La Demi-Finale de la Coupe du Monde de Rugby 2007 : France-Angleterre, un Rêve Brisé à Domicile

La Coupe du Monde de Rugby 2007, organisée en France, a suscité de grands espoirs chez les supporters français. Après un parcours prometteur, le XV de France s'est retrouvé en demi-finale face à son rival de toujours, l'Angleterre. Cependant, ce match a marqué la fin brutale d'un rêve et l'épilogue d'une époque. Retour sur cette rencontre qui a laissé un goût amer aux supporters tricolores.

Un Contexte Favorable, Mais…

Après 1991, 1995 et 2003, l'Angleterre croisait la route du XV de France pour la quatrième fois de l'histoire en Coupe du monde. Les Bleus s'étaient inclinés à deux reprises, et notamment quatre ans plus tôt, sous la pluie de Sydney. C'est à nouveau en demi-finale que les deux nations rivales se retrouvaient. Sauf que le contexte était différent : les hommes de Bernard Laporte évoluaient à domicile au Stade de France.

La France avait obtenu l’organisation du Mondial en 2003, à Dublin à l’issue d’un vote historique de l’International Board : 18-3 à mains levées au nez et à la barbe des Anglais, persuadés de se gaver une fois de plus. Même le Japon, allié traditionnel les avait lâchés. « C’est un schisme, c’est une révolution, c’est la victoire du rugby universel », avait commenté triomphalement Bernard Lapasset, alors président de la FFR. La Coupe du monde 2007 serait bien célébrée dans la langue de Molière plutôt que celle de Shakespeare… Et l’événement fut à la hauteur des espérances, nous reviennent des images et des sensations de kermesse nationale, des équipes reçues avec chaleur dans toutes les régions, des stades remplis à 90 %, des fan zones pleines de liesse.

Le Film du Match : Domination Anglaise et Désillusion Française

Le XV de la Rose prend les devants d'entrée, en inscrivant le seul essai du match après… 79 minutes de jeu. Trompé par le rebond sur un jeu au pied, Damien Traille se fait surprendre par Josh Lewsey, qui crucifie (déjà) les Tricolores. Si Lionel Beauxis assume son rôle de buteur, et permet aux Tricolores de prendre l'avantage (9-5), un certain Jonny Wilkinson va briser les rêves français. Deux pénalités, un drop…

En s'inclinant face à l'Angleterre (9-14), samedi 13 octobre, en demi-finale de la Coupe du monde, sans avoir réussi à marquer le moindre essai, comme lors de leur match inaugural contre l'Argentine (12-17), les Bleus de 2007 ont renoué avec la grande tradition du XV de France : l'inconstance, l'incapacité à enchaîner deux grands matches. "Malheureusement, on montre un jour l'image d'une France qui gagne, un jour l'image d'une France qui perd. C'est un éternel recommencement", regrettait l'ailier Cédric Heymans.

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Wilkinson, le Bourreau des Bleus

Pour l'Angleterre, c'est le pied ! Son ouvreur magicien traverse le Mondial avec un taux de réussite quelconque - 63% aux pénalités (12/19), 56% aux transformations (5/9) et 56% aux drops (5/9) - mais parvient quand même à assurer les points à l'emballage final, quand sonne la cloche du dernier tour. «Il a fait les montagnes russes durant ce Mondial, assure le sélectionneur Brian Ashton. Mais il est toujours un homme qui compte dans l'équipe. Tout le monde le répète, et lui le premier, «Wilko» a changé: il n'est plus le Wilkinson à la lame gauche aussi affûtée qu'avant. Mais le joueur de 28 ans a su garder son tranchant dans les moments clés. Fini le golden boy qui flambait au pied au début des années 2000 (87,7% de réussite en 2002) et qui propulsait quasi systématiquement entre les perches tout ce qui ressemblait à un ballon ovale. Place à un autre homme, mûri à vitesse grand V par une avalanche de blessures et plus philosophe, plus relax, qui voit bien que son pied gauche n'est plus le centre du monde.

