dinamo alors que Lev Yashin vit sa dernière année de joueur professionnel. Une année pour passer le témoin et au final remporter un dernier trophée avec la Coupe d’URSS. Pour Vladimir Pilguy, c’est une année pour apprendre, pour observer une légende du football, s’entrainer à ses côtés.
De son côté, Yashin n’est pas moins élogieux lorsqu’il parle de son successeur :« Je restais attentif en me penchant sur le jeu de ma jeune doublure. Il ne m’a pas fallu beaucoup de temps pour juger ses possibilités. Rapide, intelligent, bon sauteur, possédant une réaction immédiate, avec une coordination étonnante, il annonçait de grands espoirs. »Lev Yashin sait qu’il a trouvé en Vladimir Pilguy un successeur digne de lui. Et le jour de son jubilé en mai 1971, dans un stade Lénine plein à craquer avec 100.000 spectateurs, Lev laisse sa place à Vladimir Pilguy à la 70e.
Il terminera sa carrière de joueur au Kuban Krasnodar. Il sera sélectionné 16 fois au cours de sa carrière (dont 4 fois avec la Sélection olympique avec laquelle il sera 2 fois médaillé de bronze aux Jeux de Munich 72 et aux Jeux de Moscou 80). Membre du « club Yashin », il est considéré comme l’un des meilleurs gardiens des années 70.
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Viktor Bannikov et Yevhen Rudakov : L'Émergence du Dynamo Kiev
Le Championnat d’URSS, comme son nom l’indique, a la grande particularité de rassembler une multitude de clubs de tous les États socialistes. Nous avons pu voir qu’à travers l’histoire, différentes Républiques socialistes soviétiques, telles que la Géorgie ou l’Ukraine, ont façonné une quantité importante de gardiens aux spécificités propres. Mais peu de clubs hors Russes ont mis la main sur l’évolution de l’école soviétique des gardiens. Le Dynamo Kiev est l’un de ces clubs par l’intermédiaire de deux gardiens, Viktor Bannikov et Yevhen Rudakov.
Viktor Bannikov, c’est l’histoire d’une légende du football totalement atypique ! Né le 28 avril 1938 à Luginy dans la région de Zhitomir (nord-ouest de l’Ukraine), il connaît une enfance plus que mouvementée. Perdant son père très jeune à la guerre, il vécut son enfance au rythme des évacuations. De retour chez sa mère en 1946 à l’âge de 8 ans, Victor Bannikov n’a pas le temps de penser à jouer au football dans la cour avec ses copains, obligé de travailler la journée dans une fabrique de chaussures et d’aller à l’école le soir. D’ailleurs, le football n’est pas sa priorité. Il préfère le saut en hauteur, le Basketball puis le volley-ball. Sa carrière de footballeur ne débute qu’à partir de ses 20 ans, lorsqu’un inconnu lui propose le rôle de gardien de but dans l’équipe de son usine. Le jeune Viktor accepte l’offre et s’aperçoit vite qu’il a tout ce qu’il faut pour devenir un grand gardien.
Au côté d’Oleg Makarov, Bannikov devient rapidement un élément important de l’équipe. La présence de Boris Razinsky et de Yevhen Rudakov dès 1962 ne peut que l’amener vers les sommets. Ce sera le cas dès 1964 lorsque Bannikov est un des artisans majeurs de la victoire du Dynamo en Coupe d’URSS. Durant cette même année, il connaît sa première sélection avec l’URSS et est élu meilleur gardien de l’année.
Viktor Bannikov remporte par la suite trois autres championnats soviétiques (1966, 1967 et 1968) même s’il déclarera ne pas avoir reçu de médaille pour le Championnat 1966, n’ayant pas joué suffisamment de matchs… Combiné à une deuxième Coupe d’URSS en 1966, Bannikov évolue dans ce Dynamo Kiev qui gagne tout à la fin des années 60. Sous la houlette de Viktor Maslov, Bannikov devient un gardien influent… sur la scène nationale. Car sur la scène internationale, Yashin est toujours là.
Yevhen Rudakov né à Moscou le 2 janvier 1942. À l’inverse de Bannikov, Rudakov commence sa carrière dans l’équipe réserve du Torpedo Moscou. On lui fait comprendre qu’il ne fera pas partie de l’équipe première et qu’il est préférable qu’il aille s’affermir ailleurs. En concurrence avec Bannikov, le Moscovite prit au fur et à mesure l’ascendant jusqu’à ne plus quitter les cages. Rudakov impose sa classe, tant dans les airs qu’au sol. Remportant les trophées comme on empile des cubes (Championnats d’URSS 66, 67, 68, 71), Rudakov et les siens dominent presque sans partage le football soviétique de la fin des années 60 (Le Spartak remporte le championnat 1969).
