À l'aube de la Coupe du Monde 2023, il est opportun de revisiter les rencontres qui ont façonné l'histoire du XV de France lors des Mondiaux, qu'elles soient glorieuses ou douloureuses. La Coupe du Monde (8 septembre - 28 octobre) approchant, c’est aussi l’histoire du rugby qui va s’écrire un peu plus sous nos yeux. C’est l’occasion de se replonger dans ce riche passé ! Au fil des semaines précédant le tournoi, nous explorerons quelques-unes des pages les plus marquantes de l'histoire du XV de France en Coupe du Monde, pour le meilleur et pour le pire.
Le Contexte Historique et Politique des Années 1990
Pour les passionnés de rugby français de plus de 40 ans, le souvenir du quart de finale de la Coupe du Monde 1991 reste particulièrement amer, et ce pour diverses raisons. Les Bleus n'étaient pas dans les meilleures conditions pour aborder cette compétition. Le contexte, tant politique que sportif, avait créé un environnement propice à un fiasco.
Le passage des années 1980 aux années 1990 a marqué un tournant pour le rugby français. Sur le plan politique, c'était la fin de l'ère Ferrasse et de son emprise sur la Fédération Française de Rugby, avec tous les inconvénients que cela impliquait. Sur le plan sportif, une génération de joueurs approchait de la retraite internationale, considérant la Coupe du Monde 1991 comme leur dernier défi. Les Blanco, Berbizier, Ondarts se préparaient à tirer leur révérence. Cependant, le changement de président annoncé à la FFR pour la fin de l'année 91, le remplacement de Jacques Fouroux à la tête du XV de France, l'arrivée de nouveaux joueurs ambitieux, ont contribué à détériorer l'ambiance au sein de l'équipe.
Les tournées de préparation se sont déroulées dans une atmosphère délétère, avec des échanges parfois houleux, et l'éviction de Pierre Berbizier, l'un des leaders du jeu des Bleus, ont précipité le XV de France vers une crise.
Le Piège Anglais de 1991
C'est dans un contexte délicat que les hommes du capitaine Serge Blanco ont abordé la Coupe du Monde 1991. Sur leur route se dressait le XV de la Rose, qui avait terminé deuxième de son groupe derrière les All Blacks. Les Anglais avaient une stratégie simple, voire impitoyable, mais redoutablement efficace.
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Ils avaient identifié deux éléments clés : l'influence de Serge Blanco sur le jeu des Bleus, et les tendances individualistes de Blanco qui empêcheraient les Français de s'adapter. Leur objectif était de déstabiliser Blanco. Le XV de la Rose n'était pas venu pour jouer au rugby au sens traditionnel du terme.
Le 19 octobre 1991, tout s'est déroulé comme prévu pour les Anglais, qui ont arrosé Blanco de chandelles, l'ont plaqué à retardement, et ont envoyé tout le pack le piétiner à la moindre occasion, avec la complicité de l'arbitre Dave Bishop. Blanco, voulant sauver la situation seul, et en l'absence de leaders à la charnière, est tombé dans le piège, entraînant le XV de France vers une élimination décevante, sur sa pelouse du Parc des Princes. Il est une chose d'être dominé par son adversaire, mais perdre de cette manière en est une autre.
France - Angleterre 1991 : Un Match Piège
Le 19 octobre 1991, l'équipe de France s'est inclinée au Parc des Princes contre l'Angleterre, en quart de finale de la deuxième Coupe du Monde de l'Histoire. Une défaite frustrante pour des Bleus qui ont eu le sentiment de se faire piéger.
Les Bleus de Dubroca et Jean Trillo erraient dans le hall du Concorde Lafayette. Selon Eric Champ, "Personne n’a le cœur à la fête. Elle est gâchée. L’aventure humaine est belle quand tu gagnes. Pas quand tu perds pour des trucs à la con". Ce France/Angleterre, 67e crunch de l'histoire, première des cinq confrontations en Coupe du monde entre les deux nations, aura à jamais pour les Bleus, un goût de gâchis.
La France, après trois victoires en poule (Canada, Fidji, Roumanie) y retrouve l'Angleterre, seconde de sa poule (victoire contre les Etats-Unis et l'Italie; défaite contre les All Blacks). Mais ce quart de finale n'est pas un match, c'est un piège. L'Angleterre a une stratégie : faire craquer les Bleus. Serge Blanco est agressé, les coups bas sont de sortie mais l'impunité semble être la règle.
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Les Français perdent leurs nerfs d'autant que les Anglais grâce à un essai d'Underwood font la course en tête : 6-10 à la mi-temps. Les Bleus ont beau sembler supérieurs, ils déjouent, multiplient les maladresses et ne vont nulle part sinon dans le mur. Un journaliste anglais Tony Roche a écrit : "Ce n’est pas l’Angleterre avec son pauvre jeu qui a gagné, mais la France qui a perdu la tête et laissé glisser de ses mains une victoire."
Les Bleus ont beau revenir dans le match à la 51e grâce à un essai de Lafond, ils ne parviennent pas à faire le break. Entre inefficacité et indiscipline… L'arbitre n'a pas arrêté de nous renvoyer au cimetière des prétentieux avec des pénalités merdiques. A la 75e, Webb sur une de ces pénalités, redonne l'avantage à l'Angleterre avant que Will Carling n'enfonce le clou dans les arrêts de jeu (10-19).
Serge Blanco et Eric Champ quittent le XV de France, tête basse. Triste fin aussi pour Daniel Dubroca, capitaine des Bleus de 1987 devenu sélectionneur. Après la frustration, la colère : il la laisse exploser à l'égard de l'arbitre néo-zélandais David Bishop. S'en suivront des excuses et une démission…
Philippe Sella, définitif : "Ce match, c’est la lumière qui s’éteint."