Une Absence de Stratégie et un Jeu Cadenassé

Face à l'Angleterre, un adversaire qui a joué exactement la partition attendue, ses joueurs ont étalé une inquiétante absence de stratégie. "Un festival de coups de pieds", comme l'a résumé Lawrence Dallaglio. "Un jeu où il faut savoir garder son calme", a précisé le vétéran anglais, 35 ans. Un jeu auquel les Anglais ont de tout temps surpassé les Français. Comme en novembre 2003, à Sydney, les bien nommés Bleus sont naïvement tombés dans le piège anglais, samedi. En refusant de donner de l'ampleur à leur jeu après avoir concédé d'entrée un essai stupide (2e), ils n'ont pas seulement déçu leurs supporteurs, ils ont aussi trahi une certaine idée du jeu "à la française".

C'est aussi cela le bilan des années Laporte (2000-2007) : en huit ans, le rugby français sera passé d'un cliché - "la balle à l'aile, la vie est belle" - à un mode de pensée tout aussi réducteur - "passe la balle à Chabal". Cette stratégie du moindre risque a failli marcher, mais Sébastien Chabal s'est écroulé à trois mètres de l'en-but anglais, sur la seule action réellement dangereuse des Bleus. On jouait la 68e minute du match. La suite s'est poursuivie conformément à ce que les Anglais avaient imaginé : une pénalité de Jonny Wilkinson (75e), puis un drop du même (78e). "L'improvisation, non merci", sauf pour la composition des équipes, sans cesse recommencée, au gré de la forme des joueurs et de l'humeur du sélectionneur plutôt qu'en fonction d'un plan de jeu déterminé : c'est le résumé de huit années où le rugby français aura, au mieux, fait du surplace.

Des Rêves de Gloire Brisés

Ils voulaient aller "tous au paradis", en finale de la Coupe du monde ; ils iront tous au Parc des Princes, jouer la "petite" finale, face à l'Argentine. Ils voulaient aller "tous au paradis", en finale de la Coupe du monde ; ils iront tous au Parc des Princes, jouer la "petite" finale, face à l'Argentine. Ils rêvaient tous, Bernard Laporte et ses trente joueurs, de marcher dans les traces des footballeurs de 1998, qui avaient su entraîner derrière eux tout un pays avec leur petite musique triomphale, I Will Survive. Ils rêvaient tous, les rugbymen de 2007, de répondre à l'invitation de Michel Polnareff qui leur était lancée par la sonorisation des stades où ils ont gagné (quatre matches sur six) pendant cette Coupe du monde, avec une insistance un poil exagérée, à l'image de "l'engouement national" qu'auraient soulevé leurs prestations, ou de l'enthousiasme à peine surjoué de la corbeille présidentielle. Ils rêvaient tous, Raphaël Ibanez et ses coéquipiers, d'un avenir doré de champions du monde, mais c'est avec leurs fantômes qu'ils ont rendez-vous, vendredi 19 octobre, au Parc des Princes, l'ancien théâtre des grandes et petites heures du rugby français.

Une Coupe du Monde Peu Emballante

En agissant de la sorte, à rebours de la tradition française d'un rugby de mousquetaires, Bernard Laporte a sans doute cru aller dans le sens de l'histoire : mondialisons-nous et nous serons champions du monde. Il a échoué. Et cela ne l'empêche pas de souligner que "cette Coupe du monde n'est pas une grande Coupe du monde en termes de jeu, c'est une évidence, ce match (contre l'Angleterre) l'a encore prouvé." Faute d'avoir voulu aller à contre-courant de cette dynamique destructrice, Bernard Laporte et ses Bleus quittent la course au titre mondial par la petite porte, celle d'un match étriqué, sans idée et sans génie, qui n'aura pas oeuvré pour la popularité de leur sport. "On s'aperçoit que c'est très cadenassé", constate le nouveau secrétaire d'Etat aux sports du gouvernement Fillon. Plutôt que de prendre sa part de responsabilité dans cette dérive, il appelle le "législateur" - l'International Rugby Board - à "se poser des questions". "Je ne suis pas convaincu que le match (contre l'Angleterre) a plu à beaucoup de monde", dit-il.

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