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Malgré le pessimisme des médecins quant à son retour, Rudakov revient au top de sa forme et réalise en 1971 l’une des plus belles saisons de sa carrière permettant au Dynamo Kiev, par ses grandes prestations, de remporter le championnat d’URSS. En octobre 71, il dégoûte à lui tout seul la sélection espagnole lors du match de qualification pour la Coupe d’Europe 1972, effectuant des arrêts prodigieux et permettant à la sélection soviétique de quitter Séville sur le score de 0-0. Ce match sera considéré comme l’un des plus aboutis de sa carrière.
Ayant raté la Coupe du monde 1970 au Mexique, il se fait connaître aux yeux du monde lors de la Coupe d’Europe 1972 en Belgique. L’Union soviétique parvient jusqu’en finale, mais doit s’incliner face à la RFA et son incontournable buteur Gerd Müller, qui y va de son doublé, sur le score de 3-0. Rudakov finit dans l’équipe type du tournoi et, pour la 3e fois, est sacré meilleur gardien de l’année par le journal « Ogonyok ». Rudakov est aussi le gardien de la sélection olympique soviétique lors des Jeux de Munich 1972 où il remporte la médaille de bronze.
Rinat Dasaev : L'Héritier de la Légende
Rinat Dasaev, né le 13 juin 1957 à Astrakhan, est sans conteste l'un des gardiens de but les plus légendaires de l'histoire du football soviétique. Avec une carrière qui s’étend sur près de deux décennies, Dasaev a captivé les fans par ses réflexes impressionnants et son charisme sur le terrain.
Un Parcours Exemplaire
Dasaev a commencé son parcours footballistique à l'âge de neuf ans, lors de ses entraînements à l'école de football de FK Volgar-Gazprom Astrakhan. En 1975, il intègre officiellement le club, où il montre rapidement son potentiel. En seulement un an, il remplace Youri Makov et devient titulaire, marquant ainsi le début d'une carrière fulgurante.
À Spartak Moscou, Dasaev connaît ses plus belles années. Sur une période de dix ans, il remporte le championnat de l'URSS à deux reprises et devient un pilier de l'équipe. Sa stature, mesurant 1,89 m, combinée à ses réflexes aiguisés, lui permet de réaliser de nombreuses parades mémorables. Les statistiques parlent d’elles-mêmes : il encaisse seulement 70 buts en 91 sélections, un ratio exceptionnel de 0,77 but par match.
Une Reconnaissance Internationale
Rinat Dasaev a également brillé sur la scène internationale, représentant l'Union soviétique lors de trois Coupes du monde (1982, 1986 et 1990), des Jeux olympiques d'été de 1980 et de l'Euro 1988. Son rôle déterminant lors de ces compétitions lui a valu une reconnaissance mondiale. En 1988, il est couronné meilleur gardien de l'année par l'IFFHS, solidifiant ainsi sa place parmi les plus grands.
Une Fin de Carrière en Espagne
Après avoir fait ses preuves à Spartak, Dasaev signe en 1988 avec le FC Séville en Espagne. Ce transfert marque une nouvelle étape dans sa carrière, lui permettant d'explorer un nouveau championnat. Dans ce club, il continue de briller et reçoit un salaire notable de 6 000 francs français. Ainsi, il s'impose comme l'un des meilleurs gardiens dans un championnat réputé pour sa compétitivité.
Un Héritage Durable
Après avoir mis un terme à sa carrière de joueur en 1991, Dasaev ne s'éloigne pas du monde du football. En effet, il se tourne vers l'encadrement en devenant entraîneur adjoint de l'équipe nationale russe de 2003 à 2006, puis entraîneur du Torpedo Moscou en 2007 et 2008. Ce choix de carrière illustre son désir de transmettre son expérience aux nouvelles générations de gardiens.
En mars 2004, il fait partie des 125 plus grands footballeurs vivants selon la liste établie par Pelé, une distinction qui souligne l'impact indélébile de son héritage dans le football mondial. Les jeunes gardiens de but d'aujourd'hui, qu'ils évoluent en URSS, en Europe ou ailleurs, regardent Dasaev comme un modèle à suivre. Son parcours exemplaire est souvent présenté comme un standard d'excellence dans le rôle de gardien.
Rinat Dasaev n'est pas seulement un gardien de but ; il est une légende vivante du football. Il incarne des valeurs essentielles telles que la détermination, le travail assidu, et la passion. Son influence continue de se faire sentir bien après sa retraite, inspirant des générations futures à poursuivre leurs rêves dans le football. En 2015, il inscrit ses empreintes sur la Promenade des champions lors de la cérémonie de Golden Foot, célébrant sa contribution au sport.