Autres Confrontations Mémorables en Coupe du Monde
Mondial 1995, match pour la 3e place, Pretoria : 19-9 pour la France
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Victoire anecdotique du XV de France, meurtri par son élimination en demi-finale face à l'Afrique du Sud, contre des Anglais concassés par la Nouvelle-Zélande de Jonah Lomu, grâce à deux essais d'Olivier Roumat et Emile Ntamack et trois pénalités de Thierry Lacroix, contre trois pénalités de Rob Andrew. Ce match vaut surtout pour sa troisième mi-temps amicale, une première entre les deux équipes, au cours de laquelle les Anglais décrivent en détail les recettes employées pour faire "disjoncter" leurs meilleurs ennemis.
Mondial 2003, demi-finale, Sydney : 24-7 pour l'Angleterre
Etincelants (43-21) en quarts de finale face à l'Irlande, les Français sont incapables d'adapter leur stratégie aux conditions climatiques. Le nouveau prodige Frédéric Michalak, dont les coups de pied se perdent dans les courants d'air du stade, incarne ce naufrage. Les Anglais appliquent sans trembler leur plan de jeu basé sur la domination du pack et la botte de Jonny Wilkinson (5 pénalités, 3 drops). L'ouvreur anglais offrira le premier titre mondial du XV de la Rose une semaine plus tard en finale contre l'Australie, d'un drop réussi à la dernière minute de la prolongation.
Mondial 2007, demi-finale, Stade de France : 14-9 pour l'Angleterre
La France chute à nouveau en demi-finale contre l'Angleterre, mais cette fois-ci au Stade de France. Arc-boutés sur leur tactique payante de Cardiff face aux All Blacks (20-18), trop facilement lisible par les Anglais, et handicapés par le choix de Bernard Laporte de reconduire l'ensemble du XV de départ dont un Serge Betsen pourtant sorti sur KO dès la 6e minute face aux Néo-Zélandais, les Français encaissent un essai de Lewsey dès la 2e minute, devant un Damien Traille trahi par ses appuis et un rebond capricieux. Les Français repassent en tête grâce à trois pénalités de Beauxis mais subissent la loi anglaise, concrétisée par deux pénalités et un drop de Jonny Wilkinson.
Le dernier match de Serge Blanco, Mondial 1991, quart de finale, Parc des Princes : 19-10 pour l'Angleterre
Les France-Angleterre sont souvent de violents affrontements. Pendant la Coupe du monde 1991, les Anglais mettent au point un plan anti-Blanco et soumettent à rude épreuve l'arrière du XV de France. Serge Blanco, qui dispute son 93e et dernier match international, est agressé sur la première action. Le XV de France tombe dans le piège de la provocation. Ensevelis sous une pluie de pénalités, les Français quittent la Coupe du monde dès les quarts, leur plus mauvaise performance en Coupe du monde. Lors du retour aux vestiaires, l'entraîneur français Daniel Dubroca agrippe l'arbitre australien David Bishop par le col. Il quittera ses fonctions quelques jours plus tard avec son adjoint, Jean Trillo. De son côté, l'Angleterre, après avoir éliminé la France à Paris, bat l'Ecosse à Edimbourg en demi-finale avant de chuter à Twickenham face à l'Australie de David Campese.
Le Crunch Féminin : Une Rivalité Croissante
Le XV de France féminin a également connu des moments mémorables face à l'Angleterre. Bien que souvent considérées comme outsiders, les Bleues ont su rivaliser avec l'ogre anglais. Le Crunch de la dernière édition du Tournoi des 6 Nations est l’un des plus iconiques. À Twickenham dans le temple du rugby anglais, Françaises et Anglaises s’affrontent dans une finale à l’issue de laquelle le vainqueur remportera le Tournoi.
La dernière fois que les Françaises ont croisé le chemin des Anglaises en phase finale d’un Mondial, c’était en demi-finale et l’issue s’est soldée par une sèche défaite (20-3). Le XV de France féminin reste sur 16 défaites de rang face à l’Angleterre. Sept ans sans victoire. À l’issue d’un match irrespirable, les Françaises l’emportent (18-17) au bout du suspense grâce à un essai transformé de Jessy Trémoulière (80’). La déroute de 2003 a probablement servi d’électrochoc. Dès l’année suivante, la France remportait le Tournoi des 6 Nations à l’issue d’un scénario dingue. Les Bleues et les Red Roses s’affrontent pour la victoire finale dans l’ultime journée. Il s’agit du deuxième Grand Chelem du rugby féminin tricolore.
Statistiques Générales et Perspectives d'Avenir
La France et l'Angleterre, adversaires, se sont affrontées à quatre reprises en Coupe du monde pour trois victoires britanniques, dont deux demi-finales lors des deux dernières éditions, en 2003 et 2007, par le XV de la Rose de Jonny Wilkinson.
Avant le quart de finale entre la France et l'Angleterre, retour sur les précédents affrontements en Coupe du monde entre les deux meilleurs ennemis du rugby européen. Les Anglais mènent 3 à 1.
Le 101e « Crunch » de l’histoire du ballon ovale se déroulera ce samedi au Stade de France. Le XV du Coq France reçoit en effet dans son temple de Saint-Denis celui de la Rose en préparation de la Coupe du monde qui se tiendra en Angleterre du 18 septembre au 31 octobre 2015. Une semaine seulement après s’être incliné à Twickenham (19-14) contre ces mêmes rugbymen anglais, toujours en test-match.
France-Angleterre, c’est cent neuf années de confrontations, fourmillant de records et d’anecdotes.