Le volley-ball en EPS (Éducation Physique et Sportive) au collège est bien plus qu'un simple sport. Il s'agit d'un outil pédagogique puissant permettant de développer des compétences techniques, tactiques et sociales chez les élèves. Cet article explore différentes approches et aménagements possibles pour rendre l'apprentissage du volley-ball stimulant et accessible à tous, en s'appuyant sur des expériences concrètes menées par des enseignants.
Cibler les apprentissages prioritaires
Face aux contraintes de temps et aux divers niveaux des élèves, il est essentiel de cibler les apprentissages prioritaires. Le CEDREPS (Collectif d’Étude Disciplinaire pour le Renouvellement de l’EPS) souligne l'importance du « ciblage » dans l'enseignement de l'EPS. Au lieu de vouloir tout enseigner, il faut faire des choix d'objets d'enseignement prioritaires. Par exemple, pour un premier niveau de pratique en volley-ball (6ème au collège ou seconde au lycée), il est crucial de déterminer ce qui permettra un progrès décisif.
L'objectif est de maximiser le temps de jeu effectif pendant les leçons et tout au long du module d'apprentissage. Il faut passer d'une approche « apprendre puis jouer » à « apprendre en jouant ». Le match doit permettre le jeu et être porteur d'enjeu. Pour cela, il est possible de renforcer la défense en aménageant le service (en envoyant la balle en frappe à 10 doigts par exemple) et en autorisant le blocage du ballon en 1ère touche, afin de favoriser les échanges et d'équilibrer le rapport de force attaque/défense.
Contrats et bonus pour motiver les élèves
Pour orienter l'activité des élèves, on peut mettre en place des projets techniques ou d'entraînement avec des points bonus et des contrats en relation avec les objets d'enseignement visés. Ces contrats doivent être collectifs, exigeants, adaptés et valorisants. Par exemple, des contrats sur les ballons non touchés en défense ou sur le nombre de ballons gagnants en zone arrière. On peut également utiliser des victoires et des défaites bonifiées pour encourager l'engagement et la progression.
Rotation des rôles et mixité
Il est important d'organiser une rotation aux rôles moteurs au sein des équipes, en permettant aux filles et aux garçons de tenir les deux types de rôles : ceux liés à l'opposition et ceux liés à la coopération. Cela permet de lutter contre les stéréotypes de sexe et de favoriser l'égalité des chances. De plus, l'organisation des interactions au sein de l'équipe doit se faire de manière démocratique afin de considérer la parole de chacun.
Lire aussi: Les enjeux et perspectives de l'ACVB
Constitution des équipes et fair-play
La constitution des équipes est une étape délicate. Il est déconseillé de privilégier les groupes affinitaires, car ce n'est pas parce qu'on s'entend bien que l'on va forcément bien travailler ensemble. Les groupes de niveau peuvent être stigmatisants pour les élèves les plus en difficulté. Il faut éviter de désigner des capitaines d'équipes de sexe masculin qui choisissent leurs partenaires, car cela peut marginaliser certains élèves. Il est important de laisser la possibilité aux élèves de donner leur point de vue et de choisir un règlement de jeu adapté à leurs ressources.
Le fair-play doit être envisagé comme un véritable objet d'apprentissage, évalué tout au long du module de volley-ball en EPS. Les contrats sont fixés et obtenus en équipe afin de développer le besoin d'affiliation et la proximité sociale.
Aménagements du jeu et situations ludiques
Il est possible de proposer différents règlements de jeu aux élèves, comme le blocage du ballon autorisé ou non, et de les laisser choisir celui qui leur paraît le plus adapté. Deux équipes qui jouent l'une contre l'autre peuvent même avoir des règlements différents. On peut également imposer des enchaînements d'actions pour favoriser certains déplacements.
Des situations ludiques peuvent être mises en place pour développer la motricité et la réactivité des élèves. Par exemple, un duel où les élèves doivent toucher des plots avant de frapper la balle. L'important est d'envoyer le ballon là où n'est pas le joueur adverse, car en situation de match, le ballon n'arrive pas sur le joueur.
L'importance du rôle de l'enseignant
Le rôle du professeur est fondamental dans les situations proposées afin de guider et favoriser les apprentissages des élèves. Il peut également contribuer à mettre en place des temps d'échanges et des débats d'idées tout au long du module d'apprentissage. Les élèves peuvent organiser eux-mêmes la succession des matchs et les changements d'équipe, et renseigner avec rigueur les feuilles de match et de tournoi.
Lire aussi: Tout sur la durée d'un match de volley
Exemple d'activité: le "Gagne Terrain"
Frédérique Yon, enseignante au lycée professionnel La Roquelle de Coutances, propose un jeu de « gagne terrain » en évolution constante pour mobiliser l’activité d’apprentissage tactique et technique de ses élèves. Sur un seul terrain, quatre équipes jouent en même temps. Pour chaque équipe, il s’agit d’accéder au terrain gagnant (celui de droite) sur lequel on peut marquer des points. Le terrain de gauche est le terrain d’engagement et de jeu, mais on n’y marque pas de points. Dès qu’une des deux équipes perd la balle, elle part en courant et touche le filet pour signaler qu'elle a perdu.
Adapter le jeu aux différents niveaux
Cathy Girre, enseignante au collège de Coutances, montre comment elle adapte les règles du volley en fonction du niveau des élèves : taille du terrain, hauteur du filet, nombre de joueurs, touches de balles autorisées. Elle impose toujours des contraintes de déplacement qui rendent le jeu dynamique et aident les apprentissages techniques.
Dans une classe de 6e SEGPA, elle propose un défi à deux : de chaque côté du filet, faire le maximum d’échanges. L’objectif est d’expérimenter le plaisir de rattraper la balle chez soi et de la renvoyer avant de jouer sur la rupture. Elle autorise le blocage de la balle, mais interdit de se déplacer avec le ballon lorsque l’on bloque la balle.
Lire aussi: Saint-Malo et le volley-ball : Une histoire d'amour